{"id":11137,"date":"2015-08-25T23:49:37","date_gmt":"2015-08-25T23:49:37","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11137"},"modified":"2015-08-25T23:49:37","modified_gmt":"2015-08-25T23:49:37","slug":"georges-bensoussan-nous-assistons-a-lemergence-de-deux-peuples","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/georges-bensoussan-nous-assistons-a-lemergence-de-deux-peuples\/","title":{"rendered":"Georges Bensoussan : \u00abNous assistons \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de deux peuples\u00bb"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tGeorges Bensoussan : &laquo;Nous assistons &agrave; l&#39;&eacute;mergence de deux peuples&raquo;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tPar&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/societe\/2015\/08\/14\/31003-20150814ARTFIG00248-georges-bensoussan-nous-assistons-a-l-emergence-de-deux-peuples.php#auteur\" itemprop=\"name\">Alexandre Devecchio<\/a><\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div>\n<div itemprop=\"primaryImageOfPage\" itemscope=\"\" itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\">\n<figure><figcaption itemprop=\"description\">\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>\n\t\tFIGAROVOX\/GRAND ENTRETIEN &#8211; Georges Bensoussan &eacute;voque la mont&eacute;e en puissance de l&#39;antis&eacute;mitisme et du racisme anti-blanc dans les banlieues. L&#39;auteur des&nbsp;Territoires perdus de la R&eacute;publique&nbsp;analyse les nouvelles fractures fran&ccedil;aises.<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t\tGeorges Bensoussan est historien, sp&eacute;cialiste d&#39;histoire culturelle de l&#39;Europe des XIXe et XXe si&egrave;cles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirig&eacute; l&#39;ouvrage Les Territoires perdus de la R&eacute;publique (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les t&eacute;moignages d&#39;enseignants et chefs d&#39;&eacute;tablissements scolaires.<\/p>\n<hr \/>\n<p>\n\t\t\tPROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO<a href=\"https:\/\/twitter.com\/AlexDevecchio\" target=\"\">@AlexDevecchio<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>\n\t\t\tA lire aussi:&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/societe\/2015\/08\/14\/31003-20150814ARTFIG00245-des-territoires-perdus-de-la-republique-aux-territoires-perdus-de-la-nation-12.php\" target=\"\">Des territoires perdus de la R&eacute;publique aux territoires perdus de la nation (1\/2)<\/a><\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Dans&nbsp;Les territoires perdus de la R&eacute;publique, vous &eacute;voquiez pour la premi&egrave;re fois l&#39;antis&eacute;mitisme des banlieues. En quoi se distingue-t-il de l&#39;antis&eacute;mitisme traditionnel?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tL&#39;antis&eacute;mitisme traditionnel en France est originellement marqu&eacute; par l&#39;Eglise, l&#39;extr&ecirc;me droite et le nationalisme: c&#39;est l&#39;antis&eacute;mitisme de l&#39;affaire Dreyfus qui conna&icirc;t son acm&eacute; sous Vichy. L&#39;antis&eacute;mitisme nouveau est un antis&eacute;mitisme d&#39;importation. Il est li&eacute; &agrave; la fois &agrave; la culture traditionnelle des pays magr&eacute;bins, &agrave; l&#39;islam et au contexte colonial. En Alg&eacute;rie, le d&eacute;cret Cr&eacute;mieux qui permit aux juifs de devenir Fran&ccedil;ais d&egrave;s 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n&#39;&eacute;taient pas fran&ccedil;ais mais leur &eacute;mancipation par le biais de l&#39;&eacute;cole leur a donn&eacute; une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorit&eacute; musulmane. Cela s&#39;est termin&eacute; par le d&eacute;part de la minorit&eacute; juive. Cet antis&eacute;mitisme-l&agrave; s&#39;est transpos&eacute; sur notre territoire par le truchement de l&#39;immigration familiale ( c&#39;est cela qui a &eacute;t&eacute; import&eacute; et pas le conflit isra&eacute;lo-palestinien comme le r&eacute;p&egrave;tent les m&eacute;dias). Un antis&eacute;mitisme qui pr&eacute;existait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus &agrave; Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970.<\/p>\n<p>\n\t\t\tParadoxalement, cet antis&eacute;mitisme ne s&#39;est pas dilu&eacute;, mais enkyst&eacute;. C&#39;est dans les familles qu&#39;il se transmet et s&#39;apprend. Arriv&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;cole, l&#39;affaire est d&eacute;j&agrave; jou&eacute;e. Nouveau par les formes et l&#39;origine, il &eacute;pouse parfois le vocabulaire de l&#39;antis&eacute;mitisme traditionnel. Par exemple, le mot &laquo;youpin&raquo;, qui avait tendance &agrave; dispara&icirc;tre en France, est r&eacute;utilis&eacute; dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les diff&eacute;rentes branches de l&#39;antis&eacute;mitisme sont en train de se conjuguer. L&#39;extr&ecirc;me droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l&#39;antisionisme a parfois du mal &agrave; maquiller son antis&eacute;mitisme (l&#39;enqu&ecirc;te Fondapol d&#39;octobre 2014 men&eacute;e par Dominique Reyni&eacute; &eacute;tait &eacute;difiante &agrave; cet &eacute;gard). On a oubli&eacute; que l&#39;antis&eacute;mitisme plongeait de longues racines &agrave; gauche, depuis Proudhon jusqu&#39;aux propos de Beno&icirc;t Frachon en juin 1967, secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-l&agrave; seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n&#39;est d&#39;ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle d&eacute;borde aujourd&#39;hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l&#39;immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l&#39;antis&eacute;mitisme, lequel est devenu un code d&#39;int&eacute;gration dans les cit&eacute;s. Ainsi, ici, l&#39;int&eacute;gration &agrave; la France se fait-elle &agrave; rebours, en chassant la part juive de la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise. Adopter ces clich&eacute;s et ce langage c&#39;est se donner plus de chances d&#39;&ecirc;tre int&eacute;gr&eacute; dans l&#39;&eacute;conomie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler &laquo;anti-feuj&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Certains vont jusqu&#39;&agrave; comparer les sort des musulmans aujourd&#39;hui &agrave; celui des juifs hier. La sacralisation de la Shoah nous emp&ecirc;che-t-elle de comprendre le pr&eacute;sent?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tEn tant qu&#39;historien, je suis frapp&eacute; par la stupidit&eacute; d&#39;une telle comparaison. Je n&#39;ai pas souvenir dans l&#39;histoire des ann&eacute;es 30 d&#39;avoir entendu parler de l&#39;&eacute;quivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des fr&egrave;res Kouachi se mettant &agrave; attaquer des &eacute;coles fran&ccedil;aises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les ann&eacute;es 1930 &agrave; un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s&#39;agissait-il d&#39;une course &eacute;perdue vers l&#39;int&eacute;gration et l&#39;assimilation. Les juifs cherchaient &agrave; se faire le plus petit possible. Ils &eacute;taient 330 000, dont 150 000 juifs &eacute;trangers qui vivaient dans la crainte d&#39;&ecirc;tre expuls&eacute;s. Beaucoup &eacute;taient des r&eacute;fugi&eacute;s de la mis&egrave;re, d&#39;autres fuyaient le nazisme et les violences antis&eacute;mites d&#39;Europe orientale. Aujourd&#39;hui, place Beauvau, on estime la minorit&eacute; musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n&#39;ont pas &eacute;t&eacute; chass&eacute;s par un r&eacute;gime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l&#39;immense majorit&eacute; des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu&#39;au regard des effectifs concern&eacute;s: en Europe, aujourd&#39;hui, un musulman sur quatre vit en France.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\tCette question est toutefois int&eacute;ressante &agrave; un autre titre: pourquoi une partie de la population fran&ccedil;aise d&#39;origine maghr&eacute;bine est-elle habit&eacute;e par un mim&eacute;tisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l&#39;histoire du Maghreb colonial se perp&eacute;tuait ici?&nbsp;L&#39;histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n&#39;a pas &eacute;t&eacute; surestim&eacute;e, il s&#39;agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du si&egrave;cle pass&eacute;, et elle d&eacute;passe de loin la seule question antis&eacute;mite. En r&eacute;alit&eacute;, c&#39;est la trivialisation de cette trag&eacute;die historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-del&agrave; de toutes les instrumentalisations, reste une question d&#39;histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les soci&eacute;t&eacute;s. Qu&#39;est-ce qu&#39;un g&eacute;nocide? Comment en est-on arriv&eacute;-l&agrave;? Pourquoi l&#39;Allemagne? Pourquoi l&#39;Europe? Pourquoi les juifs? Comment une id&eacute;ologie meurtri&egrave;re se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons p&egrave;res de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette c&eacute;sure historique, matrice d&#39;un questionnement sans fin, a &eacute;t&eacute; rabaiss&eacute;e &agrave; un cat&eacute;chisme moralisateur (&laquo;Plus jamais &ccedil;a!&raquo;) et &agrave; une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, p&eacute;dagogiquement, ne sont d&#39;aucune utilit&eacute;. Et qui fait que nous passons parfois &agrave; c&ocirc;t&eacute; des m&eacute;canismes politiques qui r&eacute;gulent des soci&eacute;t&eacute;s de masse d&#39;autant plus dangereuses qu&#39;anomi&eacute;es. Le discours de la repentance a pu st&eacute;riliser la pens&eacute;e et frapper de silence des questions jug&eacute;es iconoclastes. Comme les questions d&#39;histoire culturelle &eacute;voqu&eacute;es tout &agrave; l&#39;heure. Comme si invoquer le facteur culturel &agrave; propos de minorit&eacute;s dont l&#39;int&eacute;gration est en panne serait emprunter le &laquo;chemin d&#39;Auschwitz&raquo;. Cet affadissement a paralys&eacute; la r&eacute;flexion politique, ent&eacute; sur la conviction erron&eacute;e que les situations se reproduisent &agrave; l&#39;identique. Or, si les m&eacute;canismes sont les m&ecirc;mes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l&#39;historien illustre sans fin le mot d&#39;H&eacute;raclite: &laquo;On ne se baigne jamais deux fois dans le m&ecirc;me fleuve&#8230;&raquo;<\/p>\n<aside>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t\tLe discours de la repentance a pu st&eacute;riliser la pens&eacute;e et frapper de silence des questions jug&eacute;es iconoclastes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/aside>\n<p>\n\t\t\t<strong>De m&ecirc;me, les lois m&eacute;morielles ont-elles entra&icirc;n&eacute; la concurrence victimaire?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tSur le plan juridique, la loi Gayssot n&#39;est pas une mauvaise r&eacute;ponse car il n&#39;y pas d&eacute;bat en effet sur le fait que Auschwitz ait exist&eacute;, de m&ecirc;me qu&#39;il n&#39;y a pas d&eacute;bat sur le fait que la bataille de Verdun ait eu lieu. La loi m&eacute;morielle d&eacute;sencombre les pr&eacute;toires. Elle permet d&#39;&eacute;viter des proc&egrave;s de plusieurs ann&eacute;es mobilisant inutilement les historiens. Et de voir aussi plus clairement que le n&eacute;gationnisme est une variante de l&#39;antis&eacute;mitisme.<\/p>\n<aside>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t\t<strong>Les lois m&eacute;morielles ont des effets pervers. Dans des soci&eacute;t&eacute;s de masse anim&eacute;es par la passion de l&#39;&eacute;galit&eacute;, toute diff&eacute;rence, est per&ccedil;ue comme une injustice. La Shoah &eacute;tant per&ccedil;ue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le &laquo; peuple &eacute;lu de la souffrance &raquo;.<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/aside>\n<p>\n\t\t\tMais ces lois ont des effets pervers. Dans des soci&eacute;t&eacute;s de masse anim&eacute;es par la passion de l&#39;&eacute;galit&eacute;, toute diff&eacute;rence, est per&ccedil;ue comme une injustice. La Shoah &eacute;tant per&ccedil;ue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le &laquo;peuple &eacute;lu de la souffrance&raquo;. De l&agrave; une concurrence des m&eacute;moires aliment&eacute;e plus encore par un cadre de r&eacute;f&eacute;rences o&ugrave; la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s&#39;il fallait avoir &eacute;t&eacute; victime d&#39;une trag&eacute;die historique pour &ecirc;tre reconnu. Second &eacute;l&eacute;ment de la d&eacute;rive, la transgression qui permet d&#39;&eacute;chapper &agrave; l&#39;anonymat. Et dans une soci&eacute;t&eacute; qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une &laquo;religion civile&raquo;, la meilleure fa&ccedil;on de transgresser est de s&#39;en prendre &agrave; cette m&eacute;moire soit dans le franc n&eacute;gationnisme hier, soit dans la b&ecirc;tise de masse (qui se veut d&eacute;rision) type Dieudonn&eacute; aujourd&#39;hui. Sur ce plan , tous les &eacute;l&eacute;ments sont r&eacute;unis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d&#39;un temps marqu&eacute; au sceau du &laquo;d&eacute;senchantement du monde&raquo;. C&#39;est d&#39;ailleurs pourquoi on a tort de r&eacute;agir &agrave; chacune des provocations relatives &agrave; la Shoah. C&#39;est pr&eacute;cis&eacute;ment ce qu&#39;attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Que vous inspire la pol&eacute;mique autour de la plage de Tel-Aviv sur Seine?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tCela met en lumi&egrave;re les fractures que nous &eacute;voquions. Pour une journ&eacute;e de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu d&eacute;ployer 500 CRS. L&#39;ampleur de la pol&eacute;mique me parait disproportionn&eacute;e. Isra&euml;l n&#39;est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensit&eacute;. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l&#39;indiff&eacute;rence g&eacute;n&eacute;rale. La guerre civile en Syrie a fait &agrave; ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit isra&eacute;lo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d&#39;autres Arabes. Tout le monde s&#39;en moque. Les juifs seuls donnent du prix &agrave; ces morts. D&egrave;s qu&#39;ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion d&eacute;bordante, disproportionn&eacute;e, n&#39;interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise. Les menaces sur Tel Aviv sur sc&egrave;ne sont venues des m&ecirc;mes milieux qui ont laiss&eacute; faire les violences de Barb&egrave;s en juillet 2014, la tentative d&#39;assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette &agrave; Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n&#39;est pas le conflit qui a &eacute;t&eacute; import&eacute;, c&#39;est l&#39;antis&eacute;mitisme du Maghreb. Les cris de haine d&#39;aujourd&#39;hui sont l&#39;habillage nouveau d&#39;une animosit&eacute; ancienne.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>A la sortie du livre, vous aviez beaucoup insist&eacute; sur cet antis&eacute;mitisme des banlieues. Avec le recul, regrettez-vous de ne pas avoir davantage &eacute;voqu&eacute; le sort des classes populaires, victimes du racisme anti-blanc?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tAbsolument. Nous n&#39;avions pas vu alors cette r&eacute;alit&eacute; &eacute;merger. Un certain nombre d&#39;&eacute;tudes sociologiques comme celle de Christophe Guilluy sur les fractures fran&ccedil;aises, celle de Laurent Bouvet sur l&#39;ins&eacute;curit&eacute; culturelle ou celle d&#39;Hugues Lagrange sur le d&eacute;ni des cultures n&#39;&eacute;taient pas parus. Les territoires perdus de la R&eacute;publique ne sont pas un livre de sociologie, juste le fruit d&#39;un travail de terrain empirique. Nous n&#39;avons jamais pr&eacute;tendu faire un panorama. De surcroit, en 2002, le ph&eacute;nom&egrave;ne ne faisait que d&eacute;buter. Et nombre de professeurs qui avaient particip&eacute; &agrave; la r&eacute;daction &eacute;taient eux-m&ecirc;mes t&eacute;tanis&eacute;s &agrave; l&#39;id&eacute;e d&#39;&eacute;voquer un racisme anti-blanc ou anti-Fran&ccedil;ais. Cette r&eacute;alit&eacute; est aujourd&#39;hui bien connue. A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d&#39;ailleurs qu&#39;il n&#39;y a pas deux France, mais trois. La France p&eacute;riph&eacute;rique m&eacute;pris&eacute;e par les &eacute;lites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens n&eacute;s, int&eacute;gr&eacute;e socialement, plus ais&eacute;e et qui regarde avec condescendance la France populaire qui &laquo;pense mal&raquo;. Enfin, une troisi&egrave;me France, tout aussi en souffrance que la premi&egrave;re, en voie de d&eacute;sint&eacute;gration sous l&#39;effet de la rel&eacute;gation g&eacute;ographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l&#39;erreur, ici, serait de lier la pouss&eacute;e islamiste &agrave; la seule d&eacute;sh&eacute;rence sociale: d&egrave;s lors que des jeunes int&eacute;gr&eacute;s, et dipl&ocirc;m&eacute;s basculent vers la radicalit&eacute; islamiste, on comprend que le facteur culturel a &eacute;t&eacute; longtemps sous-estim&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Dans ces conditions, doit-on continuer &agrave; mettre sur le m&ecirc;me plan la menace FN et celle de l&#39;islamisme et de l&#39;antis&eacute;mitisme des banlieues?<\/strong><\/p>\n<aside>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t\tA force de nier le r&eacute;el, on a fait le lit du FN. Les millions de Fran&ccedil;ais qui sont aujourd&#39;hui sympathisants du Front national n&#39;ont pas le profil de fascistes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/aside>\n<p>\n\t\t\tA force de nier le r&eacute;el, on a fait le lit du FN. Les millions de Fran&ccedil;ais qui sont aujourd&#39;hui sympathisants du Front national n&#39;ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d&#39;entre eux votaient jadis &agrave; gauche, et le FN authentiquement parti d&#39;extr&ecirc;me droite, est aussi aujourd&#39;hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arriv&eacute;-l&agrave;? Quelle responsabilit&eacute; ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voil&agrave; les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rh&eacute;torique du &laquo;plus grand danger&raquo;, FN ou islamisme, vise &agrave; nous faire taire. Avec &agrave; la cl&eacute; ce chantage: &laquo;A d&eacute;noncer la pouss&eacute;e de l&#39;islamisme, du communautarisme, la d&eacute;sint&eacute;gration d&#39;une partie de l&#39;immigration de masse, vous faites le jeu du Front national!&raquo;. Tenter de r&eacute;pondre &agrave; la question ainsi formul&eacute;e, c&#39;est tomber dans ce pi&egrave;ge rh&eacute;torique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question &agrave; ceux qui la posent: n&#39;avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d&#39;une partie du peuple fran&ccedil;ais, en le qualifiant de &laquo;franchouillard&raquo;, de raciste, de fasciste? Et en sous estimant le sentiment d&#39;abandon et de m&eacute;pris v&eacute;cu par ces domin&eacute;s de toujours?<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Georges Bensoussan : &laquo;Nous assistons &agrave; l&#39;&eacute;mergence de deux peuples&raquo; &nbsp; Par&nbsp;Alexandre Devecchio &nbsp; FIGAROVOX\/GRAND ENTRETIEN &#8211; Georges Bensoussan &eacute;voque la mont&eacute;e en puissance de l&#39;antis&eacute;mitisme et du racisme anti-blanc dans les banlieues. L&#39;auteur des&nbsp;Territoires perdus de la R&eacute;publique&nbsp;analyse les nouvelles fractures fran&ccedil;aises. &nbsp; Georges Bensoussan est historien, sp&eacute;cialiste d&#39;histoire culturelle de l&#39;Europe des XIXe&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":19918,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[291,10,28,11,9,1,87],"tags":[],"class_list":["post-11137","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-belleville-sur-loire","category-france","category-maroc","category-moyen-orient","category-tunisie","category-uncategorized","category-vichy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11137","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11137"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11137\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19918"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11137"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11137"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11137"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}