{"id":11003,"date":"2015-07-30T23:03:11","date_gmt":"2015-07-30T23:03:11","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11003"},"modified":"2015-07-30T23:03:11","modified_gmt":"2015-07-30T23:03:11","slug":"lapres-sousse-jours-tranquilles-en-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lapres-sousse-jours-tranquilles-en-tunisie\/","title":{"rendered":"\u00ab L\u2019apr\u00e8s-Sousse \u00bb : jours tranquilles en Tunisie\u2026"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;L&rsquo;apr&egrave;s-Sousse&nbsp;&raquo; : jours tranquilles en Tunisie&hellip;<\/p>\n<\/div>\n<figure>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/figure>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tAu lendemain de l&#39;attentat de Sousse, les Tunisiens oscillent entre le d&eacute;ni de la r&eacute;alit&eacute; et la peur panique de la d&eacute;stabilisation. Et tentent, vaille que vaille, de faire comme si de rien n&#39;&eacute;tait.<\/p>\n<p>\n\t\tL &lsquo; a&eacute;roport international de Tunis-Carthage est presque d&eacute;sert. Du jamais-vu en plein juillet. Mais rien, h&eacute;las, que de tr&egrave;s pr&eacute;visible ; l&rsquo;attaque du Mus&eacute;e du Bardo en mars avait d&eacute;j&agrave; plomb&eacute; le tourisme en entra&icirc;nant un grand nombre d&rsquo;annulations, celle de <a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/240475\/politique\/tunisie-tirs-sur-une-plage-devant-un-hotel-plusieurs-morts\/\">Sousse, le 26 juin<\/a>, l&rsquo;a mis &agrave; genoux avec un effondrement des entr&eacute;es (- 57,7 %), privant le pays d&rsquo;une source de revenus vitale. &laquo; On dirait que nous avons &eacute;t&eacute; maudits. J&rsquo;ouvre mon magasin tous les jours, mais il n&rsquo;y a plus de clients. Comment vais-je payer mon stock et mes charges ? &raquo; se d&eacute;sesp&egrave;re Fehmi, un commer&ccedil;ant du souk de Tunis dont le chiffre d&rsquo;affaires a chut&eacute; de 60 %.<\/p>\n<p>\n\t\tLes r&eacute;seaux sociaux relaient des images de plages et d&rsquo;&eacute;tablissements vides, ainsi que les rumeurs les plus folles. &laquo; La nuit du destin, celle du 27 ramadan, pourrait &ecirc;tre choisie par les extr&eacute;mistes pour un attentat, &eacute;vitez les lieux publics. &raquo; Il n&rsquo;en sera rien, mais ce type de texto alarmiste d&rsquo;origine inconnue inonde les messageries. De quoi faire monter d&rsquo;un cran les tensions dans un environnement d&eacute;j&agrave; anxiog&egrave;ne. &Agrave; tel point qu&rsquo;une banale rixe dans la m&eacute;dina de Tunis a d&eacute;clench&eacute; un r&eacute;el mouvement de panique.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t<strong>Ni les villes ni les campagnes ne semblent &ecirc;tre sur le pied de guerre<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tLes Tunisiens sont &agrave; fleur de peau et pas vraiment rassur&eacute;s par l&rsquo;instauration de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence, le 3 juillet.&nbsp;&laquo; La Tunisie est en danger &raquo;, a pr&eacute;venu le chef du gouvernement, Habib Essid, tandis que le Royaume-Uni et le Danemark appelaient leurs ressortissants &agrave; quitter le pays au plus t&ocirc;t. Pourtant, ni les villes ni les campagnes ne semblent &ecirc;tre sur le pied de guerre, bien au contraire. Le ramadan 2015 ressemble aux pr&eacute;c&eacute;dents ; le pays tourne au ralenti, l&rsquo;Administration, entre absent&eacute;isme et cong&eacute;s, somnole et les Tunisiens se muent comme &agrave; leur habitude en de v&eacute;ritables noctambules. Durant ces derni&egrave;res soir&eacute;es du ramadan, malgr&eacute; la chaleur, la m&eacute;dina de Tunis ne d&eacute;semplit pas et les chalands profitent d&rsquo;une avenue Bourguiba devenue pi&eacute;tonne le soir pour faire leurs emplettes de l&rsquo;a&iuml;d tout en &eacute;tant attentifs &agrave; leur porte-monnaie. &laquo; Les commer&ccedil;ants exag&egrave;rent ; les produits sont plus chers mais de moins bonne qualit&eacute; &raquo;, fait remarquer un couple charg&eacute; de paquets qui prend le temps de siroter un th&eacute;. Les magasins restent ouverts au-del&agrave; de minuit et les caf&eacute;s ne ferment qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;aube avec la reprise du je&ucirc;ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t<strong>les Tunisiens ont l&rsquo;impression de ne plus &ecirc;tre acteurs de leur propre histoire et doutent de l&rsquo;efficacit&eacute; de leurs dirigeants.<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tUn car&ecirc;me qui n&rsquo;est pas toujours respect&eacute; en public, surtout depuis la vague d&rsquo;indignation suscit&eacute;e par des descentes de police muscl&eacute;es dans certains &eacute;tablissements ouverts en zone touristique. Une contradiction de plus point&eacute;e par les d&eacute;mocrates, la libert&eacute; de conscience &eacute;tant express&eacute;ment inscrite dans la Constitution. Mais c&rsquo;est surtout l&rsquo;inertie de l&rsquo;Assembl&eacute;e des repr&eacute;sentants du peuple (ARP) qui laisse perplexe. &laquo; L&rsquo;avocate et d&eacute;put&eacute;e Bochra Belhaj Hamida a beau assurer que les &eacute;lus travaillent dur, ils n&rsquo;ont pas r&eacute;ussi, en huit mois, &agrave; s&rsquo;accorder sur une loi antiterroriste. Les extr&eacute;mistes sont pass&eacute;s de la menace aux actes. Faut-il encore une nouvelle catastrophe pour voter un texte fondamental ? &Agrave; ce stade, il est l&eacute;gitime de se demander si c&rsquo;est de la mauvaise volont&eacute; ou de l&rsquo;incomp&eacute;tence &raquo;, maugr&eacute;e Emna, une militante de la soci&eacute;t&eacute; civile. Qui n&rsquo;est pas moins critique &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la gestion de la crise par le gouvernement.<\/p>\n<p>\n\t\tLes nombreux coups de filet depuis l&rsquo;attentat de Sousse pourraient appara&icirc;tre comme des succ&egrave;s, mais la communication officielle p&egrave;che par maladresse ou exc&egrave;s de prudence. Jamais aucun d&eacute;tail ne filtre des multiples d&eacute;mant&egrave;lements de r&eacute;seaux et d&rsquo;arrestations, pas plus que du sort r&eacute;serv&eacute; par la justice aux pr&eacute;venus. Des hommes politiques invitent &agrave; la d&eacute;lation comme moyen de dissuasion et &eacute;voquent m&ecirc;me la cr&eacute;ation de milices, ce qui ne manque pas d&rsquo;instiller le doute dans les esprits.<\/p>\n<p>\n\t\tEt c&rsquo;est l&agrave; o&ugrave; le b&acirc;t blesse : les Tunisiens ont l&rsquo;impression de ne plus &ecirc;tre acteurs de leur propre histoire et doutent de l&rsquo;efficacit&eacute; de leurs dirigeants. Salem, un libraire qui avoue ne plus rien comprendre et soup&ccedil;onne, comme beaucoup d&rsquo;autres, l&rsquo;existence d&rsquo;un myst&eacute;rieux donneur d&rsquo;ordre aux objectifs obscurs : &laquo; Nous sommes comme du linge qui tourne &agrave; grande vitesse dans une machine &agrave; laver sans savoir qui a choisi le programme de lavage ni comment l&rsquo;arr&ecirc;ter ! &raquo; Depuis le soul&egrave;vement de 2011, la th&eacute;orie du complot n&rsquo;est jamais tr&egrave;s loin, mais pour l&rsquo;avocat Ghazi Mrabet, le danger est ailleurs : &laquo; Des informations souvent contradictoires, une cacophonie gouvernementale et les tensions r&eacute;gionales cr&eacute;ent une peur de lendemains chaotiques. Beaucoup seraient m&ecirc;me pr&ecirc;ts &agrave; renoncer aux libert&eacute;s ch&egrave;rement acquises pour plus de s&eacute;curit&eacute;. Absents de notre lexique depuis l&rsquo;ind&eacute;pendance, des expressions comme guerre, bruits de bottes, effondrement de l&rsquo;&Eacute;tat sont devenus r&eacute;currentes. &raquo; L&rsquo;opinion met de facto la s&eacute;curit&eacute; en t&ecirc;te de ses priorit&eacute;s, tout en estimant arbitraire et liberticide, pour une partie d&rsquo;entre elle, la d&eacute;cision de conditionner les voyages &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger pour les moins de 35 ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t<strong>Aux d&icirc;ners familiaux traditionnels devant des feuilletons t&eacute;l&eacute;vis&eacute;s m&eacute;diocres on pr&eacute;f&egrave;re l&rsquo;iftar en bord de mer.<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tMalgr&eacute; une atmosph&egrave;re lourde et d&rsquo;innombrables interrogations, les Tunisiens ne se privent pas pour autant de vivre. Les uns continuent de vaquer &agrave; leurs affaires comme si de rien n&rsquo;&eacute;tait &ndash; ou presque. Les autres, plus combatifs, envahissent l&rsquo;espace public en signe de r&eacute;sistance, voire de patriotisme. Quitte &agrave; changer leurs habitudes. Aux d&icirc;ners familiaux traditionnels devant des feuilletons t&eacute;l&eacute;vis&eacute;s m&eacute;diocres on pr&eacute;f&egrave;re l&rsquo;iftar en bord de mer. Hammamet ou Ghar elMelh font le plein, tandis que les restaurants de la m&eacute;dina affichent complet des semaines &agrave; l&rsquo;avance. La culture n&rsquo;est pas en reste ; les festivals battent leur plein un peu partout dans le pays. Sous haute surveillance, le 51e festival de Carthage continue d&rsquo;attirer les foules malgr&eacute; une programmation moins flamboyante que les ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes, restrictions budg&eacute;taires et d&eacute;fection d&rsquo;artistes, comme Natalie Imbruglia, obligent. Cela n&rsquo;emp&ecirc;che pas sa directrice, Sonia M&rsquo;barek, de souhaiter qu&rsquo;il soit &laquo; un &eacute;crin f&eacute;d&eacute;rateur &raquo;. Incontestablement, la demande est l&agrave;. Les prix des billets, de 50 &agrave; 100 dinars (de 23 &agrave; 46 euros), n&rsquo;ont pas d&eacute;courag&eacute; les fans de Lauryn Hill et d&rsquo;Akon, et les spectacles tunisiens restent tr&egrave;s courus. &laquo; C&rsquo;est l&rsquo;effet ramadan conjugu&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;t&eacute;. Mais les portefeuilles ne tarderont pas &agrave; se vider et les poches seront tr&egrave;s vite plates et le moral aussi &raquo;, estime Han&egrave;ne Ben Miled, une pharmacienne trentenaire qui pr&eacute;f&egrave;re &laquo; consommer plut&ocirc;t que de se consumer &raquo;. Une mani&egrave;re de canaliser sa col&egrave;re. Avec son ami Mourad, ils &eacute;ludent les questions sur la situation du pays : &laquo; Il n&rsquo;y a rien &agrave; dire. Rien ne fonctionne. Le bilan, catastrophique, parle de lui-m&ecirc;me. Les gouvernants et la classe politique avaient pourtant &eacute;t&eacute; pr&eacute;venus par la soci&eacute;t&eacute; civile et la rue, ils n&rsquo;ont pas voulu entendre. Ils ont r&eacute;ussi &agrave; nous d&eacute;courager.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Plus personne ne se mobilise. &raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tComme eux, des jeunes et des moins jeunes baissent les bras tout en cherchant paradoxalement &agrave; retrouver un sentiment f&eacute;d&eacute;rateur qui pourrait leur redonner un &eacute;lan, mais &laquo; les divisions sont trop nombreuses et le d&eacute;ficit de confiance est important &raquo;, analyse le politologue Larbi Chouikha. Plus personne ne s&rsquo;avise de soulever des questions identitaires ou autres th&egrave;mes qui f&acirc;chent, mais la crise, avec tous ses paradoxes, est omnipr&eacute;sente et n&rsquo;est pas une cons&eacute;quence du terrorisme. &laquo; Elle ne fait que renforcer un syst&egrave;me qui fabrique violence et exclusion. Une violence plus insidieuse qui s&rsquo;immisce dans la vie quotidienne. Une violence verbale, politique, mais aussi et surtout une violence dans la d&eacute;gradation de notre environnement de tous les jours, des incivilit&eacute;s au non-respect des r&egrave;gles les plus &eacute;l&eacute;mentaires du vivre-ensemble &raquo;, tacle, dans une tribune, le leader d&rsquo;opinion Walid Bel Haj Amor, directeur g&eacute;n&eacute;ral-adjoint de Comete Engineering. Le constat est amer mais, entre d&eacute;ni de la r&eacute;alit&eacute; et peur panique de la d&eacute;stabilisation, les Tunisiens doivent trouver un juste milieu. Et ne pas renoncer &agrave; exercer leur citoyennet&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/auteurs\/f.dahmani\/\" itemprop=\"author\">Frida Dahmani<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo;&nbsp;L&rsquo;apr&egrave;s-Sousse&nbsp;&raquo; : jours tranquilles en Tunisie&hellip; &nbsp; &nbsp; Au lendemain de l&#39;attentat de Sousse, les Tunisiens oscillent entre le d&eacute;ni de la r&eacute;alit&eacute; et la peur panique de la d&eacute;stabilisation. Et tentent, vaille que vaille, de faire comme si de rien n&#39;&eacute;tait. L &lsquo; a&eacute;roport international de Tunis-Carthage est presque d&eacute;sert. 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