{"id":10223,"date":"2015-02-11T00:35:23","date_gmt":"2015-02-11T00:35:23","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=10223"},"modified":"2015-02-11T00:35:23","modified_gmt":"2015-02-11T00:35:23","slug":"une-journee-de-chien-pol-serge-kakon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/une-journee-de-chien-pol-serge-kakon\/","title":{"rendered":"UNE JOURN\u00c9E de chien &#8211; Pol Serge KAKON"},"content":{"rendered":"<p>\n\tUNE JOURN&Eacute;E de chien<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pol Serge KAKON<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl avait r&eacute;serv&eacute; une chambre dans un h&ocirc;tel non loin de l&rsquo;illustre horloge de la ville qui venait de sonner quatre heures. Apr&egrave;s avoir rempli la fiche de police, il l&rsquo;a tendue, avec son passeport, au r&eacute;ceptionniste qui n&rsquo;a m&ecirc;me pas relev&eacute; qu&rsquo;il est n&eacute; &agrave; Mogador. Ensuite, le gar&ccedil;on, qui a port&eacute; ses bagages dans la chambre, a pris son pourboire en disant &quot;merci m&rsquo;sieur&quot;. Il est vrai qu&rsquo;avec ses cheveux presque blancs et ses moustaches on pouvait bien le prendre pour un fran&ccedil;ais, &laquo;&nbsp;de souche&nbsp;&raquo;, s&rsquo;est&ndash; il dit. Puis il a marmonn&eacute; &laquo;&nbsp;de souche&nbsp;?&raquo;. Il consultera le dictionnaire.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPr&egrave;s de lui, &agrave; la r&eacute;ception de l&rsquo;h&ocirc;tel, il y a un jeune homme blond, boucl&eacute;, bandan&eacute;, hal&eacute;, tatou&eacute;, muscl&eacute;, d&eacute;contract&eacute;. Les jeunes Europ&eacute;ens blonds sont toujours d&eacute;contract&eacute;s. Celui-l&agrave; fera pourtant comme tant d&rsquo;autres avant lui : avec l&rsquo;&acirc;ge, les soucis, le tatouage froiss&eacute;, le lobe de l&rsquo;oreille &eacute;paissi, tout en tra&icirc;nant les pieds, il finira par gommer le chef indien qui l&rsquo;a habit&eacute; dans sa jeunesse, et avec le temps, peut-&ecirc;tre m&ecirc;me deviendra-t-il un peu juif ou un peu arabe dans sa circonspection. Max lui a demand&eacute;&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;est la premi&egrave;re fois que vous venez ici&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, c&rsquo;est la troisi&egrave;me&nbsp;! Je suis v&eacute;liplanchiste,&hellip; Je fais de la planche &agrave; voile, et vous&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;! Pas encore,&hellip; Je&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On s&rsquo;&eacute;clate ici, vous allez beaucoup aimer&hellip; Le vent, ici, y a pas de probl&egrave;mes, c&rsquo;est garanti&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah &ccedil;a oui&nbsp;! Je le sais bien.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa jeune blonde qui accompagnait &quot;Blond-boucl&eacute;&quot; s&rsquo;est empress&eacute;e d&rsquo;intervenir&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous &ecirc;tes d&eacute;j&agrave; venu&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis n&eacute; ici, mais j&rsquo;habite &agrave; Paris<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous, nous avons &eacute;t&eacute; emball&eacute;s, les gens sont si gentils, le port les sardines, chez Mourad, on conna&icirc;t tout le monde ici, et Mickey,&hellip; Et Mickey vous connaissez Mickey&nbsp;? Mickey qui tient la boutique d&rsquo;antiquit&eacute;s&nbsp;? Alors lui&nbsp;! Hein Jean&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPuis se tournant extasi&eacute;e vers &quot;Blond-boucl&eacute;&quot;, elle a ajout&eacute;&nbsp;: &quot;Alors lui, Mickey, il a tout compris&nbsp;!&quot;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMaxime, Max, a r&eacute;pondu faussement enjou&eacute;&nbsp;: &quot;Ah mais oui&nbsp;! Mickey, bien s&ucirc;r, ah oui&nbsp;! Il a tout compris, je l&rsquo;envie un peu vous savez&nbsp;!&quot;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn fait, il ne conna&icirc;t de Mickey que Mouse et d&rsquo;ailleurs il s&rsquo;en fout compl&egrave;tement, comme de tous les gens qui ont tout compris.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&quot;Je sens que je vais m&rsquo;&eacute;clater &quot;, a marmonn&eacute; Max en sortant de l&rsquo;h&ocirc;tel. Voil&agrave; une phrase qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais eu l&rsquo;insouciance de prononcer. Chez lui, un infime soup&ccedil;on d&rsquo;anxi&eacute;t&eacute; a toujours pr&eacute;c&eacute;d&eacute; l&rsquo;appr&eacute;hension du plaisir. Apr&egrave;s&nbsp;? Oui&nbsp;! Il s&rsquo;est surpris plus d&rsquo;une fois travers&eacute; par un fr&eacute;missement de bonheur et de gratitude.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDes bateaux rentrent au port, d&rsquo;autres sont &agrave; quai et d&eacute;barquent quelques caisses de poissons. Rien &agrave; voir avec les sardiniers de son enfance qui revenaient, dangereusement remplis &agrave;&nbsp;ras le bord, une fr&eacute;n&eacute;sie de go&eacute;lands au-dessus de leurs m&acirc;ts.<\/p>\n<p>\n\tDe l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; du port, sur la plage, le vent a soulev&eacute; le sable pour le faire serpenter sur les cr&ecirc;tes des dunes. Il croit voir le temps s&rsquo;enfuir.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn passant devant les stands des vendeurs de sardines grill&eacute;es, un type l&rsquo;a interpell&eacute; &quot;H&eacute;&nbsp;! Moustaches&nbsp;! sardines grill&eacute;es, &laquo;&nbsp;<em>socculentes&nbsp;!<\/em>&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSur la place, une fois encore &quot;&nbsp;: H&eacute; Moustaches&nbsp;!&quot;. Deux p&rsquo;tits gars se sont relay&eacute;s, en fran&ccedil;ais puis en anglais, pour lui proposer du shit.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIls l&rsquo;ont mis de mauvaise humeur avec leurs &quot;Moustaches&quot;. Alors il s&rsquo;est dirig&eacute; vers la plage et s&rsquo;est accoud&eacute; &agrave; un muret pour contempler la mer. Devant lui, un type parle tout seul, en conversation avec un invisible. A croire qu&rsquo;il dissimule un t&eacute;l&eacute;phone portable. Le type s&rsquo;&eacute;nerve, il formule des reproches, prof&egrave;re des menaces. &quot; Le vent lui a probablement tap&eacute; sur le syst&egrave;me, pense Max, &ccedil;a ne va pas s&rsquo;arranger&quot;. Mais non&nbsp;! Le type sourit tout &agrave; coup et m&ecirc;me pouffe de rire, des choses ont l&rsquo;air de s&rsquo;&ecirc;tre arrang&eacute;es qui ne s&rsquo;arrangeront probablement jamais.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl&nbsp; traverse le mellah en ruine avant d&rsquo;arriver &agrave; la m&eacute;dina, appr&eacute;hendant le moment d&rsquo;entrer dans la ruelle sombre et humide o&ugrave; il est n&eacute;, o&ugrave; il a&nbsp;grandi.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDes enfants jouent devant la maison de son enfance. Une fillette en sort et il aper&ccedil;oit le patio par la porte entr&rsquo;ouverte. Rien n&rsquo;a chang&eacute;, des familles musulmanes pauvres ont remplac&eacute; les juifs pauvres qui habitaient l&agrave;. Un peu plus loin, le four o&ugrave; l&rsquo;on portait le pain &agrave; cuire, toujours l&agrave;, entre deux venelles peupl&eacute;es d&rsquo;ombres et de fant&ocirc;mes. Rien n&rsquo;est vraiment pareil et tout est comme avant. Les murs de la ruelle, gorg&eacute;s d&rsquo;humidit&eacute;, pleurent toujours, il s&rsquo;essuie la main sur son jean. Une femme est sortie du four avec ses pains sur un plateau recouvert d&rsquo;une pi&egrave;ce de tissu. L&rsquo;odeur du pain lui &nbsp;donne faim, il se demande o&ugrave; il ira d&icirc;ner un peu plus tard.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl&nbsp; pense &agrave; Le&iuml;la qui habitait la m&ecirc;me ruelle. Ils s&rsquo;adressaient des po&egrave;mes. Le Fran&ccedil;ais, c&rsquo;est vraiment une langue magique, con&ccedil;ue pour l&rsquo;amour. Son prof &agrave; lui, c&rsquo;&eacute;tait Monsieur Germain Leduc dont la femme, Odile, enseignait le Fran&ccedil;ais dans la classe de Le&iuml;la. Des liens s&rsquo;&eacute;taient nou&eacute;s entre eux et leurs profs. Il montrait &agrave; Germain le po&egrave;me qu&rsquo;il avait &eacute;crit, tenait compte de ses remarques et le corrigeait avant de le remettre discr&egrave;tement &agrave; Le&iuml;la qui faisait de m&ecirc;me avec Odile.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe&iuml;la est devenue une femme d&rsquo;affaires prosp&egrave;re, ma&icirc;tresse d&rsquo;un ministre.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl avait quinze ans quand les Leduc sont partis. Ils habitaient une petite maison avec un jardinet derri&egrave;re la poste. Ils avaient un jeune chien, Filou, un b&acirc;tard, noir, espi&egrave;gle, que Max promenait ou faisait courir &agrave; la plage pour m&eacute;riter l&rsquo;attention d&rsquo;Odile qui le troublait &eacute;perdument. En s&rsquo;appliquant &agrave; &eacute;crire des po&egrave;mes pour Le&iuml;la c&rsquo;&eacute;tait beaucoup &agrave; Odile qu&rsquo;il pensait. Il savait qu&rsquo;elle les lisait, Le&iuml;la lui avait rapport&eacute; qu&rsquo;elle s&rsquo;&eacute;tait exclam&eacute;e&nbsp;: &quot;C&rsquo;est tr&egrave;s beau, tu as de la chance, il est vraiment dou&eacute; ton Max, je vais &ecirc;tre jalouse&nbsp;!&quot;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tQuand Le&iuml;la &eacute;tait partie avec sa famille &agrave; Marrakech, Odile l&rsquo;avait consol&eacute;&nbsp;: &quot;C&rsquo;est peut-&ecirc;tre mieux ainsi, toi isra&eacute;lite et elle musulmane, &ccedil;a ne pouvait que vous compliquer la vie qui l&rsquo;est d&eacute;j&agrave; bien assez comme &ccedil;a&nbsp;!&quot; Il avait hauss&eacute; les &eacute;paules, elle avait ajout&eacute;&nbsp;: &quot;On n&rsquo;en meurt pas, tu verras, tu en trouveras une autre, beau comme tu es&nbsp;!&quot; Il avait pens&eacute;&nbsp;: &quot;Si seulement je pouvais te trouver toi&nbsp;!&quot;. Pour le consoler, elle avait d&rsquo;abord pass&eacute; son bras autour de ses &eacute;paules avant de le serrer tout contre elle.<\/p>\n<p>\n\tLes jours suivants, il avait &eacute;t&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; imaginer la mort de Germain Leduc dans un accident de chasse au sanglier, comme cela avait &eacute;t&eacute; le cas pour Monsieur Pasquier. Il s&rsquo;&eacute;tait vu s&rsquo;occupant d&rsquo;Odile, comme l&rsquo;avait fait Monsieur Giraud avec la veuve de Pasquier. Il entendait Odile le supplier&nbsp;: &quot;Max, reste avec moi, ne me laisse pas seule&nbsp;!&quot;, ou lui dire, comme &agrave; Leduc&nbsp;: &quot;Tu ne m&rsquo;as m&ecirc;me pas embrass&eacute;e aujourd&rsquo;hui&nbsp;!&quot;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUn matin, dans la cuisine, Odile lui avait annonc&eacute;&nbsp;: &quot;Germain a obtenu un poste en France, nous devons partir, nous allons &ecirc;tre oblig&eacute;s de te quitter et de nous s&eacute;parer de Filou. J&rsquo;ai pens&eacute; que tu pourrais le garder&quot;. Il avait clou&eacute; des yeux brillants dans ceux d&rsquo;Odile avant de r&eacute;pondre&nbsp;: &quot;Je garderai Filou&nbsp;!&quot; Elle l&rsquo;avait entour&eacute; de ses bras en chuchotant&nbsp;: &quot;Et moi&nbsp;? Tu ne voudrais pas me garder&nbsp;?&quot;. Il n&rsquo;a pas eu le temps de r&eacute;pondre&nbsp;: la bouche d&rsquo;Odile a b&acirc;illonn&eacute;t la sienne, ses bras l&rsquo;ont emprisonn&eacute;. Ensuite, elle a d&eacute;boutonn&eacute; sa braguette d&rsquo;une main, et relev&eacute; sa jupe de l&rsquo;autre. Filou, qui &eacute;tait &agrave; leurs pieds, a pouss&eacute; des petits g&eacute;missements d&rsquo;envie avant de bouder sous la table. La cuisine se mit &agrave; d&eacute;river lentement dans une brume cotonneuse quand Odile haletante s&rsquo;&eacute;tait mise &agrave; prof&eacute;rer des mots qui semblaient issus d&rsquo;une souffrance&nbsp;: &quot;Oui&nbsp;! Folle&nbsp;! Dieu&nbsp;! Encore&nbsp;!&quot;. Pensant qu&rsquo;elle s&rsquo;&eacute;vanouissait peut-&ecirc;tre, il avait esquiss&eacute; un mouvement de retrait. Mais Odile le retint avec autorit&eacute; tout en lui labourant le cou de baisers de plus en plus reconnaissants. Alors, r&eacute;alisant enfin que tout cela formait un tout de tendresse et de violence, il se mit en devoir d&rsquo;en &ecirc;tre l&rsquo;auteur jusqu&rsquo;&agrave; la plus sublime des vanit&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe jour de leur d&eacute;part, un coll&egrave;gue &eacute;tait venu avec sa Peugeot pour les conduire &agrave; Casablanca. Il avait bien fallu se dire adieu, elle a dit&nbsp;: &quot;Nous reviendrons peut-&ecirc;tre, on ne sait jamais et peut-&ecirc;tre viendras-tu un jour en France, je t&rsquo;&eacute;crirai&nbsp;!&quot; Il &eacute;tait rest&eacute; au bord de la route, retenant Filou avec une ficelle, jusqu&rsquo;&agrave; voir la Peugeot dispara&icirc;tre au loin, entre les collines couvertes de mimosas.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMax avait essay&eacute; de partager en vain l&rsquo;insouciance du chien. Mais vers le milieu de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, c&rsquo;&eacute;tait un dimanche, il avait bien senti que Filou aussi &eacute;tait triste. Alors, il l&rsquo;avait emmen&eacute; devant la maison des Leduc, l&rsquo;avait soulev&eacute; pardessus la cl&ocirc;ture pour le d&eacute;poser dans le jardin. Le chien avait trouv&eacute; normal de rester l&agrave;. Le soir, Max &eacute;tait revenu avec un pot rempli de soupe et de bouts de pain. Ainsi, plusieurs jours de suite, il avait enjamb&eacute; la cl&ocirc;ture pour lui apporter &agrave; manger. Il s&rsquo;asseyait sur une marche devant la porte de la cuisine, le chien le regardait d&rsquo;un air de dire&nbsp;: &quot;Je sais&quot; et lui revoyait Odile en maillot &agrave; la plage, ses cuisses blanches, ses taches de rousseurs&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tQuelques jours apr&egrave;s le d&eacute;part des Leduc, leurs rempla&ccedil;ants sont arriv&eacute;s&nbsp;: lui, un grincheux, cigarette au coin des l&egrave;vres, qui toussait en s&rsquo;&eacute;touffant jusqu&rsquo;&agrave; vous oppresser. Elle, une grande s&egrave;che, sans sourire, sans illusions. Elle avait dit&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n&rsquo;est pas tr&egrave;s propre ce chien, il est &agrave; qui&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &Agrave; la maison, &agrave; Monsieur Leduc, il l&rsquo;a laiss&eacute; pour vous. Ils m&rsquo;ont demand&eacute; de venir le promener&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne savais pas qu&rsquo;on devait en h&eacute;riter&nbsp;! Mais puisqu&rsquo;il est l&agrave;, il gardera le jardin&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSon mari avait approuv&eacute;, d&rsquo;un grognement aussit&ocirc;t suivi d&rsquo;une quinte de toux. Le lendemain, Max est pass&eacute; derri&egrave;re la maison, Filou s&rsquo;est mis &agrave; bondir de joie. Alors elle est sortie pr&eacute;cipitamment pour lui dire&nbsp;: &quot;Ne l&rsquo;excite donc pas comme &ccedil;a&nbsp;! Il va se faire mal avec la cl&ocirc;ture&nbsp;!&quot;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUn matin, dans la m&eacute;dina, il avait rencontr&eacute; la Grande S&egrave;che tenant Filou en laisse.&nbsp; Quand il s&rsquo;&eacute;tait approch&eacute;, le chien avait bondi vers lui en s&rsquo;arrachant &agrave; elle qui avait tr&eacute;buch&eacute; sur une &eacute;corce de past&egrave;que.&nbsp; Elle s&rsquo;&eacute;tait redress&eacute;e de justesse avec une m&eacute;chante expression &quot;Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que ces mani&egrave;res ?&quot; et Max s&rsquo;&eacute;tait senti devenir stupide en r&eacute;pondant&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce n&rsquo;est pas moi !<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il ne faut plus l&rsquo;emb&ecirc;ter !&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est ce jour-l&agrave; que son p&egrave;re avait choisi pour le poursuivre dans la ruelle, en hurlant : &quot;Ne reviens plus ici, je te maudis !&quot;.&nbsp; Depuis la mort de sa m&egrave;re, il ne s&#39;&eacute;tait plus entendu avec son p&egrave;re qui s&#39;&eacute;tait remari&eacute; avec une jeune femme vulgaire, maquill&eacute;e comme une pute, qui leur faisait honte, &agrave; lui et &agrave; ses deux s&oelig;urs.&nbsp; Quant &agrave; sa grand-m&egrave;re, elle avait cess&eacute; de prononcer la moindre parole depuis le jour o&ugrave; l&#39;outrageante s&#39;&eacute;tait install&eacute;e chez eux.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl avait err&eacute; dans les rues, c&rsquo;&eacute;tait un Quatorze Juillet, la ville &eacute;tait toute fran&ccedil;aise les jours de f&ecirc;tes, il n&rsquo;y avait pas &eacute;cole et sur la place devant le jardin public, des forains avaient mont&eacute; des stands.&nbsp; Il s&rsquo;&eacute;tait attard&eacute; devant celui d&rsquo;un magicien qui attirait les badauds avec un jeu de cartes et une corde qu&rsquo;il faisait couper avant de la reconstituer.&nbsp; Aussit&ocirc;t qu&#39;un attroupement se formait, il proposait des &quot;horoscopes&quot;, des petits bouts d&rsquo;avenir dans des petites enveloppes.&nbsp; Ce type lui avait demand&eacute; :<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu parles fran&ccedil;ais&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui !<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu m&rsquo;as l&rsquo;air d&eacute;gourdi, tu veux me donner un coup main&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je veux bien !<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tVoil&agrave; comment&nbsp; un petit bout de son avenir &agrave; lui s&rsquo;&eacute;tait profil&eacute;. Il est devenu ce jour-l&agrave; l&rsquo;assistant du magicien Augusto Jimenez qu&rsquo;il devait accompagner dans plusieurs villes du pays avant de traverser l&rsquo;Espagne pour arriver en France.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDeux jours&nbsp; apr&egrave;s, les forains s&rsquo;&eacute;taient mis &agrave; &quot;remballer&rdquo;. Les roulottes se d&eacute;binaient l&#39;une apr&egrave;s l&#39;autre, livrant la place aux conciliabules de trois ou quatre courtiers juifs aux costumes pareillement us&eacute;s, aux allers-retours de quelques musulmans en djellabas d&eacute;fra&icirc;chies, aux aguets, eux aussi, d&#39;un petit signe de la Providence.&nbsp; La ville avait retrouv&eacute; son visage de chaque jour, propre sur elle, pauvre, digne et r&eacute;sign&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn reculant sa fourgonnette, Augusto avait demand&eacute; : &quot;Il y a quelque chose derri&egrave;re ?&quot;&nbsp; Il avait r&eacute;pondu : &quot;Rien&quot;&nbsp; tout en ajoutant pour lui m&ecirc;me &laquo;&nbsp;rien de rien&nbsp;&raquo;.&nbsp; En grimpant sur le marchepied, il s&#39;&eacute;tait senti des ailes.&nbsp; C&#39;est seulement &agrave; la sortie de la ville qu&#39;il consentit &agrave; se retourner.&nbsp; De loin, on apercevait, sur les terrasses, v&ecirc;tements, draps et couvertures gonfl&eacute;s par le vent, on aurait dit les voiles rapi&eacute;c&eacute;es d&#39;une flottille en haillons emportant dans le ciel les souvenirs effiloch&eacute;s et le pass&eacute; d&rsquo;une ville qui se pr&eacute;tendait de l&eacute;gende.&nbsp; D&eacute;cid&eacute;ment, ce vent d&eacute;pouillait la ville, la d&eacute;peuplait.&nbsp; Depuis quelque temps, les gens la quittaient, par familles enti&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn traversant un souk et tandis qu&#39;Augusto s&#39;&eacute;vertuait &agrave; fendre la foule avec calme, Max s&#39;&eacute;tait souvenu de la tombe de sa m&egrave;re, perdue dans l&#39;immense cimeti&egrave;re, puis il avait pens&eacute; &agrave; sa grand-m&egrave;re, &agrave; ses trois s&oelig;urs qui pr&eacute;paraient en secret, &agrave; l&#39;insu de son p&egrave;re, leur d&eacute;part en Isra&euml;l.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDes ann&eacute;es plus tard, il se souvient &nbsp;de tout cela dans les rues de Mogador.&nbsp; L&rsquo;horloge vient de sonner huit coups lents et lourds.&nbsp; En passant sous des arcades pr&egrave;s de la halle aux grains, il sent une pr&eacute;sence derri&egrave;re lui, en se retournant : personne !&nbsp; Il poursuit son chemin, mais le pressentiment d&#39;&ecirc;tre suivi, &eacute;pi&eacute;, le trouble de plus en plus.&nbsp; En &nbsp;se retournant &agrave; nouveau, brusquement, il est saisi : un chien noir, le sosie de Filou, &acirc;g&eacute; tout au plus d&rsquo;un an ou deux, l&rsquo;a pris en filature.&nbsp; Il s&rsquo;arr&ecirc;te comme pour des pr&eacute;sentations, le chien s&rsquo;arr&ecirc;te aussi net, &agrave; distance, tout en l&rsquo;observant, le regard en coin, la queue fr&eacute;tillante mais pr&ecirc;t &agrave; d&eacute;taler. Probablement un chien de rue, form&eacute; &agrave; l&rsquo;adversit&eacute; du quotidien.&nbsp; Max a hausse les &eacute;paules et lui adresse un sourire en guise d&#39;au revoir avant de repartir. &nbsp;Le chien le fixe d&#39;un air de reproche, h&eacute;site une seconde et tous comptes faits&nbsp; choisi de lui embo&icirc;ter le pas.&nbsp; Tout en faisant semblant de l&#39;ignorer, Max d&eacute;cide de revoir le march&eacute;, si anim&eacute; en fin de journ&eacute;e.&nbsp; Pourquoi en fin de journ&eacute;e ?&nbsp; La r&eacute;ponse lui vient &nbsp;&agrave; l&rsquo;esprit tandis qu&#39;il franchit la Porte du Lion&nbsp;: c&rsquo;est parce que c&rsquo;est seulement en fin de journ&eacute;e que les gens, ici, savent s&rsquo;ils ont gagn&eacute; de quoi acheter &agrave; manger.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa rue du march&eacute; grouille d&rsquo;hommes et de femmes, de gamins, de mendiants.&nbsp; On lui a bien dit qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;un seul juif dans la ville : un marin p&ecirc;cheur. Il observe quand m&ecirc;me.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl a entendu dire qu&rsquo;&agrave; l&#39;initiative de quelques uns venus de Paris, Mogador, autrefois florissante, promet de rena&icirc;tre de ses sables.&nbsp; Pourquoi faire si&nbsp; les juifs&nbsp;ne sont plus l&agrave; ?&nbsp; Pour emp&ecirc;cher les dunes de recouvrir le cimeti&egrave;re ?&nbsp; Pour la fid&eacute;lit&eacute; au souvenir de leurs anc&ecirc;tres, l&#39;acharnement contre l&#39;oubli ? Pourquoi pas ?<\/p>\n<p>\n\tLa ville semble reprendre des couleurs, des couples de touristes d&eacute;ambulent dans les ruelles, s&rsquo;extasient devant les vagues qui se fracassent sur les remparts ou sirotent le th&eacute; dans la boutique de Mickey qui a tout compris . C&#39;est d&eacute;j&agrave;&nbsp;&ccedil;a&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl sent parfaitement que le chien le suit tout pr&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent et cela le rassure . Mais soudain il d&eacute;croche. Max ne peut que l&#39;entrevoir, une seconde, contournant un couple d&#39;aveugles pour s&#39;embusquer sous une charrette arr&ecirc;t&eacute;e devant une porte coch&egrave;re.&nbsp; Il se pench&eacute; pour v&eacute;rifier, le chien n&#39;est plus l&agrave;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEntre les &eacute;tals des marchands de l&eacute;gumes, &agrave; m&ecirc;me le trottoir, deux grandes corbeilles en roseau, d&eacute;bordant de bouquets de menthe et de coriandre que le vendeur aspergea d&#39;une brume d&rsquo;eau fra&icirc;che.&nbsp; Il a envie de lui dire : &quot; Quelques gouttelettes dans mon gosier, s&#39;il te pla&icirc;t !&quot;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tParmi les boutiques de fruits secs ou d&#39;&eacute;pices, celle du marchand d&rsquo;olives : des monticules d&rsquo;olives vertes, noires, violettes, les unes piquantes, les autres concass&eacute;es.&nbsp; Il en mangeait une poign&eacute;e avec du pain au retour de l&rsquo;&eacute;cole, avec un petit verre de th&eacute; que lui tendait sa grand-m&egrave;re, c&#39;&eacute;tait presque &ccedil;a le repas du soir.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUne gamine de six ou sept ans, muette, vient de se &nbsp;faufiler entre les passants pour tendre sa main au marchand qui lui&nbsp; donne une olive.&nbsp; Elle secoue la main avec insistance, le marchand a&nbsp;c&egrave;de lui donne une olive de plus, elle appr&eacute;cie d&rsquo;un signe tr&egrave;s digne de la t&ecirc;te avant de se sauver.&nbsp; Le marchand se tourne alors vers Max : &quot;Olives, Monsieur&nbsp;?&quot;. &quot;Je veux bien , des noires, au sel&quot;. Son petit paquet d&rsquo;olives &agrave; la main il continue sa promenade en d&eacute;visageant les passants.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUne jeune femme aux grands yeux noirs, dans une &eacute;l&eacute;gante djellaba vert p&acirc;le, le visage cach&eacute; d&rsquo;un voile si l&eacute;ger qu&rsquo;on devine ses l&egrave;vres d&rsquo;une belle sensualit&eacute;, lui lance un regard plein de promesses. Il fait &nbsp;comme s&rsquo;il n&rsquo;a &nbsp;pas compris, se reproche sa couardise, se raidit dans d&rsquo;une orgueilleuse et sourde solitude pour se demander &quot;Qu&#39;est-ce qu&#39;il me veut ce chien? Lui ou son double !&quot;&nbsp; Son double n&#39;est pas le mot appropri&eacute;, mais il s&#39;en contente puisque &quot;r&eacute;incarnation&quot; se d&eacute;robe &agrave; sa langue.&nbsp; &quot;Qu&#39;est-ce qu&#39;il lui prend &nbsp;de farfouiller dans mes souvenirs ?&quot;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUne beaut&eacute; de jeune fille qui arrive en sens inverse le d&eacute;visage avec une curiosit&eacute; insistante mais sans malice.&nbsp; Elle a la bouche de Le&iuml;la, &hellip;&nbsp; Leurs baisers ne faisaient qu&#39;une bouch&eacute;e de leurs corps fondus de d&eacute;sir derri&egrave;re une porte.&nbsp; Ses cheveux sentaient une &eacute;pice ent&ecirc;tante, grisante, peut-&ecirc;tre est-elle en train de se souvenir de lui, en cet instant m&ecirc;me, dans son bureau directorial.&nbsp; Elle a certainement pris de l&#39;embonpoint, pulpeuse comme elle l&#39;&eacute;tait.&nbsp; Ils arrivaient toujours &agrave; trouver un coin sombre ou un recoin de terrasse pour s&#39;aimer entre &laquo;&nbsp;ses cuisses&nbsp;&raquo;.&nbsp; Pour bizarre que lui semble cette expression, il renonce &agrave; en chercher une autre en se disant : &quot;Oui, c&#39;&eacute;tait un peu &ccedil;a, ses cuisses, nous n&#39;avions qu&#39;elles pour le sublime&quot;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tTout &agrave; coup il aper&ccedil;oit le chien.&nbsp; L&agrave;, il vient de se glisser entre deux matrones, v&ecirc;tues de m&ecirc;mes djellabas bleu indigo.&nbsp; S&#39;immobilisant quelques pas plus loin, Max laisse le chien se rapprocher pour lui susurrer: &quot;Qu&rsquo;est-ce que tu veux&nbsp;?&nbsp; Tu n&#39;es pas celui que tu crois, mon pauvre vieux ! Pour tout te dire,&nbsp; moi non plus. Le ton presque cordial incite le chien &agrave; faire deux petits pas vers lui.&nbsp; Mais, il se ravise, s&#39;arr&ecirc;t et s&#39;asseoit &nbsp;en le fixant d&#39;un air perplexe.&nbsp; Ses yeux ressemblent &eacute;trangement &agrave; ceux de Filou.&nbsp; Un regard qui vous fait sentir qu&#39;il vous devine.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMax se r&eacute;sout &agrave; poursuivre sa marche. Il se dit que le temps est tr&egrave;s vite pass&eacute; depuis le jour o&ugrave; il a quitt&eacute; Augusto, en arrivant en Espagne, avec pour tout bagage des petits bouts d&rsquo;avenir.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; A Paris, il avait tout de suite&nbsp; trouv&eacute; du travail, une chambre, des amis, des filles.&nbsp; Tout s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute; si vite&hellip; Dans un moment de distraction, il avait &eacute;pous&eacute; Jeanne, parce qu&rsquo;elle ressemblait &agrave; Odile.&nbsp; Elle terminait des &eacute;tudes pour devenir orthophoniste, lui venait de prendre la direction de &laquo;&nbsp;Shirley&nbsp;&raquo;, une marque de pulls pour femmes.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPour simuler le plaisir qui se d&eacute;robait &agrave; elle, Jeanne s&rsquo;&eacute;tait mise &agrave; reproduire &nbsp;avec un don de soi infiniment touchant, une s&eacute;rie de petits sons, toujours les m&ecirc;mes, qu&#39;il ne pouvait plus supporter.&nbsp; Avec la m&ecirc;me abn&eacute;gation, elle lui pr&eacute;parait sa valise, chaque vendredi ou presque pour de longs week-ends consacr&eacute;s aux s&eacute;ances &quot;photos&quot; des mannequins de &quot;Shirley&quot;, &agrave; Deauville, Cannes ou Djerba.&nbsp; Peu &agrave; peu ils &eacute;taient devenus amis. Elle s&#39;est achet&eacute; deux Yorkshires qu&#39;elle coiffait de minuscules rubans de couleurs diff&eacute;rentes.&nbsp; Lui n&#39;avait envie de rien. C&#39;est ce qu&#39;il avait dit.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLeur divorce, apais&eacute; comme un temple &agrave; une heure creuse, tacitement accompagn&eacute; par la &laquo;r&eacute;serve&nbsp;&nbsp;&raquo; de leurs amis communs, n&#39;avait m&ecirc;me pas &eacute;veill&eacute; l&#39;attention de la concierge du boulevard Lannes qui continuait d&#39;appeler Jeanne, Madame Max.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa voix du Muezzin appelant &agrave; la pri&egrave;re du soir a rompu le fil de son souvenir quand il se rend compte de la pr&eacute;sence du chien en train de gambader &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s.&nbsp; Pris d&rsquo;un m&eacute;lange de compassion et de retenue, il s&#39;en veut de lui avoir parl&eacute;. Tout en pressant le pas, il&nbsp; pense &agrave; Odile&nbsp;:&nbsp; Elle lui avait &eacute;crit comme promis d&egrave;s son arriv&eacute;e en France, dans le Finist&egrave;re.&nbsp; Ce mot avec &quot;fini&quot; lui avait inspir&eacute; un mauvais pressentiment.&nbsp; Cependant il s&#39;&eacute;tait appliqu&eacute; pour r&eacute;pondre &agrave; sa lettre, d&#39;homme &agrave; femme, non pas comme un gamin &agrave; sa ma&icirc;tresse d&#39;&eacute;cole.&nbsp; Il lui avait fallu recopier et bricoler des phrases d&#39;un livre avant de parvenir &agrave; formuler qu&#39;il pensait &agrave; elle autant qu&#39;elle pr&eacute;tendait penser &agrave; lui.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa deuxi&egrave;me lettre, toute de mots de ce fran&ccedil;ais qui vous grise et vous caresse, l&#39;avait submerg&eacute; de d&eacute;pit.&nbsp; Odile lui annon&ccedil;ait dans une tournure enchant&eacute;e qu&#39;elle attendait un enfant.&nbsp; Il relut la lettre avant de la d&eacute;chirer en morceaux de plus en plus petits.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSoudain, il r&eacute;alise que le chien le pr&eacute;c&egrave;de de plusieurs m&egrave;tres et&nbsp; se tourne vers lui.&nbsp; Max fl&eacute;chit les genoux et se penche en se tapant la cuisse avec la main pour l&#39;inviter &agrave; s&#39;approcher.&nbsp; Le chien offusqu&eacute; par cette familiarit&eacute; se dirige vers la droite en d&eacute;crivant un grand cercle pour le contourner, avant de r&eacute;appara&icirc;tre loin derri&egrave;re lui.&nbsp; Tant mieux, se dit Max en retournant avec impatience &agrave; ses pens&eacute;es.&nbsp; Plus tard, apr&egrave;s la deuxi&egrave;me lettre d&#39;Odile, un doute s&#39;&eacute;tait insinu&eacute; dans son esprit&nbsp;: les Leduc &eacute;taient mari&eacute;s depuis six ans quand ils &eacute;taient arriv&eacute;s &agrave; Mogador.&nbsp; Pourquoi n&#39;avaient-ils pas eu d&#39;enfants&nbsp;?&nbsp; Pourquoi cet enchantement dans la lettre d&#39;Odile ?&nbsp; Se serait-elle servie de lui pour avoir l&#39;enfant que Germain ne pouvait pas lui faire&nbsp;? A sa derni&egrave;re lettre elle avait joint une photo, celle d&rsquo;un bonheur, on aurait dit, m&eacute;thodiquement &eacute;labor&eacute;, mis en sc&egrave;ne&nbsp;: elle, un peu &eacute;paissie,&nbsp; le b&eacute;b&eacute; dans ses bras, Germain pr&egrave;s d&rsquo;elle, un peu en retrait, presque bedonnant,&nbsp; en tenue de chasse. Elle avait termin&eacute; par un &laquo;&nbsp;nous pensons &agrave; toi&nbsp;&raquo; qu&rsquo;il avait ressenti comme &laquo;&nbsp;reste l&agrave; o&ugrave; tu es&nbsp;&raquo;. Une nouvelle adresse au dos de l&rsquo;enveloppe. &nbsp;Il ne comptait pas leur rendre visite. Certes il y avait pens&eacute;, mais pas question. &nbsp;Depuis des ann&eacute;es,&nbsp; &agrave; chaque fois qu&#39;il entend ou lit le mot Finist&egrave;re, son c&oelig;ur se met &agrave; battre, comme offens&eacute;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il ralentit le pas, se pla&ccedil;ant de c&ocirc;t&eacute; pour laisser passer une charrette remplie de past&egrave;ques. Au fond, il ne d&eacute;teste pas l&#39;id&eacute;e de lui avoir fait un enfant&hellip;<\/p>\n<p>\n\tLe chien appara&icirc;t &agrave; nouveau, le devance de quelques pas. Mais d&eacute;crivant aussit&ocirc;t un demi-cercle, il se place &agrave; quatre ou cinq m&egrave;tres derri&egrave;re lui. Cet enfant, une fille peut-&ecirc;tre, non plut&ocirc;t un gar&ccedil;on aurait vingt sept ans aujourd&#39;hui, blond peut-&ecirc;tre&#8230;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl se d&eacute;cide &agrave; prendre une rue tr&egrave;s passante qui conduit en dehors de l&#39;enceinte de la ville vers la poste et se met volontairement &agrave; zigzaguer dans la foule.&nbsp; Sans s&#39;arr&ecirc;ter il se retourne discr&egrave;tement&nbsp;; mais tout aussi furtif, le chien se faufile entre les passants.&nbsp; Il presse le pas, en se disant que c&#39;est peut-&ecirc;tre l&#39;heure de manger, qu&#39;il ferait mieux de s&#39;attabler dans un restaurant.&nbsp; Le chien se rapproche en trottinant maintenant, si pr&egrave;s de lui qu&#39;on aurait dit son ombre.&nbsp; Max s&#39;arr&ecirc;te brusquement pour le laisser le d&eacute;passer et s&#39;engouffre dans cette ruelle, une sorte de goulot, d&eacute;bouchant sur la longue rue mince comme un fil qui s&#39;insinue entre la ville et ses remparts.&nbsp; Le chien, h&eacute;site &agrave; s&#39;engager, s&#39;asseoit &agrave; l&#39;entr&eacute;e de la ruelle d&eacute;serte avec une expression de d&eacute;couragement, pr&ecirc;t &agrave; renoncer.&nbsp; Max sourit puis subitement, pris d&#39;une envie enfantine, il se met &agrave; courir tout en invitant le chien &agrave; courir derri&egrave;re lui.&nbsp; Le chien, &eacute;tonn&eacute;, se redresse, le consid&egrave;re d&rsquo;un air perplexe avant de consentir &agrave; trottiner sans h&acirc;te, tout en se maintenant &agrave; une distance d&#39;une vingtaine de m&egrave;tres.&nbsp; Brusquement, changeant d&#39;avis, il s&#39;arr&ecirc;te et se pose sur son s&eacute;ant.&nbsp; Max porte sa main &agrave; la poche de sa veste, la ressort et figure avec ses doigts une bouch&eacute;e qu&#39;il fait mine de lui jeter.&nbsp; Le chien d&eacute;tourne l&eacute;g&egrave;rement la t&ecirc;te d&#39;un air incr&eacute;dule.&nbsp; Quand Max, tout en s&#39;avan&ccedil;ant tr&egrave;s lentement, s&#39;applique &agrave; lui parler d&#39;une voix rassurante, le chien se met &agrave; reculer de c&ocirc;t&eacute; d&#39;un air m&eacute;fiant avant de tourner le dos pour s&#39;&eacute;loigner, d&eacute;cid&eacute; &agrave; mettre fin &agrave; ce qui est devenu un malentendu.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Max presse le pas, le chien se sentant poursuivi, acc&eacute;l&egrave;re le sien, les oreilles rabattues.&nbsp; Tout &agrave; coup, Max se met &agrave; courir furieusement derri&egrave;re lui comme pour le corriger.&nbsp; Alors le chien d&eacute;tale, plus rapide qu&#39;un li&egrave;vre d&eacute;busqu&eacute; et, bifurquant subitement, il s&#39;engouffre dans le goulot qui rejoint la m&eacute;dina et se perd pour toujours.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMax s&#39;est arr&ecirc;t&eacute; aussi net et tout en &eacute;tirant sa veste pour la replacer sur ses &eacute;paules, il a pivot&eacute; sur lui-m&ecirc;me pour s&#39;engager &agrave; nouveau dans la longue rue &eacute;troite en marmonnant : &quot;Quel con !&quot;<\/p>\n<p>\n\tVers le port, sur une placette, il aper&ccedil;oit un restaurant, s&#39;y dirige, &nbsp;franchit la porte machinalement.<\/p>\n<p>\n\tLa petite salle, vide, &eacute;clair&eacute;e d&#39;une lumi&egrave;re jaune presque orang&eacute;e, lui procure un sentiment de d&eacute;tente.&nbsp; Pr&egrave;s du comptoir, assis sur un tabouret, un vieux monsieur au visage tavel&eacute;&nbsp; l&rsquo;accueille avec un vrai sourire :<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Asseyez-vous, cher Monsieur, mon gamin est &agrave; la cuisine, il viendra s&#39;occuper de vous tout de suite !<\/p>\n<p>\n\tPresque pas d&rsquo;accent, le monsieur, peut-&ecirc;tre un militaire &agrave; la retraite, il a dit &laquo;&nbsp;mon gamin&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\tMax se d&eacute;cida pour le plat ajout&eacute; au stylo sur la carte imprim&eacute;e&nbsp;: tajine de dorade.<\/p>\n<p>\n\t&#8211;&nbsp; Et une salade de tomates &agrave; l&rsquo;ail, j&rsquo;aimerais y ajouter quelques olives achet&eacute;es en passant &hellip;&ccedil;a me rappelle mon enfance.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s quelques gorg&eacute;es de vin, se tournant vers le vieux monsieur, il s&#39;enhardit : &quot;Je suis d&rsquo;ici, je suis n&eacute; ici, dans la rue du boulanger Abid, mon p&egrave;re &eacute;tait courtier en c&eacute;r&eacute;ales, Chriqui&nbsp;&hellip; Le vieux monsieur a h&eacute;sit&eacute; quelques secondes&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le nom me dit quelque chose, le camionneur, c&rsquo;&eacute;tait de votre famille?<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon oncle&hellip;C&#39;est tout &agrave; fait &ccedil;a. J&#39;ai bien fait d&#39;entrer chez vous.<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors tu es parti tr&egrave;s jeune&hellip;en France&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En France.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe sentiment d&rsquo;exister pour quelqu&#39;un le met de bonne humeur, il s&rsquo;applique &agrave; savourer les olives avec de grandes bouch&eacute;es de pain tremp&eacute;es dans la salade de tomates &agrave; l&rsquo;ail .<\/p>\n<p>\n\tLes paupi&egrave;res pliss&eacute;es d&#39;un air de malice, le vieux monsieur s&rsquo;est lanc&eacute; dans un discours sur le bon vieux temps, l&#39;entente entre les juifs et les musulmans de Mogador avant de dire :<\/p>\n<p style=\"margin-left: 0.25in;\">\n\t&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est une bonne chose que de vous voir revenir &hellip;Mais&hellip; je crois que je peux vous tutoyer, je pourrai &ecirc;tre votre grand-p&egrave;re, au moins&nbsp;!&nbsp; Tes enfants devraient faire pareil, ton fils ou ta fille, tu as des enfants, je suppose ?<\/p>\n<p style=\"margin-left: 0.25in;\">\n\t&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous avez raison, au fond il devrait, il est un peu d&rsquo;ici .<\/p>\n<p style=\"margin-left: 0.25in;\">\n\tIl se reprocha d&rsquo;avoir dit &laquo;&nbsp;il&nbsp;&raquo; alors qu&rsquo;il pouvait s&rsquo;agir de &laquo;&nbsp;elle&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 0.25in;\">\n\t&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme &ccedil;a au moins, Essaouira ne sera pas livr&eacute;e &agrave; ces seules hordes de touristes &agrave; moiti&eacute; d&eacute;nud&eacute;s, des hommes avec des boucles d&rsquo;oreilles.&nbsp; Quand j&rsquo;&eacute;tais gosse, on fermait chaque soir les portes de la ville dont tous les habitants se connaissaient et les gens s&rsquo;endormaient en paix.&nbsp; Maintenant il n&rsquo;y a plus de portes, entre ou sort qui veut, seuls les chiens savent reconna&icirc;tre l&rsquo;&eacute;tranger.<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Absolument vrai, ce que vous dites pour les chiens, j&rsquo;ai fait un grand tour dans la ville, personne ne m&#39;a soup&ccedil;onn&eacute; d&#39;&ecirc;tre un peu d&#39;ici, m&ecirc;me dans notre rue.&nbsp; Personne, sauf un chien, qui m&rsquo;a suivi sans rel&acirc;che.&nbsp; Le plus dr&ocirc;le ou le plus troublant est que j&rsquo;ai eu un chien qui lui ressemblait quand j&rsquo;&eacute;tais gosse.&nbsp; Bizarre, vous ne trouvez pas&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi bizarre ? Peut-&ecirc;tre un de ses descendants&hellip;ou la r&eacute;incarnation de ton chien.&nbsp; Juste un petit signe des esprits de ta ville.<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je les remercie bien s&ucirc;r, mais pardonnez-moi de vous dire, cher ami, qu&#39;ils n&#39;ont pas &eacute;t&eacute; tout &agrave; fait clairs, les esprits, parce que ce chien, qui m&#39;a accompagn&eacute; avec insistance a tout le temps gard&eacute; ses distances, &hellip; Comment dirai-je&nbsp;?&nbsp; On ne s&#39;est pas beaucoup parl&eacute;, &hellip;<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je dois te rappeler, mon gar&ccedil;on, que les chiens ici s&#39;en tiennent &agrave; ce qu&#39;ils sont, ils n&#39;ont pas &agrave; parler.&nbsp; Je sais qu&rsquo;en France vous leur permettez beaucoup de choses.&nbsp; Ici la plupart sont des chiens de rue. Ils ont l&rsquo;habitude de suivre les &eacute;trangers, les Europ&eacute;ens bien s&ucirc;r, toujours plus enclins que les indig&egrave;nes &agrave; s&rsquo;apitoyer sur leur sort, &agrave; leur jeter des restes de nourritures &agrave; leur descente des autocars.&nbsp; Ils flairent les &eacute;trangers et se mettent sous leur protection, c&rsquo;est une question d&rsquo;odeur.<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On a peine &agrave; r&eacute;aliser qu&#39;en allant vivre &agrave; l&#39;&eacute;tranger, on en arrive &agrave; perdre jusqu&#39;&agrave; son odeur.&nbsp; En tout cas, les choses se brouillent avec l&#39;&eacute;loignement, comme je viens de vous le dire, ce chien m&#39;a pris pour un &eacute;tranger. Il a h&eacute;sit&eacute; longuement &nbsp;et enfin il a d&ucirc; conclure&nbsp; &nbsp;que je ne devais pas l&#39;&ecirc;tre tout &agrave; fait.<\/p>\n<p>\n\t&ndash;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;En ce qui nous concerne, ici, tu es chez toi&nbsp;!&#8230; A mon avis, peut-&ecirc;tre faudra-t-il en parler au chien!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pol Serge KAKON&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UNE JOURN&Eacute;E de chien &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pol Serge KAKON &nbsp; Il avait r&eacute;serv&eacute; une chambre dans un h&ocirc;tel non loin de l&rsquo;illustre horloge de la ville qui venait de sonner quatre heures. Apr&egrave;s avoir rempli la fiche de police, il l&rsquo;a tendue, avec son passeport, au r&eacute;ceptionniste qui n&rsquo;a m&ecirc;me pas relev&eacute; qu&rsquo;il est n&eacute;&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":19540,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10,17,1],"tags":[],"class_list":["post-10223","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-france","category-souvenirs","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10223","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10223"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10223\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19540"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10223"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10223"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10223"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}