{"id":1021,"date":"2012-07-18T03:37:57","date_gmt":"2012-07-18T03:37:57","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1021"},"modified":"2012-07-21T00:06:22","modified_gmt":"2012-07-21T00:06:22","slug":"la-grosse-pierre-et-le-vieux-caroubier-par-sylvain-benattar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-grosse-pierre-et-le-vieux-caroubier-par-sylvain-benattar\/","title":{"rendered":"La grosse pierre et le vieux caroubier, par Sylvain Benattar"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;<u>La grosse pierre et le vieux caroubier<\/u><\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>C<\/strong>omme toutes les histoires extraordinaires, celle-ci m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre connue.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>C<\/strong>&rsquo;&eacute;tait il y a bien longtemps, bien avant qu&rsquo;un certain <strong>J<\/strong>ules <strong>G<\/strong>r&eacute;vy&nbsp; ne sign&acirc;t un c&eacute;l&egrave;bre &laquo;&nbsp;Trait&eacute;&nbsp;&raquo; l&rsquo;autorisant &agrave; s&rsquo;interposer en protecteur&nbsp;dans cette contr&eacute;e &laquo;&nbsp;inexplor&eacute;e&nbsp;&raquo; de l&rsquo;autre cot&eacute; de la mer,&nbsp; au c&oelig;ur d&rsquo;un tout petit village, bord&eacute; de collines et de champs d&rsquo;oliviers, proche de la grande M&eacute;dina,&nbsp; vivait une modeste famille juive, dans une spacieuse maison traditionnelle blanchie &agrave; la chaux o&ugrave; r&eacute;sidaient &eacute;galement dans une harmonie de tol&eacute;rance et de respect mutuel, plusieurs autres familles arabes simples, croyantes et laborieuses.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>L<\/strong>e propri&eacute;taire de cette maison s&rsquo;appelait <strong>H<\/strong>attab <strong>b<\/strong>en <strong>M<\/strong>azri el <strong>K<\/strong>outteiri, p&egrave;re de nombreux enfants, riche cultivateur grand et jovial qui tortillait ses &eacute;normes moustaches avec fiert&eacute; et en toutes circonstances, ne manquait jamais de saluer ses locataires avec chaleur en se r&eacute;jouissant que tout se passe bien et que les probl&egrave;mes de coexistence &eacute;taient rares entre eux. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>E<\/strong>galement propri&eacute;taire de nombreux oliviers, il habitait &agrave; la lisi&egrave;re du village juste &agrave; cot&eacute; du vieux caroubier dont il disait qu&rsquo;il avait &eacute;t&eacute; plant&eacute; par le p&egrave;re de son grand-p&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>A<\/strong> cet endroit, se trouvait une &eacute;norme pierre patin&eacute;e par le temps qui servait &agrave; la fois de &laquo;&nbsp;fronti&egrave;re&nbsp;&raquo; et de lieu de repos.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>M<\/strong>ardouk <strong>b<\/strong>en <strong>S<\/strong>himon &eacute;tait un petit artisan vif et actif qui subsistait avec plus ou moins de r&eacute;ussite de sa petite &eacute;choppe sur la place du march&eacute; de terre-battue o&ugrave; il s&rsquo;&eacute;tait forg&eacute; une bonne r&eacute;putation de&nbsp;r&eacute;parateur en tout genre gr&acirc;ce &agrave; son esprit inventif et une intuition inn&eacute;e du bricolage.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>R<\/strong>ien ou presque ne pouvait distinguer &agrave; cette &eacute;poque un juif d&rsquo;un arabe&nbsp;! Dans ce souk tr&egrave;s anim&eacute; et bruyant, o&ugrave; toutes les odeurs et les couleurs se confondaient, <strong>M<\/strong>ardouk se plaisait &agrave; porter avec fiert&eacute; les m&ecirc;mes v&ecirc;tements de laine et de coton amples et bigarr&eacute;s, les m&ecirc;mes babouches de cuir et son ins&eacute;parable ch&eacute;chia rouge qu&rsquo;il posait &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re du cr&acirc;ne laissant appara&icirc;tre un front largement d&eacute;garni, quelques touffes de cheveux bruns &nbsp;et rebelles sur les cot&eacute;s et deux petits yeux noirs et ronds en perp&eacute;tuel mouvement.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>M<\/strong>ardouk c&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;homme &agrave; tout faire. Il semblait connaitre tout le monde m&ecirc;me ceux qu&rsquo;il ne connaissait pas. &nbsp;On venait le consulter pour tout et de partout. A chaque fois il &eacute;tait heureux de trouver la solution qui provoquait aussit&ocirc;t l&rsquo;hilarit&eacute; et l&rsquo;&eacute;tonnement admiratif de ses&nbsp;clients.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>C<\/strong>&rsquo;&eacute;tait souvent de simples paysans timides et respectueux qui venaient des alentours pour le solliciter et le saluer.<\/p>\n<p>\n\t<strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;I<\/strong>l savait fabriquer pour eux rapidement toutes sortes de sangles et des syst&egrave;mes de boucles de fixation pour animaux dont il avait le secret, facile &agrave; manipuler et ne causant ni g&egrave;nes ou blessures.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>M<\/strong>aigre et l&eacute;g&egrave;rement vout&eacute;, pas seulement &agrave; cause de son activit&eacute; d&eacute;bordante, <strong>M<\/strong>ardouk avait une secr&egrave;te et grande passion&nbsp;: La lecture.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>I<\/strong>l lisait parfaitement l&rsquo;arabe et l&rsquo;h&eacute;breu et se plaisait &agrave; apprendre par lui-m&ecirc;me avec ardeur, gr&acirc;ce &agrave; toutes sortes de petits journaux qu&rsquo;il recevait, l&rsquo;Italien et curieusement le fran&ccedil;ais qu&rsquo;il enseignait de temps en temps &agrave; ses enfants car il disait que c&rsquo;&eacute;tait peut-&ecirc;tre l&rsquo;avenir&nbsp;! Qui sait&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\tMais sa lecture pr&eacute;f&eacute;r&eacute;e, c&rsquo;&eacute;tait la Torahet surtout les Psaumes.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; . <strong>E<\/strong>t puis, il y avait sa gentille et jolie femme <strong>M<\/strong>niha &nbsp;qu&rsquo;il adorait. Mari&eacute;e tr&egrave;s jeune, elle lui donna en quelques ann&eacute;es, quatre enfants, trois filles et un gar&ccedil;on. Bien en chair et nonchalante, elle communiquait sa gait&eacute; naturelle en riant de tout et de rien. Elle &nbsp;participait avec ses voisines arabes toujours dans la bonne humeur aux activit&eacute;s de la petite communaut&eacute;, du lavage de la cour, du puisage de l&rsquo;eau, l&rsquo;entretien des fourneaux, sans oublier les enfants, tous les enfants.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>C<\/strong>&rsquo;&eacute;tait le monde des femmes, &agrave; la fois aust&egrave;re et d&eacute;sinvolte, avec leurs petites histoires, leurs confidences et aussi leurs rivalit&eacute;s. Actives du matin au soir, leur d&eacute;marche l&eacute;g&egrave;re et ondulante dissimulait la fatigue, &eacute;tait rythm&eacute;e par le claquement sonore des &laquo;&nbsp;k&acirc;b- k&acirc;bs&nbsp;&raquo; sur les dalles de pierre. &nbsp;<strong>M<\/strong>niha comme toutes les autres, chantonnait en cuisinant, se dodelinait gracieusement en surveillant ses gosses autour d&rsquo;elle tout en faisant claquer son mastic de gomme qu&rsquo;elle m&acirc;chait inlassablement.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>Q<\/strong>uant &agrave; <strong>M<\/strong>ardouk, &nbsp;il ne refusait jamais de partager avec ses voisins le th&eacute;. Il appr&eacute;ciait ce moment de &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d&eacute;tente. Il consid&eacute;rait leur invitation &nbsp;comme &nbsp;un t&eacute;moignage d&rsquo;amiti&eacute; et une marque d&rsquo;honneur. Le rituel &eacute;tait toujours le m&ecirc;me, assis en rond &agrave; l&rsquo;ombre du grand porche vout&eacute;, le th&eacute; se transvasait en cascade interminablement et se d&eacute;gustait dans une ambiance respectueuse et joyeuse entrecoup&eacute;e de formule de politesse, de plaisanteries simples et na&iuml;ves. On s&rsquo;&eacute;changeait&nbsp; &agrave; tour de r&ocirc;le les tasses fumantes en se &nbsp;congratulant r&eacute;ciproquement &agrave; l&rsquo;infini comme si le temps n&rsquo;existait pas.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>E<\/strong>t pourtant, malgr&eacute; cette atmosph&egrave;re paisible, <strong>M<\/strong>ardouk ressentait en permanence au fond de lui une ind&eacute;finissable inqui&eacute;tude. Il pensait &agrave; sa famille, &agrave; sa femme, &agrave; ses filles et plus encore, il ne savait pas pourquoi, &agrave; son fils <strong>D<\/strong>a&iuml;dou. L&rsquo;avenir est toujours incertain&nbsp;se disait-il&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>O<\/strong>r voila qu&rsquo;un jour, <strong>H<\/strong>attab son propri&eacute;taire eut un accident brutal de cheval. Celui-ci s&rsquo;&eacute;tant subitement emball&eacute; le fit chuter lourdement sur le dos. Longtemps il souffrit atrocement des reins et d&eacute;sesp&eacute;rait de ne plus monter &agrave; cheval. Plus grave car c&rsquo;&eacute;tait toute sa vie, il avait du mal &agrave; suivre les travaux de ses champs et surtout la cueillette des ses olives.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>P<\/strong>rofond&eacute;ment croyant, il implorait Dieu afin de recouvrer la sant&eacute;, mais la gu&eacute;rison ne venant pas, il devenait triste. Lui si fier et de nature joviale, pleurait en silence se sentant diminu&eacute;, &eacute;tait persuad&eacute; que sa vie &eacute;tait finie. Quand un jour sa femme <strong>F<\/strong>atiha se rendit dans l&rsquo;&eacute;choppe de <strong>M<\/strong>ardouk pour faire r&eacute;parer une lampe d&rsquo;&eacute;clairage.Elle &eacute;voqua, le regard embu&eacute; de larmes, les douleurs et la tristesse de son mari et aussi &nbsp;sa propre peine de le voir souffrir.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>M<\/strong>ardouk &nbsp;tr&egrave;s attrist&eacute;, car il avait pour son propri&eacute;taire une sinc&egrave;re affection, se disait qu&rsquo;il y avait peut &ecirc;tre une solution et se proposa de rendre visite &agrave; Sidi <strong>H<\/strong>attab comme il appelait. Gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;insistance de sa femme celui-ci fini par accepter tout en s&rsquo;interrogeant&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&#8211; <strong>Q<\/strong>ue pouvait bien faire pour lui ce petit &laquo;&nbsp;r&eacute;parateur&nbsp;&raquo; &nbsp;de lampes, pour le soulager de ses atroces douleurs alors qu&rsquo;il esp&eacute;rait toujours de Dieu, qu&rsquo;il invoquait cent fois par jour la gu&eacute;rison&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>M<\/strong>ardouk confectionna sur mesure avec des multiples lani&egrave;res de cuir un &eacute;trange corset comprenant &agrave; chaque cot&eacute; deux gourdes de peau de ch&egrave;vre qui servaient de coussinet et qui maintenaient au repos le dos et la poitrine pour supprimer tout geste accidentel<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<strong>E<\/strong>n plus et c&rsquo;&eacute;tait le plus &eacute;tonnant, quand on remplissait de temps en temps les gourdes d&rsquo;eau chaude, le corset se serrait et la douleur s&rsquo;estompait&nbsp;! C&rsquo;&eacute;tait un vrai miracle et Hattab retrouvait sa bonne humeur et reprenait petit &agrave; petit son activit&eacute; et tout son entourage le congratulait et b&eacute;nissait Dieu. <strong>F<\/strong>atiha tr&egrave;s soulag&eacute;e remerciait le &laquo;&nbsp;gu&eacute;risseur&nbsp;&raquo; et quant &agrave; Sidi <strong>H<\/strong>attab il savait au fond de lui, en tortillant ses moustaches de plus belle, le regard goguenard que <strong>M<\/strong>ardouk y &eacute;tait pour quelque chose.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>L<\/strong>a gu&eacute;rison fut c&eacute;l&eacute;br&eacute;e par une f&ecirc;te joyeuse et &eacute;tonnante. C&rsquo;&eacute;tait la premi&egrave;re fois que l&rsquo;on voyait ces deux femmes, une arabe et une juive danser ensemble au son des fl&ucirc;tes et des tambours, enivr&eacute;es par l&rsquo;odeur de l&rsquo;encens, la fum&eacute;e et le rythme endiabl&eacute; de la musique. Elles apprirent &agrave; se conna&icirc;tre et s&rsquo;&eacute;chang&egrave;rent de temps en temps des recettes de cuisine.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp; <strong>M<\/strong>niha &eacute;tait tr&egrave;s heureuse et fi&egrave;re de faire goutter ses g&acirc;teaux si particuliers dont elle avait le secret. Elle disait que la recette provenait de ses anc&ecirc;tres qui habit&egrave;rent jadis la Turquie.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>U<\/strong>n jour de shabbat, comme il avait l&rsquo;habitude, dans l&rsquo;unique et spacieuse chambre qui donnait sur la grande cour, assis sur le grand tapis de laine d&eacute;roul&eacute; les jours de f&ecirc;te, <strong>M<\/strong>ardouk ben <strong>S<\/strong>himon, entour&eacute; de sa femme <strong>M<\/strong>niha et ses quatre enfants, chantait avec ferveur et m&eacute;lancolie d&rsquo;une voix modulante pleine de gravit&eacute;, les &nbsp;Psaumes du grand roi d&rsquo;Isra&euml;l. A chaque fois il&nbsp; commentait en arabe les m&ecirc;mes versets sacr&eacute;s qui furent il y a bien longtemps traduits de l&rsquo;h&eacute;breu par le v&eacute;n&eacute;rable&nbsp; rabbin de Djerba <strong>Y<\/strong>&eacute;shouah ben <strong>G<\/strong>abbri..<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>E<\/strong>t voila que ce jour l&agrave;, <strong>H<\/strong>attab compl&egrave;tement gu&eacute;ri, vint rendre visite &agrave; son ami et le voyant en pleine pri&egrave;re, s&rsquo;installa &agrave; cot&eacute; de lui et l&rsquo;&eacute;couta en fermant les yeux. Il paressait &eacute;mu et ne semblait pas du tout surpris par ce rituel&nbsp;! C&rsquo;&eacute;tait un homme pieux et cultiv&eacute; et connaissait le Coran .<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>I<\/strong>l approuvait &nbsp;par des hochements de t&ecirc;te et des exclamations flatteuses les versets qui parlaient de paix, d&rsquo;amour et de v&eacute;n&eacute;ration &agrave; Dieu, et surtout de <strong>J<\/strong>&eacute;rusalem. Le Coran n&rsquo;&eacute;voquait-il pas le grand proph&egrave;te <strong>D<\/strong>aoud et ses actions&nbsp;b&eacute;nies par Dieu&nbsp;? Pour lui, son ami <strong>M<\/strong>ardouk &eacute;tait un croyant z&eacute;l&eacute;. Et il en &eacute;tait fier&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>C<\/strong>&rsquo;est donc comme &ccedil;a que naquit une &eacute;tonnante, belle et singuli&egrave;re amiti&eacute; entre <strong>H<\/strong>attab le propri&eacute;taire d&rsquo;oliveraies et <strong>M<\/strong>ardouk le r&eacute;parateur en tout genre.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;Le plus &eacute;trange c&rsquo;est que <strong>H<\/strong>attab, en homme intelligent et curieux, s&rsquo;int&eacute;ressait de plus en plus &agrave; la religion de son ami. Il d&eacute;couvrait avec respect les diff&eacute;rentes f&ecirc;tes, et celle qui l&rsquo;avait le plus impressionn&eacute;, c&rsquo;&eacute;tait &laquo;&nbsp;Bishah&nbsp;&raquo; la miraculeuse travers&eacute;e de la m&egrave;re &nbsp;rouge &agrave; pieds secs&nbsp;! Il s&rsquo;interrogeait en hochant la t&ecirc;te sur toutes les belles actions r&eacute;alis&eacute;es par le v&eacute;n&eacute;r&eacute; proph&egrave;te <strong>M<\/strong>oussa, cit&eacute; longuement dans le Coran, qui &eacute;tait aussi le grand proph&egrave;te <strong>M<\/strong>osh&eacute; qui lib&eacute;ra les enfants d&rsquo;Isra&euml;l&nbsp;de la cruaut&eacute; du pharaon&nbsp;il ya plus de trois mille deux cents ans&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D<\/strong>ieu, d&eacute;cid&eacute;ment est le plus grand&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>M<\/strong>ardouk lui parla des Commandements, du L&eacute;vitique et de toutes les lois sur la sant&eacute; et la nourriture et de la conqu&ecirc;te du pays de Canaan promis par Dieu &agrave; <strong>A<\/strong>braham et <strong>H<\/strong>attab &eacute;coutait.<\/p>\n<p>\n\tIl &eacute;prouvait de l&rsquo;&eacute;motion, visible sur son visage en d&eacute;couvrant toutes ces anciennes r&eacute;v&eacute;lations bibliques qu&rsquo;il ignorait.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCertains jours, on les voyait tous les deux assis &agrave; l&rsquo;ombre du vieux caroubier, pench&eacute;s sur leur Livres et qui parlaient et commentaient pendant de longues heures, adoss&eacute;s sur la grosse pierre.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>H<\/strong>attab interrogea son ami sur tout, et il apprit aussi comment le c&eacute;l&egrave;bre roi <strong>S<\/strong>alomon fils du grand roi <strong>D<\/strong>avid avait construit la maison de pri&egrave;re &agrave; l&rsquo;endroit m&ecirc;me o&ugrave; <strong>A<\/strong>braham devait sacrifier son fils <strong>I<\/strong>saac. Et c&rsquo;est pourquoi lui <strong>M<\/strong>ardouk ben <strong>S<\/strong>himon &eacute;tait triste et pleurait dans son c&oelig;ur le jour de&laquo;&nbsp;Bishah&nbsp;&raquo; car le temple avait&nbsp; &eacute;t&eacute; br&ucirc;l&eacute;&nbsp; et la terre d&rsquo;Isra&euml;l avait &eacute;t&eacute; compl&egrave;tement d&eacute;truite par les romains.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>V<\/strong>oila pourquoi disait Mardouk, tous les ans j&rsquo;&eacute;voque le nom de Dieu pour ne pas oublier J&eacute;rusalem.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>H<\/strong>attab &eacute;coutait et un jour il confia &agrave; son ami qu&rsquo;il allait faire un grand voyage. Il devait r&eacute;aliser&nbsp; son r&ecirc;ve, le p&egrave;lerinage de la <strong>M<\/strong>ecquecomme tout bon musulman et selon la volont&eacute;&nbsp; d&rsquo;Allah, il irait &agrave; J&eacute;rusalem pour voir le &laquo;&nbsp;Temple&nbsp;&raquo; de <strong>S<\/strong>alomon.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D<\/strong>e longs mois pass&egrave;rent et <strong>H<\/strong>attab revint heureux et fatigu&eacute; mais surtout tr&egrave;s &eacute;mu. Quelque chose avait chang&eacute; en lui.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;<strong>A<\/strong>pr&egrave;s les larmes de joie, les youyous et les f&eacute;licitations ininterrompues de ses proches, il &eacute;tait tr&egrave;s content de retrouver son ami <strong>M<\/strong>ardouk qui s&rsquo;est empress&eacute; de lui rendre visite et qui pleura d&rsquo;&eacute;motion en l&rsquo;embrassant et en le congratulant de son illustre titre. Il portait toujours &nbsp;son corset qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais quitt&eacute; tout le long de son voyage<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t.&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>H<\/strong>attab raconta son long p&eacute;riple, son p&egrave;lerinage &agrave; la <strong>M<\/strong>ecque, l&rsquo;&eacute;motion intense d&rsquo;&ecirc;tre dans la ville du Proph&egrave;te face &agrave; la pierre noire sacr&eacute;e et tous les p&egrave;lerins venus du monde entier et toutes les pri&egrave;res qui emplissaient l&rsquo;espace et puis, <strong>H<\/strong>attab, lui d&rsquo;habitude si jovial, devant son ami, la gorge nou&eacute;e et les larmes dans les yeux d&eacute;clara&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&#8211; &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; aussi &agrave; <strong>J<\/strong>&eacute;rusalem&nbsp;! J&rsquo;ai vu des choses admirables, des &oelig;uvres d&rsquo;une grande beaut&eacute; et j&rsquo;ai pri&eacute;&nbsp;! Quand j&rsquo;ai demand&eacute; o&ugrave; &eacute;tait le temple du grand roi d&rsquo;Isra&euml;l on me conduisit dans une rue &eacute;troite sale et pleins d&rsquo;immondices, et l&agrave; mon ami, j&rsquo;ai vu les restes de la maison de pri&egrave;re et j&rsquo;ai approch&eacute; des hommes pieux comme toi, pauvres et en guenilles qui priaient&nbsp; les m&ecirc;mes versets que tu m&rsquo;as fait conna&icirc;tre, qui pleuraient en se tapant la poitrine en implorant Dieu la face contre le mur de pierres. Oui, j&rsquo;ai vu la mis&egrave;re et puis j&rsquo;ai aussi vu des hommes et des femmes jeunes qui chantaient&nbsp; et j&rsquo;ai pens&eacute; &agrave; toi et &agrave; ta famille et j&rsquo;ai pleur&eacute;&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>C<\/strong>ette histoire se passa bien avant que la France&laquo;&nbsp;prot&eacute;gea&nbsp;&raquo; Le pays de Hattab et de Mardouk&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>C<\/strong>ette petite bourgade pas tr&egrave;s loin de la grande ville de Tunis, devint des g&eacute;n&eacute;rations plus tard une ville r&eacute;put&eacute;e o&ugrave; tant de familles arabes et juives v&eacute;curent en parfaite harmonie.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>E<\/strong>tait-ce l&rsquo;h&eacute;ritage de <strong>H<\/strong>attab et de <strong>M<\/strong>ardouk qui a donn&eacute; &agrave; cette ville de l&rsquo;<strong>A<\/strong>riana un parfum si particulier&nbsp;? Et eux, Que sont-ils devenus&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>C<\/strong>ertains affirment que leurs descendants s&rsquo;illustr&egrave;rent dans des luttes de lib&eacute;ration&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>C<\/strong>ertains se plaisent m&ecirc;me &agrave; dire qu&rsquo;ils&nbsp; occuperaient d&rsquo;importantes&nbsp; responsabilit&eacute; au sein de leur gouvernement respectif et qu&rsquo;ils se rencontreraient loin du bruit et de la fureur pour &eacute;voquer la m&eacute;moire de leurs a&iuml;eux.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>D<\/strong>&rsquo;autres jurent avoir vu des petits caroubiers pousser sur les collines de <strong>J<\/strong>&eacute;rusalem&nbsp;;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quant &agrave; la grosse pierre o&ugrave; tant de g&eacute;n&eacute;rations se sont assis, on dit qu&rsquo;elle fut transport&eacute;e quelque part&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>M<\/strong>ais chut&nbsp;! &Ccedil;a, c&rsquo;est une autre histoire qui ne sera jamais racont&eacute;e dans les livres d&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Sylvain Benattar<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;La grosse pierre et le vieux caroubier &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;Comme toutes les histoires extraordinaires, celle-ci m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre connue. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;&eacute;tait il y a bien longtemps, bien avant qu&rsquo;un certain Jules Gr&eacute;vy&nbsp; ne sign&acirc;t un c&eacute;l&egrave;bre &laquo;&nbsp;Trait&eacute;&nbsp;&raquo; l&rsquo;autorisant &agrave; s&rsquo;interposer&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15492,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[17,1],"tags":[],"class_list":["post-1021","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-souvenirs","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1021","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1021"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1021\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15492"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1021"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1021"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1021"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}