Souvenirs d'Ete a La Goulette
J’ai garde un tres bon souvenir de mes vacances d’ete a la Goulette et Khereddine.
Je me souviens que par trois fois, nos parents avaient loue un appartement non meuble a la Goulette .
Des la fin juin, ou on subissait les premieres chaleurs, on quittait Tunis pour passer pres de trois mois pas loin des plages. On devait transporter tout ce qui etait essentiel pour avoir un sejour agreable. On faisait appel a un
demenageur qui entassait dans un camion (je crois meme que la premiere fois on a du utiliser une charrette tiree par deux chevaux !) les armoires , table, chaises, lits, matelas, « gasiniere », frigo (ou glaciere !), vaisselles etc…. Ensuite le camion empruntait la route qui longeait d’un cote la voie ferree du TGM et de l’autre le chenal qui reliait le port de Tunis au port de la Goulette qui s’ouvrait sur la Mediterranee.
La premiere fois en 1954, l’appartement se trouvait sur l’Avenue Pasteur qui menait de la gare de Goulette Casino au Casino. Ce Casino (tel qu’il est decrit par
Georges (Jo) Cohen dans son livre
"De l'Ariana a Galata " «
etait un batiment sans style, construit face a la mer, avec une merveilleuse terrasse qui semblait s’avancer au-dessus des flots et ou soufflait le vent saumatre du large, meme quand la canicule vidait les rues et imposait les volets clos.. Ce nom de Casino, a bien refechir, ne s’expliquait pas vraiment. On n’y jouait ni a la roulette, ni au baccara. Certes les joueurs de cartes ne manquaient pas : rami, poker, belote, scoubba…….Le Casino avait tout du Cafe. On y mangeait, on y buvait…. ».
Je me souviens que cet appartement qui avait une petite veranda, se trouvait face a une villa « Les Lendemains qui chantent » qui appartenait a la famille Mamou. Cet appartement etait assez agreable et aere mais presentait, surtout pour mon pere et ma mere, l’inconvenient majeur de se trouver sur le chemin de la gare. Aussi tous les membres de la famille, les amis et les connaissances n’hesitaient pas a faire une halte chez nous. Ce qui se concretisait pour mes parents par une surcharge de travail surtout le Dimanche. Il arrivait qu’il faille assurer un service quasi-permanent entre 12 heures et 16 heures car chacun avait ses heures de retour de la plage. Et tout cela, sans compter les « aperos » du soir servis sur la table de la veranda !
Pour les enfants surtout, la proximite de la plage, les amis, l’ambiance decontractee contribuaientt a rendre notre sejour des plus agreable.
Autre attraction pour les enfants : Un cirque venait planter son chapiteau sur un terrain vague, juste derriere la gare de Goulette Casino.
Les repas succulents que nous preparait ma mere prenaient une saveur particuliere surtout ce « complet-poisson » mulet (« bouri ») et parfois rougets (mon frere aine en etait tellement friand !) accompagne de pommes de terre frites, poivrons, tomates, courgettes frites dans l’huile d’olive. Le matin, au reveil, on avait, parfois, droit a des beignets a l’huile au sucre ou au miel qui nous etaient livres tout chaud jusqu'à domicile !
Encore quelques souvenirs qui me reviennent : Un de mes jeunes freres aimait nous chanter « L’Amour est un bouquet de Violettes » tire du film de Francis Lopez avec Luis Mariano : « Violettes Imperiales ». Quant au plus jeune qui avait a peine 21 mois, il hochait automatiquement la tete tout en imitant, avec sa langue et sa bouche, le bruit que faisait un cheval trottinant dans la rue avoisinante.
La deuxieme fois ou les parents ont loue un appartement (en 1957), ce fut dans la rue principale de la Goulette (Avenue Roosevelt) juste a cote du "Cafe Vert" qui etait tres frequente par les juifs (les plus jeunes et les moins jeunes !). J’avais mon lit qui se trouvait du cote de la terrasse du cafe et tres souvent, quand je voulais faire la sieste, j’etais derange par tous les « cancans » que s’echangeaient les consommateurs.
Je me souviens de ces promenades en barque avec Jean-Claude Hagege ( le repute chirurgien Plasticien !) et son cousin Bernard Scemama (medecin) . Nous quittions tot La Goulette Casino et nous ramions jusqu’a Gammarth avec de temps en temps des arrets pour nous baigner et ainsi profiter de la fraicheur de l’eau au large de la cote. Je me souviens qu’une fois, malencontreusement, alors que je me baignais, je recus un coup de rame sans que mes amis s’en apercoivent et, tout etourdi ( j'ai eu l'impression desagreable de voir la cote a la hauteur de Kherredine vaciller dangereusement ), j’eus la presence d’esprit de faire la planche ce qui m’evita la noyade !
Tres souvent, on rejoignait le gros de la bande a Kherredine sur la plage face a la villa ou habitait la famille de Bernard Scemama. Nous jouions au volley-ball, nous nagions et surtout nous aimions nous dorer au soleil tout en papotant sur divers sujets. C’etait souvent l’occasion de draguer et d’elargir le cercle des copains et copines.
Parfois apres le bain, on « cassait la croute » sur place et il nous arrivait meme de faire la sieste sur le sable chaud. On assistait aussi a des parties de football sur la plage, parties qui etaient acharnees et parfois dignes tout a la fois du Grand Guignol et de Pagnol a cause des echanges tonitruants (qui parfois, frisaient l’insulte et se transformaient en bagarres !) entre les parties adverses.
L’apres-midi, vers cinq-six heures, on allait se promener soit a la Goulette soit sur la rue principale d'ou, apres avoir traverse un petit pont, on pouvait rejoindre la rue qui menait a Kherredine; au passage, nous degustions de delicieux bombolonis – des beignets frits saupoudres de sucre – ou une granite aux fraises ou au citron.
Certains soirs, quand il faisait tres chaud on se retrouvait pour des « bains de minuit », parfois dans une mer d’huile ou se refletait la pleine lune.
Le dimanche, nous etions souvent invites a des surprises-parties ou garcons et filles se retrouvaient comme on le faisait assez souvent a Tunis.
Le Samedi soir, on allait, en bande au cinema en plein air a Kherredine et on apportait avec nous des sieges, souvent des chaises pliantes ou tabourets. Je me souviens avoir vu, entre autres, « L’homme qui en savait trop » film avec James Stewart et Doris Day ou elle chantait la chanson connue « Que sera sera ».
La troisieme fois, au debut des annees 1960, la famille avait loue en ete un appartement aux abords de la route nationale qui longeait les plages a la hauteur de Goulette Casino. Mais, franchement, je n'en ai garde aucun souvenir, peut-etre parce que j'habitais deja en France ou je poursuivais mes etudes et que par consequent, je ne passais qu'une petite partie de l'ete a Tunis.
Les autres annees, lorsque nous restions a Tunis, par le TGM nous « montions » a la plage pour la journee trois a quatre fois par semaine. Quand mon frere aine recut sa premiere auto, une Peugeot 203 achetee par mon pere, il nous amenait en voiture jusqu'a la plage. On allait dans un etablissement balneaire ou on deposait nos vetements dans un vestiaire. Parfois, on allait se changer chez ma tante et mon oncle qui avaient une maison a Goulette Casino. En general, on apportait avec nous un sandwich tunisien achete chez Manino en face de chez nous Avenue de Londres ou tout simplement un petit pain italien et un morceau de boutargue qu’on mangeait avec beaucoup de plaisir, apres le bain.
Quand nous etions plus jeunes, on prenait le TGM a l'Avenue Jules Ferry avec ma mere et on prenait la direction de la plage de "l'Aeroport" vers 11 heures du matin. Elle remplissait plusieurs sacs de nourriture diverse (sandwiches au thon, pain et boutargue, fruits, boissons) . Je me souviens de l'avenue qui menait de la gare a la plage, bordee par des palmiers nains. Nous cherchions une place pour nous installer a l'ombre contre un muret de preference. On profitait au maximum de la plage et de la mer; l'air marin aiguisait notre appetit et on faisait une razzia de tout ce que ma mere nous avait prepare. J'aimais particulierement me promener au bord de l'eau tout le long des plages. Il m'arrivait de marcher jusqu'a Amilcar. Parfois il fallait, pour y parvenir, franchir certains ecueils et se mettre a l'eau. Mon pere profitait des quelques heures de calme a la maison pour se reposer et nous rejoignait vers 3 heures de l'apres-midi pour rester avec la famille jusqu'a 8 heures du soir, heure a laquelle on reprenait le TGM, souvent bonde, pour retourner chez nous a Tunis. Certaines annees nous louions une cabine, souvent aux "cabines Sabban". Les parents se retrouvaient en compagnie de connaissances dont la famille de Monsieur Donio, le collegue de Papa. Les femmes papotaient et les hommes jouaient au rami. Les enfants se baignaient ou jouaient ensemble sur la plage.
L’esprit de « bande », a cette epoque, nous permettait aussi bien de nous amuser que de nous ennuyer (plus rarement il est vrai !) mais toujours ensemble.
Vous comprendrez facilement que j'ai garde en memoire, jusqu'aujourd'hui, ces souvenirs tout a la fois agreables et nostalgiques de mes vacances d'ete a Tunis.
[[i]Extrait de notre site de famille[/i]]
Voici , pour completer, d'apres
Pierrot Boccara, une description de l'ambiance qui regnait sur la plage de Kherredine :
Le Mur
Au delà de la buvette, l’un des symboles sinon LE Symbole de Khérrédine, il y avait le mur… Le mur était une partie de la clôture, d’une villa
qui plongeait jusqu’au bord de l’eau ;
(Note de Lapid : je suppose que c'est celle ou habitaient mon ami Bernard Scemama et toute sa famille, celle de son pere le Dentiste Scemama),
comme tout de blanc vêtue, elle était devenue un énorme solarium où les adeptes du bronzage y firent leur lieu de rendez- vous.
Bien sur c’était aussi un régal pour nos yeux : les filles, généreusement gâtées par la nature, y foisonnaient de toutes parts et les affinités se dégageaient.
Naturellement, des petits groupes se formaient, par ci, par là, à l’ombre des parasols, et l’on pouvait, à qui voulait l’entendre,
écouter le concert des auditeurs (une [selection] des plus belles chansons [dedicacees].. ) , [diffuse tous les jours entre] 12h30 et 13h30 [et presente par Jean-Pierre Auclerc].
C’était aussi l’heure de la tournée de Ravaillac, La Perche et Oui Oui ; j’aimais bien leurs amandes grillées et leurs glibettes blanches.
J’allais oublier Fantomas et ses fameux œufs cuis au sable ; accompagnés d’un bon cidre, El Meddeb, bien glacé…. Je vous laisse deviner la suite.
Nous passions comme cela des heures à, bavarder, bronzer, disputer une partie de volley Ball ou alors louer une barque pour profiter de la fraîcheur
de l’eau un peu plus au large ;
l’ambiance y était éxceptionnelle et de là se dessinait la plus belle côte du pays........
Ci-dessous : La Villa Scialom
Pièces jointes: