{"id":10115,"date":"2016-01-20T00:17:19","date_gmt":"2016-01-20T00:17:19","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=10115"},"modified":"2016-01-20T00:55:13","modified_gmt":"2016-01-20T00:55:13","slug":"averroes-ibn-rushd-et-lislam-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/averroes-ibn-rushd-et-lislam-des-lumieres\/","title":{"rendered":"Averro\u00e8s (Ibn Rushd) et l&rsquo;islam des Lumi\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><header> <\/header>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tAverro&egrave;s (Ibn Rushd) et l&#39;islam des Lumi&egrave;res<\/p>\n<\/div>\n<div data-beacon=\"&quot;floating_share&quot;}}\" id=\"float_tracker\">\n<menu id=\"social_badges\">\n<section>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/section>\n<\/menu>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"mainentrycontent\">\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\tPour le citoyen moyen qui regarde la t&eacute;l&eacute;vision, lit les journaux et\/ou &eacute;coute la radio, la question de l&#39;existence, pass&eacute;e ou future, d&#39;un islam des Lumi&egrave;res, d&#39;une religion musulmane &eacute;clair&eacute;e, se pose avec acuit&eacute;. La r&eacute;ponse &agrave; cette question br&ucirc;lante est n&eacute;cessaire, voire urgente, si l&#39;on veut barrer la route &agrave; la diffusion de rumeurs qui d&eacute;clarent cette religion ennemie de la paix et incompatible avec une sp&eacute;culation philosophique normale.<\/p>\n<p>\n\t\tIbn Rushd, Averro&egrave;s de son nom latin, reste l&#39;incarnation m&ecirc;me de l&#39;esprit philosophique en islam. Mort en 1198, il prolongea toute une lign&eacute;e de&nbsp;falasifa, c&#39;est-&agrave;-dire d&#39;authentiques penseurs rationalistes qui assur&egrave;rent le d&eacute;veloppement d&#39;un legs spirituel gr&eacute;co-musulman. Il ne s&#39;agit pas ici de tresser, sans discernement, des couronnes &agrave; je ne sais quel esprit ou tendance qui n&#39;aurait exist&eacute; que dans l&#39;imaginaire de ses z&eacute;l&eacute;s concepteurs. Un islam des Lumi&egrave;res a bel et bien exist&eacute; au Moyen &Acirc;ge. Certes, il fut confin&eacute; &agrave; une religion des &eacute;lites et n&#39;a jamais pu gagner le c&oelig;ur des gens simples. Mais il a exist&eacute; et rien ne permet de dire qu&#39;il est mort et enterr&eacute;&nbsp;ad vitam aeternam. Des raisons politiques pr&eacute;cises, inh&eacute;rentes &agrave; l&#39;ancienne cit&eacute; musulmane, expliquent sa longue &eacute;clipse &agrave; travers l&#39;histoire intellectuelle europ&eacute;enne et l&#39;histoire des religions compar&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;int&eacute;r&ecirc;t d&#39;Averro&egrave;s pour la sp&eacute;culation philosophique hell&eacute;nique, donc pa&iuml;enne et polyth&eacute;iste, ne s&#39;est jamais d&eacute;menti, m&ecirc;me si ce grand inspirateur du legs intellectuel gr&eacute;co-musulman a d&ucirc; concilier deux imp&eacute;ratifs contradictoires: la fid&eacute;lit&eacute; &agrave; une tradition religieuse r&eacute;v&eacute;l&eacute;e et un amour, parfois jug&eacute; immod&eacute;r&eacute; ou d&eacute;raisonnable, pour la philosophie d&#39;Aristote. Cette situation ne fut pas unique en son genre puisqu&#39;en chr&eacute;tient&eacute; et dans le juda&iuml;sme, d&#39;autres grands ma&icirc;tres (Albert le Grand, Thomas d&#39;Aquin) furent confront&eacute;s au m&ecirc;me dilemme.<\/p>\n<p>\n\t\tVoici une citation qui nous aide &agrave; bien comprendre l&#39;int&eacute;r&ecirc;t majeur que la philosophie aristot&eacute;licienne, donc non-monoth&eacute;iste et ignorant tout de la notion m&ecirc;me de R&eacute;v&eacute;lation divine, rev&ecirc;tait aux yeux de ce philosophe arabo-andalou:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t&quot;Nous adressons des louanges sans fin &agrave; celui (Dieu) qui a distingu&eacute; cet homme (Aristote) par la perfection et qui l&#39;a plac&eacute; seul au plus haut degr&eacute; de la sup&eacute;riorit&eacute; humaine, auquel aucun homme dans aucun si&egrave;cle n&#39;a pu arriver. C&#39;est &agrave; lui que Dieu a fait allusion en disant: cette sup&eacute;riorit&eacute;, Dieu l&#39;accorde &agrave; qui il veut.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tEt voici Aristote promu, sur la foi d&#39;un verset du Coran, au rang d&#39;un &eacute;lu de Dieu en personne, lui qui n&#39;&eacute;tait qu&#39;un Grec polyth&eacute;iste.<\/p>\n<p>\n\t\tC&#39;est dans un fameux trait&eacute; intitul&eacute;&nbsp;Trait&eacute; d&eacute;cisif&nbsp;que l&#39;auteur va exposer sa th&eacute;orie des relations entre la philosophie et la religion dans un esprit d&#39;ouverture et de dialogue des cultures, d&eacute;j&agrave; au XIIe si&egrave;cle. Il faut dire qu&#39;il avait de qui tenir puisque son mentor Ibn Tufayl, qui l&#39;avait pr&eacute;sent&eacute; au calife &agrave; Marrakech, &eacute;tait l&#39;auteur de l&#39;&eacute;p&icirc;tre du Hayy ibn Yaqzan dont il fut question dans ces colonnes &agrave; la fin du mois de d&eacute;cembre. Cet accord entre la religion et la philosophie (d&#39;essence occidentale) a donc pr&eacute;exist&eacute; dans l&#39;islam m&eacute;di&eacute;val, quelques g&eacute;n&eacute;rations avant qu&#39;il ne s&#39;installe en milieu chr&eacute;tien. Les premiers &agrave; tenir un discours rationnel en mati&egrave;re religieuse furent donc deux adeptes de ce qu&#39;on nommerait aujourd&#39;hui l&#39;islam des Lumi&egrave;res. Averro&egrave;s divise le genre humain et la communaut&eacute; des croyants en trois classes r&eacute;pondant &agrave; des arguments rationnels et philosophiques, aux arguments dialectiques (les th&eacute;ologiens) et aux arguments persuasifs (les pr&eacute;dicateurs religieux). Une telle hardiesse ne manqua pas d&#39;attirer &agrave; Averro&egrave;s quelques ennuis vers la fin de sa vie. Voici ce qu&#39;il dit au sujet de son intention:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t&quot;Notre but dans ce trait&eacute; est d&#39;examiner du point de vue de la sp&eacute;culation religieuse si l&#39;&eacute;tude de la philosophie et des sciences logiques est permise, d&eacute;fendue par la loi religieuse ou bien prescrite par elle, soit &agrave; titre m&eacute;ritoire, soit &agrave; titre obligatoire.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tPour Averro&egrave;s, la philosophie a pour but l&#39;&eacute;tude de l&#39;univers afin de parvenir &agrave; la connaissance de son cr&eacute;ateur, Dieu. Or la loi religieuse ordonne de s&#39;instruire par la contemplation de l&#39;univers. Partant de l&agrave;, la loi religieuse ordonne aussi l&#39;&eacute;tude de la philosophie. Celle-ci est donc soit m&eacute;ritoire, soit obligatoire de par la loi divine. Averro&egrave;s cite &agrave; cet effet deux versets du Coran (88;17-18).<\/p>\n<p>\n\t\tVoici quelques textes faisant de l&#39;&eacute;tude de la philosophie une obligation, lorsque la loi religieuse ou divine nous ordonne d&#39;appliquer la r&eacute;flexion et la raison pour &eacute;lucider les myst&egrave;res de l&#39;univers. Tacticien consomm&eacute;, Averro&egrave;s &eacute;crit:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t&quot;Ce qui sera conforme &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, nous le recevrons d&#39;eux (les Grecs) avec joie et reconnaissance. Ce qui ne sera pas conforme &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, nous le signalerons pour qu&#39;on s&#39;en garde, tout en les excusant.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tC&#39;est le meilleur argument en faveur du dialogue des cultures, l&#39;affirmation de l&#39;universalit&eacute; de la v&eacute;rit&eacute;, transcendant toutes les barri&egrave;res de la langue, de la religion et des mentalit&eacute;s. Averro&egrave;s souligne qu&#39;on ne saurait interdire la sp&eacute;culation philosophique au motif qu&#39;elle provoque parfois des erreurs, pas plus qu&#39;on est habilit&eacute; &agrave; interdire &agrave; un homme assoiff&eacute; de se d&eacute;salt&eacute;rer pour la seule raison que d&#39;autres se sont noy&eacute;s dans de l&#39;eau. Car, correctement interpr&eacute;t&eacute;e, la religion n&#39;est jamais en d&eacute;saccord avec la philosophie puisque &quot;la v&eacute;rit&eacute; ne saurait contredire &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, elle s&#39;accorde avec elle et t&eacute;moigne en sa faveur&quot;. C&#39;est ici qu&#39;Averro&egrave;s fait intervenir l&#39;id&eacute;e de la dualit&eacute; du sens du Coran. Il y a un sens obvie ou apparent, et un sens cach&eacute; ou profond, auquel on parvient par l&#39;interm&eacute;diaire de l&#39;ex&eacute;g&egrave;se spirituelle.<\/p>\n<p>\n\t\tIl est un autre verset coranique (3;5), d&#39;importance capitale pour notre propos, et sur lequel Averro&egrave;s s&#39;appuie pour montrer que le recours &agrave; l&#39;ex&eacute;g&egrave;se et aux ma&icirc;tres de celle-ci est parfaitement l&eacute;gitime:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t&quot;C&#39;est lui qui t&#39;a r&eacute;v&eacute;l&eacute; le livre dont certains versets sont clairs et positifs et constituent la m&egrave;re du livre et d&#39;autres sont ambigus. Ceux qui ont dans le c&oelig;ur une propension &agrave; l&#39;erreur s&#39;attachent &agrave; ce qui s&#39;y trouve d&#39;ambigu par amour de la s&eacute;dition et par d&eacute;sir d&#39;interpr&eacute;ter ces textes. Or nul n&#39;en conna&icirc;t l&#39;interpr&eacute;tation si ce n&#39;est Dieu et les hommes de science profonde. Ils disent: nous y croyons, tout cela vient de notre Seigneur. Car nul ne r&eacute;fl&eacute;chit si ce n&#39;est ceux qui sont dou&eacute;s d&#39;intelligence.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tPour quelle raison le Seigneur ne s&#39;est-il pas exprim&eacute; plus simplement dans ses oracles? C&#39;est que, r&eacute;pond Averro&egrave;s, la masse des hommes n&#39;acquiesce qu&#39;aux arguments d&#39;exhortation:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t&quot;Dieu a fait &agrave; ceux de ses serviteurs qui n&#39;ont aucun acc&egrave;s &agrave; la d&eacute;monstration la gr&acirc;ce de leur donner de ces choses trop abstruses des figures et des symboles, et il les a invit&eacute;s &agrave; donner leur assentiment &agrave; ces figures car ces figures peuvent obtenir l&#39;assentiment au moyen des preuves accessibles &agrave; tous. Je veux dire les preuves dialectiques et les preuves oratoires. C&#39;est la raison pour laquelle la loi divine se divise en &eacute;sot&eacute;rique et en exot&eacute;rique. L&#39;exot&eacute;rique, ce sont ces figures employ&eacute;es comme symboles des intelligibles, et l&#39;&eacute;sot&eacute;rique, ce sont ces intelligibles qui ne se r&eacute;v&egrave;lent qu&#39;aux hommes de d&eacute;monstration.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tOn le voit, l&#39;islam des Lumi&egrave;res a exist&eacute; et peut ressusciter. Gageons que dans son sillage na&icirc;tra aussi enfin un islam de paix.<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.huffingtonpost.fr\/mauriceruben-hayoun\/\" rel=\"author\">Maurice-Ruben Hayoun<\/a><\/p>\n<p>\n\t\tSp&eacute;cialiste de la philosophie m&eacute;di&eacute;vale<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Averro&egrave;s (Ibn Rushd) et l&#39;islam des Lumi&egrave;res &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Pour le citoyen moyen qui regarde la t&eacute;l&eacute;vision, lit les journaux et\/ou &eacute;coute la radio, la question de l&#39;existence, pass&eacute;e ou future, d&#39;un islam des Lumi&egrave;res, d&#39;une religion musulmane &eacute;clair&eacute;e, se pose avec acuit&eacute;. 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