{"id":10333,"date":"2015-03-03T00:03:05","date_gmt":"2015-03-03T00:03:05","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=10333"},"modified":"2015-03-03T00:03:05","modified_gmt":"2015-03-03T00:03:05","slug":"batou-hattab-le-chagrin-du-rabbin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/batou-hattab-le-chagrin-du-rabbin\/","title":{"rendered":"Batou Hattab. Le chagrin du rabbin"},"content":{"rendered":"<p>\n\tBatou Hattab. Le chagrin du rabbin<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div id=\"text_resize_clear\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"ancre_video\">\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tSes yeux noirs plongent et replongent machinalement dans l&rsquo;&eacute;cran de vid&eacute;osurveillance pos&eacute; sur son bureau.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tComme pour y chercher refuge, pour peut-&ecirc;tre abriter des regards la douleur qui se lit dans le sien. En tout cas, ce n&rsquo;est pas la crainte,&nbsp;&laquo;je n&rsquo;ai pas peur&raquo;,&nbsp;balaie vivement Batou Hattab. Les deux cam&eacute;ras, qu&rsquo;il a fait installer apr&egrave;s la r&eacute;volution, gardent l&rsquo;&oelig;il sur l&rsquo;entr&eacute;e de la petite &eacute;cole juive qu&rsquo;il dirige, rue de Palestine, &agrave; Tunis. Une discr&egrave;te maison blanche sans enseigne, gard&eacute;e par deux policiers, dans le quartier Lafayette. Le p&egrave;re de Yoav Hattab, tu&eacute; lors de la prise d&rsquo;otages de l&rsquo;Hyper Cacher, le 9&nbsp;janvier &agrave; Paris, essaie de tromper son chagrin dans le travail. Sit&ocirc;t rentr&eacute; en&nbsp;Tunisie, apr&egrave;s l&rsquo;enterrement &agrave; J&eacute;rusalem, Batou&nbsp;Hattab est revenu &agrave; son office.&nbsp;&laquo;C&rsquo;est tr&egrave;s difficile pour moi en ce moment, mais je dois &ecirc;tre l&agrave;, il y a le bac et le brevet blancs bient&ocirc;t&raquo;,&nbsp;raconte-t-il.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tRabbin officiant &agrave; la grande synagogue de Tunis, &agrave; quelques rues d&rsquo;ici, l&rsquo;homme trouve &eacute;galement un peu de consolation dans sa foi,&nbsp;&laquo;parce que j&rsquo;ai une confiance absolue dans le bon Dieu&raquo;.&nbsp;Il jure de ne jamais pardonner aux assassins de Paris, et s&rsquo;en remet &agrave; la justice de Dieu.&nbsp;&laquo;C&rsquo;est lui qui leur fera payer. A la fin, ils seront &eacute;cras&eacute;s.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tMais plus les jours passent, plus&nbsp;&laquo;la douleur augmente,&nbsp;remarque-t-il,&nbsp;parce que les souvenirs remontent&raquo;.&nbsp;Ceux d&rsquo;un gar&ccedil;on&nbsp;&laquo;extraordinaire, actif, dynamique, gentil, premier de sa classe&raquo;,&nbsp;d&eacute;crit le p&egrave;re. Yoav, 21&nbsp;ans, &eacute;tait le deuxi&egrave;me de ses neuf&nbsp;enfants.&nbsp;&laquo;C&rsquo;&eacute;tait le plus proche de moi. Je l&rsquo;impressionnais. Il aimait beaucoup son p&egrave;re, comme un homme simple. Il &eacute;tait aussi mon disciple, mon &eacute;l&egrave;ve, c&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai &eacute;duqu&eacute;&raquo;,&nbsp;souligne le professeur qui enseigne la Torah depuis 1990.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCoiff&eacute; d&rsquo;un chapeau ou d&rsquo;une casquette de laine en guise de kippa, le visage mang&eacute; par une barbe pro&eacute;minente, le paternel d&eacute;gage une &eacute;l&eacute;gance d&eacute;su&egrave;te, m&ecirc;lant charisme et bonhomie. Il m&egrave;ne une vie frugale, n&rsquo;&eacute;coute pas de musique et n&rsquo;a que des lectures th&eacute;ologiques.&nbsp;&laquo;J&rsquo;aime ma religion, je la pratique par joie&raquo;,&nbsp;expose-t-il.&laquo;Malgr&eacute; son c&ocirc;t&eacute; s&eacute;v&egrave;re, traditionnel, il a toujours eu un esprit ouvert,&nbsp;nuance Avishay, son&nbsp;fils a&icirc;n&eacute;.&nbsp;Il n&rsquo;a jamais oblig&eacute; ses enfants &agrave; &ecirc;tre comme lui, et on&nbsp;ne l&rsquo;est pas. Yoav, par exemple, avait une vie religieuse, &eacute;tudiait la Torah, aidait les pauvres, mais il se permettait aussi de sortir, d&rsquo;avoir une vie sociale et des copines.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe bac empoch&eacute;, le cadet d&eacute;cide de poursuivre ses &eacute;tudes &agrave;&nbsp;Paris, en&nbsp;2011, pour passer un BTS en commerce international.&nbsp;&laquo;Il avait r&eacute;ussi &agrave; s&rsquo;installer &agrave; Vincennes, il allait terminer ses &eacute;tudes cette ann&eacute;e, on lui avait propos&eacute; de devenir associ&eacute; d&rsquo;une entreprise, avec une bonne part de l&rsquo;actionnariat,&nbsp;retrace Batou Hattab.&nbsp;La derni&egrave;re fois que je l&rsquo;ai vu, il m&rsquo;a parl&eacute; d&rsquo;une fille qu&rsquo;il avait rencontr&eacute;e, il pensait s&eacute;rieusement &agrave; se marier. Je lui ai dit qu&rsquo;il &eacute;tait encore jeune, qu&rsquo;il pouvait attendre et rester avec elle.&raquo;&nbsp;Un futur plein de promesses&nbsp;&laquo;d&eacute;cim&eacute; par des mains de sauvages&raquo;,&nbsp;une&nbsp;&laquo;fleur fauch&eacute;e par la haine des juifs&raquo;. Et&nbsp;d&rsquo;ajouter :&nbsp;&laquo;Cet islam-l&agrave;, dont on entend tellement parler, ce&nbsp;n&rsquo;est pas celui des musulmans. On a v&eacute;cu ensemble, plus que des fr&egrave;res, pendant des ann&eacute;es.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe religieux a grandi &agrave; M&eacute;denine, une petite ville du sud tunisien r&eacute;put&eacute; jaloux de son identit&eacute; arabo-musulmane. Son p&egrave;re y est tanneur, son grand-p&egrave;re officie comme rabbin. Il&nbsp;a&nbsp;13&nbsp;ans lorsque, en&nbsp;1973, sa famille se r&eacute;sout &agrave; partir. La&nbsp;petite communaut&eacute; juive locale s&rsquo;est r&eacute;duite &agrave; peau de chagrin, il n&rsquo;y a plus le quorum n&eacute;cessaire pour les pri&egrave;res. A l&rsquo;&eacute;poque, la plupart des 100 000&nbsp;juifs recens&eacute;s ont d&eacute;j&agrave; quitt&eacute; le pays, vers Isra&euml;l ou la France. Plut&ocirc;t traditionnels, les Hattab s&rsquo;&eacute;tablissent &agrave; Tunis, dans le quartier de Lafayette. Aujourd&rsquo;hui, la minorit&eacute; juive ne repr&eacute;sente gu&egrave;re plus de 1 500&nbsp;&acirc;mes, r&eacute;parties entre Djerba (qui en concentre les deux tiers) et la capitale. Batou Hattab est l&rsquo;une des figures de cette micro-communaut&eacute; tunisoise d&eacute;clinante. Il s&rsquo;efforce d&rsquo;entretenir la possibilit&eacute; d&rsquo;une &eacute;ducation juda&iuml;que, dans cette &eacute;cole loubavitch fond&eacute;e dans les ann&eacute;es&nbsp;60. Cette ann&eacute;e, ils&nbsp;sont 34&nbsp;&eacute;l&egrave;ves, de la maternelle &agrave; la terminale. En&nbsp;dehors des le&ccedil;ons de Torah, les professeurs, tous musulmans, dispensent les programmes fran&ccedil;ais.&nbsp;&laquo;Le fait de maintenir l&rsquo;&eacute;cole est d&eacute;j&agrave; &eacute;norme, il faut chercher des enseignants pour deux ou trois &eacute;l&egrave;ves,&nbsp;souligne Moshe Uzan, jeune entrepreneur et b&eacute;n&eacute;vole pour la communaut&eacute;.&nbsp;Mais c&rsquo;est le plus important pour Batou, l&rsquo;&eacute;ducation.&raquo; &laquo;C&rsquo;est la base fondamentale de la vie humaine,estime le directeur.&nbsp;Mon fils &eacute;tait bien &eacute;duqu&eacute;, et voyez l&rsquo;amour qu&rsquo;il y a pour lui dans le c&oelig;ur des gens.&raquo;&nbsp;Dans son &eacute;troit bureau, &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e de l&rsquo;&eacute;cole, les visiteurs se succ&egrave;dent pour pr&eacute;senter leurs condol&eacute;ances. Pol&eacute;miquer sur le silence des autorit&eacute;s tunisiennes, qui n&rsquo;ont pas eu un mot en public sur la mort de Yoav, ne l&rsquo;int&eacute;resse pas.&laquo;Presque tous les Tunisiens ont pleur&eacute; avec moi,&nbsp;balaie-t-il.&nbsp;J&rsquo;ai re&ccedil;u des centaines de coups de fil, les gens m&rsquo;abordent dans la rue pour me consoler. Le pr&eacute;sident B&eacute;ji Ca&iuml;d Essebsi m&rsquo;a re&ccedil;u et m&rsquo;a dit qu&rsquo;il partageait notre malheur, que toute la Tunisie &eacute;tait avec nous.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tFinalement, lors d&rsquo;une c&eacute;r&eacute;monie d&rsquo;hommage &agrave; la synagogue, le 10&nbsp;f&eacute;vrier, le vice-pr&eacute;sident de l&rsquo;Assembl&eacute;e, l&rsquo;islamiste Abdelafattah Mourou, est venu parler de la tol&eacute;rance et de la cohabitation entre juifs et musulmans dans le pays.&nbsp;&laquo;On n&rsquo;a pas de probl&egrave;mes&raquo;,&nbsp;r&eacute;p&egrave;te aussi Batou Hattab sans arr&ecirc;t. Il l&rsquo;avait d&eacute;j&agrave; dit sur France&nbsp;2, au surlendemain de l&rsquo;attentat.&nbsp;&laquo;En Tunisie, nous avons un autre respect&raquo;,&nbsp;expliquait-il.&laquo;Il&nbsp;ne peut pas tenir un autre discours,&nbsp;d&eacute;crypte Yohann&nbsp;Ta&iuml;eb, jeune chercheur franco-tunisien et ami de la famille.&nbsp;Ici, quand les juifs s&rsquo;expriment publiquement, ils sont oblig&eacute;s de montrer patte blanche. Ils sont toujours soup&ccedil;onn&eacute;s d&rsquo;avoir une autre all&eacute;geance, envers Isra&euml;l, et doivent sans cesse se justifier.&raquo;&nbsp;Il a fallu s&rsquo;expliquer ainsi sur l&rsquo;enterrement de Yoav en&nbsp;Isra&euml;l, ce qui a heurt&eacute; nombre de compatriotes. Certains ont critiqu&eacute; une r&eacute;cup&eacute;ration politique de la part de N&eacute;tanyahou, d&rsquo;autres y ont carr&eacute;ment vu un acte prosioniste.&nbsp;&laquo;Pour moi, &ccedil;a aurait &eacute;t&eacute; mieux qu&rsquo;il soit enterr&eacute; tout pr&egrave;s, pour que je puisse aller le voir. Mais dans l&rsquo;Hyper Cacher, les otages ont discut&eacute; et ils ont dit que s&rsquo;ils mourraient, ils voudraient &ecirc;tre enterr&eacute;s l&agrave;-bas, qu&rsquo;il faudrait le dire aux familles. Le mont des Oliviers, c&rsquo;est un endroit saint. C&rsquo;est pour &ccedil;a que je l&rsquo;ai enterr&eacute; l&agrave;-bas,&nbsp;justifie Batou Hattab.&nbsp;Sinon, je ne sais pas quel aurait &eacute;t&eacute; mon choix.&raquo;&nbsp;D&egrave;s qu&rsquo;on affleure les questions politiques, il botte en touche :&nbsp;&laquo;Ni mon fils ni moi on ne s&rsquo;en m&ecirc;le. On travaille pour nous-m&ecirc;mes, et pour le pays&raquo;,&nbsp;r&eacute;p&egrave;te-t-il. Mais&nbsp;&laquo;bien s&ucirc;r&raquo;&nbsp;qu&rsquo;il a vot&eacute;,&nbsp;&laquo;c&rsquo;est&nbsp;mon devoir de citoyen&raquo;.&nbsp;Quelques fois, le rabbin est m&ecirc;me mont&eacute; au cr&eacute;neau pour d&eacute;fendre la place de ses coreligionnaires en&nbsp;Tunisie. Et aux &eacute;trangers, il tient &agrave; passer ce&nbsp;message, incongru dans le contexte :&nbsp;&laquo;Je conseille de venir en vacances ici, c&rsquo;est un pays prot&eacute;g&eacute;. Avec l&rsquo;aide de Dieu.&raquo;&nbsp;Comme une onction.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tEN 4 DATES<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tNovembre 1960&nbsp;Naissance &agrave;&nbsp;M&eacute;denine (Tunisie).<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t1973&nbsp;S&rsquo;installe &agrave; Tunis.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAvril&nbsp;1993&nbsp;Naissance de son fils Yoav.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t9&nbsp;janvier&nbsp;2015&nbsp;Perd son fils lors de la prise d&rsquo;otages de&nbsp;l&rsquo;Hyper Cacher, &agrave;&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<span style=\"font-size: 14.3999996185303px; line-height: 24.4799995422363px;\">Par Elodie Auffray, publi&eacute; dans Lib&eacute;ration<\/span><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Batou Hattab. Le chagrin du rabbin &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Ses yeux noirs plongent et replongent machinalement dans l&rsquo;&eacute;cran de vid&eacute;osurveillance pos&eacute; sur son bureau. Comme pour y chercher refuge, pour peut-&ecirc;tre abriter des regards la douleur qui se lit dans le sien. 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