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Les racines de l'antiamericanisme europeen sont proches de l'antisemitisme. |
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Pourquoi haïssent-ils l'Amérique?
Les États-Unis ont sauvé l'Europe des Nazis, vaincu le communisme et assurent
l'essentiel de la prospérité de l'Occident. Bryan Appleyard analyse pour le Sunday Times
pourquoi ils sont devenus un pays honni.
Nous avons vu des Pakistanais agiter des portraits de Osama Bin Laden et porter des
T-shirts célébrant la mort de 6.000 Américains. Nous avons vu des Palestiniens danser
dans les rues et tirer des rafales de Kalashnikov en signe d'allégresse. Nous avons
entendu Harold Pinter et ses amis implorer l'Occident d'arrêter une guerre qu'il n'a pas
déclenchée. Quelques-uns uns d'entre nous ont lu un éditorial du New Statesman
sous-entendant que les courtiers en obligations du WTC l'avaient bien mérité.
Prenez les faits rapportés depuis Beyrouth pour le Wall Street Journal par Elisabetta
Burba, une journaliste italienne. Elle y a observé des hommes bien habillés, membres de
professions libérales, pousser des acclamations de joie dans les rues. Elle est ensuite
entrée dans un café à la mode. "L'élégante clientèle du café était en train
de fêter l'événement, riant, acclamant et lançant des plaisanteries, pendant que les
garçons servaient hamburgers et Pepsi sans sucre. Personne ne paraissait choqué ou ému.
Ils étaient excités, très excités", écrit-elle.
"Quatre-vingt-dix pour cent du monde arabe pense que l'Amérique n'a eu que ce
qu'elle méritait", lui fut-il affirmé. "Une exagération?" ajoute-t-elle.
"Plutôt une sous-estimation".
C'est choquant mais pas totalement surprenant; nous l'avons déjà constaté auparavant.
Pour ma part certainement, j'ai toujours vécu dans un monde envahi par un
antiaméricanisme féroce. Dans mon enfance, les adultes étaient tous convaincus que
l'holocauste nucléaire apparemment inévitable serait de la faute des Américains. Au
cours de mes années d'études, j'ai vu l'exploitation faite de la guerre du Vietnam pour
excuser une violence et une intimidation qui auraient rempli de fierté Mao Tse-tung (de
fait, mes contemporains agitaient son petit Livre Rouge, tandis qu'ils tentaient de
pénétrer de force dans l'ambassade des États-Unis). J'ai vu beaucoup de ceux qui
aujourd'hui versent des larmes de crocodile brûler la bannière étoilée.
Comme c'est étrange, pensais-je déjà à cette époque. Ils portaient des Levi's,
buvaient du Coca, regardait la télévision américaine et écoutaient de la musique
américaine. Quelque chose en eux aimait l'Amérique, alors même que quelque chose en
dehors d'eux la haïssait. Ils étaient comme des poissons qui auraient détesté la mer
dans laquelle ils nageaient (ou comme le whisky qui en voudrait à sa carafe, pour
reprendre l'expression de Samuel Beckett ). Comme l'élite de Beyrouth, ils voulaient
avoir leurs hamburgers et les manger, mordre la main Yankee qui les nourrissait.
Mais il y a plus terrible encore, plus profondément injuste que la stupidité
estudiantine des années soixante, bien davantage encore que les danses des Palestiniens
et des Libanais.
Considérons ce que les Américains ont vraiment fait au cours du pire de tous les
siècles, le 20e siècle. Ils ont sauvé l'Europe de la barbarie au cours de deux guerres
mondiales. Après la seconde guerre mondiale, ils ont rebâti le continent de ses cendres.
Ils se sont dressés contre le communisme soviétique, le système le plus meurtrier
jamais inventé par l'homme, et l'ont vaincu pacifiquement. Ce faisant, ils ont mis en
route le lent démantèlement, du moins l'espérons-nous, du communisme chinois, le second
plus meurtrier. Surtout, l'Amérique a éjecté l'Irak du Koweït et nous a aidés à
éjecter l'Argentine des Falklands (N.d.T. Malouines pour les francophones hexagonaux).
L'Amérique a arrêté le massacre dans les Balkans pendant que les Européens
tergiversaient.
Considérons maintenant ce que sont exactement les Américains. L'Amérique est libre,
très démocratique et tout lui réussit de façon éclatante. Les Américains parlent
notre langue et à peu près une douzaine d'entre eux l'écrivent infiniment mieux que
n'importe lequel d'entre nous. Les Américains réalisent des films de très grande
qualité et le niveau culturel ainsi que le style de leurs meilleurs programmes de
télévision font ressortir la vulgarité des meilleurs des nôtres. Pratiquement toutes
les meilleures universités du monde sont américaines et de ce fait, la vie
intellectuelle américaine est la plus palpitante et la plus culturelle du monde.
"Les gens devraient se représenter", dit David Halberstam, depuis la cité
ravagée de New York, "à quoi ressemblerait le monde en l'absence, en toile de fond,
d'un leadership américain -avec tous ses défauts- au cours des 60 dernières
années". Probablement un peu à l'enfer, je pense.
L'Amérique a beaucoup de torts et des choses terribles ont été faites en son nom. Mais
aux moments critiques, elle fait les bons choix. Le 11 septembre a été un de ces moments
critiques.
Les "Yankophobes" ont été trop abominablement stupides pour comprendre le
message. A peine 48 heures après le massacre de milliers d'Américains, nous regardons
l'émission Question Time de la BBC, avec sa sélection de crétins composant l'audience
et déclarant à Philip Lader, l'ex-ambassadeur américain, que "le monde méprise
l'Amérique". Le plateau exsude ignorance et hostilité. Lader paraît abattu.
Nous avons encore l'élite de la capitale, lors de l'émission Newsnight Review, ricanant
de 'double V' Bush. "Tellement hors du coup", siffle la journaliste Rosie
Boycott, "qu'il ne semblait pas éprouver de sentiments pour les gens".
L'écrivain Alkarim Jivani s'en mêle à son tour, fustigeant la réponse de Bush à
l'interrogation sur ce qu'il ressentait: "Eh bien, je suis un gars affectueux. Et
puis, j'ai un travail à accomplir". Jivani pense que c'est un peu court, dénué
d'émotion.
Un instant! Je croyais que la gauche bien-pensante attendait de la retenue de la part de
Bush. Et que l'expression "gars affectueux" était la plus belle chose dite
depuis le 11 septembre. Poétiquement ramassée, enracinée dans le parler de son terroir,
elle évoquait le devoir et le stoïcisme. Mais ce ne sont pas là des valeurs qui ont
cours à Islington. [quartier où habitait Tony Blair, équivalent de la Rive gauche -
NdM]
Voici aussi George Monbiot dans le Guardian: "Quand des milliards de livres de
dépenses militaires sont en jeu, les états brigands et les seigneurs du terrorisme
deviennent des atouts du fait même qu'ils représentent une menace". Je vois. Ainsi
les États-Unis, la victime de cette attaque, doivent être condamnés pour en avoir
tiré, en quelque sorte, un avantage financier détourné. Je veux bien hisser (ce
drapeau) tout en haut du mât, George, mais je pressens que seule l'audience de Question
Time le saluera.
Voici Suzanne Moore dans le Mail on Sunday: "En ces heures les plus sombres, mon
coeur est avec l'Amérique. Mais ma tête sait que je n'ai pas soutenu beaucoup de ce qui
a été fait en son nom dans le passé. Aussi dur que cela soit, beaucoup partagent ce
sentiment. Ce n'est pas le moment de feindre qu'il en est autrement". Voyons,
Suzanne, combien de cadavres faudrait-il pour qu'il soit opportun de feindre qu'il en est
autrement? Riez-vous aux enterrements des gens avec lesquels vous êtes en désaccord?
Voici encore deux autres voix venimeuses, toutes les deux citées dans The Guardian.
Patricia Tricker de Bedale: "Maintenant ils savent ce que ressentent les
Irakiens". Et Andrew Pritchard d'Amsterdam: "Si la grande défaite américaine
en temps de paix aboutit à briser l'ego démesuré de l'Amérique l'assurant d'être la
seule superpuissance restante, ce sera déjà un important acquis". Cet acquis,
Andrew, sont-ce les enfants morts ou les pompiers écrasés?
L'antiaméricanisme a longtemps été l'idéologie haineuse, irrationnelle et mondiale de
notre époque. "Elle combine", dit l'historien Sir Michael Howard, "les
aspects les plus déplaisants de la gauche et de la droite". Elle est dangereuse,
stupide et après les événements du 11 septembre, choquante par son ignominie.
Bon Dieu! Plus de 6.000 non-combattants sont morts, plus de 6.000 familles sont
endeuillées. De quel abîme de malveillance surgit cette horrible réaction de vouloir
danser sur leurs tombes?
"Au vu de l'histoire" dit Michael Lind, membre de la New America Foundation à
Washington, "il existe une thématique hostile à la bourgeoisie, au capitalisme et
en fin de compte à la modernité qui trouve toujours à critiquer la puissance dominante
du moment.
Ont d'abord été visées les cités du nord de l'Italie, ensuite au 17e siècle les
Pays-Bas, puis la Grande-Bretagne lorsqu'elle a repris le flambeau du capitalisme et
maintenant c'est le tour des Etats-Unis".
Ainsi, l'Amérique est tout simplement détestée parce qu'elle est au sommet. Le leader
mondial est toujours fustigé, tout bonnement parce qu'il est le leader. Les termes de
dénigrement restent remarquablement constants. Les Allemands du 19e siècle, constate
Lind, répondaient à la domination britannique en affirmant, en substance, "sans
doute sont-ils riches, mais nous nous avons une âme". C'est exactement ce que
beaucoup d'Européens et tous les antiaméricains déclarent aujourd'hui: nous sommes pour
Dieu ou la culture ou quoi que ce soit d'autre, contre Mammon. Ceci est inexact;
l'Amérique a davantage d'âme, de culture et de Dieu que n'importe lequel de ses
détracteurs. Mais il s'agit là de la prévisible et banale rhétorique de l'envie.
Cette forme d'antiaméricanisme "spirituel" entretient des liens proches avec
l'antisémitisme. "Antiaméricanisme et antisémitisme sont historiquement
étroitement imbriqués" déclare Tony Judt, professeur d'histoire à l'Université
de New York. "Non parce qu'il y a tellement de Juifs ici - cela n'a pas toujours
été le cas - mais parce qu'à travers les deux s'exprime pour partie la peur de
l'ouverture,
de la perte des racines, du changement, du monde moderne anomique. Les Juifs sont un
peuple sans terre, l'Amérique est une terre sans histoire.
Comme l'a récemment montré Jon Ronson dans son livre 'Eux: Aventures avec des
Extrémistes', presque chaque culte fêlé dans le monde croit qu'il existe une
conspiration mondiale des Juifs orchestrée depuis Hollywood et Wall Street. Tous ces
bavasseurs bien-pensants sont, j'en suis sûr, des antiracistes, mais tous nagent dans des
eaux plus profondes, plus sombres, plus folles qu'ils ne l'imaginent.
Le mot 'ouverture' employé par Judt est important. Le fanatique - à Islington ou Kaboul
- déteste l'ouverture car il se trouve relativisé et se retourne contre cette même
société qui lui assure sa liberté d'expression.
George Orwell notait en 1941: "Dans la mesure où il gêne l'effort de guerre
britannique, le pacifisme britannique est du côté des Nazis et le pacifisme allemand,
s'il existe, est du côté de la Grande-Bretagne et de l'URSS. Puisque les pacifistes ont
plus de liberté d'action dans les pays où subsistent des traces de démocratie, le
pacifisme peut agir de manière plus efficace contre la démocratie que pour elle.
Objectivement le pacifiste est pro-nazi". Il a écrit par ailleurs que le "motif
inavoué" du pacifisme était "la haine de la démocratie occidentale et
l'admiration pour le totalitarisme".
Ainsi donc l'antiaméricanisme type de bas étage dans le monde développé est une
combinaison obscure et irrationnelle de haine-du-père/leader et de fantasmes infantiles
de rébellion et de contrôle. C'est une haine réflexe du foyer familial, le lieu qui
fournit une assistance ou, dans le cas présent, des Levi's. Mais il y a, bien entendu,
des nuances locales. Les Français, au contraire des Britanniques, ont été
antiaméricains au niveau gouvernemental et diplomatique de façon cohérente.
"C'est une rancune ancienne, datant de 1940" dit Judt. "Le sentiment que la
France a été jadis la référence universelle et moderne ou le modèle et qu'elle n'est
plus maintenant qu'une puissance de second rang, avec de surcroît une langue
internationale en déclin.
Il y a là une vague analogie avec les complexes britanniques à l'égard des Etats-Unis -
nous en déclin, eux surpuissants - mais en France la chose est encore compliquée par le
vernis hyper-révolutionnaire présent chez ses intellectuels au cours des années
comprises entre 1947 et 1973, à l'époque justement où l'ascension américaine vers la
suprématie mondiale s'affirmait avec une
évidence déplaisante.
En Grande-Bretagne, nous n'avions pas de Sartre et de Derrida pour nous entraîner vers
les extrêmes politiques et philosophiques.
Mais les membres de la gauche britannique avaient quelque chose de plus simple: une haine
brûlante de l'Amérique pour son rejet de pratiquement tout ce à quoi ils croyaient. Ils
voulaient tellement que l'Amérique du capitalisme effréné ait tort que même Staline
n'avait pu complètement les détourner de la Russie.
Il y eut, semble-t-il, une pause dans cette forme élémentaire d'antiaméricanisme.
Après l'élection de Bill Clinton, la gauche britannique s'était fabriqué une Amérique
imaginaire, vue comme co-pionnière de la Troisième Voie. Les nouveaux mandarins - Martin
Amis, Salman Rushdie - affirmaient que l'Amérique était l'endroit où tout se passait.
C'était une fiction car Clinton jetait de la poudre aux yeux, y compris aux siens
propres. L'Amérique capitaliste et religieuse avait seulement revêtu ce masque souriant.
Quand Bush fut élu, la gauche se sentit trahie.
L'actuelle vague d'antiaméricanisme, et en particulier le terrible mépris pour Bush,
doit beaucoup à ce sentiment de trahison. Elle tient aussi à l'incapacité à échapper
aux postures de l'après-guerre froide. " L'inquiétude à l'égard du comportement
américain actuel" dit Hugh Brogan, professeur et chercheur en histoire à
l'université d'Essex, "est un reste d'angoisse de la guerre froide vis-à-vis du
spectre d'un conflit nucléaire ".
La peur de la bombe était telle qu'elle suscitait chez certains la conviction
inébranlable qu'à tout moment nous pouvions nous retrouver grillés ou irradiés à
cause d'une erreur d'appréciation de quelque cinglé américain coiffé d'un chapeau de
cow-boy - une image imprimée au fer rouge dans beaucoup de cerveaux par le film
apocalyptique 'Docteur Strangelove' de Stanley Kubrick.
D'une certaine manière, l'Union Soviétique - probablement par ignorance - échappait à
notre désapprobation. Ce fut un égarement total alors, à peine compréhensible.
Aujourd'hui, reconnaître un ami quand nous en voyons un est devenu une tare pernicieuse
et destructive.
Avec la disparition de la confrontation du temps de la guerre froide, les mouvements
opposés au capitalisme et à la globalisation ont renoncé aux angoisses potentiellement
rationnelles, culturelles et environnementales au profit d'un énorme fourre-tout rempli
au hasard d'exécrations antiaméricaines. Et bien entendu, le Moyen Orient semblait
offrir l'exemple patent d'une superpuissance arrogante et brutale persécutant les
pauvres.
L'idée de la brute colle parfaitement avec une des croyances antiaméricaines parmi les
plus grotesques dans leur persistance, à savoir que les Américains sont tous de stupides
Yanks. C'est une erreur commune à la droite et à la gauche; elle a pris naissance avec
l'absurde aspiration de Harold Macmillan, reprise ultérieurement par Harold Wilson, à
voir la Grande-Bretagne jouer d'une certaine façon l'Athènes à l'égard de la Rome
américaine.
L'idée répandue était que l'Amérique était ce gros balourd gaffeur et que nous
étions ces penseurs éminemment raffinés et profonds.
C'est précisément la même attitude qui inspire les froncements de sourcils et les
commentaires condescendants de ces dîners où s'exprime l'opinion de gauche. Ils sont
tellement naïfs, disent les bien-pensants, tellement innocents. Et l'on ne peut que
regretter que cela les conduise à commettre des actes si terribles.
A vrai dire, j'ai passé beaucoup de temps parmi l'intelligentsia américaine; j'ai été
profondément impressionné et ramené à plus de modestie. Ils sont, à n'en pas douter,
les personnes les mieux formées, les plus cultivées et les plus intelligentes au monde.
Ils sont
aussi les plus humains. Il y a 30 et quelques universités américaines où nos meilleurs
et plus brillants éléments devraient lutter pour rester à la hauteur. Du reste, comment
pouvons-nous être assez abrutis pour accuser de bêtise, sans parler de naïveté, la
nation de Updike, Bellow, Roth, DeLillo, Ashbery, Dylan, Terence Malyk, des Simpsons, de
Martin Scorsese et Francis Ford Coppola?
Les racines en sont évidentes. Nous désirons que la brute soit épaisse pour la même
raison que nous voulons que le magnifique mannequin soit stupide. Nous ne pouvons
supporter l'idée que quelqu'un puisse avoir force ou beauté en sus d'un cerveau.
A vrai dire, l'accusation de stupidité est partiellement alimentée par une des formes
les plus curieuses d'antiaméricanisme:
l'antiaméricanisme américain. Il y a toujours eu, au sein des Etats-Unis, des élites
cultivés de la Côte Est et de la Côte Ouest pour prendre au sérieux le reproche de
bêtise et se sentir obligées de s'excuser pour l'embarras que leur causent les masses
mal dégrossies du Midwest ou du Sud profond.
Au mieux, cela produit la brillante satire de Randy Newman; au pire, l'affectation
mandarinale et europhile d'un Gore Vidal. Les masses leur rendent la pareille avec leur
propre forme d'antiaméricanisme, une haine des élites. Le Révérend Jerry Falwell a
déjà fait cause commune avec les terroristes en attribuant l'origine de l'attaque aux
"païens, avorteurs, féministes, homosexuels et lesbiennes". Pour Falwell,
l'Amérique moderne est réellement le Grand Satan.
C'est cependant l'antiaméricanisme moyen-oriental qui est le sujet brûlant. Là encore
les beaux parleurs occidentaux manifestent leur profonde incompréhension. Tout se ramène
pour eux à la question israélienne - en apparence un cas patent de brutalité exercée
par procuration pour le compte de l'Amérique - et à celle du pétrole, une illustration
flagrante de cupidité l'emportant sur toutes les autres considérations humaines.
En réalité, l'Amérique a toujours eu davantage d'alliés que d'ennemis dans la région,
encore que - s'agissant du Moyen Orient - les alliés deviennent des ennemis et
inversement avec une stupéfiante rapidité. Dans les années 50 et 60, les Etats-Unis et
leurs alliés se sont employés à renverser le pouvoir arabe laïque et nationaliste du
président Nasser d'Egypte, en soutenant des groupes islamistes. Une bonne idée, une
mauvaise tactique. De pro-américains ces groupes sont devenus antiaméricains. Le
résultat non souhaité fut la destruction plus ou moins complète du nationalisme et la
création de puissants mouvements religieux, ce qui désormais pèse sur la politique
arabe.
Israël s'inscrit pour partie mais non complètement dans ce paysage. L'islamisme lui
attribue une part plus large en raison de la vieille inimitié remontant à l'histoire de
la trahison du Prophète par les tribus juives et, plus récemment, à la défaite et à
l'expulsion des Maures de l'Europe chrétienne.
Dans ce contexte, les "faucons" arabes voient Israël comme le fer de lance
d'une nouvelle offensive chrétienne contre le monde islamique. Même sans Israël,
l'idée d'une telle offensive conserverait encore un pouvoir d'évocation puissant.
Ceux qui soutiennent que le 11 septembre n'aurait pas eu lieu si l'Amérique avait retiré
son soutien à Israël, sont presque à coup sûr dans l'erreur. Israël n'occupe même
pas l'avant-plan de l'imagination meurtrière de Bin Laden. En fait, les Palestiniens se
sont plaints d'être les cadets de ses soucis. Pour Bin Laden et pour nombre de musulmans
modérés, le tournant a été la guerre du Golfe en 1990-1991.
"Contrairement à la croyance populaire, ce fut là véritablement le premier
déploiement de la puissance militaire américaine dans la région", dit le Dr. Clive
Jones de l'université de Leeds. "Cela s'est produit en Arabie Saoudite, un pays
comptant les plus hauts lieux saints de l'Islam, la Mecque et Médine. Ceci a engendré
une nouvelle forme d'antiaméricanisme qui ne peut en aucun cas être rattachée à
Israël".
Israël passe en second aux yeux de ces récents et plus féroces antiaméricains. Le
crime suprême est le blasphème contre le sol islamique le plus sacré. Une photo
largement répandue de deux femmes Gis dans une jeep, chemises déboutonnées jusqu'à la
taille, conduisant à travers le désert arabique, a suffi à enflammer la sensibilité de
milliers de fervents musulmans et à précipiter les plus instables d'entre eux dans les
bras des extrémistes. Ils tenaient là une bonne raison, mais aucune qui puisse justifier
le meurtre. L'Islam, dans ses fondements, est une foi aussi pacifique que le
christianisme.
La vérité au sujet de la guerre du Golfe est que les Américains ont sauvé un état
arabe, le Koweït, des griffes de Saddam Hussein, l'oppresseur le plus féroce de la
région. On les aurait tout aussi sûrement condamnés pour ne pas l'avoir fait qu'on les
condamne aujourd'hui pour l'avoir fait. A l'heure actuelle, ils sont aussi fustigés par
l'intelligentsia pour la pression qu'ils maintiennent sur Saddam. Ces beaux parleurs
savent-ils ce à quoi s'emploie encore Saddam? Moi je le sais et je suis du côté des
Américains.
Bien sûr l'Amérique a commis de terribles erreurs au Moyen Orient. Bien des rancoeurs
auraient pu être évitées et peuvent encore l'être par un règlement humain de la
question palestinienne. Mais l'Amérique s'est efforcée, en règle générale, de bien
faire, toujours avec le concours de larges pans, si pas de la majorité, de la population
arabe. Comme le disait Winston Churchill, les Américains finissent habituellement par
faire la bonne chose, après avoir épuisé toutes les alternatives.
L'antiaméricanisme est néanmoins devenu le réflexe primaire de toute une région. C'est
là le résultat d'une manipulation cynique par des gouvernements arabes - ce qui est tout
à fait consternant - et des extrémistes qui souhaitent relancer une guerre de
civilisations médiévale entre la chrétienté et l'Islam.
Tel est l'antiaméricanisme servant de source d'informations aux ignorants convives
occidentaux qui, dans leur douillette stupidité, feignent d'avoir plus en commun avec des
théocrates fanatiques qu'avec le pays des Simpsons et de John Updike.
Le pire de tout est peut-être la profonde inanité de cette réaction malveillante. En
vérité, il y a peu à dire au sujet de l'attaque contre l'Amérique. Nos
"penseurs" sont piégés dans une histoire qu'ils ne comprennent pas. Ils ne
peuvent appréhender un conflit mondial que comme une série de confrontations entre des
idéologies humanistes concurrentes, selon toute apparence capitalisme et communisme. Mais
dans le cas présent, c'est différent. Il s'agit d'une confrontation entre la
civilisation et une sauvagerie atavique qui n'a pas de temps pour les délicatesses du
mode de vie que nous avons, à grand prix, construit. Incapables de s'en apercevoir,
l'intelligentsia doit trouver quelque chose à dire.
"Ce n'est pas pour rien qu'on les appelle les intellos", constate Brogan. Dès
lors ils blâment la victime. C'est un spectacle à briser le coeur que celui d'un
égarement virant à la sauvagerie. Qu'a fait de mal l'Amérique? Dans les journées qui
ont suivi le 11 septembre, son président et sa population n'ont rien fait d'autre que
d'afficher dignité et retenue. Bush va se déchaîner, affirmaient les intellos.
Mais il ne l'a pas encore fait. Bush est un rustaud maladroit, ricanaient-ils. Mais ce
n'est pas le cas. Même CNN, habituellement un tumulte incompréhensible d'événements
non digérés, a montré maîtrise et calme, sans aucune trace de préjugé, de
xénophobie ou d'émotion creuse.
La civilisation? Elle se trouve exactement à 3.000 miles à l'ouest de l'endroit d'où
j'écris et une partie d'elle est en ruines. J'aurais aimé qu'elle fût plus proche.
J'en ai assez de l'ingratitude geignarde de ma génération, de son dégoût obstiné et
infantile pour cette grande, remuante, drôle et infiniment intelligente nation qui nous a
si souvent sauvés de nous-mêmes. Mais je suis réconforté par une chose qu'a dite ma
fille de 19 ans: "L'Amérique a toujours été magique pour nous, nous ne comprenons
pas pourquoi vous tous la haïssez autant".
L'antiaméricanisme n'a jamais été justifié et j'espère qu'il ne le sera jamais. Bien
sûr, il y a un temps pour la critique, la satire et même l'agression verbale. Mais ce
n'est pas le cas maintenant. C'est le moment de nous poser une question tellement simple
qu'elle en devient presque embarrassante, une question qui devrait faire taire les
crétins de Question Time, les intellos ricanants et les nostalgiques de la guerre froide,
une question si élémentaire, si fondamentale, si transparente qu'à force de nous
prélasser dans nos salons, nous en avions oublié qu'elle pouvait même être posée.
Alors faites-y face, répondez-y, dressez-vous et comptez-vous.
De quel côté êtes-vous vraiment?
© 2001 The Sunday Times, 23 Septembre, 2001.
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