{"id":11079,"date":"2015-08-13T23:28:05","date_gmt":"2015-08-13T23:28:05","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11079"},"modified":"2015-08-17T02:26:42","modified_gmt":"2015-08-17T02:26:42","slug":"guy-sitbon-je-reviens-de-vacances-en-tunisieet-je-suis-en-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/guy-sitbon-je-reviens-de-vacances-en-tunisieet-je-suis-en-vie\/","title":{"rendered":"Guy Sitbon : Je reviens de vacances en Tunisie&#8230;et je suis en vie"},"content":{"rendered":"<div id=\"left_content\">\n<div>\n<p>\n\t\t\tGuy Sitbon : Je reviens de vacances en Tunisie&#8230;et je suis en vie<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tJe reviens de vacances en Tunisie. Et je suis en vie. Je num&eacute;rote mes abattis, je fais l&rsquo;inventaire de mes membres, pas un absent &agrave; l&rsquo;appel. Il doit y avoir quelque chose qui cloche. Voyons. Le gouvernement britannique proscrit la destination &agrave; ses ressortissants. Les autres europ&eacute;ens, n&rsquo;&eacute;coutant que leur bon c&oelig;ur, s&rsquo;abstiennent de directives aussi purgatives mais n&rsquo;en pensent pas moins. Choisir sa vill&eacute;giature dans un repaire de tueurs en s&eacute;rie ? &Ccedil;a va pas la t&ecirc;te ! Pourquoi pas dans le Sina&iuml; tant qu&rsquo;on y est ! Curieusement, d&rsquo;ailleurs, le Foreign and Commonwealth Office, bien avis&eacute;, n&rsquo;oppose aucune mise en garde aux vacances en Mer Rouge, &agrave; Louxor ni &agrave; Assouan. On comprend l&rsquo;&eacute;motion apr&egrave;s l&rsquo;h&eacute;catombe de Sousse mais le diktat britannique contre le tourisme tunisien reste un signe de panique indigne d&rsquo;une rationalit&eacute; gouvernementale. Si, en pleine guerre du Sina&iuml;, Sharm el Cheikh rassure, pourquoi pas Djerba ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tC&rsquo;est justement &agrave; Djerba que nous avons choisi de bronzer, paresser, nous amuser avec trois enfants en bas &acirc;ge, deux adultes et deux vieillards. &Agrave; 50 miles &agrave; vol d&rsquo;oiseau de la Libye. Pourquoi Djerba ? Justement, pour la proximit&eacute; libyenne. Nous cherchions &agrave; comprendre, &agrave; palper la raison de l&rsquo;irraison. Tout en prenant du bon temps. Si ma m&eacute;moire ne me trompe pas, je crois bien que c&rsquo;&eacute;tait les premi&egrave;res vacances de ma longue existence. Reporter de mon &eacute;tat, j&rsquo;ai pass&eacute; ma vie &agrave; voyager pour le travail ou le devoir et &agrave; me reposer &agrave; la maison. Cette fois, j&rsquo;allais faire comme tout le monde.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLes vacances &ccedil;a commence sur Internet. Vous tapez &laquo; S&eacute;jour &agrave; Djerba en juillet &raquo; et vous tombez sur une douzaine de pages de propositions plus all&eacute;chantes les unes que les autres. Faut choisir. Trois &eacute;toiles ou cinq &eacute;toiles ? Soyons raisonnables, quatre &eacute;toiles. Une nu&eacute;e de tour operators offrent leur service. Vous en triez deux au hasard et commandez deux chambres doubles et deux singles. H&eacute;las, les deux h&ocirc;tels sont complets. Ils ont bien trois chambres doubles et une single mais pour vos besoins, plus de place, surbook&eacute;. Ah, bon. Je croyais que la Tunisie terrorisait, que pas un humain sens&eacute; n&rsquo;&eacute;tait dispos&eacute; &agrave; y sacrifier ses jours. On s&rsquo;adresse &agrave; une troisi&egrave;me agence, m&ecirc;me impasse. On t&eacute;l&eacute;phone &agrave; une vendeuse charmante, probablement &eacute;tablie au Togo vu son accent. Elle est d&eacute;sol&eacute;e, il ne lui reste plus que des chambres doubles. Il faudra donc payer deux billets d&rsquo;avion par personne pour &ecirc;tre seul dans sa chambre. Les heures de recherches n&rsquo;y changeront rien, les h&ocirc;tels sont complets. Voil&agrave; d&eacute;j&agrave; une bonne nouvelle, quoiqu&rsquo;un peu co&ucirc;teuse. Vous payez en ligne, recevez vos tickets d&rsquo;avion, vos vouchers de r&eacute;sidence par email, vous les imprimez. Tout est r&eacute;gl&eacute; sans avoir quitt&eacute; votre ordinateur, sans avoir entendu d&rsquo;autre voix que togolaise.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tRendez-vous &agrave; Orly, &agrave; six heures du matin. Six heures, un peu raide. Faut s&rsquo;y faire, vous circulez en low cost. Mais qui donc allons nous trouver &agrave; Orly ? Des Fran&ccedil;ais ? Des vrais Fran&ccedil;ais pr&ecirc;ts &agrave; s&rsquo;immoler pour la bonne cause?<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tL&rsquo;avion est complet ou presque. Des gens du Sud normaux. Pas mal de foulards. Ambiance Tataouine, M&eacute;denine, Ben Gardane. Ils rentrent au pays au moins une fois par an. Ils soupirent : C&rsquo;est terrible pour le tourisme, regardez, &agrave; peine une dizaine de Fran&ccedil;ais. J&rsquo;interroge.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tVous n&rsquo;&ecirc;tes pas fran&ccedil;ais, vous ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tOui, je veux dire de vrais Fran&ccedil;ais.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tIls ont peur ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tS&ucirc;rement.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tEt vous, vous n&rsquo;avez pas peur ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t(Il sourit) Je me sens plus en s&eacute;curit&eacute; &agrave; Tataouine qu&rsquo;&agrave; Paris.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>&quot;Un engin blind&eacute; stationne &agrave; l&#39;entr&eacute;e de l&#39;a&eacute;roport. S&#39;ils comptent rassurer le touriste, je crains qu&#39;ils ne visent &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la plaque&quot;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\tDjerba. A&eacute;roport surdimensionn&eacute;, ultramoderne, pr&ecirc;t &agrave; recevoir quatorze vols &agrave; la fois. Des jet bridge (passerelles d&rsquo;a&eacute;roport) comme &agrave; Chicago. Le hall : d&eacute;sert d&eacute;sertique. Vous &ecirc;tes seul &agrave; d&eacute;barquer.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&#8211; Autrefois, vous raconte un employ&eacute;, les appareils atterrissaient coup sur coup. Les avions attendaient leur tour pour d&eacute;coller. Ce hall grouillait de monde du matin au soir. Fini. Fini-ni-ni. Oubli&eacute; cet &acirc;ge d&rsquo;or. Ben Ali est parti, les touristes avec lui. Nous sommes devenus des intouchables, des monstres cornus. Grand malheur, monsieur, grand malheur. Les jeunes n&rsquo;ont plus de travail. Ils font des b&ecirc;tises. Ils veulent tous partir. En Europe ou dans un autre monde. Grand malheur, monsieur.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tSortie de l&rsquo;a&eacute;roport, stup&eacute;faction. Un engin blind&eacute; de fabrication r&eacute;cente (premi&egrave;re fois que je vois ce mod&egrave;le) surmont&eacute; d&rsquo;une mitrailleuse lourde command&eacute;e par un soldat pr&ecirc;t &agrave; l&acirc;cher une rafale, stationne martialement &agrave; la porte m&ecirc;me du hall. Jamais vu &ccedil;a. J&rsquo;&eacute;tais ces temps-ci &agrave; Kiev en pleine guerre, &agrave; Tel Aviv sous les rockets, &agrave; Tripoli au d&eacute;but du chambardement, nulle part les voyageurs ne re&ccedil;oivent un accueil aussi belliqueux. Autant brandir une banderole g&eacute;ante d&rsquo;alarme : Vous entrez en zone de guerre, enfilez vos gilets pare-balle. Les services de s&eacute;curit&eacute; ont s&ucirc;rement leurs raisons. S&rsquo;ils croient rassurer le touriste, je crains qu&rsquo;ils ne visent &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la plaque. Un orchestre, des chanteurs, auraient un effet autrement plus s&eacute;curisant. D&rsquo;autant que la r&eacute;alit&eacute; touristique v&eacute;cue &agrave; Djerba, comme je le verrai, c&rsquo;est la gait&eacute;, la musique, pas la mitrailleuse.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tUn autobus pr&eacute;c&eacute;d&eacute; d&rsquo;une camionnette de soldats en armes attend les clients de Sunweb, le tour op&eacute;rator. Notre groupe de sept plus un franco-alg&eacute;rien et ses deux enfants plus franco qu&rsquo;alg&eacute;riens. Trois autres clients ne se pr&eacute;sentent pas. Recherche faite, ces absents repr&eacute;sentent nos billets pay&eacute;s et non utilis&eacute;s en raison du &laquo; surbooking &raquo; de l&rsquo;h&ocirc;tel.<br \/>\n\t\t\t\t&nbsp;&nbsp; H&ocirc;tel, superbe. Je tairai son nom pour en parler plus librement. Fa&ccedil;ade, salons de palace international. Dix heures du matin, pas une &acirc;me. On nous attribue des chambres, nous les trouvons trop &eacute;loign&eacute;es de l&rsquo;entr&eacute;e. Qu&rsquo;&agrave; cela ne tienne. Nous choisissons celles qui nous plaisent. Sur 273 chambres, quarante occup&eacute;es. 90 personnes pour une capacit&eacute; de plus de six cents. Un petit d&eacute;jeuner nous attend. Beignets\/ftai&egrave;rs de mon enfance, montagnes de croissants plut&ocirc;t rassis, fruits &agrave; profusion, seuls les melons comestibles. Buffet interminable pour les dix nouveaux arrivants.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tSans tarder, maillots, piscine deux fois olympique. J&rsquo;identifierai deux Suisses, sept Tch&egrave;ques, trois Compi&eacute;gnois, deux Nanterrois, deux jeunes Bordelaises, une tr&egrave;s charmante Parisienne. Noblesse oblige, j&rsquo;interpelle en priorit&eacute; les demoiselles. L&rsquo;air de rien, bonjour, comment &ccedil;a va, pas grand monde, hein ? Au fait, vous n&rsquo;avez pas eu peur de venir en Tunisie ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tOh&hellip; J&rsquo;ai mes habitudes dans cet h&ocirc;tel, j&rsquo;y viens deux fois l&rsquo;an. Depuis la r&eacute;volution, de moins en moins de monde. Cette ann&eacute;e, des amis, la famille m&rsquo;ont conseill&eacute; d&rsquo;annuler.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tEt alors ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tJ&rsquo;ai rigol&eacute;. Ils ne connaissent pas la r&eacute;volution depuis 2011. Il se passe toujours quelque chose. Sousse, Le Bardo, c&rsquo;&eacute;tait terrible. Mais c&rsquo;est des accidents. On a autant de risques terroristes ici que d&rsquo;accident sur une autoroute en Allemagne..<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t&Ccedil;a fait quand m&ecirc;me peur, non ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tMon fr&egrave;re m&rsquo;a fait cette blague. Au tour de France, le premier gagne une semaine de vacances en Tunisie. Le deuxi&egrave;me deux semaines, le troisi&egrave;me trois semaines, etc. Moi, je suis arriv&eacute;e deuxi&egrave;me.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tVous avez d&ucirc; vous faire des copains depuis le temps que vous venez.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tOui. Certains. Les animateurs changent.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLes animateurs (trices) forment l&rsquo;axe de la vie en vacances. Dans un h&ocirc;tel, ordinairement, le personnel est constitu&eacute; de serveurs, de femmes de chambre, de portiers. Ici, c&rsquo;est d&rsquo;abord les animateurs. Les filles prennent en charge les enfants, les gar&ccedil;ons distraient les adultes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tMokhtar a vingt deux ans, beau comme un dieu de l&rsquo;Olympe. C&rsquo;est la deuxi&egrave;me ann&eacute;e qu&rsquo;il travaille animateur ici. Au bar de la plage, pendant que les autres bronzent ou font trempette, je suis le seul client. Autour de moi, une nu&eacute;e d&rsquo;agents de s&eacute;curit&eacute; en civil et d&rsquo;animateurs. D&eacute;soeuvr&eacute;s, ils papotent. Mokhtar aime bien m&rsquo;interrompre dans ma lecture en prenant place devant moi.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tQu&rsquo;est-ce que vous lisez ? Un livre sur El Andalous. De qui ? Pierre Guichard ? &Ccedil;a doit &ecirc;tre int&eacute;ressant. Vous savez que l&rsquo;Andalousie et toute l&rsquo;Espagne &eacute;tait arabe avant.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tPas seulement arabe, Mokhtar. Surtout berb&egrave;re.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tApr&egrave;s, ils se sont arabis&eacute;s, me corrige finement Mokhtar.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tOui, c&rsquo;est vrai. Tu as lu des livres sur l&rsquo;Andalousie ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tNon, pas des livres. Des articles sur Internet.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tEn fran&ccedil;ais ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tEt en arabe. L&rsquo;histoire, &ccedil;a me passionne.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tTu as fait des &eacute;tudes d&rsquo;histoire ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tNon, de m&eacute;decine, &agrave; Sousse.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tEt tu continues ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tJ&rsquo;ai arr&ecirc;t&eacute;. &Agrave; la fin de la deuxi&egrave;me ann&eacute;e, ils m&rsquo;ont &eacute;limin&eacute;. Et vous savez pourquoi ? Parce que je n&rsquo;avais pas de piston. Ceux qui ont le bras long, ils r&eacute;ussissent. Les autres, &agrave; la poubelle.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t\t\tSon p&egrave;re est mort. Son grand fr&egrave;re a quitt&eacute; la maison apr&egrave;s son mariage. Il a en charge sa m&egrave;re et sa petite s&oelig;ur. Il touche cinq cent dinars par mois &agrave; l&rsquo;h&ocirc;tel.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tMais fin aout, termin&eacute;. Plus d&rsquo;h&ocirc;tel, plus de salaire. Je suis DJ, professeur de tennis, de cheval, de danse. Je peux tout faire. Mais ici il n&rsquo;y a rien. Pas de travail.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tPourquoi tu ne reprends pas tes &eacute;tudes de m&eacute;decine ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tComment ? Qui s&rsquo;occupera de ma m&egrave;re. Je ne compte que sur Dieu.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tTu sais Mokhtar, moi je crois que D. est une invention des hommes.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t\t\tSes yeux se figent. Il me fixe d&rsquo;un regard de b&ecirc;te aux abois.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tTu ne crois pas en Dieu ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tOui, je crois en Dieu comme aux autres inventions de l&rsquo;homme.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t\t\tLui, le bavard, ne sait plus quoi r&eacute;pondre. Doit-il m&rsquo;abattre sur le champ ? Chercher &agrave; en savoir plus ? Me d&eacute;noncer aux copains ? Se rallier &agrave; mon id&eacute;e ? On lit tout un d&eacute;sarroi sur ses traits &eacute;perdus. Un long silence. Il revient &agrave; l&rsquo;Andalousie.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tTu crois que les Musulmans referont la conqu&ecirc;te de l&rsquo;Andalousie ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tJe ne crois pas. Les conqu&ecirc;tes religieuses, c&rsquo;est fini.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tMais l&rsquo;Andalousie est &agrave; nous ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tL&rsquo;Andalousie est aux Andalous, je crois.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t\t\tNous finissons, comment l&rsquo;&eacute;viter &agrave; &eacute;voquer Sousse et Seifeddine.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tIl &eacute;tait animateur de tourisme, comme moi, rappelle Mokhtar avec un sourire malicieux. Tu as peur de moi ?<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tPas plus de toi que de n&rsquo;importe qui d&rsquo;autre, de mon neveu, de mon petit-fils.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tMoi, je suis s&ucirc;r que tout ce qu&rsquo;on raconte sur cette histoire est faux. Ce n&rsquo;est pas Seifeddine qui a tu&eacute; les touristes. C&rsquo;est une provocation. Ce sont les policiers qui ont tir&eacute;.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t\t\tUne semaine &agrave; interroger aussi bien des fonctionnaires que des passants au hasard : pas un ne croit aux informations des m&eacute;dias. Tous voient derri&egrave;re le &laquo; rideau de fum&eacute;e &raquo; des r&eacute;cits officiels un &laquo; conspiration occulte &raquo;. Les grandes puissances, les Am&eacute;ricains, les juifs, les &eacute;mirats. Ces empires cherchent &agrave; pi&eacute;tiner, &agrave; pulv&eacute;riser les arabes, les musulmans. Daech ? Une mystification. Des services secrets manipulent des pauvres gar&ccedil;ons d&eacute;sorient&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tPour Mokhtar comme pour ses coll&egrave;gues qui viendront se joindre &agrave; nous tout au long de notre s&eacute;jour dans des conversations intellos dignes de Saint Germain des Pr&egrave;s en 1948, no future. Soit un coup de chance tomb&eacute; du ciel, soit le trou noir.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>L&rsquo;heureuse fortune pourrait venir d&rsquo;une de ces jeunes touristes.<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&#8211; Ils esp&egrave;rent tous, m&rsquo;assure un manager, trouver le grand amour, le mariage avec une europ&eacute;enne, les papiers pour la France, le SMIC &agrave; mille cinq cent euros, le retour &agrave; M&eacute;denine en DS clinquante avec des cadeaux plein les valises pour la famille. Et surtout, surtout offrir &agrave; la maman tout ses besoins et plus. En fait, ils n&rsquo;ont que leur m&egrave;re en t&ecirc;te. Les plus d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;s iront se mettre une ceinture pour une enveloppe de quelques milliers de dinars offerte &agrave; maman.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<br \/>\n\t\t\t\tLes h&ocirc;teliers interrog&eacute;s voient leur avenir plus sombre encore. D&eacute;j&agrave;, des dizaines d&rsquo;h&ocirc;tels ont ferm&eacute; boutique. Les survivants tournent &agrave; perte. L&rsquo;an prochain, les b&acirc;timents seront d&eacute;saffect&eacute;s. Et pourquoi ne seraient-ils pas squatt&eacute;s par des sans logis ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>Y a t-il une vie loin de la Tunisie ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\tMon exp&eacute;rience voit les choses autrement. Le 17 novembre 1997, 62 touristes avaient &eacute;t&eacute; massacr&eacute;s et mutil&eacute;s &agrave; Louxor. J&rsquo;y suis all&eacute; en reportage trois mois plus tard pour mesurer les effets. J&rsquo;&eacute;tais le seul client du Winter Palace, l&rsquo;h&ocirc;tel mythique de la r&eacute;gion et j&rsquo;ai eu le privil&egrave;ge d&rsquo;admirer seul la Vall&eacute;e des Rois, ordinairement noire de monde. Trois ans plus tard, le Winter &eacute;tait plein &agrave; craquer. Au Cambodge, en 1996, les Khmers rouges de Pol Pot, &eacute;limin&eacute;s de tout le pays s&rsquo;ent&ecirc;taient dans une gu&eacute;rilla sans espoir dans la r&eacute;gion de Siem R&eacute;ap. J&rsquo;y vais. Pas un touriste dans les sublimes 400 km2 des Temples d&rsquo;Angkor &agrave; moi seul r&eacute;serv&eacute;s. Un bonheur indicible. N&rsquo;y allez surtout pas aujourd&rsquo;hui. La paix revenue, les flots de visiteurs submergent les &oelig;uvres d&rsquo;art. Il a sera de m&ecirc;me &agrave; Djerba. J&rsquo;en prends le pari.&nbsp;&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t&nbsp;&nbsp; Le soir venu, c&rsquo;est la f&ecirc;te. Au buffet, pas de file d&rsquo;attente. &laquo; Normalement, c&rsquo;est la bousculade, se r&eacute;jouit une habitu&eacute;e. L&agrave;, regardez, tout le personnel &agrave; notre service, la tranquillit&eacute;, la douceur, la joie de vivre. &raquo; &Agrave; la longue, les animateurs aidant, la cinquantaine de clients finit par se lier d&rsquo;amiti&eacute;. Des grandes tabl&eacute;es se forment. La musique, devenue arabe avec le d&eacute;barquement de quelques Libyens et Tunisiens, r&eacute;sonne des classiques de Saliha. On se croirait revenus &agrave; 1950. Apr&egrave;s d&icirc;ner, grand spectacle d&rsquo;enfants devant trois cent fauteuils vides et une vingtaine de spectateurs devenus une m&ecirc;me famille. Au bar, le whisky et le Boga coulent &agrave; flot. Les jeunes gens hantent la plage complice. Les vieux racontent des blagues jusqu&rsquo;&agrave; point d&rsquo;heure.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tPour nous r&eacute;sumer, j&rsquo;ai pay&eacute; 600 euros pour une chambre, sept jours, all included, ftai&egrave;rs, pastis et glaces &agrave; volont&eacute;. Pour le m&ecirc;me, prix j&rsquo;ai eu droit &agrave; tout un palace (ou presque), je me suis fait cinquante nouveaux amis et j&rsquo;ai oubli&eacute; tous mes soucis.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tIl para&icirc;t qu&rsquo;Ulysse (un confr&egrave;re de l&rsquo;Antiquit&eacute;) s&rsquo;&eacute;tait senti si paradisiaquement heureux &agrave; Djerba qu&rsquo;il avait fallu l&rsquo;attacher au m&acirc;t de son navire pour l&rsquo;obliger &agrave; retourner chez lui. Nul ne m&rsquo;a contraint &agrave; reprendre l&rsquo;avion mais &agrave; Paris, d&rsquo;o&ugrave; je vous &eacute;cris, je retiens mes larmes au souvenir de cette semaine. All included. Y a t-il une vie loin de la Tunisie ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tGuy Sitbon<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"right_content\">\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Guy Sitbon : Je reviens de vacances en Tunisie&#8230;et je suis en vie &nbsp; &nbsp; &nbsp; Je reviens de vacances en Tunisie. Et je suis en vie. Je num&eacute;rote mes abattis, je fais l&rsquo;inventaire de mes membres, pas un absent &agrave; l&rsquo;appel. Il doit y avoir quelque chose qui cloche. Voyons. Le gouvernement britannique proscrit&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":19891,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[24,282,10,36,329,14,253,9,1],"tags":[],"class_list":["post-11079","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ben-ali","category-chicago","category-france","category-libye","category-orly","category-paris","category-soyons","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11079","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11079"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11079\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19891"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11079"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11079"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11079"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}