{"id":11655,"date":"2015-12-15T01:43:02","date_gmt":"2015-12-15T01:43:02","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11655"},"modified":"2015-12-16T03:43:32","modified_gmt":"2015-12-16T03:43:32","slug":"jean-corcos-hommage-a-andre-nahum","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/jean-corcos-hommage-a-andre-nahum\/","title":{"rendered":"Jean Corcos : hommage \u00e0 Andr\u00e9 Nahum"},"content":{"rendered":"<p>\n\tJean Corcos : hommage &agrave; Andr&eacute; Nahum<\/p>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"ancre_video\">\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\tUne centaine de personnes ont assist&eacute; mercredi 9 d&eacute;cembre 2015, &agrave; l&#39;enterrement d&#39;Andr&eacute; Nahum, en pr&eacute;sence du d&eacute;put&eacute; maire de Sarcelles Fran&ccedil;ois Pupponi.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\tJean Corcos lui a consacr&eacute; l&#39;hommage suivant:<\/p>\n<p>\n\t\t\t&quot;Il y a des amis que l&#39;on croit &#8211; et que l&#39;on voudrait &#8211; immortels. Andr&eacute; Nahum, que je connaissais depuis si longtemps et qu&#39;il m&#39;arrivait de croiser encore dans nos locaux de Juda&iuml;ques FM, en faisait partie. Et, quatre jours apr&egrave;s son d&eacute;c&egrave;s, lundi dernier 7 d&eacute;cembre, je n&#39;arrive pas encore &agrave; r&eacute;aliser le vide qu&#39;il va laisser dans le c&oelig;ur de milliers de gens, tant sa vie et son &oelig;uvre furent &agrave; la fois riches et vari&eacute;es. Nous pleurons Andr&eacute;, et le plus extraordinaire c&#39;est que nous avons des raisons bien diff&eacute;rentes de le pleurer, aussi diverses que fut sa vie et tout ce qu&#39;il nous a laiss&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tN&eacute; &agrave; Tunis en 1921, il &eacute;tait l&#39;un des derniers t&eacute;moins &#8211; &agrave; la m&eacute;moire incroyablement pr&eacute;cise -, des d&eacute;cennies qui allaient bouleverser, puis disperser une communaut&eacute; mill&eacute;naire. Travailleur forc&eacute; dans le camp de Bizerte sous la courte mais brutale occupation nazie, il en fit le r&eacute;cit dans le livre de Jean-Pierre Allali &quot;Les Juifs sous la botte allemande&quot;, paru l&#39;ann&eacute;e derni&egrave;re. Venu en France au d&eacute;but des ann&eacute;es 1960, il a vu &agrave; la fois les quartiers nouveaux de Sarcelles se b&acirc;tir, des milliers de familles juives d&#39;Afrique du Nord et en particulier de Tunisie, reconstruire une vie nouvelle malgr&eacute; toutes les difficult&eacute;s, faisant de cette cit&eacute; du Val d&#39;Oise la &quot;petite J&eacute;rusalem&quot; de l&#39;Ile de France. M&eacute;decin d&eacute;vou&eacute; &#8211; et ador&eacute; par sa client&egrave;le pendant des d&eacute;cennies &#8211; il aura vu d&eacute;filer dans son cabinet des patients de toutes les origines, parlant l&#39;arabe avec beaucoup d&#39;entre eux, juifs comme musulmans. Cette cit&eacute; heureuse o&ugrave; cohabitaient pacifiquement des dizaines de communaut&eacute;s aura h&eacute;las connu la peur lors d&#39;une manifestation tr&egrave;s violente &agrave; l&#39;&eacute;t&eacute; 2014, o&ugrave; la grande synagogue fut directement menac&eacute;e et des commerces pill&eacute;s : mon ami Andr&eacute; en fut bien s&ucirc;r boulevers&eacute; ; et comme devait le rapporter le D&eacute;put&eacute; Maire Fran&ccedil;ois Pupponi lors de son enterrement, il lui avait t&eacute;l&eacute;phon&eacute; la semaine derni&egrave;re &#8211; alors qu&#39;il &eacute;tait si affaibli &#8211; pour convenir d&#39;un rendez-vous, en esp&eacute;rant venir accompagn&eacute; d&#39;un groupe r&eacute;unissant des jeunes des deux communaut&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAndr&eacute; Nahum a donc &eacute;t&eacute; un citoyen engag&eacute;, dans sa cit&eacute;, adjoint au maire pendant quelques ann&eacute;es ; mais aussi un des notables principaux de Sarcelles, pr&eacute;sent lorsqu&#39;on y inaugura les principales synagogues ; se d&eacute;menant pour que la ville ait une &quot;rue des Refuzniks&quot;, alors m&ecirc;me que le droit d&#39;immigrer &eacute;tait refus&eacute; aux Juifs de l&#39;URSS de l&#39;&eacute;poque ; actif dans une des loges du Bn&#39;ai Brith qu&#39;il pr&eacute;sida pendant un moment aussi. Son engagement juif ne s&#39;est pas limit&eacute; &agrave; sa ville, puisque il fut aussi un des fondateurs de l&#39;AMIF(Association des m&eacute;decins isra&eacute;lites de France).<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tMais sa notori&eacute;t&eacute; et sa grande popularit&eacute; dans la communaut&eacute; juive n&#39;auraient jamais exist&eacute; s&#39;il n&#39;avait pas su d&eacute;marrer, aussi et alors que sa vie de m&eacute;decin allait progressivement s&#39;arr&ecirc;ter, une toute autre carri&egrave;re : Andr&eacute; est devenu le &quot;m&eacute;morialiste&quot; des &quot;Tunes&quot;, les siens, les n&ocirc;tres, cette communaut&eacute; juive de Tunisie qui &agrave; l&#39;&eacute;poque n&#39;&eacute;tait pas connue du grand public &#8211; et disons le, caricatur&eacute;e &#8211; par certains films. Son premier livre, &quot;Partir en Kappara&quot; (&eacute;ditions Piranhas) fut publi&eacute; en 1978 : son titre &eacute;trange &eacute;voquait une expression en jud&eacute;o-arabe, celle accompagnant le sacrifice des poulets &agrave; la veille du Yom Kippour, un sacrifice qui fut &#8211; symboliquement &#8211; celui des siens, d&eacute;racin&eacute;s avec lui apr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance de la Tunisie. Puis vinrent &quot;Les contes de Ch&#39;h&acirc;&quot; (m&ecirc;me &eacute;diteur), un recueil incroyable de proverbes et autres r&eacute;cits qu&#39;il avait, patiemment, collect&eacute;s au fil des ans et de ses consultations m&eacute;dicales &agrave; Sarcelles : j&#39;entends encore nos &eacute;changes lors de l&#39;&eacute;mission o&ugrave; il fut mon invit&eacute; &agrave; propos de ce livre, &eacute;mission que j&#39;esp&egrave;re notre radio repassera dans le cadre de tous les hommages que nous lui devons. Dans la m&ecirc;me veine il publia &quot;le Roi des bricks&quot; (L&#39;Harmattan), et &quot;Humour et sagesse jud&eacute;o-arabes&quot; (Descl&eacute;e du Brouwer). Et un album de photos anciennes comment&eacute;es, &quot;L&#39;Etoile et le Jasmin&quot; (La pens&eacute;e sauvage), qui sera plus tard le titre de son &eacute;mission culte. Mais Andr&eacute; alla au del&agrave; de ces r&eacute;cits folkloriques et agr&eacute;ables &agrave; lire. Il sut se lancer dans un genre bien plus difficile et qui demande &agrave; la fois des recherches et de la rigueur, le roman historique. Il &eacute;crivit d&#39;abord &quot;Le m&eacute;decin de Kairouan&quot;, &eacute;vocation de Isaac Israeli Ben Salomon, m&eacute;decin et philosophe qui fut au service du dernier prince aghlabide puis des Fatimides, au 9&egrave;me si&egrave;cle. Il &eacute;crivit ensuite une biographie de Young Perez en 2002, r&eacute;&eacute;dit&eacute;e il y a deux ans sous le titre &quot;Young Perez champion. De Tunis &agrave; Auschwitz&quot; : Andr&eacute; Nahum a ainsi fait connaitre, aux jeunes g&eacute;n&eacute;rations, la carri&egrave;re &eacute;tonnante de cet autre enfant du juda&iuml;sme tunisien, champion du monde de boxe et qui disparut pendant la Shoah.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tJ&#39;ai connu Andr&eacute; &agrave; la fin des ann&eacute;es 1970, alors donc qu&#39;il se lan&ccedil;ait dans une carri&egrave;re d&#39;&eacute;crivain. Mais il fut, lui aussi, pris du &quot;virus&quot; du journalisme, et les hasards heureux de la vie ont fait que nous nous sommes retrouv&eacute;s &agrave; Juda&iuml;ques FM, beaucoup plus tard. Disons le, sans fausse modestie, il y apporta une contribution bien plus importante que la mienne car &agrave; nouveau il fit preuve d&#39;une g&eacute;niale polyvalence. Le mercredi matin, c&#39;&eacute;tait le billettiste &agrave; la voix chaleureuse, commentant l&#39;actualit&eacute; nationale et internationale &#8211; plus souvent moyen-orientale, disons le &#8211; avec &agrave; la fois concision et sensibilit&eacute; ; j&#39;ai repris sur mon propre blog des dizaines de ses billets, et j&#39;en mettrai en ligne tous les liens dans un prochain article ; plus tard, c&#39;est notre ami commun Jacques Benillouche qui en fit la transcription &eacute;crite sur le site &quot;Temps et Contretemps&quot;, site qui le premier annon&ccedil;a la mort d&#39;Andr&eacute; . Mais tous les lundi soir , et recevant souvent deux auteurs diff&eacute;rents, il produisait &quot;L&#39;Etoile et le Jasmin&quot;, &eacute;mission litt&eacute;raire au spectre tr&egrave;s large puisqu&#39;on y parlait &agrave; la fois de romans, d&#39;Histoire, de politique ou de philosophie : r&eacute;alisant le travail que me demande chacune des &eacute;missions &#8211; et qui souvent ne tournent pas autour d&#39;un livre &#8211; je me demande comment il arrivait &agrave; avoir la force d&#39;assimiler tant de lectures, et l&#39;intelligence de savoir poser des questions si pertinentes aux invit&eacute;s les plus divers !<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tNous n&#39;arrivions m&ecirc;me pas, en fait, &agrave; imaginer la disparition un jour d&#39;Andr&eacute; Nahum, doyen et pilier de notre station, et c&#39;est tout naturellement que nous &eacute;tions toute une d&eacute;l&eacute;gation de Juda&iuml;ques FM &agrave; son enterrement, hier mercredi &agrave; Sarcelles. &Eacute;tonnant enterrement, &agrave; son image, chaleureux et presque joyeux o&ugrave; on a entendu presque se quereller &agrave; propos de lui, sa famille, des amis et bien s&ucirc;r des Rabbins. O&ugrave; deux musiques bien diff&eacute;rentes furent pass&eacute;es, l&agrave; aussi &agrave; l&#39;image du personnage multiple qu&#39;il fut : &quot;Sallemt ana fik ya bledi&quot;, une ode &agrave; la Tunisie jamais oubli&eacute;e chant&eacute;e par Raoul Journo ; et &quot;Le chant des partisans&quot;, celui de la lutte contre le nazisme qui faillit l&#39;engloutir quand il avait vingt ans. Nous avons pris connaissance des derniers t&eacute;moignages de sa vitalit&eacute;, jusqu&#39;aux derni&egrave;res heures : pr&eacute;sent &agrave; un salon du livre la veille de son d&eacute;c&egrave;s ; nous laissant un dernier billet bouleversant sur nos ondes le 2 d&eacute;cembre, o&ugrave; il disait &quot;&agrave; la semaine prochaine, si Dieu veut&quot; ; interview&eacute; une derni&egrave;re fois il y a deux semaines dans le grand quotidien &quot;Le Parisien&quot;, o&ugrave; &eacute;tait &eacute;voqu&eacute; son dernier livre qui venait de sortir, &quot;L&#39;&Acirc;ne, mon fr&egrave;re de lait&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAndr&eacute; est parti le premier jour de Hanouka, apr&egrave;s l&#39;allumage de la premi&egrave;re et fragile bougie de cette f&ecirc;te mill&eacute;naire, o&ugrave; l&#39;on rappelle un des miracles de la survie d&#39;Isra&euml;l : cet enfant juif tellement dou&eacute; de notre Tunisie perdue, ne pouvait nous quitter sur un plus beau symbole.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tSource :&nbsp;<a href=\"http:\/\/rencontrejfm.blogspot.fr\/2015\/12\/andre-nahum-nous-quittes.html\">http:\/\/rencontrejfm.blogspot.fr\/2015\/12\/andre-nahum-nous-quittes.html<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Corcos : hommage &agrave; Andr&eacute; Nahum &nbsp; Une centaine de personnes ont assist&eacute; mercredi 9 d&eacute;cembre 2015, &agrave; l&#39;enterrement d&#39;Andr&eacute; Nahum, en pr&eacute;sence du d&eacute;put&eacute; maire de Sarcelles Fran&ccedil;ois Pupponi. &nbsp; Jean Corcos lui a consacr&eacute; l&#39;hommage suivant: &quot;Il y a des amis que l&#39;on croit &#8211; et que l&#39;on voudrait &#8211; immortels. 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