{"id":10665,"date":"2016-09-23T00:18:12","date_gmt":"2016-09-23T00:18:12","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=10665"},"modified":"2016-09-23T00:13:52","modified_gmt":"2016-09-23T00:13:52","slug":"lettre-a-mon-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lettre-a-mon-pere\/","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 mon p\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>\n\tAdan Jodorowsky &agrave; post&eacute; le texte suivant sur son compte Facebook quelques jours avant l&rsquo;anniversaire de son p&egrave;re, le cineaste Alejandro Jodorowski :<\/p>\n<p>\n\tIl y a quelques mois, j&rsquo;ai &eacute;crit une lettre &agrave; mon p&egrave;re. Puis une femme que je ne connais pas, &eacute;mue, m&rsquo;a propos&eacute; de la traduire pour que les personnes qui parlent fran&ccedil;ais puissent la lire. La voici.<\/p>\n<p>\n\tTraduction: M&eacute;lanie Skriabine<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<span>Lettre &agrave; mon p&egrave;re.<\/span><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tAdan Jodorowsky &agrave; post&eacute; le texte suivant sur son compte Facebook quelques jours avant l&rsquo;anniversaire de son p&egrave;re, le cineaste Alejandro Jodorowski :<\/p>\n<p>\n\tIl y a quelques mois, j&rsquo;ai &eacute;crit une lettre &agrave; mon p&egrave;re. Puis une femme que je ne connais pas, &eacute;mue, m&rsquo;a propos&eacute; de la traduire pour que les personnes qui parlent fran&ccedil;ais puissent la lire. La voici.<\/p>\n<p>\n\tTraduction: M&eacute;lanie Skriabine<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<span>Lettre &agrave; mon p&egrave;re.<\/span><\/p>\n<p>\n\t&laquo;&nbsp;Cher p&egrave;re, Alejandro. Toi qui as toujours pens&eacute; qu&rsquo;appeler &laquo;&nbsp;papa&nbsp;&raquo; son p&egrave;re est une erreur. Que &laquo;&nbsp;papa&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;maman&nbsp;&raquo; sont les premiers mots qu&rsquo;un b&eacute;b&eacute; est capable de prononcer et que de continuer de les appeler ainsi &eacute;tant adulte signifie maintenir sa prog&eacute;niture prisonni&egrave;re d&rsquo;un statut d&rsquo;enfant. Toi, qui m&rsquo;as dit: &laquo;&nbsp;Je ne m&rsquo;appelle pas Papa, mon nom est Alejandro; je ne t&rsquo;appelle pas Ada, dada ou adad&aacute;&hellip;&nbsp;&raquo;<br \/>\n\tJ&rsquo;&eacute;cris cette lettre ouverte parce que je veux que le monde sache que l&rsquo;amour entre un p&egrave;re et son fils existe.<\/p>\n<p>\n\tJe vois tant de cas de p&egrave;res absents ou qui n&rsquo;acceptent pas leurs enfants tels qu&rsquo;ils sont. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui je veux que tout le monde sache ce que peut &ecirc;tre une vraie relation d&rsquo;amour et de respect.<br \/>\n\tJ&rsquo;esp&egrave;re que cela puisse &ecirc;tre utile &agrave; cette plan&egrave;te; que cela serve d&rsquo;exemple pour qu&rsquo;une transformation positive s&rsquo;op&egrave;re en ce monde et que cessent de se cr&eacute;er les guerres qui ne sont que la cons&eacute;quence de la col&egrave;re refoul&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\tT&rsquo;appeler Alejandro ne m&rsquo;a rien enlev&eacute;. Bien au contraire, je ne te voyais pas en tant que figure embl&eacute;matique ou un &ecirc;tre sup&eacute;rieur, je te voyais en tant qu&rsquo;alli&eacute;. Un &ecirc;tre plein de bont&eacute;. T&rsquo;appeler Alejandro est au monde la chose la plus tendre et merveilleuse qui soit. Et le fait que je me sois senti diff&eacute;rent des autres enfants, a fait na&icirc;tre en moi une grande force.<br \/>\n\tTu ne m&rsquo;as jamais &eacute;duqu&eacute; dans la peur, tu ne m&rsquo;as jamais frapp&eacute;. Tu me parlais, m&rsquo;expliquais tout et te pr&eacute;occupais de m&rsquo;enseigner tes pens&eacute;es, me laissant libre d&rsquo;&ecirc;tre celui que je devais &ecirc;tre et non celui que tu voulais que je sois. Te souviens-tu ? Tu avais pour habitude de t&rsquo;asseoir pr&egrave;s de moi et de me lire des contes japonais pour m&rsquo;initier &agrave; une philosophie de vie.<br \/>\n\tTu as form&eacute; mon esprit pour me pr&eacute;parer comme un guerrier &agrave; recevoir les coups de la vie, &agrave; faire face aux discours stupides et &agrave; l&rsquo;imb&eacute;cilit&eacute; humaine. Mais tu m&rsquo;as aussi appris &agrave; reconnaitre la beaut&eacute; dans la laideur. Je me souviens qu&rsquo;un jour tu m&rsquo;as dit &laquo;&nbsp;je vais t&rsquo;apprendre &agrave; penser&nbsp;&raquo;. Nous &eacute;tions en Espagne, en vacances sur une &icirc;le et chaque matin tu me donnais des cours de r&eacute;flexion. Chaque p&egrave;re devrait enseigner &agrave; son enfant la r&eacute;flexion. Les enfants ne sont &eacute;videment pas stupides, ce que vous leur enseignez restera en eux &agrave; jamais. Gr&acirc;ce &agrave; &ccedil;a, tu m&rsquo;as marqu&eacute; pour toujours.<br \/>\n\t&laquo;&nbsp;Qu&rsquo;est-ce que Dieu ? Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;univers ? Quel est notre but dans cet univers ? D&rsquo;o&ugrave; viens-je ? O&ugrave; vais-je ? Suis-je un corps habit&eacute; d&rsquo;une &acirc;me ou une &acirc;me habitant un corps ? Ta v&eacute;rit&eacute; est une v&eacute;rit&eacute;, pas la v&eacute;rit&eacute;&hellip;.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\tTu m&rsquo;as appris &agrave; parler en tant que personne d&eacute;licate et consciente. Quand j&rsquo;&eacute;tais enfant, tu me parlais doucement mais comme &agrave; un adulte, tu ne m&rsquo;infantilisais pas en me parlant d&rsquo;une voix de dessin anim&eacute;. Les parents ont l&rsquo;habitude de parler &agrave; leurs enfants comme s&rsquo;ils &eacute;taient des poup&eacute;es, mais toi, tu me parlais comme on parle &agrave; un &ecirc;tre humain. Puis, tu m&rsquo;as montr&eacute; comment communiquer avec autrui et au lieu de parler par affirmation dans une conversation, j&rsquo;ai appris &agrave; commencer mes phrases par: &laquo;&nbsp;selon ce que je pense et je peux me tromper&hellip;.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\tDans un combat, au lieu d&rsquo;accuser l&rsquo;autre, tu m&rsquo;as appris &agrave; exprimer ce que je ressentais et ce qui &eacute;tait la cause de la discussion en moi. Tu ne m&rsquo;as jamais fait part de tes difficult&eacute;s financi&egrave;res, pour que l&rsquo;argent ne repr&eacute;sente pas un fardeau &agrave; mes yeux. Je vivais dans un paradis. Un enfant doit voir la vie comme un paradis. Le contraire produit des &ecirc;tres angoiss&eacute;s, &eacute;pouvant&eacute;s &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de devoir faire face &agrave; leur propre existence.<br \/>\n\tLorsque j&rsquo;&eacute;tais en col&egrave;re, au lieu de me la faire contenir, tu m&rsquo;as pris par la main pour m&rsquo;amener dans le jardin et tu m&rsquo;as fait d&eacute;truire une chaise en mille morceaux. Tu ne peux pas t&rsquo;imaginer le bonheur que m&rsquo;a procur&eacute; le fait de mettre cette pauvre chaise en morceaux. Je t&rsquo;ai dit: &laquo;&nbsp;Mais si je la casse, nous n&rsquo;aurons plus de chaise&hellip;&nbsp;&raquo; ce &agrave; quoi tu as r&eacute;pondu que ce n&rsquo;&eacute;tait pas important, que tu en ach&egrave;terais une autre. Pour toi, le mat&eacute;riel n&rsquo;avait pas d&rsquo;importance, aucune valeur. La seule valeur &agrave; tes yeux &eacute;tait celle d&rsquo;&ecirc;tre humain.<br \/>\n\tAu lieu de r&eacute;primer ma cr&eacute;ativit&eacute;, tu m&rsquo;as achet&eacute; des pinceaux pour que je puisse peindre sur les murs de ma chambre. Rien ne m&rsquo;&eacute;tait interdit. Lorsque je faisais une erreur, nous en parlions et la corrigions. Tu avais confiance en moi et dans mes propres limites, celles que je m&rsquo;&eacute;tais fix&eacute; moi-m&ecirc;me. Je pouvais tout demander et faire. J&rsquo;&eacute;tais un enfant et nous parlions ouvertement de sexe, sans morale religieuse qui aurait pu nous laisser penser que c&rsquo;&eacute;tait quelque chose de fou. Quand quelqu&rsquo;un faisait l&rsquo;amour dans la maison, le lendemain c&rsquo;&eacute;tait la f&ecirc;te.<br \/>\n\tQuand je voulais un instrument, au lieu de penser que c&rsquo;&eacute;tait un caprice, tu m&rsquo;achetais un piano, une trompette m&ecirc;me si je ne l&rsquo;utilisais qu&rsquo;un seul jour. Tu disais que tout &eacute;tait utile dans la vie. Et c&rsquo;est vrai, tout ce que j&rsquo;ai demand&eacute; et que tu m&rsquo;as donn&eacute; dans mon enfance, m&rsquo;a aid&eacute;. Absolument tout. Tu n&rsquo;as jamais fix&eacute; aucune limite &agrave; ma cr&eacute;ativit&eacute;.Tu m&rsquo;as appris comment m&eacute;diter, tu m&rsquo;as donn&eacute; des livres.<\/p>\n<p>\n\tBien que ma m&egrave;re et toi vous soyez s&eacute;par&eacute;s quand j&rsquo;avais 8 ans, tu ne m&rsquo;en as jamais dit de mal. Tu n&rsquo;as pas essay&eacute; de d&eacute;truire l&rsquo;amour que je lui portais. Et tu as cr&eacute;&eacute; une relation d&rsquo;amour entre mes fr&egrave;res et moi, sans esprit de comp&eacute;tition, nous aimant chacun diff&eacute;remment.<\/p>\n<p>\n\tTu m&rsquo;as appris &agrave; croire que tout est possible dans la vie. Et comment ? Je vais te rappeler comment: un jour nous &eacute;tions dans les rues de Paris cherchant une paire de chaussures et jusqu&rsquo;&agrave; ce que je trouve la paire parfaite, nous n&rsquo;allions pas laisser tomber. Nous sommes rentr&eacute;s dans quinze boutiques jusqu&rsquo;&agrave; ce que je trouve ce que je voulais vraiment. Merci p&egrave;re de mon coeur, gr&acirc;ce &agrave; &ccedil;a, aujourd&rsquo;hui, je ne laisse pas tomber et ce jusqu&rsquo;&agrave; ce que je sois totalement satisfait de ce que je cr&eacute;e. Tu m&rsquo;as aussi appris que lorsque quelque chose ne fonctionne pas, il est possible d&rsquo;emprunter d&rsquo;autres chemins qui m&egrave;nent &agrave; ce que l&rsquo;on d&eacute;sire et souhaite r&eacute;aliser..<\/p>\n<p>\n\tQuand je tombais dans la rue, tu me disais: &laquo;&nbsp;Samourai!&nbsp;&raquo; pour qu&rsquo;&agrave; chaque pas, mon regard sur le monde soit conscient. Le Samourai ne se laisse jamais distraire. Je me sens vivant Alejandro, tellement vivant. Je ne t&rsquo;ai jamais vu abattu. Tu te rends compte ? Tu ne t&rsquo;es jamais plaint ou ne t&rsquo;es laiss&eacute; submerg&eacute; par les difficult&eacute;s de la vie. Tu ne m&rsquo;as jamais montr&eacute; tes angoisses. Tu m&rsquo;as appris &agrave; &ecirc;tre heureux, &agrave; penser que la vie est une f&ecirc;te. Tu m&rsquo;as appris &agrave; ne pas me mettre &agrave; fumer quand les adolescents le font. Tu m&rsquo;as expliqu&eacute; que j&rsquo;&eacute;tais un enfant confiant et que je n&rsquo;avais pas besoin d&rsquo;une cigarette pour s&eacute;duire, &ecirc;tre adulte ou accept&eacute; des autres. Je me suis senti fort, tellement fort. Tu m&rsquo;as appris &agrave; m&rsquo;aimer et &agrave; respecter mon temple, mon corps.<\/p>\n<p>\n\tJe te regardais &eacute;crire huit heures par jour, toute ta vie d&eacute;di&eacute;e &agrave; ton art.<br \/>\n\tTu as trouv&eacute; l&rsquo;amour r&eacute;el &agrave; tes 75 ans. Tu as rencontr&eacute; ta femme, Pascale et c&rsquo;est la plus belle histoire que j&rsquo;ai jamais vu de toute ma vie. Tu m&rsquo;as permis de croire en l&rsquo;union de deux &acirc;mes. Maintenant j&rsquo;ai foi en l&rsquo;amour &agrave; tout &acirc;ge.<\/p>\n<p>\n\tQuelques fois tu me demandes: &laquo;&nbsp;Comment te sens-tu mentalement, physiquement, sexuellement, &eacute;motionnellement ?&nbsp;&raquo; Tu communiques avec tout mon &ecirc;tre. Quand je viens chez toi, je m&rsquo;assois face &agrave; toi et tu me regardes, tu me parles de ta vie, demandes au sujet de la mienne et nous essayons de faire en sorte que nos monologues soient &eacute;gaux en temps pour que nous puissions avoir une conversation &eacute;quilibr&eacute;e et que personne ne parle plus que l&rsquo;autre.<br \/>\n\tTu t&rsquo;inqui&egrave;tes pour moi sans envahir mon espace. Mais tu me dis toujours que tu m&rsquo;aimes. Chaque parent devrait le dire &agrave; son enfant.<\/p>\n<p>\n\tQuand j&rsquo;&eacute;tais enfant et que tu devais partir voyager, tu m&rsquo;appelais tous les jours, m&ecirc;me si ce n&rsquo;&eacute;tais que deux minutes. C&rsquo;&eacute;tait notre accord. Je ressentais ta pr&eacute;sence. J&rsquo;ai toujours ressenti que je pouvais compter sur toi. Chaque fois que tu disais quelque chose, tu le faisais. Et la chose la plus importante pour un enfant est qu&rsquo;un p&egrave;re tienne ses promesses. Une fois, je suis parti en classe verte avec l&rsquo;&eacute;cole et je me suis senti si mal avec les autres enfants, je me sentais si diff&eacute;rent d&rsquo;eux que je t&rsquo;ai appel&eacute; en pleurs. La nuit m&ecirc;me, tu es venu en voiture. Tu as fais 400 kilom&egrave;tres pour venir me sortir de l&rsquo;enfer. Et on est rentr&eacute;s ensemble, en chantant. Tu m&rsquo;as dit qu&rsquo;un enfant ne doit jamais souffrir parce que les jeunes ann&eacute;es sont sacr&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\tTu sentais toujours mes cheveux et ma peau en me disant que je sentais merveilleusement bon. Tu me disais toujours que j&rsquo;avais du talent, que j&rsquo;&eacute;tais beau, que j&rsquo;&eacute;tais un prince. Tu me caressais, me touchais, me serrais dans tes bras. J&rsquo;&eacute;tais aim&eacute;. Le matin je frappais &agrave; ta porte et je courrais me glisser dans ton lit pr&egrave;s de toi pour que tu me serres dans tes bras. Avec ma t&ecirc;te sur ta poitrine, j&rsquo;&eacute;coutais ta respiration et ton coeur battre. Puis nous avions l&rsquo;habitude de petit-d&eacute;jeuner dans un caf&eacute; en face de la maison et tu me parlais de livres, de films, de d&eacute;couvertes que tu avais fait, de nouvelles id&eacute;es spirituelles auxquelles tu avais pens&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tEn ce moment m&ecirc;me je pleure d&rsquo;&eacute;motion parce que je n&rsquo;ai jamais pris le temps de te dire tout cela. Tu es un p&egrave;re merveilleux. Mes larmes coulent, mais ces larmes sont des gouttes d&rsquo;amour.<\/p>\n<p>\n\tTu m&rsquo;as toujours emmen&eacute; avec toi &agrave; tes conf&eacute;rences, tes s&eacute;minaires, je t&rsquo;ai vu soigner les gens, leur donner le sourire, calmer leurs peurs. Nous avons travaill&eacute; ensemble au th&eacute;&acirc;tre, au cin&eacute;ma, sur mes chansons. Comme c&rsquo;est magnifique de pouvoir cr&eacute;er quelque chose en famille.<br \/>\n\tQuand j&rsquo;ai eu des doutes, tu as toujours &eacute;t&eacute; l&agrave;. Tellement pr&eacute;sent, que si tu n&rsquo;&eacute;tais pas &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s aujourd&rsquo;hui, je pourrais toujours entendre ta voix dans mon esprit, me conseillant. Je t&rsquo;ai tatou&eacute; en moi, pour toujours.<\/p>\n<p>\n\tTu m&rsquo;as sauv&eacute; Alejandro, de ce monde cruel, de ce chaos qu&rsquo;est la vie. Tu m&rsquo;as montr&eacute; le plus beau de tout. Tu m&rsquo;as tenu &eacute;loign&eacute; de toute pens&eacute;e bourgeoise, de toute illusion, de toute pens&eacute;e religieuse. Tu m&rsquo;as appris &agrave; ne pas me fixer de limites. Tu m&rsquo;as enseign&eacute; que je suis un homme libre. Libre de la folie des hommes, libre des guerres, des peurs. Tu m&rsquo;as appris que la r&eacute;alit&eacute; dans laquelle je vis n&rsquo;est pas la seule r&eacute;alit&eacute;, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de limites, que mon horizon ne se limite pas &agrave; une maison, un pays ou un monde mais qu&rsquo;il est l&rsquo;univers tout entier, l&rsquo;infini.<\/p>\n<p>\n\tPourquoi m&rsquo;as-tu fait peindre sur les murs de ma chambre ? Je me le suis tellement demand&eacute;. Pourquoi me donner la libert&eacute; de faire ce que je voulais ? J&rsquo;ai compris que tu m&rsquo;avais enseign&eacute; &agrave; cr&eacute;er, &agrave; lib&eacute;rer mon esprit, &agrave; vivre sans contraintes, sans murs. Que ces murs &eacute;taient illusoires, invisibles et qu&rsquo;en les peignant je pouvais passer &agrave; travers eux.<\/p>\n<p>\n\tTu m&rsquo;as appris &agrave; parler: ni trop, ni pas assez, puis &agrave; mesurer le volume de ma voix, qu&rsquo;elle soit une caresse pour les autres. Tu m&rsquo;as appris &agrave; respecter le champs &eacute;nerg&eacute;tique, l&rsquo;aura d&rsquo;autrui. Tu m&rsquo;as appris &agrave; me fier aux arcanes du Tarot. Et tu m&rsquo;as montr&eacute; que les symboles sont de l&rsquo;art. Tu m&rsquo;as appris que la vie est magique et que les miracles sont partout. Tu m&rsquo;as appris que Dieu est une &eacute;nergie qui vit en nous et non un &ecirc;tre s&eacute;v&egrave;re cr&eacute;e par des &eacute;crivains. Tu m&rsquo;as ouvert un compte &agrave; la librairie et gr&acirc;ce &agrave; toi j&rsquo;ai d&eacute;couvert la po&eacute;sie. La Po&eacute;sie ! Je me souviens que nous nous asseyions sur la table de la salle &agrave; manger et que chacun lisait son po&egrave;me.<\/p>\n<p>\n\tTu n&rsquo;as jamais eu d&rsquo;amis superflus, les seules personnes qui entraient dans notre maison &eacute;taient celles que tu souhaitais aider ou des personnes talentueuses. Des po&egrave;tes, des philosophes, des chanteurs, des m&eacute;decins, des cordonniers, des saints, toutes sortes de personnes mais riches d&rsquo;esprit. Tu n&rsquo;as jamais perdu ton temps dans des discussions superficielles. Je ne t&rsquo;ai jamais vu saoul ou drogu&eacute;. Je t&rsquo;ai seulement vu d&eacute;velopper ton esprit et ton talent d&rsquo;une fa&ccedil;on positive afin de changer le monde et de lui apporter quelque chose.<\/p>\n<p>\n\tDurant de nombreuses ann&eacute;es, tu as eu le sentiment d&rsquo;&ecirc;tre un &eacute;crivain rat&eacute; et regarde ce que tu as fait. A l&rsquo;&acirc;ge de soixante ans tu t&rsquo;es lib&eacute;r&eacute; de ce sentiment, tu as publi&eacute; plus de trente livres. Aujourd&rsquo;hui, alors que tu as quatre-vingt-six ans tu es un &eacute;crivain avec un tel succ&egrave;s. Tout cela parce que tu crois en toi. Quel exemple tu es. Combien de personnes ne croient pas en ce qu&rsquo;elles sont et cherchent une issue, incapables de voir que tout en elles est &eacute;nergie vibrante depuis le premier jour! Tout est en nous!<br \/>\n\tTu m&rsquo;as parl&eacute; de ce qu&rsquo;est vieillir comme de quelque chose de beau et gr&acirc;ce &agrave; toi j&rsquo;appr&eacute;cie chaque ann&eacute;e qui passe sans crainte de la mort. Gr&acirc;ce &agrave; toi je sais que tout est possible dans la vie, n&rsquo;importe quand.<\/p>\n<p>\n\tJe vois l&rsquo;amour dans tes yeux lorsque tu me regardes. Tu m&rsquo;as aim&eacute; et tellement donn&eacute; que je t&rsquo;aime sans limites. Tu as cr&eacute;e l&rsquo;&ecirc;tre qui &eacute;crit en ce moment. Tu as cr&eacute;e l&rsquo;amour que je te porte. Tu as parfaitement appliqu&eacute; cette phrase que tu as &eacute;crite et qui s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e si vraie: Ce que tu donnes, tu te le donnes &agrave; toi-m&ecirc;me, ce que tu ne donnes pas, tu te l&rsquo;&ocirc;tes &agrave; toi-m&ecirc;me.<\/p>\n<p>\n\tMerci de me donner cette vie.<\/p>\n<p>\n\tTon fils Adan qui t&rsquo;aime.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\tPhoto : Alejandra Vilchis pour &laquo;&nbsp;La mort d&rsquo;Amador&nbsp;&raquo; Mars 2012<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Adan Jodorowsky &agrave; post&eacute; le texte suivant sur son compte Facebook quelques jours avant l&rsquo;anniversaire de son p&egrave;re, le cineaste Alejandro Jodorowski : Il y a quelques mois, j&rsquo;ai &eacute;crit une lettre &agrave; mon p&egrave;re. 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