{"id":10259,"date":"2015-02-17T00:36:47","date_gmt":"2015-02-17T00:36:47","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=10259"},"modified":"2015-02-17T00:36:47","modified_gmt":"2015-02-17T00:36:47","slug":"pardonnez-nous-notre-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/pardonnez-nous-notre-silence\/","title":{"rendered":"Pardonnez-nous notre silence"},"content":{"rendered":"<p>\n\tPardonnez-nous notre silence<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tPAR&nbsp;<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/yves-faucoup\" title=\"Le blog de YVES FAUCOUP\">YVES FAUCOU<\/a>P<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tIls sont venus vous chercher &agrave; l&#39;aube blafarde des journ&eacute;es honteuses ou un soir d&#39;hiver, &agrave; l&#39;abri des regards. Vous &eacute;tiez dans la force de l&#39;&acirc;ge. Vous &eacute;tiez vieillards ou enfants, valides, impotents, ouvriers ou marchands. Les uns croyaient au Dieu d&#39;Isra&euml;l, les autres n&#39;y croyaient gu&egrave;re. Fran&ccedil;ais de souche ou r&eacute;cemment &eacute;migr&eacute;s de Pologne, de Hongrie ou d&#39;ailleurs. Anciens combattants de la grande guerre ou rescap&eacute;s des pogroms de Varsovie, de Bucarest, des nuits de Cristal de Berlin.<\/p>\n<p>\n\t\tVous aimiez la France, terre d&#39;asile. Vous avez cru en elle contre toute esp&eacute;rance. Elle vous a livr&eacute; &agrave; la b&ecirc;te plus qu&#39;immonde qui, au d&eacute;but, n&#39;en demandait pas tant. Vous avez port&eacute; l&#39;&eacute;toile jaune comme une cible permettant d&#39;ajuster le tir. Vous avez connu Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, des camps bien de chez nous. Et les convois de la mort &eacute;touffaient les cris d&#39;horreur. Les wagons plombaient les premi&egrave;res r&eacute;voltes.<\/p>\n<p>\n\t\tAuschwitz, Treblinka, Sobibor&#8230; Litanie fun&egrave;bre. Les uns ne savaient rien et imaginaient cette d&eacute;portation comme un regroupement vers des terres glac&eacute;es, selon la volont&eacute; du tyran. Les autres, la plupart, avaient compris. Ils avaient tout fait pour cacher leurs enfants. Ils avaient &eacute;crit des lettres, &agrave; mots couverts, d&#39;adieu.<\/p>\n<p>\n\t\tGare de triage signifiait mort ou survie, assassinat ou mort lente. Sur Birkenau plane aujourd&#39;hui le souvenir de ces grappes humaines, sorties des trains &agrave; bestiaux, objet du m&eacute;pris supr&ecirc;me. Les chaussures d&#39;enfants entass&eacute;es par milliers derri&egrave;re des vitrines de mus&eacute;e nous arrachent des larmes bien d&eacute;risoires devant un drame qui a fait ici basculer l&#39;Histoire.<\/p>\n<p>\n\t\tAu Panth&eacute;on des peuples extermin&eacute;s, le comptage des morts est obsc&egrave;ne. Noirs d&#39;Afrique, Indiens d&#39;Am&eacute;rique, Arm&eacute;niens d&#39;Arm&eacute;nie, vous avez pay&eacute; cher, tr&egrave;s cher, d&#39;avoir une patrie et de pr&eacute;tendre y vivre. Juifs de nulle part, sans terre et sans cesse chass&eacute;s, accus&eacute;s de tous les p&eacute;ch&eacute;s du monde, d&#39;empoisonner les fontaines lorsque les &eacute;pid&eacute;mies de peste s&eacute;vissaient, votre extermination a &eacute;t&eacute; planifi&eacute;e, froidement organis&eacute;e. Vos bourreaux ne cherchaient pas &agrave; annexer un territoire que vous auriez d&eacute;fendu becs et ongles. Ils vous an&eacute;antissaient parce que vous &eacute;tiez Juifs&#8230; ou Tsiganes. Pour une religion, un nom, une race &eacute;ventuellement. Le p&eacute;ch&eacute; originel ne date pas du jardin de l&#39;Eden. Mais de cet enfer-l&agrave;.<\/p>\n<p>\n\t\tA l&#39;&eacute;chelle de l&#39;Histoire, [soixante-dix ans] n&#39;est qu&#39;un instant. 1944 c&#39;&eacute;tait hier. Et l&#39;odeur des gaz est &agrave; peine dissip&eacute;e. Vos fils et vos filles tra&icirc;nent votre disparition comme une douleur inexpiable. Pour la plupart, ils n&#39;ont pu vous dire au revoir. Ils vous ont attendu des ann&eacute;es durant et encore aujourd&#39;hui on leur a vol&eacute; leur deuil. Confus&eacute;ment, les uns vous reprochent de n&#39;avoir pas r&eacute;sist&eacute;&nbsp;; ou savent que vous les avez sauv&eacute;s en vous sacrifiant. Certains vivent comme un scandale d&#39;avoir surv&eacute;cu. De quel droit&nbsp;! D&#39;autres ne peuvent supporter de vivre au-del&agrave; de l&#39;&acirc;ge o&ugrave; leur m&egrave;re ou leur p&egrave;re est mort.<\/p>\n<p>\n\t\tLes victimes &agrave; genoux. C&#39;est dans l&#39;ordre des choses. Malgr&eacute; Yisrolik, l&#39;enfant du ghetto, orphelin, qui chantait en yiddish&nbsp;: &quot;&nbsp;je reste l&agrave; tout seul comme le vent sur la plaine, et pourtant je sais encore siffler et chanter&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\tMais nous, t&eacute;moins. Nous, Occident civilis&eacute;. Qu&#39;avons-nous fait&nbsp;? Nos chefs savaient et assez t&ocirc;t que les chambres &agrave; gaz d&eacute;truisaient des milliers d&#39;hommes, de femmes et d&#39;enfants chaque jour. Ils n&#39;ont rien fait, ils n&#39;ont rien dit. Le seul objectif&nbsp;: gagner la guerre, les Juifs seraient sauv&eacute;s de surcro&icirc;t. Pour protester contre cette indiff&eacute;rence des Alli&eacute;s, Zygielbojm, juif polonais t&eacute;moignant &agrave; Londres de l&#39;horreur des camps de la mort, s&#39;est suicid&eacute; en mai 1943.<\/p>\n<p>\n\t\tUne Eglise catholique rest&eacute;e honteusement silencieuse sur le calvaire de ceux qui, malgr&eacute; tout, n&#39;avaient-il pas clou&eacute; en croix le fils de Dieu&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t\tEt nous la pl&egrave;be, nous ne savions rien. Jamais nous n&#39;aurions pu imaginer un tel massacre. Nous avions d&eacute;j&agrave; tant de mal &agrave; supporter la guerre, les privations, la disparition d&#39;&ecirc;tres chers. Quant on vous a d&eacute;clar&eacute;s indignes de la France, nous n&#39;avons pas compris. Quand on vous a &eacute;pingl&eacute; une &eacute;toile de David sur la poitrine, nous n&#39;avons pas compris. Quant on vous a entass&eacute;s dans des trains pour peupler des colonies de l&#39;Est, nous n&#39;avons pas cru&#8230; Les plus courageux d&#39;entre nous ont port&eacute; l&#39;&eacute;toile par solidarit&eacute;, vous ont cach&eacute;s, vous ont aid&eacute;s &agrave; franchir la ligne de d&eacute;marcation, vous ont pr&eacute;venus de l&#39;arrestation, &agrave; condition que vous soyez en mesure de fuir. Sinon&#8230; Les plus courageux, c&#39;est &agrave; dire les moins nombreux. Combien seraient-ils aujourd&#39;hui&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t[Texte &eacute;crit et publi&eacute; en mai-juin 1985 dans la revue franc-comtoise&nbsp;L&#39;Estocade&nbsp;: je n&#39;ai strictement rien modifi&eacute;, pas m&ecirc;me le titre (j&#39;ai seulement remplac&eacute;&nbsp;quarante ans&nbsp;par&nbsp;soixante-dix ans). Ce texte s&#39;inscrivait dans un dossier sur la d&eacute;portation comportant le t&eacute;moignage d&#39;un couple qui avait pu &eacute;chapper &agrave; une rafle, t&eacute;moignage que j&#39;avais recueilli et sur lequel je reviendrai dans un prochain billet. J&#39;avais visit&eacute; Auschwitz-Birkenau deux ans plus t&ocirc;t]<\/p>\n<p>\n\t\thttp:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/yves-faucoup\/270115\/pardonnez-nous-notre-silence<\/p>\n<p>\n\t\t<span style=\"font-size: 1.2em; line-height: 1.7em;\">Photos Yves Faucoup<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pardonnez-nous notre silence &nbsp; PAR&nbsp;YVES FAUCOUP &nbsp; Ils sont venus vous chercher &agrave; l&#39;aube blafarde des journ&eacute;es honteuses ou un soir d&#39;hiver, &agrave; l&#39;abri des regards. Vous &eacute;tiez dans la force de l&#39;&acirc;ge. Vous &eacute;tiez vieillards ou enfants, valides, impotents, ouvriers ou marchands. 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