{"id":11275,"date":"2015-09-29T23:35:34","date_gmt":"2015-09-29T23:35:34","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11275"},"modified":"2015-09-29T23:35:34","modified_gmt":"2015-09-29T23:35:34","slug":"jours-tranquilles-a-tunis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/jours-tranquilles-a-tunis\/","title":{"rendered":"Jours tranquilles \u00e0 Tunis"},"content":{"rendered":"<div>\n<header>\n<div>\n<p>\n\t\t\tJours tranquilles &agrave; Tunis (8)<\/p>\n<p>\n\t\t\tPar&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/auteur\/14254-stephanie-wenger\" itemprop=\"name\">St&eacute;phanie Wenger<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/header>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\tArriv&eacute;e &agrave; Tunis en ao&ucirc;t 2012 en provenance du Caire, la journaliste St&eacute;phanie Wenger a retrac&eacute; au quotidien une transition qui n&rsquo;est pas de tout repos, entre r&ecirc;ves et attentats, espoirs et crispation, paradoxes et traditions.<\/p>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t\t<strong>Triste shabbat &agrave; Tunis<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;(17&nbsp;janvier 2015)<\/p>\n<p>\n\t\t\tSur les marches de la synagogue de Tunis quelques bougies et les photos d&rsquo;un jeune homme souriant. Selon les clich&eacute;s, il porte une kippa, montre fi&egrave;rement un doigt marqu&eacute; d&rsquo;encre bleue, s&rsquo;est drap&eacute; dans un drapeau tunisien. Des dizaines de personnes ont souhait&eacute; lui rendre hommage ce soir. La consigne a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e de n&rsquo;allumer les bougies qu&rsquo;&agrave; la fin du shabbat. Yoav Hattab est tomb&eacute; sous les balles d&rsquo;Amedy Coulibaly le 8&nbsp;janvier, il est l&rsquo;une des quatre victimes de l&rsquo;Hyper Cacher de Vincennes. Et il est Tunisien. Pourtant aucun message des autorit&eacute;s, ni de la Pr&eacute;sidence, ni du gouvernement, n&rsquo;a &eacute;t&eacute; adress&eacute; &agrave; la famille. Seul le parti islamiste Ennahda a officiellement pr&eacute;sent&eacute; ses condol&eacute;ances. Fils du rabbin de Tunis, Yoav a &eacute;t&eacute; enterr&eacute; &agrave; J&eacute;rusalem et pas en Tunisie. Une d&eacute;cision de la famille, religieuse, qui a cr&eacute;&eacute; un d&eacute;but de pol&eacute;mique, certains commentaires mettant en doute le patriotisme du jeune homme, incapable de se d&eacute;fendre, puisque mort. Yamina Thabet pr&eacute;side l&rsquo;association tunisienne de soutien aux minorit&eacute;s, dont faisait partie Yoav. Elle &eacute;tait son amie&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Il ne faut pas m&ecirc;ler la politique &agrave; cela. Reprocherait-on &agrave; quelqu&rsquo;un de vouloir enterrer son enfant &agrave; La&nbsp;Mecque en raison de probl&egrave;mes politiques avec l&rsquo;Arabie saoudite&nbsp;?&nbsp;&raquo;Une voix s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve de devant la grille de la synagogue, un homme barbe grise et chapeau souhaite rendre hommage &agrave; Yoav, il insiste aussi pour saluer la m&eacute;moire des policiers&nbsp;&laquo;&nbsp;et de tous ceux qui tombent sous le coup des terroristes. Ils sont des saints car ils sont morts en d&eacute;fendant leurs id&eacute;es.&nbsp;&raquo;&nbsp;L&rsquo;homme termine son adresse en soulignant&nbsp;&laquo;&nbsp;Nous sommes des Tunisiens juifs, et non l&rsquo;inverse&nbsp;: Tayha Tounes (vive la Tunisie&nbsp;!)&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPierre est de passage, il travaille et vit &agrave; Paris mais il a grandi dans ce quartier de Lafayette et garde un pied ici. Il s&rsquo;est enroul&eacute; dans un drapeau tunisien et arbore une kippa blanche, une image que les photographes et cam&eacute;ra s&rsquo;empressent d&rsquo;enregistrer&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Attends d&eacute;plie-le un peu, qu&rsquo;on voit mieux le centre du drapeau, voil&agrave; comme &ccedil;a.&nbsp;&raquo;&nbsp;Il m&rsquo;explique que la communaut&eacute; juive &agrave; Tunis est minuscule &#8211;&nbsp;&laquo;&nbsp;peut-&ecirc;tre 500 personnes&nbsp;&raquo;&nbsp;&#8211; partag&eacute;e entre Lafayette et La Goulette. Sur la question de l&rsquo;enterrement en Isra&euml;l, Pierre hausse les sourcils, incr&eacute;dule&nbsp;:&laquo;&nbsp;Vous auriez voulu qu&rsquo;il soit enterr&eacute; ici, au cimeti&egrave;re du Borgil&nbsp;?&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl se trouve que j&rsquo;ai visit&eacute; le cimeti&egrave;re juif il y a deux jours, il est &agrave; l&rsquo;abandon, les tombes sont fissur&eacute;es ou bris&eacute;es. Le terrain semble avoir subi un tremblement de terre, c&rsquo;est plus probablement des infiltrations d&rsquo;eau. La ville et la communaut&eacute; juive se sont longtemps renvoy&eacute; la responsabilit&eacute; de l&rsquo;entretien. Finalement, &agrave; entendre un des membres de la communaut&eacute; qui a retrouv&eacute; des documents beylicaux, ce n&rsquo;est pas la ville qui est charg&eacute;e de l&rsquo;entretien, mais des conflits de personnes sont responsables de l&rsquo;inaction et du d&eacute;labrement des lieux. L&rsquo;autre cimeti&egrave;re au c&oelig;ur de la ville, a &eacute;t&eacute; ras&eacute; et remplac&eacute; par un jardin public, sous Bourguiba. Pierre raconte que dans sa jeunesse, dans les ann&eacute;es 80, il n&rsquo;a jamais ressenti que sa religion posait des probl&egrave;mes&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;pendant Shabbat, les voisins musulmans venaient nous aider &agrave; allumer la lumi&egrave;re.&nbsp;&raquo;&nbsp;Une jeune femme nous interrompt&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;je m&rsquo;excuse mais je veux vous saluer monsieur, c&rsquo;est tr&egrave;s rare de voir un Tunisien juif. Je viens de Kairouan et je n&rsquo;ai appris qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 16 ans qu&rsquo;il y avait des juifs en Tunisie. J&rsquo;ai eu la m&ecirc;me r&eacute;action que si mon p&egrave;re m&rsquo;avait annonc&eacute; qu&rsquo;il avait d&rsquo;autres enfants.&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Pourtant, Kairouan &eacute;tait un grand centre talmudique&nbsp;&raquo;, commence &agrave; lui raconter Pierre. Je les laisse poursuivre cette discussion, comme des cousins qui ne sont jamais rencontr&eacute;s, ils ont des centaines de questions &agrave; se poser.<\/p>\n<p>\n\t\t\tEt c&rsquo;est &agrave; ce moment-l&agrave; que je le vois, cet homme qui a voulu se joindre &agrave; la veill&eacute;e. Il n&rsquo;est pas seul&nbsp;: il a amen&eacute; avec lui une photo du pr&eacute;sident qui vient d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;lu, celui qui n&rsquo;a pas envoy&eacute; de condol&eacute;ances, et il a bien l&rsquo;intention de la poser sur les marches &agrave; c&ocirc;t&eacute; des bougies. Un des organisateurs lui dit assez fermement&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;&ccedil;a va pas bien&nbsp;? Range-&ccedil;a, mets une photo de Ben Ali tant que tu y es&nbsp;!&nbsp;&raquo;&nbsp;L&rsquo;homme a une justification imparable pour expliquer ce r&eacute;flexe h&eacute;rit&eacute; des ann&eacute;es de dictature et de culte du chef&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Pourquoi je ne peux pas mettre son portrait ici&nbsp;? On est en d&eacute;mocratie, non&nbsp;?&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tEn librairie depuis le 24&nbsp;septembre&nbsp;chez&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.riveneuve-editions.com\/\">Riveneuve Editions.<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jours tranquilles &agrave; Tunis (8) Par&nbsp;St&eacute;phanie Wenger Arriv&eacute;e &agrave; Tunis en ao&ucirc;t 2012 en provenance du Caire, la journaliste St&eacute;phanie Wenger a retrac&eacute; au quotidien une transition qui n&rsquo;est pas de tout repos, entre r&ecirc;ves et attentats, espoirs et crispation, paradoxes et traditions. 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