{"id":10163,"date":"2015-02-02T00:47:28","date_gmt":"2015-02-02T00:47:28","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=10163"},"modified":"2015-02-01T20:50:49","modified_gmt":"2015-02-01T20:50:49","slug":"les-roses-de-lariana-un-livre-dalbert-naccache","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-roses-de-lariana-un-livre-dalbert-naccache\/","title":{"rendered":"\u201cLes roses de l\u2019Ariana\u201d, un livre d\u2019Albert Naccache"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t<font color=\"#666666\"><span style=\"font-size: 14.3999996185303px; line-height: 24.4799995422363px;\"><u>&ldquo;Les roses de l&rsquo;Ariana&rdquo;, un livre d&rsquo;Albert Naccache<\/u><\/span><\/font><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tN&eacute; dans dans une famille tunisienne juive qui habitait le quartier de l&rsquo;Ariana, Albert Naccache d&eacute;roule ici ses souvenirs d&rsquo;enfance et de jeunesse, dans une Tunis qui &eacute;tait alors multiconfessionnelle et multi-culturelle.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t&ldquo;Les grands-parents&rdquo;; &ldquo;Les voisins&rdquo;; &ldquo;Le th&eacute;&acirc;tre de la rue&rdquo;; &ldquo;La tribu&rdquo;; &ldquo;Les croyances&rdquo;; &ldquo;L&rsquo;&eacute;cole et les loisirs&rdquo;; etc&#8230;: les chapitres sont autant de plong&eacute;es au coeur du quotidien d&rsquo;une famille ordinaire, dont l&rsquo;exil &eacute;tendra les branches jusqu&rsquo;en France, en Isra&euml;l, et ailleurs&#8230;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\tExtrait, tir&eacute; du chapitre &ldquo;Paroles et musiques&rdquo;, qui dit, mieux que mille conf&eacute;rences savantes ou d&eacute;clarations politiques tonitruantes, l&rsquo;&eacute;troite proximit&eacute; des cultures arabe et juive &agrave; une &eacute;poque o&ugrave;, &agrave; Tunis comme dans d&rsquo;autres villes arabes, culture et langue &eacute;taient m&eacute;tiss&eacute;es&#8230;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t&ldquo;L&rsquo;arabe parl&eacute; tunisois avait quant &agrave; lui fait de nombreux emprunts &agrave; l&rsquo;italien. En voici quelques exemples:&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t-&ldquo;bakou&rdquo; &#8211; paquet &#8211; de pacco&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t-&ldquo;banka&rdquo; &#8211; banque &#8211; de banca&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t-&ldquo;blousa&rdquo; &#8211; robe &#8211; de blusa&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t-&ldquo;brima&rdquo; &#8211; excellent &#8211; de prima&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t-&ldquo;boumada&rdquo; &#8211; pommade &#8211; de pomata.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t&#8230;&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tet tant d&rsquo;autres mots, si nombreux qu&rsquo;on ne peut les citer tous.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\tLe turc transmit &agrave; l&rsquo;arabe tunisois tout le jargon administratif mais surtout la c&eacute;l&egrave;bre &ldquo;brick&rdquo; &#8211; de &ldquo;boreka&rdquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\tLes Juifs parlaient le jud&eacute;o-arabe qui est tr&egrave;s proche de l&rsquo;arabe tunisois et qui s&rsquo;&eacute;crit avec l&rsquo;alphabet h&eacute;breu qu&rsquo;ils connaissaient. Ils savaient l&rsquo;h&eacute;breu qui est une langue s&eacute;mitique tr&egrave;s proche de l&rsquo;arabe.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tDe nombreuses racines verbales et de nombreux termes du vocabulaire sont identiques dans les deux langues. Ainsi la principale pri&egrave;re juive &ldquo; Sh&eacute;ma Isra&euml;l &#8211; Ecoute Isra&euml;l&rdquo; &#8211; peut &ecirc;tre comprise par une personne parlant l&rsquo;arabe et n&rsquo;ayant jamais &eacute;tudi&eacute; l&rsquo;h&eacute;breu.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLes Juifs s&rsquo;exprimaient aussi en italien et en fran&ccedil;ais.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tAvant 1880, dans une ville o&ugrave; toutes ces langues se parlaient et o&ugrave; chacun &eacute;tait polyglotte, le fran&ccedil;ais n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;une langue parl&eacute;e parmi d&rsquo;autres.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tMais le Protectorat fran&ccedil;ais, convaincu de la p&eacute;rennit&eacute; de sa pr&eacute;sence, fit le choix &eacute;ducatif d&rsquo;imposer la langue fran&ccedil;aise au d&eacute;triment de toutes les autres.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tL&rsquo;usage de l&rsquo;italien devant reculer pour des raisons politiques, il fallait int&eacute;grer les minorit&eacute;s sous la banni&egrave;re du fran&ccedil;ais.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLa langue et la culture arabes &eacute;taient m&eacute;pris&eacute;es.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLa France tenta ainsi de mettre fin &agrave; une culture m&eacute;tisse et s&eacute;culaire.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\tMais quelle langue parlions-nous?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\tPour les enfants, le fran&ccedil;ais &eacute;tait la langue maternelle, la seule langue enseign&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, comme dans n&rsquo;importe quelle &eacute;cole de m&eacute;tropole.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tA la maison aussi, le fran&ccedil;ais &eacute;tait la langue courante. Les enfants d&eacute;consid&eacute;raient la langue arabe et le jud&eacute;o-arabe qui &eacute;taient parl&eacute;s par les juifs &acirc;g&eacute;s ou peu instruits.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tPourtant, nous f&ucirc;mes pi&eacute;g&eacute;s par la langue de l&rsquo;Ariana. Car nous appr&icirc;mes aussi l&rsquo;h&eacute;breu au &ldquo;kouttab&rdquo; &#8211; &eacute;cole rabbinique &#8211; et l&rsquo;arabe dans la rue.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tNotre parler &eacute;tait color&eacute;, d&eacute;form&eacute;, ouvert &agrave; toutes les origines.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tNotre langage se musclait lorsque deux groupes de garnements se heurtaient. Tout le r&eacute;pertoire des insultes et des grossi&egrave;ret&eacute;s &eacute;tait d&eacute;bit&eacute; en trois versions originales et simultan&eacute;es: fran&ccedil;aise, arabe et italo-sicilienne.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLe fran&ccedil;ais que nous parlions s&rsquo;&eacute;tait adapt&eacute; &agrave; nous, &agrave; notre accent et de nombreuses expressions et locutions &eacute;taient directement traduites de l&rsquo;arabe, comme &ldquo;avancez en avant&rdquo;, &ldquo;montez en haut&rdquo;&#8230;&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tMalgr&eacute; les efforts et la vigilance de nos braves instituteurs m&eacute;tropolitains, nous conservions un d&eacute;ficit linguistique. Nous disions &ldquo;une&rdquo; avion, et &ldquo;inflammables&rdquo; pour ininflammables, les filles &eacute;taient &ldquo;mal&eacute;levaises&rdquo; et l&rsquo;on utilisait un &ldquo;essuie-mains des pieds&rdquo;&#8230;&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLes enfants pensaient en fran&ccedil;ais, les parents souvent en fran&ccedil;ais et les grands-parents plut&ocirc;t en arabe.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLes deux langues coexistaient harmonieusement et se substituaient selon des r&egrave;gles subtiles.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tL&rsquo;utilisation simultan&eacute;e des deux langues lors d&rsquo;une conversation entre deux adultes juif et musulman se faisait par courtoisie, ainsi: le juif parlait arabe et le musulman parlait fran&ccedil;ais.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLes adultes, selon le sujet abord&eacute;, utilisaient tant&ocirc;t le fran&ccedil;ais, tant&ocirc;t l&rsquo;arabe, indiff&eacute;remment.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tCependant malgr&eacute; la place essentielle prise par le fran&ccedil;ais et sans que nous en ayons conscience, notre culture devint triple et m&eacute;tisse.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tNous comprenions ou parlions l&rsquo;arabe sans l&rsquo;avoir appris &agrave; l&rsquo;&eacute;cole. L&rsquo;arabe et l&rsquo;h&eacute;breu faisaient partie de notre &ecirc;tre le plus intime. Beaucoup plus tard, en &eacute;tudiant la Bible en h&eacute;breu, j&rsquo;y ai retrouv&eacute; de tr&egrave;s nombreux mots et racines arabes entendus pendant mon enfance et jamais oubli&eacute;s.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tJ&rsquo;ai compris ainsi &agrave; quel point les cultures arabe et juive sont proches et je me suis souvenu de l&rsquo;&eacute;pisode racont&eacute; par saint Augustin qui, six si&egrave;cles apr&egrave;s l&rsquo;occupation de Carthage par Rome, &eacute;tait oblig&eacute; de se faire accompagner par un interpr&egrave;te parlant le punique, autre langue soeur de l&rsquo;h&eacute;breu, pour s&rsquo;adresser aux paysans carthaginois.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t(&#8230;)&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tL&rsquo;arabe &eacute;tait aussi la langue de l&rsquo;intimit&eacute; familiale.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tJ&rsquo;entendais ma m&egrave;re chanter en arabe cette complainte, en faisant le m&eacute;nage:&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t&ldquo;Ya ommi hanana ech amelt ana?&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tkouleya tzouzou m&eacute;ka&rsquo;dt ken ana!&rdquo;&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tO ma m&egrave;re ch&eacute;rie, qu&rsquo;ai-je donc fait?&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tToutes se sont mari&eacute;es, sauf moi!&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\tComme tous les enfants j&rsquo;adorais les comptines, que je comprenais &agrave; peine, chant&eacute;es par ma m&egrave;re. Celle de &ldquo;khnifcha ya khnifcha&rdquo; &#8211; Petit cafard &Ocirc; petit cafard &#8211; ou celle de la souris &ldquo;far&rdquo; qui, &agrave; petits pas, allait jusqu&rsquo;&agrave; la porte de la maison &#8211; &ldquo;bab el dar&rdquo; &#8211; du juge &ldquo;cadi&rdquo;.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tCes comptines s&rsquo;accompagnaient de chatouilles qui mimaient le cheminement du cafard ou de la souris. Elles se terminaient dans un immense &eacute;clat de rire.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tL&rsquo;arabe &eacute;tait surtout la langue de la protection de l&rsquo;affection et de l&rsquo;amour.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t&ldquo;brokht&rsquo;ellah&rdquo; &#8211; b&eacute;n&eacute;diction d&rsquo;Allah &#8211; lorsqu&rsquo;une personne rotait &agrave; la fin du repas; dans le cadre d&rsquo;une culture o&ugrave; le rot et le pet &eacute;taient des conduites admises.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tNos m&egrave;res disposaient de tout un ensemble de formules magiques pour nous prot&eacute;ger de tous les dangers:&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t&ldquo;Smalla&rdquo; pour &ldquo;Bismillah&rdquo; ou &ldquo;Rebbi meaak&rdquo; &#8211; Dieu est avec toi &#8211; lorsqu&rsquo;on &eacute;tait victime d&rsquo;un acc&egrave;s de toux.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tIl y avait le rituel des &eacute;ternuements car l&rsquo;&acirc;me pouvait s&rsquo;&eacute;chapper avec la brusque expulsion d&rsquo;air par le nez et la bouche.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tAu premier &eacute;ternuement, les personnes pr&eacute;sentes disent:&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t-&ldquo;T&rsquo;a&iuml;ch&rdquo; que tu vives.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLa personne qui &eacute;ternue r&eacute;pond:&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t&#8211; &ldquo;I&rsquo;a&iuml;chek&rdquo; &#8211; que Dieu te fasse vivre.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tau deuxi&egrave;me &eacute;ternuement:&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t&#8211; &ldquo;Tfouz&rdquo; &#8211; que tu prosp&egrave;res.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tau troisi&egrave;me:&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t&#8211; &ldquo;Towli Arouss&rdquo; &#8211; que tu te maries&#8230;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\tCette coutume s&rsquo;est maintenue dans de nombreuses familles tunisiennes &agrave; Paris.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLa main de Fatma et le poisson nous prot&eacute;geaient de tout danger potentiel. &ldquo;Khamsah ou Khemis ala ouldi&rdquo; &#8211; Cinq et cinq sur mon fils &#8211; et &ldquo;Bel hout ala ouldi&rdquo; &#8211; Avec du poisson sur mon fils &#8211; qui ont donn&eacute; la version fran&ccedil;aise abr&eacute;g&eacute;e: Les cinq et les poissons &#8211; que l&rsquo;on entend parfois &agrave; Belleville ou &agrave; Juan les Pins.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tNos m&egrave;res acceptaient parfois de s&rsquo;offrir en sacrifice pour nous prot&eacute;ger:&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\t&ldquo;Men ya&iuml;ch &lsquo;ala ouldi&rdquo; &ldquo;Rani ndour alick&rdquo;&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tCes deux expressions qui se traduisent par &#8211; que je parte en sacrifice pour mon fils &#8211; signifiaient pour nous &ldquo;mon pauvre ch&eacute;ri&rdquo;.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tEt au-del&agrave; de ces formules incantatoires, la plus belle des expressions &eacute;tait pour moi le &ldquo;Ya omri&rdquo; &#8211; mon amour, ma vie &#8211; que pronon&ccedil;ait ma m&egrave;re&rdquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\tExtrait de Albert Naccache,&nbsp;Les roses de l&rsquo;Ariana&nbsp;, Editions Cheminements, 2010&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tContact:&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.babelmed.net\/moniquenaccache@orange.fr\">moniquenaccache@orange.fr&nbsp;<\/a><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &ldquo;Les roses de l&rsquo;Ariana&rdquo;, un livre d&rsquo;Albert Naccache &nbsp; N&eacute; dans dans une famille tunisienne juive qui habitait le quartier de l&rsquo;Ariana, Albert Naccache d&eacute;roule ici ses souvenirs d&rsquo;enfance et de jeunesse, dans une Tunis qui &eacute;tait alors multiconfessionnelle et multi-culturelle.&nbsp; &ldquo;Les grands-parents&rdquo;; &ldquo;Les voisins&rdquo;; &ldquo;Le th&eacute;&acirc;tre de la rue&rdquo;; &ldquo;La tribu&rdquo;; &ldquo;Les 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