{"id":11083,"date":"2015-08-17T01:25:29","date_gmt":"2015-08-17T01:25:29","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11083"},"modified":"2015-08-17T01:25:29","modified_gmt":"2015-08-17T01:25:29","slug":"tunisie-kairouan-epicentre-de-lintegrisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunisie-kairouan-epicentre-de-lintegrisme\/","title":{"rendered":"Tunisie : Kairouan, \u00e9picentre de l&rsquo;int\u00e9grisme"},"content":{"rendered":"<header>\n<p>\n\t\tTunisie : Kairouan, &eacute;picentre de l&#39;int&eacute;grisme<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLa premi&egrave;re ville sainte du Maghreb est une p&eacute;pini&egrave;re pour djihadistes. Des cit&eacute;s aux universit&eacute;s, les r&eacute;seaux recrutent. Le djihad &agrave; 150 kilom&egrave;tres de Tunis.<\/p>\n<figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope=\"\" itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\"><figcaption>\n<p>\n\t\t14 septembre 2012 : les premiers manifestants salafistes devant les portes de l&#39;ambassade lors de l&#39;attaque de l&#39;ambassade am&eacute;ricaine dans le quartier des Berges du lac par des salafistes &agrave; l&#39;appel de leur chef Abou Ayad. L&#39;affrontement entre la police et les contestataires du film &quot;Innocence des musulmans&quot; a dur&eacute; pr&egrave;s de trois heures, bilan : deux morts par balle et une cinquantaine de bless&eacute;s dans les deux camps.&nbsp;&copy; Nicolas Fauqu&eacute;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/header>\n<div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tPar notre correspondant &agrave; Tunis,&nbsp;<a href=\"http:\/\/afrique.lepoint.fr\/journalistes\/benoit-delmas\" itemprop=\"url\" rel=\"author\">Beno&icirc;t Delmas<\/a><\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLes r&eacute;seaux pullulent, entre mosqu&eacute;es clandestines et foyers &eacute;tudiants insalubres. Une zone de guerre, difficile de d&eacute;finir autrement ce quartier. La cit&eacute; El Menchia, qui borde la route qui m&egrave;ne de Kairouan &agrave; Tunis, compte 48 000 habitants. 48 000 &laquo;&nbsp;d&eacute;chets de la soci&eacute;t&eacute;&nbsp;&raquo; selon l&#39;expression d&#39;un de ses habitants. Ni routes d&eacute;fonc&eacute;es ni nids de poule&nbsp;: l&#39;infrastructure urbaine se r&eacute;sume &agrave; de la terre fracass&eacute;e par le temps. De rares taxis s&#39;y aventurent. Un pick-up ant&eacute;diluvien s&#39;arr&ecirc;te. Le conducteur montre la d&eacute;charge o&ugrave; les enfants fouillent et l&acirc;che : &laquo; Ici, on fume le cannabis le soir. &raquo; Et repart. En plein ramadan, sous un soleil de feu, les habitants se font rares. Les ruelles d&eacute;sert&eacute;es ne se rempliront que pour la pri&egrave;re du vendredi. Des salafistes se dirigent vers une petite mosqu&eacute;e, coinc&eacute;e entre de courtes maisonn&eacute;es. Ce lieu de culte suscite la crainte. Il est, selon la terminologie du ministre des Affaires religieuses, &laquo;&nbsp;hors contr&ocirc;le&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>Les pr&ecirc;ches sont enflamm&eacute;s, violents<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\tL&#39;environnement assure &agrave; l&#39;imam une certaine s&eacute;curit&eacute;. La police intervient peu. En mars 2014, le porte-parole d&#39;Ansar al-Charia, d&eacute;sormais en prison, officiait comme imam. Lorsque la police d&eacute;cida de le d&eacute;loger de la mosqu&eacute;e o&ugrave; il pr&ecirc;chait, les affrontements culmin&egrave;rent jusqu&#39;&agrave; l&#39;attaque des postes de police. Cocktails molotov, routes coup&eacute;es au moyen de pneus enflamm&eacute;s, jets de pierre&hellip; Quelques arrestations suivirent. L&#39;imam emprisonn&eacute;, le quartier demeure un foyer de salafistes radicaux, ph&eacute;nom&egrave;ne entretenu par une mis&egrave;re end&eacute;mique. Nizar a vingt-deux ans. Il est p&egrave;re de deux enfants. Son premier est mort &agrave; l&#39;&acirc;ge de deux mois. Mais la mosqu&eacute;e dite hors contr&ocirc;le, tenue par les radicaux, a refus&eacute; son gar&ccedil;on. &laquo;&nbsp;Ils m&#39;ont dit que je ne faisais pas mes pri&egrave;res, que je n&#39;&eacute;tais pas un bon musulman&nbsp;&raquo;, explique ce jeune homme au physique sec. Il vit juste &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ce lieu de culte transform&eacute; en lieu de haine. Survient une voiture de la police qui arrive &agrave; vive allure. Se gare devant Nizar. Fusil mitrailleur &agrave; la main, un des policiers confisque pi&egrave;ces d&#39;identit&eacute; et passeport. &laquo;&nbsp;Une formalit&eacute;&nbsp;&raquo;, dit-il. Puis de tancer les Tunisiens&nbsp;: &laquo; Ce n&#39;est pas patriote de parler de pauvret&eacute; et de salafisme aux journalistes. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>L&#39;&eacute;poque Ben Ali &eacute;voqu&eacute;e<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\tEn arri&egrave;re-plan, les enfants r&eacute;cup&egrave;rent des bouteilles en plastique dans la d&eacute;charge improvis&eacute;e. Et il &eacute;voque l&#39;&eacute;poque Ben Ali, synonyme de prosp&eacute;rit&eacute; et d&#39;ordre. &laquo;&nbsp;C&#39;est mon avis&nbsp;&raquo;, r&eacute;pond-il &agrave; une question sur la l&eacute;galit&eacute; de ses propos. Sit&ocirc;t la formalit&eacute; effectu&eacute;e, la voiture repart. L&#39;&eacute;picerie voisine s&#39;amuse&nbsp;: &laquo; On n&#39;avait pas vu la police depuis plusieurs semaines&hellip;&nbsp;&raquo; Dans ce quartier abandonn&eacute; par l&#39;&Eacute;tat, la drogue et l&#39;alcool circulent &agrave; ciel ouvert. &laquo;&nbsp;On n&#39;a que &ccedil;a pour s&#39;&eacute;vader&nbsp;&raquo;, confie un groupe de jeunes adultes. La contrebande casse les prix des stup&eacute;fiants. Le cannabis n&#39;est pas cher, la bi&egrave;re Celtia se vend un dinar. Lorsqu&#39;on &eacute;voque Daesh, la conversation est naturelle. &laquo;&nbsp;S&#39;ils me donnent de l&#39;argent pour les aider, aucun probl&egrave;me&nbsp;&raquo;, dit un p&egrave;re de famille. Deux femmes, m&egrave;re et fille, s&#39;avouent &laquo;&nbsp;effray&eacute;es&nbsp;&raquo; par la situation. &laquo; &Agrave; partir de 19 heures, on ne sort plus. &raquo; &Agrave; quelque trois cents m&egrave;tres, la route menant &agrave; Tunis est comme une fronti&egrave;re pour certains. Sur les bas-c&ocirc;t&eacute;s, on vend des tabouna, ce pain rond, des sandwiches. Une femme confie sa grande pauvret&eacute;. Pourquoi avoir cinq enfants&nbsp;? &laquo;&nbsp;C&#39;est comme &ccedil;a&hellip;&nbsp;&raquo; Absence de contraception et fatalit&eacute;. Aucun n&#39;est scolaris&eacute;. Elle n&#39;en voit pas l&#39;utilit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>La facult&eacute;, incubateur pour extr&eacute;mistes<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLa facult&eacute; de langues et des sciences humaines accueille cinq mille &eacute;tudiants. En cette p&eacute;riode d&#39;examens, les lieux sont vides. L&#39;heure est aux corrections des copies. Le doyen ne m&acirc;che pas ses mots. &laquo;&nbsp;Quand j&#39;ai pris mes fonctions d&eacute;but 2014, la situation &eacute;tait catastrophique. &raquo; Il ne dit pas cela pour justifier d&#39;un beau bilan. En 2015, les extr&ecirc;mes peuplent ce lieu o&ugrave; l&#39;on &eacute;tudie les langues et les sciences humaines. Ce professeur d&#39;arabe a &eacute;t&eacute; contact&eacute; par ses pairs du Conseil scientifique d&eacute;but 2014. &laquo;&nbsp;Venez sauver l&#39;Universit&eacute;&nbsp;&raquo;, lui demande-t-on. Deux jours plus tard, Abdelkrim La&acirc;bidi prend possession de son bureau. &laquo;&nbsp;En janvier, certains cycles n&#39;avaient pas commenc&eacute;&hellip;&nbsp;&raquo; Outre l&#39;absence d&#39;eau dans l&#39;internat des jeunes filles, deux restaurants universitaires m&eacute;di&eacute;vaux, une plomberie en ruines, l&#39;homme &eacute;cope des extr&ecirc;mes. &laquo; &Agrave; gauche et &agrave; droite&nbsp;&raquo;, pr&eacute;cise-t-il. Les jeunes des r&eacute;gions int&eacute;rieures &ndash; de Sidi Bouzid &agrave; Kasserine &ndash; viennent &agrave; Kairouan pour &eacute;tudier. &laquo;&nbsp;70% des nos &eacute;tudiants sont pauvres, certains ne mangent qu&#39;un jour sur deux&nbsp;&raquo;, explique le doyen. Une aubaine pour les recruteurs au djihad. &laquo;&nbsp;J&#39;ai d&eacute;cid&eacute; de parler avec tous&nbsp;&raquo;, dit-il, &laquo;&nbsp;afin de d&eacute;samorcer&nbsp;la situation&nbsp;&raquo;. L&#39;homme de sciences d&eacute;plore que les facult&eacute;s de sciences humaines du pays &laquo;&nbsp;soient devenues des foyers d&#39;intol&eacute;rance&nbsp;&raquo;. Et de citer &laquo;&nbsp;la facult&eacute; de m&eacute;decine de Tunis o&ugrave; l&#39;on enseigne les Lumi&egrave;res, maintenant phagocyt&eacute;e par les int&eacute;gristes&nbsp;de tous bords&raquo; . Cet infiltration de l&#39;enseignement sup&eacute;rieur par les fous d&#39;Allah s&#39;explique par la situation g&eacute;ographique de Kairouan. Les r&eacute;gions marginalis&eacute;es depuis des d&eacute;cennies y envoient leurs enfants &eacute;tudier. &Agrave; cela s&#39;ajoute l&#39;effondrement de l&#39;&eacute;ducation sous Ben Ali et la compl&egrave;te absence de rep&egrave;res. Parmi les &eacute;l&egrave;ves de cette fac, un cas tr&egrave;s sp&eacute;cifique. Le porte-parole d&#39;Ansar al-Charia, mouvement dirig&eacute; par Abou Lyadh depuis la Libye, apprend la philosophie par correspondance depuis sa cellule tunisoise, &agrave; la prison de la Monarguia. Un h&ocirc;te absent et encombrant. Le jour des examens, le doyen a d&ucirc; accompagner la voiture qui apportait le sujet de philo au porte-parole &agrave; la prison de la Monarguia. Un excellent &eacute;l&egrave;ve par ailleurs&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>&laquo;&nbsp;Le djihad, ce n&#39;est plus en Irak, c&#39;est en Tunisie&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\tL&#39;imam salafiste de la mosqu&eacute;e de Bir Msiken a para&icirc;t-il mod&eacute;r&eacute; son discours en raison de la pr&eacute;sence journalistique. Devant une assembl&eacute;e de petits agriculteurs, de travailleurs journaliers, d&#39;enfants de quatre-cinq ans, Miraoui, 28 ans, pr&ecirc;che en ce vendredi. Il fustige p&ecirc;le-m&ecirc;le &laquo;&nbsp;le gouvernement, les ministres, les propri&eacute;taires de bars qui veulent la fermeture des mosqu&eacute;es, Isra&euml;l&hellip;&nbsp;&raquo; Il insiste : &laquo; Nous sommes des gens de paix&nbsp;&raquo; avant de dire que &laquo;&nbsp;le vrai djihad, ce n&#39;est pas en Irak mais en Tunisie&nbsp;&raquo;. Au passage, il cingle &laquo;&nbsp;la presse de la honte&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;la ministre de la Femme qui est la v&eacute;ritable terroriste&nbsp;&raquo;&hellip; Pr&ecirc;che mod&eacute;r&eacute;, para&icirc;t-il. Quelques habitants confirment que &laquo;&nbsp;chaque vendredi, des appels &agrave; la haine sortent de cette mosqu&eacute;e&nbsp;&raquo;. Alentour, deux autres lieux hors contr&ocirc;le s&eacute;vissent en toute qui&eacute;tude. De nombreux minarets sont en cours de construction &agrave; Kairouan et dans le reste de gouvernorat. L&#39;origine du financement&nbsp;? &laquo;&nbsp; Les dons des habitants&hellip;&nbsp;&raquo; D&#39;autres &eacute;voquent des associations tr&egrave;s g&eacute;n&eacute;reuses. Vu la pauvret&eacute; ambiante, difficile de croire que les subsides des journaliers suffisent. Apr&egrave;s la pri&egrave;re, les fid&egrave;les retournent au travail par ce jour br&ucirc;lant. Deux gar&ccedil;ons, pas m&ecirc;me six ans, rentrent seuls dans la cahute qui vend de l&#39;essence de contrebande sur le bord de la route. &laquo;&nbsp;C&#39;est la future g&eacute;n&eacute;ration qu&#39;ils veulent fabriquer&nbsp;&raquo;, dit un passant &agrave; voix basse.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>Fermer les mosqu&eacute;es hors contr&ocirc;le&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\tApr&egrave;s l&#39;attentat de Sousse, 38 morts &agrave; l&#39;h&ocirc;tel Riu Imperial Mahraba, puis l&#39;entr&eacute;e en vigueur de l&#39;&eacute;tat d&#39;urgence, le gouvernement a annonc&eacute; vouloir fermer les mosqu&eacute;es hors contr&ocirc;le. Plus facile &agrave; dire qu&#39;&agrave; ex&eacute;cuter. Un policier confie qu&#39;il ne suffit pas de &laquo;&nbsp;remplacer l&#39;imam pour que les discours djihadistes cessent&nbsp;&raquo;. &Agrave; propos du ministre des Affaires religieuses, Othman Battikh tient un discours &agrave; mi-voix. L&#39;ancien mufti de la R&eacute;publique sous Ben Ali a son bureau dans un charmant palais beylical situ&eacute; &agrave; une centaine de m&egrave;tres de la Kasba, le Matignon tunisien. Sous l&#39;ombrelle rafra&icirc;chissante de la climatisation, il confie qu&#39;il faut expliquer &laquo;&nbsp;aux jeunes que dans le cadre de la loi ils ne doivent pas &ecirc;tre extr&eacute;mistes&nbsp;&raquo;. Sa strat&eacute;gie&nbsp;? &laquo;&nbsp;Mettre en place des discours mod&eacute;r&eacute;s dans les mosqu&eacute;es et dans les &eacute;coles&nbsp;&raquo;. Pour l&#39;heure, en vertu de l&#39;&eacute;tat d&#39;urgence qui court jusqu&#39;au 4 octobre, c&#39;est le minist&egrave;re de l&#39;Int&eacute;rieur qui g&egrave;re les dossiers. Et tape. Quotidiennement, des communiqu&eacute;s &eacute;gr&egrave;nent des descentes, des arrestations (plus de 96 000 depuis le d&eacute;but de l&#39;ann&eacute;e), des cellules d&eacute;mantel&eacute;es. &laquo;&nbsp;En guerre contre le terrorisme&nbsp;&raquo;, selon l&#39;expression utilis&eacute;e au sommet de l&#39;&Eacute;tat, la Tunisie tente de faire face &agrave; l&#39;expansion djihadiste dans un contexte r&eacute;gional p&eacute;rilleux. L&#39;Alg&eacute;rie conna&icirc;t un retour du terrorisme et la Libye est politiquement divis&eacute;e, meurtrie par les affrontements entre factions. &Agrave; Kairouan, un imam estime que &laquo;&nbsp;la force ne suffira pas, il faut restaurer l&#39;&eacute;ducation avant tout&nbsp;&raquo;. Cit&eacute; El Menchia, on n&#39;attend rien de l&#39;&Eacute;tat. Et on prendra l&#39;argent d&#39;o&ugrave; il vient. Pas par conviction. Pour bouffer.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t<a href=\"http:\/\/afrique.lepoint.fr\/actualites\/tunisie-kairouan-epicentre-de-l-integrisme-13-08-2015-1956613_2365.php\">Source<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tunisie : Kairouan, &eacute;picentre de l&#39;int&eacute;grisme &nbsp; La premi&egrave;re ville sainte du Maghreb est une p&eacute;pini&egrave;re pour djihadistes. Des cit&eacute;s aux universit&eacute;s, les r&eacute;seaux recrutent. 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