{"id":1031,"date":"2015-09-01T00:49:39","date_gmt":"2015-09-01T00:49:39","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1031"},"modified":"2015-09-01T02:01:52","modified_gmt":"2015-09-01T02:01:52","slug":"mes-insomnies-un-conte-par-monique-zetlaoui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/mes-insomnies-un-conte-par-monique-zetlaoui\/","title":{"rendered":"Mes insomnies, un conte par Monique Zetlaoui"},"content":{"rendered":"<p>\n\tMes insomnies<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tMes insomnies<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il &eacute;tait une fois un homme qui &eacute;tait insomniaque ou peut-&ecirc;tre s&rsquo;ennuyait-il dans sa routine quotidienne en mal de r&ecirc;ves et d&rsquo;&eacute;vasion ou peut-&ecirc;tre n&rsquo;&eacute;tait &ndash;il qu&rsquo;un de ces m&acirc;les chasseurs, peut-&ecirc;tre voulait-il r&eacute;veiller une libido, quelque peu endormie, sans pour autant se mettre &agrave; dos son &eacute;pouse. Elle, l&rsquo;&eacute;pouse dormait &agrave; poings ferm&eacute;s dans l&rsquo;autre chambre se fichant comme d&rsquo;une guigne des insomnies de sa moiti&eacute;, le visage enfoui sous des tonnes de cr&egrave;me antiride.&nbsp; Une nuit, il retrouva, une carte de visite, donn&eacute;e deux ans auparavant, lors d&rsquo;un s&eacute;minaire.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp; De l&rsquo;autre cot&eacute; de la mer, elle ne dormait pas l&rsquo;insomniaque, elle avait depuis longtemps renonc&eacute; &agrave; vivre une longue histoire d&rsquo;amour avec Sommeil. Elle avait tout essay&eacute; pour le s&eacute;duire mais Sommeil l&rsquo;ignorait superbement. Elle avait donc pris mari, qui d&rsquo;ailleurs au d&eacute;but aimait les insomnies de son insomniaque,&nbsp; outre des nuits feux d&rsquo;artifice, elle avait l&rsquo;habitude de le r&eacute;veiller &agrave; des heures indues, celles o&ugrave; les honn&ecirc;tes gens sont dans les bras de Morph&eacute;e, pour lui lire proses et po&egrave;mes. Mais comme il &eacute;tait un mari, il cessa d&rsquo;aimer ces r&eacute;veils litt&eacute;raires, <em>laisse-moi dormir<\/em> disait-il. Les ann&eacute;es aidant, il se mit &agrave; ronfler, la pr&eacute;cipitant davantage vers ses insomnies. Elle devint m&egrave;re, les enfants c&rsquo;est normal et banal se ligu&egrave;rent contre Sommeil. In utero, ils savaient le contrer, l&rsquo;&eacute;loigner de maman. Et puis ce fut&hellip;&nbsp; les biberons, les dents qui poussaient etc, etc. Ils grandirent, sortaient le soir la laissant suspendue au t&eacute;l&eacute;phone et guettant le clic-clac de la clef dans la serrure.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp; Et lorsque, enfin&nbsp; mari et enfants dormaient dans la nuit bleue marine, elle flirtait avec les mots et les mets. Elle &eacute;crivait o&ugrave; entrait en cuisine comme on entre en religion, et si Ma&icirc;tre Sommeil par l&rsquo;odeur all&eacute;ch&eacute; pointait le bout de son nez&nbsp;? Nenni, alors au beau milieu de la nuit, elle se vengeait sur les &oelig;ufs, premi&egrave;res victimes de ses insomnies, elle battait &nbsp;sans m&eacute;nagement les jaunes, fouettait &nbsp;les blancs jusqu&rsquo;&agrave; en faire de la neige et pour ce faire pardonner cette maltraitance leur pr&eacute;sentait un chocolat fondu et leur servait par-dessus un rhum hors d&rsquo;&acirc;ge. Ils lui savaient gr&eacute; de ces apports et s&rsquo;y fondaient pour former une a&eacute;rienne et onctueuse mousse&nbsp;; Parfois, sa vengeance s&rsquo;exer&ccedil;ait sur les oignons, arm&eacute;e d&rsquo;un couteau, elle les d&eacute;bitait en rondelles, mais ils avaient le dernier mot et la faisaient pleurer..&nbsp;.pleurer. Lorsqu&rsquo;elle leur pr&eacute;sentait la belle aubergine &agrave; la robe violette, les oignons leur murmuraient des mots doux au fond de la cocotte.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;Puis son mari de moins en moins charmant, eut l&rsquo;heureuse id&eacute;e de prendre la tangente, les ailes des enfants avaient bien pouss&eacute;, ils s&rsquo;envol&egrave;rent hors du nid. A nouveau libre, elle rejoua le jeu de la s&eacute;duction avec Sommeil. Elle dormait nue, juste trois gouttes de parfum, se prenant pour Marilyn. Pour le rendre jaloux, elle coucha dans son grand lit amants et amants qui finissaient par s&rsquo;endormir, beno&icirc;tement ravis de leurs performances. Sommeil restait insensible &agrave; son charme, jam ais il ne passait une nuit avec elle. Tous les soirs, elle le regardait border amoureusement des millions et des millions de femmes, elle lui jura m&ecirc;me de fermer les yeux sur toutes ses conqu&ecirc;tes, rien n&rsquo;y fit, Sommeil l&rsquo;ignorait&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;Donc, elle &eacute;crivait, elle ne disposait que de vingt six &nbsp;&nbsp;lettres, mais elles &eacute;taient magiques et avec elles, elle pouvait &agrave; l&rsquo;infini enfanter des mots.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;Allez savoir pourquoi, &agrave; deux heures du matin, elle cliqua sur sa boite email. Un message d&rsquo;un inconnu l&rsquo;attendait. Tr&egrave;s m&eacute;fiante des virus, elle s&rsquo;appr&ecirc;tait &agrave; virer ce spam, tout juste si elle n&rsquo;avait pas couru chercher un masque, celui l&agrave; m&ecirc;me qui patientait en attendant non pas les spam mais H1N1&nbsp;; La curiosit&eacute; l&rsquo;emporta, en un clic, elle ouvrit le message et lut ces lignes&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Je n&rsquo;ai pas oubli&eacute; votre regard timide et effront&eacute; ni ces petits beurres fran&ccedil;ais que vous m&rsquo;avez fait d&eacute;couvrir lors de ce congr&egrave;s.<\/em> Alors, elle se souvint, les petits beurres qui crissaient sous sa dent, dans le silence religieux d&rsquo;une barbante conf&eacute;rence&nbsp; et le regard s&eacute;v&egrave;re et r&eacute;probateur de son voisin comme si elle venait de commettre un sacril&egrave;ge. Elle lui sourit et lui tendit deux petits beurres. A la pause, il la remercia, ils &eacute;chang&egrave;rent leurs cartes de visite et elle engagea la conversation avec une jeune chercheuse et l&rsquo;oublia.<\/p>\n<p>\n\t&laquo;&nbsp;<em>Regard timide et effront&eacute;<\/em>&nbsp;&raquo; avait-il &eacute;crit, elle d&eacute;cida qu&rsquo;il m&eacute;ritait une r&eacute;ponse et lui &eacute;crivit un conte&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;<em>Il &eacute;tait une fois, des petits beurres qui &eacute;taient tr&egrave;s attentifs aux autres, aux vieilles personnes, aux enfants et pour mieux &eacute;couter leurs joies et leurs chagrins, ils avaient quatre oreilles. Parfois, ils eussent pr&eacute;f&eacute;r&eacute; &ecirc;tre sourds comme dans certains amphith&eacute;&acirc;tres o&ugrave; ils d&eacute;p&eacute;rissaient d&rsquo;ennui blotti au fond du sac.<\/em>&nbsp;&raquo; &nbsp;Elle lui expliqua qu&rsquo;elle &eacute;tait d&eacute;sol&eacute;e de ne lui envoyer qu&rsquo;un conte mais la mousse au chocolat ne passe pas en pi&egrave;ce jointe. Il pensa quelque secondes qu&rsquo;elle &eacute;tait compl&egrave;tement f&ecirc;l&eacute;e mais derri&egrave;re l&rsquo;homme le petit gar&ccedil;on vivait encore, il lui r&eacute;pondit&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>raconte moi encore une histoire s&rsquo;il te pla&icirc;t.&nbsp;<\/em>&raquo; Ils prirent l&rsquo;habitude de se retrouver la nuit, alors elle le baptisa chauve-souris. Elle adorait les animaux, mais une chauve &ndash;souris tout de m&ecirc;me, &eacute;tait- le surnom ad&eacute;quat&nbsp;? Elle d&eacute;cida que oui. Au bout de quelques jours, il formula une consternante et banale demande&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>envoie moi des photos s&rsquo;il te plait, je voudrai mieux te conna&icirc;tre.&nbsp;<\/em>&raquo; Elle photographia sa somptueuse ratatouille ( &agrave; mi-cuisson, c&rsquo;est plus joli,) son chien couch&eacute; sur le tapis, sa biblioth&egrave;que et vingt cinq lettres de l&rsquo;alphabet&nbsp; dans le d&eacute;sordre en omettant le w. Il re&ccedil;ut les photos avec un humour pince sans rire et la m&eacute;thodologie d&rsquo;un chercheur. Il lui demanda la recette de la ratatouille, lui demanda si son tapis &eacute;tait un na&iuml;m persan et combien de points avait-il. Il l&rsquo;interrogea sur la mani&egrave;re dont elle rangeait ses livres (th&egrave;me ordre alphab&eacute;tique et voulut savoir comment elle nourrissait son chien. Il conclut ainsi&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Tu ne prends pas trop de risques en omettant le w, car m&ecirc;me sans lui tu peux m&rsquo;&eacute;crire encore et encore des contes, mais tout de m&ecirc;me tu ne pourras pas choisir ton wagon, si nous prenons ensemble l&rsquo;Orient-Express, tu ne pourras pas me dire si les watts qui illuminent nos &eacute;changes sont assez puissants, je pense que le whisky ne te manquera pas trop et nous n&rsquo;&eacute;couterons pas Wagner ensemble et c&rsquo;est bien dommage&nbsp;&raquo;<\/em> Elle sourit, finalement les chauves-souris &ccedil;a a m&ecirc;me de l&rsquo;humour. Elle refusa quelques d&icirc;ners parisiens, n&eacute;gligea ses livres et ses amants puisque toutes les nuits, entre dix heures et deux heures du matin, ils se retrouvaient. Et invariablement, &agrave; deux heures, berc&eacute; par ses contes, il s&rsquo;endormait bienheureux. Avec le temps, les contes devinrent plus coquins, cela ne lui d&eacute;plut pas, il en redemanda. Une nuit peu avant dix heures, arriva un &eacute;v&eacute;nement inou&iuml;, Sommeil la prit par surprise. A l&rsquo;autre bout du monde, la chauve-souris paniqua, sa conteuse ne r&eacute;pondait pas &agrave; ses messages. Le lendemain, elle lui &eacute;crivit&nbsp; et lui raconta sa nuit si tranquille, si plate, si fade avec Sommeil. &laquo;&nbsp;<em>Je l&rsquo;attendais depuis si longtemps, il est nul, si nul Sommeil. Qu&rsquo;il aille border, endormir, &eacute;tourdir d&rsquo;autres mais que jamais, jamais plus, il ne s&rsquo;approche de moi. Je ne veux pas &nbsp;qu&rsquo;il m&rsquo;effleure, je ne veux pas qu&rsquo;il me fr&ocirc;le, je ne veux pas qu&rsquo;il me caresse. Qu&rsquo;il aille en bercer d&rsquo;autres, en apaiser d&rsquo;autres, qu&rsquo;il les anesth&eacute;sie, qu&rsquo;il les chloroforme, qu&rsquo;il les assoupisse mais&nbsp; qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;loigne de moi.<\/em>&nbsp;&raquo; Au bout de l&rsquo;autre ordinateur, l&rsquo;autre exultait et pour une fois l&rsquo;on entendit un cocorico &eacute;manant d&rsquo;une chauve-souris.&nbsp; Il &eacute;tait donc plus fort que Sommeil qui couchait pourtant contre sa peau toutes les nuits tant et tant de femmes. Il &eacute;tait donc son Prince de la nuit. Charitable, elle le laissa fanfaronner, elle savait bien qui &eacute;taient ses princes&nbsp;: ses insomnies et elle leur devait de si belles nuits.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monique Zetlaoui<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mes insomnies &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15497,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[23,1],"tags":[],"class_list":["post-1031","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1031","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1031"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1031\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15497"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1031"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1031"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1031"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}