{"id":1063,"date":"2016-02-26T00:17:52","date_gmt":"2016-02-26T00:17:52","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1063"},"modified":"2016-02-26T03:15:52","modified_gmt":"2016-02-26T03:15:52","slug":"le-talmud-une-fontaine-gelee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-talmud-une-fontaine-gelee\/","title":{"rendered":"Le Talmud : une fontaine gel\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"cartouche\">\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\" width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td class=\"titreart\">\n\t\t\t\t\tLe Talmud&nbsp;: une &quot;fontaine gel&eacute;e&quot;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<small>par <span class=\"vcard author\">Catherine Dupeyron<\/span><\/small><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<div class=\"texte entry-content\">\n<p>\n\t\t\t<i>Bien plus qu&rsquo;un code de lois, le Talmud est un livre saint, qui adopte n&eacute;anmoins une libert&eacute; de parole totale. Livre pens&eacute; et &eacute;crit par le peuple, il est Le livre du peuple Juif. Mais, sa forme et son &eacute;tude au travers des si&egrave;cles, ont aussi fa&ccedil;onn&eacute; la pens&eacute;e juive de telle sorte que m&ecirc;me lorsque le juda&iuml;sme s&rsquo;efface, l&rsquo;esprit talmudique &#8211; propension &agrave; questionner le monde &ndash; subsiste. Le rabbin Adin Steinsaltz nous sert de guide pour mieux comprendre ce qu&rsquo;est le Talmud, ce livre de 5400 pages &agrave; nul autre pareil (*)<\/i><\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;Comment mettre un oiseau en cage, photographier l&rsquo;eau qui coule ou peindre l&rsquo;entrechat d&rsquo;une danseuse sans en alt&eacute;rer la beaut&eacute; et l&rsquo;essence&nbsp;? D&eacute;finir le Talmud rel&egrave;ve de la m&ecirc;me gageure. En chiffres, le Talmud c&rsquo;est quelques 5400 pages r&eacute;parties en 63 trait&eacute;s sur le shabbat, les f&ecirc;tes, les sacrifices, les b&eacute;n&eacute;dictions, les dommages, &hellip; eux-m&ecirc;mes divis&eacute;s en chapitres. Apr&egrave;s, tout se complique&nbsp;! Les auteurs&nbsp;: des centaines. Les sujets&nbsp;: sans limite. L&rsquo;objet&nbsp;: une curiosit&eacute;.<br \/>\n\t\t\tD&egrave;s le premier coup d&rsquo;&oelig;il, le Talmud est une surprise. Une page de Talmud s&rsquo;offre comme une fleur &eacute;close. Au centre, au c&oelig;ur, la Michna et la Guemara, une compilation de commentaires &eacute;labor&eacute;s pendant sept si&egrave;cles sur la loi orale juive (halaha), donn&eacute;e par Mo&iuml;se sur le Mont Sina&iuml; d&rsquo;apr&egrave;s la tradition. Autour, comme des p&eacute;tales, les commentaires post&eacute;rieurs&nbsp;: ceux de Rachi, rabbin qui a v&eacute;cu presque toute sa vie &agrave; Troyes dans la Champagne du 11&egrave;me si&egrave;cle et ceux d&eacute;nomm&eacute;s &laquo;&nbsp;Tosafot&nbsp;&raquo;, dont la plupart des auteurs &eacute;taient &eacute;galement Fran&ccedil;ais.<\/p>\n<p>\n\t\t\tApr&egrave;s plusieurs si&egrave;cles de tradition orale, le besoin s&rsquo;est donc fait sentir d&rsquo;en codifier les r&egrave;gles afin de s&rsquo;assurer de leur p&eacute;rennit&eacute;. La Michna, r&eacute;dig&eacute;e au 3&egrave;me si&egrave;cle, est une sorte de compilation des diverses conclusions halahiques, mais sans le d&eacute;tail des arguties et pol&eacute;miques rabbiniques. Celles-ci sont d&eacute;livr&eacute;es dans la Guemara, mise en forme pendant les deux si&egrave;cles suivant. Le Talmud est donc un recueil de discussions longues, approfondies, digressives, sur la loi orale juive. Un chapitre type du Talmud s&rsquo;ouvre par un paragraphe de quelques lignes de la Michna, suivi de la Guemara qui s&rsquo;&eacute;tend souvent plusieurs pages.<br \/>\n\t\t\tLe premier Talmud, dit Talmud de J&eacute;rusalem, commence &agrave; circuler au d&eacute;but du 5&egrave;me si&egrave;cle. En d&eacute;pit de son nom, il est le fruit des acad&eacute;mies rabbiniques de Tib&eacute;riade et C&eacute;sar&eacute;e. En fait, l&rsquo;ouvrage, qui jusqu&rsquo;&agrave; aujourd&rsquo;hui s&rsquo;imposera comme la r&eacute;f&eacute;rence, est le Talmud de Babylone, o&ugrave; furent expuls&eacute;s les Juifs apr&egrave;s la destruction du premier Temple de J&eacute;rusalem en 586 avant J&eacute;sus-Christ. &laquo;&nbsp;Plus tardif, le Talmud de Babylone est plus complet et mieux construit. Celui de J&eacute;rusalem a &eacute;t&eacute; &eacute;crit dans l&rsquo;urgence pour des raisons politiques&nbsp;&raquo;, explique Adin Steinsaltz, ma&icirc;tre talmudique contemporain, qui nous propose une promenade dans le Talmud, ce terreau de la pens&eacute;e juive.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Un livre vivant comme un arbre<\/strong><br \/>\n\t\t\tLe Talmud, &eacute;crit en aram&eacute;en et en h&eacute;breu, parsem&eacute; de mots grecs et latins, est donc un commentaire de la loi juive. En r&eacute;alit&eacute;, il est bien plus. &laquo;&nbsp;C&rsquo;est un syst&egrave;me l&eacute;gal, th&eacute;ologique, rituel, historique, c&rsquo;est tout cela &agrave; la fois&nbsp;&raquo;, souligne le rabbin Adin Steinsaltz. Sa forme n&rsquo;a rien &agrave; voir avec celle d&rsquo;un code civil. &laquo;&nbsp;C&rsquo;est plus de la litt&eacute;rature qu&rsquo;un code l&eacute;gal. Il contient les &eacute;l&eacute;ments d&rsquo;un code civil, mais il n&rsquo;est pas &eacute;crit, organis&eacute; et subdivis&eacute; comme tel. C&rsquo;est une sorte de roman moderne, comparable &agrave; un ouvrage de Proust, construit sur des associations d&rsquo;id&eacute;es o&ugrave; tout n&rsquo;est pas toujours directement li&eacute; au sujet trait&eacute;. Le Talmud est un livre organique, vivant comme un arbre. Imaginez un arbre que vous tenteriez d&rsquo;organiser, en mettant par exemple tous ses fruits d&rsquo;un seul c&ocirc;t&eacute;&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tSigne de cette vie, le Talmud est g&eacute;n&eacute;ralement &eacute;crit au pr&eacute;sent, parce qu&rsquo;en un sens, la discussion qu&rsquo;il initie, perdure jusqu&rsquo;&agrave; aujourd&rsquo;hui. &laquo;&nbsp;Le Talmud est comme une fontaine gel&eacute;e. C&rsquo;est comme ces deux sculptures de Rodin o&ugrave; l&rsquo;artiste a tent&eacute; de repr&eacute;senter un flot d&rsquo;eau. L&rsquo;eau bouge, mais c&rsquo;est une sculpture&nbsp;&raquo;, confie Steinsaltz, la voix &eacute;mue. Le Talmud c&rsquo;est pareil. Il tente de fixer la v&eacute;rit&eacute; en la mettant par &eacute;crit, mais c&rsquo;est tr&egrave;s difficile de geler, de figer quelque chose qui est en perp&eacute;tuel mouvement.&nbsp;&raquo; Un processus, qui se poursuit au-del&agrave; de sa mise par &eacute;crit &agrave; un instant &laquo;&nbsp;t&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Le Talmud propose une discussion autour d&rsquo;une table &agrave; quatre dimensions, autrement dit qui se d&eacute;place dans le temps.&nbsp;&raquo; Vivant, digressif, dr&ocirc;le parfois, le Talmud n&rsquo;en est pas moins rigoureusement structur&eacute;. &laquo;&nbsp;Par exemple, s&rsquo;il y a deux ou trois explications possibles pour le m&ecirc;me probl&egrave;me, l&rsquo;ordre choisi pour les pr&eacute;senter est tr&egrave;s significatif. De m&ecirc;me pour les mots choisis et la place qu&rsquo;ils ont dans la phrase.&nbsp;&raquo; Le d&eacute;sordre n&rsquo;est donc qu&rsquo;apparent.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>L&rsquo;essentiel est la question<\/strong><br \/>\n\t\t\tSur le fond, c&rsquo;est &laquo;&nbsp;un livre saint&nbsp;&raquo;, mais sans les attributs d&rsquo;un tel ouvrage. &laquo;&nbsp;Le Talmud est en lui-m&ecirc;me une contradiction. C&rsquo;est un intellectualisme saint. Il est saint, mais il repose sur la libert&eacute; de pens&eacute;e, de poser des questions sur tout, ce qui n&rsquo;existe g&eacute;n&eacute;ralement pas dans les livres saints.&nbsp;&raquo; L&rsquo;objectif des r&eacute;dacteurs n&rsquo;&eacute;tait pas de concevoir un outil directement utilitaire, mais de trouver la v&eacute;rit&eacute; ou plut&ocirc;t de s&rsquo;en approcher. En h&eacute;breu, la racine du mot Talmud, &laquo;&nbsp;lamed&nbsp;&raquo;, veut dire &eacute;tude. L&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas la solution &ndash; bien souvent il n&rsquo;y en a pas &ndash; mais la question et le processus de r&eacute;flexion. Le Talmud est le livre du questionnement, par excellence. &laquo;&nbsp;Dans le Talmud, il existe au moins une quarantaine de termes pour le mot &laquo;&nbsp;question&nbsp;&raquo;, selon la nature de la question, le contexte dans lequel elle est pos&eacute;e, &hellip; Nous, Juifs, vivons avec des questions. Cela fait partie de notre culture.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tRien n&rsquo;est tabou. Tout est mati&egrave;re &agrave; discussion, y compris des probl&egrave;mes farfelus. &laquo;&nbsp;Pourquoi les souris sont-elles poursuivies et d&eacute;vor&eacute;es par tant d&rsquo;animaux est une question qui fait l&rsquo;objet d&rsquo;une d&eacute;bat anim&eacute;&nbsp;&raquo;, remarque Steinsaltz amus&eacute;. Plus s&eacute;rieusement, le Talmud s&rsquo;interroge sur le degr&eacute; de souffrance normal d&rsquo;une femme quand elle perd sa virginit&eacute;&nbsp;? &laquo;&nbsp;Au d&eacute;part, il s&rsquo;agit de r&eacute;pondre au probl&egrave;me l&eacute;gal de la souffrance d&rsquo;une jeune femme viol&eacute;e. Si elle est vierge, la question se pose de savoir quelle est la part de la souffrance li&eacute;e &agrave; cet &eacute;tat et quelle est celle qui est li&eacute;e au fait qu&rsquo;elle n&rsquo;&eacute;tait pas consentante&nbsp;?&nbsp;&raquo; A l&rsquo;inverse, le Talmud se penche sur des probl&egrave;mes totalement irr&eacute;alistes, ou tout au moins qui apparaissent comme tels &agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; ils ont &eacute;t&eacute; abord&eacute;s. C&rsquo;est ainsi que les rabbins au 2&egrave;me ou 3&egrave;me si&egrave;cle, ont r&eacute;fl&eacute;chi aux lois applicables &laquo;&nbsp;&agrave; une tour volant dans l&rsquo;air&nbsp;&raquo;, autrement dit les avions ou bien encore &agrave; ce qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui les &laquo;&nbsp;m&egrave;res porteuses&nbsp;&raquo;. Dans le cadre d&rsquo;une discussion sur la naissance, le sens de la naissance et les diff&eacute;rents moyens de na&icirc;tre, les rabbins ont envisag&eacute; l&rsquo;hypoth&egrave;se, saugrenue &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, d&rsquo;un f&oelig;tus qui serait transf&eacute;r&eacute; dans l&rsquo;ut&eacute;rus d&rsquo;une autre femme et discut&eacute; de ses cons&eacute;quences, &agrave; savoir &agrave; qui appartient l&rsquo;enfant&nbsp;? Une question devenue d&rsquo;actualit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo;&nbsp;Ecrit par des centaines d&rsquo;auteurs, le Talmud est en ce sens Le &laquo;&nbsp;livre du peuple juif&nbsp;&raquo;. Il est devenu au cours des si&egrave;cles, le principal objet d&rsquo;&eacute;tude dans les &eacute;coles religieuses juives. Sa lecture ou plus exactement son &eacute;tude, est le plus souvent collective, comme si le seul moyen de comprendre la discussion consign&eacute;e dans le Talmud &eacute;tait finalement d&rsquo;en cr&eacute;er une nouvelle, de se mettre dans des conditions similaires de r&eacute;flexion. &laquo;&nbsp;Il a eu une influence &eacute;norme sur toute la pens&eacute;e juive. M&ecirc;me lorsque le juda&iuml;sme a disparu, le Talmud, lui, a laiss&eacute; son empreinte&nbsp;&raquo;, de telle sorte que l&rsquo;on peut dire que le peuple juif a &eacute;crit le Talmud et que le Talmud a fait le peuple juif.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le Talmud&nbsp;: une &quot;fontaine gel&eacute;e&quot; &nbsp; &nbsp; par Catherine Dupeyron Bien plus qu&rsquo;un code de lois, le Talmud est un livre saint, qui adopte n&eacute;anmoins une libert&eacute; de parole totale. Livre pens&eacute; et &eacute;crit par le peuple, il est Le livre du peuple Juif. 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