{"id":1051,"date":"2011-02-25T18:10:13","date_gmt":"2011-02-25T18:10:13","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1051"},"modified":"2011-02-25T18:10:13","modified_gmt":"2011-02-25T18:10:13","slug":"la-verite-sur-la-fuite-de-ben-ali","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-verite-sur-la-fuite-de-ben-ali\/","title":{"rendered":"La v\u00e9rit\u00e9 sur la fuite de Ben Ali"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"conteneurBoiteOutil\">\n<h1>\n\t\tTunisie : la v&eacute;rit&eacute; sur la fuite de Ben Ali<\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"share-box-top1\">\n<div class=\"facebook_share\">\n\t\tPar Marwane Ben Yahmed et Abdelaziz Barrouhi, &agrave; Tunis<\/div>\n<div class=\"facebook_share\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"texteModifiable\" id=\"texte\">\n<p class=\"chapo\">\n\t\tCertains en ont fait un conte &eacute;chevel&eacute;, voire un roman d&rsquo;espionnage. Voici enfin, reconstitu&eacute;, heure par heure, gr&acirc;ce &agrave; des t&eacute;moins cl&eacute;s, le r&eacute;cit de ce 14&nbsp;janvier qui vit le d&eacute;part de Tunisie de Ben Ali et de ses proches.<\/p>\n<p>\n\t\tCe 14&nbsp;janvier, dans l&rsquo;apr&egrave;s-midi, le cours de l&rsquo;Histoire s&rsquo;acc&eacute;l&egrave;re. Depuis le milieu de la matin&eacute;e, le g&eacute;n&eacute;ral Ali Seriati,<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/ARTJAJA2612p044-049.xml2\/\" target=\"_blank\"> <\/a>le chef de la garde pr&eacute;sidentielle, est au palais, au c&ocirc;t&eacute; de Ben Ali. Minute apr&egrave;s minute, il re&ccedil;oit de ses unit&eacute;s et des chefs de la police des nouvelles alarmantes. Sur l&rsquo;avenue Bourguiba, l&rsquo;informent ces derniers, les manifestants se comptent par dizaines de milliers. Et ils r&eacute;clament le d&eacute;part du pr&eacute;sident. C&rsquo;est donc que le peuple n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; dupe des promesses formul&eacute;es&nbsp;la veille&thinsp;: dans un discours t&eacute;l&eacute;vis&eacute;, Ben Ali avait demand&eacute; &agrave; ses concitoyens de lui laisser six mois pour entreprendre des r&eacute;formes et s&rsquo;&eacute;tait engag&eacute; &agrave; quitter le pouvoir ensuite, sans briguer un sixi&egrave;me mandat.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Accueil triomphal<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tPeu apr&egrave;s 13&nbsp;heures, Seriati apprend que plusieurs incendies ont &eacute;clat&eacute; &ndash;&nbsp;le premier dans la villa toute neuve de Houssem Trabelsi, &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e de la c&ocirc;te de Gammarth, et donc &agrave; quelques minutes du palais. Houssem, propri&eacute;taire du restaurant Le Brauhaus 209, lui aussi en proie aux flammes, est le neveu de Le&iuml;la. Prise de panique, cette derni&egrave;re t&eacute;l&eacute;phone aussit&ocirc;t aux membres de sa famille. &laquo;&nbsp;Quittez imm&eacute;diatement le pays&thinsp;!&nbsp;&raquo; les supplie-t-elle, avant de presser son mari d&rsquo;en faire autant, et tout de suite. &laquo;&nbsp;La situation est de plus en plus grave&nbsp;&raquo;, lance Seriati en pr&eacute;sence de deux des trois filles de Ben Ali issues d&rsquo;un premier mariage. Alors que Dorsaf Chiboub et Ghazoua Zarrouk s&rsquo;empressent de rentrer chez elles pour se mettre &agrave; l&rsquo;abri, leur p&egrave;re ne manifeste pas la moindre intention de partir. Seriati lui conseille alors de prendre le large. Laissez-moi le temps de mater la r&eacute;volte et de vous pr&eacute;parer ensuite un accueil triomphal, lui souffle-t-il. L&rsquo;&eacute;tat-major est d&rsquo;accord pour que vous partiez avec votre femme et vos enfants, mais sans les autres membres de la famille Trabelsi. Abattu, Ben Ali se r&eacute;signe. Mais o&ugrave; aller&thinsp;? Juste avant 15&nbsp;heures, il t&eacute;l&eacute;phone &agrave; Nayef Ben Abdelaziz Al&nbsp;Saoud, le ministre saoudien de l&rsquo;Int&eacute;rieur, pour lui annoncer son arriv&eacute;e dans la nuit. Nayef lui r&eacute;pond qu&rsquo;il est son invit&eacute;. Depuis l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; ils &eacute;taient membres du Conseil des ministres arabes de l&rsquo;Int&eacute;rieur, dont le si&egrave;ge permanent est &agrave; Tunis, les deux hommes ont nou&eacute; des liens solides.<\/p>\n<p>\n\t\tContrairement &agrave; ce qui a parfois &eacute;t&eacute; dit ou &eacute;crit, il n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; question que Ben Ali et les siens partent pour la France, pour Malte ou pour la Gr&egrave;ce. Pas davantage qu&rsquo;ils se r&eacute;fugient &agrave; Djerba ou &agrave; Tripoli. Le plan de vol porte sur un trajet direct Tunis-Djeddah en vue de la Omra, le petit p&egrave;lerinage sur les lieux saints, en Arabie saoudite.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; 15&nbsp;heures, la pr&eacute;sidence donne l&rsquo;ordre de pr&eacute;parer l&rsquo;avion pour un d&eacute;part &agrave; 17&nbsp;heures, l&rsquo;heure &agrave; laquelle le couvre-feu impos&eacute; par l&rsquo;arm&eacute;e entrera en vigueur. L&rsquo;&eacute;quipage dispose de moins de deux heures pour se regrouper sur la base a&eacute;rienne d&rsquo;El-Aouina. De mani&egrave;re inhabituelle, on ne lui a pas communiqu&eacute; les noms de code des passagers (VIP-1 pour Ben Ali, VIP-2 pour Le&iuml;la et VIP-3 pour leur jeune fils).<\/p>\n<p>\n\t\tComme le chef de l&rsquo;&Eacute;tat se rend rarement &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger et que, de surcro&icirc;t, on est en pleine r&eacute;volte, seules VIP-2 et sa suite sont cens&eacute;es monter &agrave; bord. Ce qui n&rsquo;est gu&egrave;re pour surprendre&thinsp;: depuis plusieurs ann&eacute;es, Le&iuml;la utilise cet appareil pour ses fr&eacute;quents d&eacute;placements &ndash; voyages d&rsquo;affaires, vacances ou shopping &ndash; &agrave; travers le monde, notamment dans les capitales europ&eacute;ennes et dans les pays du Golfe, avec une pr&eacute;dilection pour Duba&iuml; et, occasionnellement, pour la &laquo;&nbsp;Omra-shopping&nbsp;&raquo;. Mais cette fois, Ben Ali est bel et bien en t&ecirc;te du petit groupe de passagers.<\/p>\n<p>\n\t\tEn quittant le palais peu avant 17&nbsp;heures, il n&rsquo;a dit au revoir &agrave; aucun de ses proches collaborateurs. Abdelaziz Ben Dhia, son ministre d&rsquo;&Eacute;tat, qui &eacute;tait aussi son conseiller politique num&eacute;ro un et son porte-parole, n&rsquo;en revient toujours pas. &laquo;&nbsp;Je ne l&rsquo;avais pas vu depuis la veille &ndash;&nbsp;le jeudi&nbsp;13&nbsp;&ndash; &agrave; 9&nbsp;heures du matin, lorsqu&rsquo;il m&rsquo;a demand&eacute; d&rsquo;aller &agrave; la Chambre des d&eacute;put&eacute;s pour assister au d&eacute;bat auquel participait le Premier ministre, raconte-t-il &agrave; J.A. &Agrave; aucun moment il ne m&rsquo;a ensuite contact&eacute; ou inform&eacute; de ses projets de d&eacute;part. Le lendemain, peu apr&egrave;s 17&nbsp;heures, l&rsquo;aile du palais r&eacute;serv&eacute;e &agrave; ses conseillers et o&ugrave; se trouvait mon bureau &eacute;tait quasiment vide. Alors, comme c&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;heure du couvre-feu, je suis rentr&eacute; chez moi. Je me suis install&eacute; devant la t&eacute;l&eacute;vision au moment o&ugrave; elle annon&ccedil;ait qu&rsquo;elle allait diffuser une information importante. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai appris qu&rsquo;il venait de quitter le pays.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tSur la base d&rsquo;El-Aouina, l&rsquo;ambiance est pesante. Arriv&eacute;s dans une Mercedes noire blind&eacute;e suivie de trois 4&#215;4 &eacute;galement noirs, Ben Ali, Le&iuml;la, leur fils unique Mohamed (6 ans), leur fille Halima (18 ans) et son fianc&eacute; Mehdi Ben Gaied (23&nbsp;ans), ainsi que la gouvernante, embarquent dans le Boeing 737 pr&eacute;sidentiel. Tous sont visiblement angoiss&eacute;s mais silencieux. Une fois &agrave; bord, l&rsquo;&eacute;motion submerge&nbsp;les fuyards. Ce sont les nerfs de Ben Ali qui l&acirc;chent en premier. Il se met &agrave; sangloter. Le&iuml;la craque &agrave; son tour. &laquo;&nbsp;Pourquoi pleurez-vous&thinsp;?&nbsp;&raquo; ne cesse de leur demander l&rsquo;enfant, gagn&eacute; par leur chagrin. Halima fond en larmes. Son fianc&eacute; la console. La sc&egrave;ne se d&eacute;roule sous les yeux de la gouvernante et sous ceux, discrets, d&rsquo;une partie des cinq membres de l&rsquo;&eacute;quipage, compos&eacute; du commandant de bord, du copilote, d&rsquo;un m&eacute;canicien, d&rsquo;une h&ocirc;tesse et d&rsquo;un steward. Le plein de k&eacute;ros&egrave;ne compl&eacute;t&eacute;, le Boeing aux couleurs de la R&eacute;publique tunisienne immatricul&eacute; TS IOO &ndash;&nbsp;&laquo;&nbsp;Oscar Oscar&nbsp;&raquo; pour les initi&eacute;s&nbsp;&ndash; roule en direction de la piste 29 de l&rsquo;a&eacute;roport de Tunis-Carthage, mitoyen avec la base. &Agrave; 17&thinsp;h&thinsp;45, le signal du d&eacute;collage est donn&eacute;. L&rsquo;appareil met le cap vers le sud, avant de virer vers l&rsquo;est au niveau de Monastir, &agrave; 170&nbsp;km de l&agrave;, et de prendre la direction de Djeddah.<\/p>\n<p>\n\t\tPendant que ses proches prennent leurs aises dans le salon et que Le&iuml;la se repose dans la chambre am&eacute;nag&eacute;e &agrave; bord, Ben Ali s&rsquo;installe dans le cockpit. Il ne le quittera &agrave; aucun moment. Le pilote &ndash;&nbsp;derri&egrave;re qui il a pris place&nbsp;&ndash; et le copilote le sentent stress&eacute; et devinent qu&rsquo;il a une arme. Craint-il qu&rsquo;on leur donne l&rsquo;ordre de rebrousser chemin afin de le ramener &agrave; Tunis&thinsp;? Qu&rsquo;ils changent de direction&thinsp;? Plusieurs fois dans la nuit, il leur demandera quel pays ils sont en train de survoler.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Comme Idi Amin Dada<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;atterrissage est risqu&eacute;&thinsp;: depuis plusieurs jours, Djeddah est noy&eacute; sous une pluie battante. Le pilote profite d&rsquo;une ouverture dans la couche de nuages pour se poser, vers 1&nbsp;heure du matin, heure locale. Soulag&eacute;, Ben Ali d&eacute;noue sa cravate. &Agrave;&nbsp;sa descente d&rsquo;avion, il se tourne vers les membres de l&rsquo;&eacute;quipage et lance, bravache&thinsp;: &laquo;&nbsp;Ne vous &eacute;loignez pas les gars, je serai bient&ocirc;t de retour&thinsp;!&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLe repr&eacute;sentant du protocole saoudien le gratifie d&rsquo;un &laquo;&nbsp;bienvenue, Excellence Pr&eacute;sident&nbsp;&raquo;. Le chef de l&rsquo;&Eacute;tat d&eacute;chu et sa suite sont alors conduits jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;un des palais qui ont vu d&eacute;filer, entre autres dictateurs exil&eacute;s, l&rsquo;Ougandais Idi Amin Dada &ndash;&nbsp;qui y est mort en 2003. Pendant ce temps, les passeports des membres de l&rsquo;&eacute;quipage sont examin&eacute;s selon les formalit&eacute;s d&rsquo;usage. Ces derniers seront ensuite transf&eacute;r&eacute;s, leur dit-on, dans un grand h&ocirc;tel de la ville o&ugrave; ils sont cens&eacute;s passer le reste de la nuit. Alors qu&rsquo;on leur sert des rafra&icirc;chissements dans un salon de l&rsquo;a&eacute;roport, ils apprennent &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision que, &agrave; Tunis, le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, vient d&rsquo;&ecirc;tre intronis&eacute; pr&eacute;sident par int&eacute;rim. Ils t&eacute;l&eacute;phonent aussit&ocirc;t au PDG de la compagnie nationale Tunisair, leur sup&eacute;rieur hi&eacute;rarchique, pour l&rsquo;informer des allusions de Ben Ali sur un possible retour et lui font part de l&rsquo;intention des Saoudiens de les garder &agrave; Djeddah. Apr&egrave;s consultation avec les nouvelles autorit&eacute;s, le patron de Tunisair les rappelle et leur transmet l&rsquo;ordre de rentrer imm&eacute;diatement &agrave; Tunis avec leur avion. Ce qui fut fait.<\/p>\n<p>\n\t\tLe t&eacute;moignage de Ben Dhia &ndash; qui, apr&egrave;s Ben Ali, &eacute;tait le personnage le plus important du r&eacute;gime &ndash; est crucial. Il confirme que, le 14&nbsp;janvier, le ra&iuml;s se trouvait isol&eacute;, prisonnier de ses t&ecirc;te-&agrave;-t&ecirc;te avec le g&eacute;n&eacute;ral Seriati et Le&iuml;la. Il signifie aussi qu&rsquo;une fois le couple parti, et aucune instruction n&rsquo;ayant &eacute;t&eacute; donn&eacute;e ni &agrave; Ben Dhia ni &agrave; Ghannouchi, Seriati devenait ipso facto l&rsquo;homme fort du pays. On n&rsquo;a pas de d&eacute;tails sur ce dont Ben Ali &eacute;tait convenu avec son s&eacute;curocrate. Mais Seriati &eacute;tait &agrave; la fois le chef de la garde pr&eacute;sidentielle &ndash;&nbsp;mieux entra&icirc;n&eacute;e et &eacute;quip&eacute;e que l&rsquo;arm&eacute;e&nbsp;&ndash;, le patron des chefs des services de police, et aussi celui qui, en pratique, supervisait l&rsquo;arm&eacute;e pour le compte de la pr&eacute;sidence. Dot&eacute; de tels pouvoirs, il &eacute;tait donc le mieux plac&eacute; pour mater la r&eacute;volte populaire.<\/p>\n<p>\n\t\tMais roulait-il pour Ben Ali ou pour lui-m&ecirc;me&thinsp;? Circonspecte et tr&egrave;s bien inform&eacute;e, la hi&eacute;rarchie militaire s&rsquo;est sans doute pos&eacute; cette question en voyant l&rsquo;avion de Ben Ali d&eacute;coller. Elle choisira d&rsquo;arr&ecirc;ter sur le champ le probable nouvel homme fort, avant qu&rsquo;il ne facilite le retour de Ben Ali au pouvoir&hellip; ou ne s&rsquo;en empare lui-m&ecirc;me. Le soir m&ecirc;me, Seriati &eacute;tait appr&eacute;hend&eacute; et plac&eacute; en d&eacute;tention sur la base d&rsquo;El-Aouina, d&rsquo;o&ugrave; &eacute;tait parti Ben Ali.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Tunisie : la v&eacute;rit&eacute; sur la fuite de Ben Ali Par Marwane Ben Yahmed et Abdelaziz Barrouhi, &agrave; Tunis &nbsp; Certains en ont fait un conte &eacute;chevel&eacute;, voire un roman d&rsquo;espionnage. 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