{"id":1075,"date":"2011-02-28T18:49:24","date_gmt":"2011-02-28T18:49:24","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1075"},"modified":"2011-02-28T18:49:24","modified_gmt":"2011-02-28T18:49:24","slug":"cinq-causes-de-linsurrection-arabe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/cinq-causes-de-linsurrection-arabe\/","title":{"rendered":"Cinq causes de l\u2019insurrection arabe"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div property=\"dc:description\">\n<p>\n\t\tCinq causes de l&rsquo;insurrection arabe<\/p>\n<p>\n\t\tpar <strong>Ignacio Ramonet<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tQuelles sont les causes de l&rsquo;ouragan de libert&eacute; qui, du Maroc &agrave; Bahre&iuml;n, en passant par la Tunisie, la Libye et l&rsquo;Egypte, souffle sur le monde arabe&nbsp;? Pourquoi ces d&eacute;sirs simultan&eacute;s de d&eacute;mocratie s&rsquo;expriment-ils pr&eacute;cis&eacute;ment maintenant&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; ces deux questions, les r&eacute;ponses sont de diverse nature&nbsp;: historique, politique, &eacute;conomique, climatique et sociale.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>1. Historique<\/strong>. Depuis la fin de la Premi&egrave;re guerre mondiale et l&rsquo;implosion de l&rsquo;Empire ottoman, l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t des grandes puissances occidentales pour le Proche-Orient et l&rsquo;Afrique du Nord a repos&eacute; sur deux constantes&nbsp;: contr&ocirc;ler les gisements d&rsquo;hydrocarbures et garantir un foyer national juif. Apr&egrave;s la Seconde guerre mondiale et le traumatisme universel de l&rsquo;Holocauste, la cr&eacute;ation de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l en 1948 eut comme contrepartie, dans plusieurs &Eacute;tats arabes lib&eacute;r&eacute;s du colonialisme, l&rsquo;arriv&eacute;e au pouvoir de forces antisionistes (oppos&eacute;es &agrave; l&rsquo;existence d&rsquo;Isra&euml;l) se r&eacute;clamant de deux id&eacute;ologies diff&eacute;rentes&nbsp;: &quot;militaro-nationaliste&quot; en Egypte, Soudan et Y&eacute;men&nbsp;; &quot;socialiste arabe&quot; en Irak, Syrie, Libye et Alg&eacute;rie.<\/p>\n<p>\n\t\tTrois guerres perdues contre Isra&euml;l (1956, 1967, 1973) finiront par conduire l&rsquo;&Eacute;gypte et la Jordanie &agrave; signer des trait&eacute;s de paix avec l&rsquo;&Eacute;tat juif et &agrave; s&rsquo;aligner sur les &Eacute;tats-Unis qui exer&ccedil;aient d&eacute;j&agrave; &#8211; dans le cadre de la Guerre froide &#8211; une influence d&eacute;cisive sur les p&eacute;tromonarchies de la p&eacute;ninsule arabique, ainsi que sur le Liban, la Tunisie et le Maroc. De la sorte, Washington et ses alli&eacute;s occidentaux maintenaient leurs deux objectifs prioritaires&nbsp;: le contr&ocirc;le du p&eacute;trole et la s&eacute;curit&eacute; d&rsquo;Isra&euml;l. En &eacute;change de quoi, ils garantissaient la permanence au pouvoir de cruels despotes (le roi Hassan II, le g&eacute;n&eacute;ral Ben Ali, les g&eacute;n&eacute;raux Sadate et Moubarak, les monarques saoudiens Fay&ccedil;al, Fahd et Abdallah, etc.).<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>2. Politique<\/strong>. Dans les &Eacute;tats du soi-disant &quot;socialisme arabe&quot; (Irak, Syrie, Libye, Alg&eacute;rie), sous les commodes pr&eacute;textes de &quot;lutte contre l&rsquo;imp&eacute;rialisme&quot; et de &quot;chasse aux communistes&quot;, des dictatures de parti unique furent &eacute;galement &eacute;tablies, gouvern&eacute;es d&rsquo;une main de fer par des tyrans d&rsquo;anthologie (Saddam Hussein, El Assad p&egrave;re et fils, et Mouammar el Kadhafi, le plus d&eacute;lirant de tous). Des autocraties qui garantissaient, par ailleurs, l&rsquo;approvisionnement en hydrocarbures des grandes puissances et ne mena&ccedil;aient pas vraiment Isra&euml;l (quand l&rsquo;Irak parut le faire, il fut imm&eacute;diatement d&eacute;truit). C&rsquo;est ainsi que les aspirations d&eacute;mocratiques des soci&eacute;t&eacute;s arabes furent &eacute;touff&eacute;es sous une chape de silence et de terreur.<\/p>\n<p>\n\t\tLes vagues de d&eacute;mocratisation se succ&eacute;daient pourtant dans le reste du monde. Les dictatures disparurent, dans les ann&eacute;es 1970, au Portugal, en Espagne et en Gr&egrave;ce. Puis, en 1983, en Turquie. Apr&egrave;s la chute du mur de Berlin, en 1989, l&rsquo;Union sovi&eacute;tique et le &quot;socialisme r&eacute;el&quot; de l&rsquo;Europe de l&rsquo;est s&rsquo;effondr&egrave;rent. En Am&eacute;rique latine, l&rsquo;une apr&egrave;s l&rsquo;autre, toutes les dictatures militaires furent balay&eacute;es dans les ann&eacute;es 1990. Entre temps, &agrave; quelques encablures de l&rsquo;Union europ&eacute;enne, avec la complicit&eacute; des puissances occidentales (dont la France), les soci&eacute;t&eacute;s arabes demeuraient en &eacute;tat de glaciation autocratique.<\/p>\n<p>\n\t\tComme les despotes de cette r&eacute;gion ne tol&eacute;raient aucune forme d&rsquo;expression critique, la protestation trouva refuge dans le seul lieu de r&eacute;union non interdit&nbsp;: la mosqu&eacute;e. Et autour du seul livre non censurable&nbsp;: le Coran. Ainsi se consolid&egrave;rent les islamismes. La doctrine la plus r&eacute;actionnaire fut diffus&eacute;e par l&rsquo;Arabie saoudite avec l&rsquo;appui de Washington et ses alli&eacute;s qui y voyaient un argument pour maintenir les peuples arabes dans la &quot;soumission&quot; (sens du mot &quot;islam&quot;). Cependant, surtout apr&egrave;s la &quot;r&eacute;volution islamique&quot; iranienne de 1979, un islamisme politique allait s&rsquo;&eacute;panouir qui trouvait dans les enseignements du Coran de solides arguments pour exiger la justice sociale et combattre la corruption des m&oelig;urs, le n&eacute;potisme et la tyrannie. De ce tronc commun devaient na&icirc;tre plusieurs branches plus radicales, d&eacute;cid&eacute;es &agrave; conqu&eacute;rir le pouvoir par la violence, la terreur et la &quot;guerre sainte&quot;. L&rsquo;une d&rsquo;elles allait devenir Al Qaida&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s les attentats du 11 septembre 2001, les puissances occidentales, avec la complicit&eacute; des &quot;dictatures amies&quot; locales, trouv&egrave;rent une nouvelle raison de maintenir sous contr&ocirc;le les soci&eacute;t&eacute; arabes&nbsp;: la peur de l&rsquo;islamisme. Au lieu de comprendre que celui-ci &eacute;tait une cons&eacute;quence de l&rsquo;absence de libert&eacute;s et de la multiplication des injustices, ils renforc&egrave;rent l&rsquo;arbitraire, le despotisme et la r&eacute;pression&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>3. &Eacute;conomique<\/strong>. Plusieurs &Eacute;tats arabes ont subi r&eacute;cemment les r&eacute;percussions de la crise globale d&eacute;marr&eacute;e en septembre 2008. Des milliers de travailleurs originaires de ces &Eacute;tats, &eacute;migr&eacute;s en Europe, ont perdu leur travail. Le volume des transferts d&rsquo;argent &agrave; leurs familles demeur&eacute;es au pays (qui constitue l&rsquo;une des principales rentr&eacute;es de devises, par exemple, au Maroc, en Tunisie, en &Eacute;gypte&#8230;) a beaucoup baiss&eacute;. L&rsquo;industrie touristique (fondamentale aussi pour l&rsquo;Egypte, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie) s&rsquo;est &eacute;tiol&eacute;e. Les cours des hydrocarbures (en hausse ces derni&egrave;res semaines &agrave; cause de l&rsquo;insurrection populaire en Libye) ont rebaiss&eacute;&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t\tSimultan&eacute;ment, le Fonds mon&eacute;taire international (FMI) imposait, notamment &agrave; la Tunisie, &agrave; l&rsquo;&Eacute;gypte et &agrave; la Lybie, de s&eacute;v&egrave;res programmes de privatisation des services publics, des r&eacute;ductions drastiques dans le budget de l&rsquo;&Eacute;tat, une diminution du nombre des fonctionnaires&#8230; Des plans d&rsquo;ajustement structurels venus d&eacute;t&eacute;riorer davantage les conditions de vie des gens. Et d&eacute;grader surtout le statut des classes moyennes urbaines (celles qui ont acc&egrave;s pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; l&rsquo;informatique, au t&eacute;l&eacute;phone portable et aux r&eacute;seaux sociaux) en mena&ccedil;ant de les faire replonger dans la pauvret&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>4. Climatique<\/strong>. Dans un tel contexte, en soi d&eacute;j&agrave; explosif, se produisait, l&rsquo;&eacute;t&eacute; dernier, dans une r&eacute;gion &eacute;loign&eacute;e du monde arabe, un d&eacute;sastre &eacute;cologique. Mais la plan&egrave;te est une. Durant plusieurs semaines, la Russie, un des principaux exportateurs mondiaux de c&eacute;r&eacute;ales, connut la pire vague de chaleur et d&rsquo;incendies de son histoire. Cons&eacute;quence&nbsp;: la perte d&rsquo;un tiers de sa r&eacute;colte de bl&eacute;&#8230; Moscou d&eacute;cidait de suspendre l&rsquo;exportation de c&eacute;r&eacute;ales (qui servent aussi &agrave; nourrir le b&eacute;tail) dont les cours allaient imm&eacute;diatement grimper de 45%. Cette flamb&eacute;e se r&eacute;percutant rapidement sur les prix des aliments courants&nbsp;: pain, viande, lait, poulet&#8230; Et provoquait, &agrave; partir de l&rsquo;automne 2010, la plus importante augmentation des prix alimentaires depuis 1990. Et la seconde crise alimentaire mondiale en trois ans&#8230; Dans le monde arabe, importateur massif d&rsquo;aliments, les manifestations contre la vie ch&egrave;re commenc&egrave;rent alors &agrave; se multiplier&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>5. Social<\/strong>. Ajoutez &agrave; tout ce qui pr&eacute;c&egrave;de&nbsp;: une population tr&egrave;s jeune et fort nombreuse. Des niveaux explosifs de ch&ocirc;mage. Un accaparement des meilleurs postes par les proches des clans au pouvoir. Une impossibilit&eacute; d&rsquo;&eacute;migrer parce que l&rsquo;Union europ&eacute;enne a blind&eacute; ses fronti&egrave;res et &eacute;tabli d&rsquo;impudents accords avec les despotes locaux qui se chargent du &quot;sale travail&quot; de contenir les &eacute;migrants clandestins&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tIl ne manquait qu&rsquo;une &eacute;tincelle pour incendier la prairie. Il y en eut deux. Toutes deux en Tunisie. D&rsquo;abord, le 17 d&eacute;cembre 2010, l&rsquo;auto-immolation par le feu de Mohammed Bouazizi, un ch&ocirc;meur-dipl&ocirc;m&eacute; devenu vendeur ambulant de fruits, qui mit publiquement fin &agrave; ses jours en signe de d&eacute;nonciation de la corruption et du n&eacute;potisme. Ensuite, les spectaculaires r&eacute;v&eacute;lations apport&eacute;es par WikiLeaks et r&eacute;percut&eacute;es par les t&eacute;l&eacute;phones portables, les r&eacute;seaux sociaux (Facebook, Twitter), le courrier &eacute;lectronique et la cha&icirc;ne Al-Jazeera, sur la r&eacute;alit&eacute; du syst&egrave;me d&rsquo;expoliation mafieux &eacute;tabli par le clan Ben Ali-Trabelsi.<\/p>\n<p>\n\t\tLe r&ocirc;le des r&eacute;seaux sociaux devait se r&eacute;v&eacute;ler d&eacute;terminant. Ils ont permis le franchissement du mur de la peur. En permettant de savoir &agrave; l&rsquo;avance que des milliers de personnes vont se rassembler pour manifester un jour J, &agrave; une heure H, dans un lieu L, les r&eacute;seaux sociaux offrent la garantie qu&rsquo;on ne se retrouvera pas tout seul &agrave; protester en s&rsquo;exposant individuellement &agrave; la r&eacute;pression du syst&egrave;me. L&rsquo;historique succ&egrave;s de cette strat&eacute;gie tunisienne de l&rsquo;essaim allait &eacute;branler le monde arabe.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Cinq causes de l&rsquo;insurrection arabe par Ignacio Ramonet Quelles sont les causes de l&rsquo;ouragan de libert&eacute; qui, du Maroc &agrave; Bahre&iuml;n, en passant par la Tunisie, la Libye et l&rsquo;Egypte, souffle sur le monde arabe&nbsp;? 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