{"id":11877,"date":"2016-01-21T01:35:21","date_gmt":"2016-01-21T01:35:21","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11877"},"modified":"2016-01-21T01:35:21","modified_gmt":"2016-01-21T01:35:21","slug":"ce-que-lon-nose-pas-dire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/ce-que-lon-nose-pas-dire\/","title":{"rendered":"Ce que l&rsquo;on n&rsquo;ose pas dire"},"content":{"rendered":"<header>\n<div>\n<p>\n\t\t\tCe que l&#39;on n&#39;ose pas dire<\/p>\n<div>\n<nav role=\"breadcrumb\">\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/nav>\n<p>&nbsp;Par Eric Conan (L&#39;Express)<\/p><\/div>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/header>\n<div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t\tNon, le monde musulman n&#39;est pas victime de l&#39;Occident, mais de son propre archa&iuml;sme et de l&#39;incurie de ses dirigeants. Non, les musulmans de France ne doivent pas &laquo;adapter&raquo; la la&iuml;cit&eacute; mais s&#39;y plier. Un an apr&egrave;s le choc du 11 septembre, plusieurs ouvrages l&#39;affirment et ouvrent le d&eacute;bat sur ce sujet explosif&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t\tC&#39;est un effet paradoxal du choc du 11 septembre 2001: loin de provoquer un d&eacute;bat sur l&#39;islam r&eacute;el, il a engendr&eacute; une langue de bois qui aura r&eacute;gn&eacute; durant l&#39;ann&eacute;e &eacute;coul&eacute;e. Au nom du refus de l&#39; &laquo;amalgame&raquo; &#8211; entre un bon islam, majoritaire, paisible et fid&egrave;le au Coran, et les d&eacute;rives minoritaires de radicaux trahissant le texte sacr&eacute; &#8211; fut ainsi affirm&eacute; que l&#39;islam ne posait gu&egrave;re plus de probl&egrave;me que le juda&iuml;sme et le christianisme. Motiv&eacute;e par les meilleurs sentiments, cette &laquo;ligne&raquo; a renforc&eacute; plus qu&#39;affaibli les tabous qui pesaient d&eacute;j&agrave; sur deux interrogations. L&#39;islam a-t-il une part de responsabilit&eacute; dans la situation (absence de d&eacute;mocratie et de libert&eacute; d&#39;expression, statut minor&eacute; de la femme, analphab&eacute;tisme) de quasiment&nbsp;tous les pays &agrave; Etat musulman,&nbsp;dont beaucoup sont loin d&#39;&ecirc;tre pauvres? Et quelle attitude faut-il adopter face aux revendications de l&#39;islam dans nos soci&eacute;t&eacute;s occidentales postreligieuses?&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>D&eacute;clin historique.&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tMettant fin &agrave; cette ann&eacute;e de mutisme g&ecirc;n&eacute;, plusieurs livres importants &#8211; d&#39;auteurs, d&#39;approches et de contenus diff&eacute;rents &#8211; lancent aujourd&#39;hui un vrai d&eacute;bat, s&eacute;rieux et difficile. Mettant tous en cause la m&eacute;connaissance et la na&iuml;vet&eacute; qui r&egrave;gnent sur ces questions, ils partagent la conviction que le probl&egrave;me de la place de l&#39;islam est devant nous (musulmans comme non-musulmans), tout comme la question catholique, dont on a oubli&eacute; la violence, est derri&egrave;re nous.&nbsp;<\/p>\n<div id=\"inread_l\">\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div id=\"block_pub_pave1\">\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\t\tC&#39;est le premier m&eacute;rite du grand islamologue Bernard Lewis que de montrer, en mettant en perspective l&#39;histoire des pays islamiques, que le sentiment de d&eacute;clin historique constitue depuis des si&egrave;cles une question discut&eacute;e par leurs propres &eacute;lites. Dans un essai &eacute;tincelant de clart&eacute; &#8211;&nbsp;Que s&#39;est-il pass&eacute;? L&#39;Islam, l&#39;Occident et la modernit&eacute;&nbsp;(Gallimard) &#8211; ce grand sp&eacute;cialiste au sommet de sa carri&egrave;re estime que, loin d&#39;&ecirc;tre les victimes d&#39;un Occident diabolis&eacute; que beaucoup d&#39;entre eux d&eacute;noncent, les pays musulmans souffrent d&#39;un blocage historique qui s&#39;explique avant tout par l&#39;emprise des particularit&eacute;s religieuses de l&#39;islam sur ces soci&eacute;t&eacute;s.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tContre l&#39;histoire r&eacute;vis&eacute;e d&#39;un islam bris&eacute; par les colonisations, Bernard Lewis rappelle que la grande civilisation musulmane, r&eacute;ceptacle des acquis gr&eacute;co-romains, triomphante militairement et en avance sur l&#39;Occident sur les plans &eacute;conomique et culturel du VIIe au XIIIe si&egrave;cle, s&#39;effondra d&#39;elle-m&ecirc;me d&egrave;s le XVIe si&egrave;cle, laissant d&eacute;finitivement la place au rayonnement europ&eacute;en entam&eacute; avec la Renaissance. Que s&#39;est-il pass&eacute;? Cette question, les musulmans sont alors les premiers &agrave; se la poser. Face &agrave; leur inf&eacute;riorit&eacute; nouvelle en mati&egrave;re d&#39;armement et de guerre, les califes r&eacute;clam&egrave;rent aux docteurs de la loi une &laquo;innovation inou&iuml;e&raquo;: les musulmans peuvent-ils utiliser le savoir des &laquo;barbares infid&egrave;les&raquo;? Oui, si c&#39;est pour les combattre plus efficacement, r&eacute;pondirent les religieux. Mais, malgr&eacute; l&#39;adoption des fusils et des canons, la d&eacute;faite &eacute;crasante devant Vienne (1683) constituera une le&ccedil;on sans &eacute;quivoque.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"inread_ms\">\n<div id=\"sas_28990\">\n\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t\t<strong>Rejet de la science.&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tD&egrave;s cette &eacute;poque, l&#39;&eacute;lite, consciente d&#39;une crise majeure, se divise. Certains pr&ocirc;nent l&#39;imitation de cet Occident qui les a d&eacute;pass&eacute;s. Mais, &laquo;pour la plupart d&#39;entre eux, la source de tous ces maux tenait au fait qu&#39;on s&#39;&eacute;tait &eacute;cart&eacute; des bonnes vieilles traditions, musulmanes et ottomanes, auxquelles il s&#39;agissait maintenant de revenir&raquo;, note Bernard Lewis, qui constate que, plusieurs si&egrave;cles apr&egrave;s, &laquo;ce type de diagnostic et de rem&egrave;de est encore largement r&eacute;pandu au Moyen-Orient&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCar le retard ne fut jamais rattrap&eacute;, et Bernard Lewis isole une particularit&eacute;: alors que le monde islamique fut &agrave; une &eacute;poque le lieu de la synth&egrave;se f&eacute;conde des savoirs grec et persan, et de l&#39;articulation entre l&#39;alg&egrave;bre et la num&eacute;ration indienne, la situation s&#39;est invers&eacute;e et la science y fait aujourd&#39;hui l&#39;objet d&#39;un &laquo;rejet&raquo; qui constitue &laquo;l&#39;un des traits les plus frappants qui distinguent le Moyen-Orient des autres r&eacute;gions du monde ayant subi, sous une forme ou sous une autre, le choc de la civilisation occidentale. A l&#39;heure actuelle, de nombreux pays asiatiques participent activement au d&eacute;veloppement scientifique, lequel n&#39;est plus occidental, mais mondial. Hormis quelques enclaves occidentalis&eacute;es et une poign&eacute;e de chercheurs originaires du Moyen-Orient travaillant en Occident, la contribution de la r&eacute;gion &#8211; telle qu&#39;on peut la mesurer, par exemple, au nombre de publications dans des revues internationalement reconnues &#8211; fait p&acirc;le figure compar&eacute;e &agrave; celle d&#39;autres parties du monde non occidental ou, pis, compar&eacute;e &agrave; son propre pass&eacute;&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCe handicap contribue &agrave; un sous-d&eacute;veloppement &eacute;conomique dont l&#39;ONU vient de dresser un bilan accablant: malgr&eacute; le quadruplement du prix du p&eacute;trole, le taux d&#39;accroissement du revenu par habitant y est le plus bas du monde, &agrave; l&#39;exception de l&#39;Afrique subsaharienne, et la productivit&eacute;, qui augmente partout, y a baiss&eacute;. Pour Bernard Lewis, ces &eacute;checs ont une origine culturelle, l&#39;anesth&eacute;sie de la cr&eacute;ativit&eacute; temporelle par une religion totalisante: &laquo;L&#39;id&eacute;e qu&#39;il puisse exister des &ecirc;tres, des activit&eacute;s ou des aspects de l&#39;existence humaine qui &eacute;chappent &agrave; l&#39;emprise de la religion et de la loi divine est &eacute;trang&egrave;re &agrave; la pens&eacute;e musulmane.&raquo; Et cette pens&eacute;e pr&eacute;sente le handicap suppl&eacute;mentaire de pr&ocirc;ner l&#39;immobilisme: &laquo;Selon la doctrine musulmane, l&#39;homme n&#39;a pas le pouvoir de l&eacute;gif&eacute;rer; pour les croyants, il n&#39;existe qu&#39;une seule loi: la sainte loi r&eacute;v&eacute;l&eacute;e par Dieu.&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tUne v&eacute;rit&eacute; absolue dont il ne faut pas s&#39;&eacute;loigner et &agrave; laquelle il faut toujours revenir. Alors que l&#39;Occident a entam&eacute; son d&eacute;veloppement d&egrave;s son &eacute;mancipation de l&#39;id&eacute;e de v&eacute;rit&eacute; divine absolue. Lib&eacute;ration permise par le christianisme, &laquo;religion de la sortie de la religion&raquo;, selon la formule de Marcel Gauchet, puisque sa s&eacute;paration entre temporel et spirituel a livr&eacute; la soci&eacute;t&eacute; &agrave; l&#39;initiative humaine, qui a fini par repousser, non sans remous ni souffrances, la question divine dans le seul espace priv&eacute;. Pour l&#39;islam, le passage &agrave; la la&iuml;cit&eacute; est plus probl&eacute;matique: Mahomet n&#39;a pas cr&eacute;&eacute; d&#39;Eglise, mais une arm&eacute;e et un Etat soumis &agrave; la parole de Dieu.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tRappelant que les docteurs de la loi se sont oppos&eacute;s pendant trois si&egrave;cles &agrave; l&#39;entr&eacute;e de l&#39;imprimerie dans l&#39;Empire ottoman, Bernard Lewis estime que &laquo;c&#39;est le manque de libert&eacute; qui est &agrave; la base des maux dont souffre le monde musulman&raquo;: &laquo;Libert&eacute; de l&#39;esprit affranchi des dogmes et de la censure; libert&eacute; de l&#39;&eacute;conomie affranchie de la corruption et de l&#39;incurie; libert&eacute; des femmes affranchies de l&#39;oppression masculine; libert&eacute; des citoyens affranchis de la tyrannie.&raquo; Mais il constate que les partisans de cette lib&eacute;ralisation sont actuellement moins influents qu&#39;au XIXe si&egrave;cle.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>La faute de L&#39;autre.&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tLe d&eacute;calage croissant entre la fiert&eacute; de relever de la version ultime et achev&eacute;e de la foi et le constat de la place d&eacute;cevante qu&#39;elle occupe dans le monde incite &agrave; trouver un responsable. &laquo;Qui nous a fait &ccedil;a? Quand tout va mal, il est bien s&ucirc;r humain de se poser cette question, rel&egrave;ve Bernard Lewis. Il est g&eacute;n&eacute;ralement plus facile et plus gratifiant d&#39;imputer &agrave; d&#39;autres la cause de ses malheurs.&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCe victimisme a d&#39;abord vis&eacute; la colonisation. &laquo;Interlude relativement court, la domination des Anglais et des Fran&ccedil;ais a pris fin il y a un demi-si&egrave;cle; la situation avait commenc&eacute; &agrave; se d&eacute;t&eacute;riorer bien avant leur arriv&eacute;e; elle continue sur la m&ecirc;me lanc&eacute;e depuis leur d&eacute;part&raquo;, r&eacute;fute Bernard Lewis. Le r&ocirc;le du coupable &eacute;choit ensuite aux Etats-Unis, &agrave; Isra&euml;l, aux juifs et plus g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; l&#39;Occident. &laquo;Pour les gouvernements &agrave; la fois autoritaires et inop&eacute;rants qui r&egrave;gnent sur presque tout le Moyen-Orient, ce jeu remplit une fonction utile, sinon essentielle: expliquer la pauvret&eacute; qu&#39;ils sont incapables de r&eacute;duire, l&eacute;gitimer un pouvoir despotique qui ne cesse de s&#39;alourdir, d&eacute;tourner le m&eacute;contentement croissant de la population vers d&#39;autres cibles.&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Islam mondialis&eacute;.&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tDepuis quelques ann&eacute;es, la mondialisation a permis &agrave; ce victimisme &agrave; la recherche de boucs &eacute;missaires de se d&eacute;ployer. Dans&nbsp;L&#39;Islam mondialis&eacute;&nbsp;(Seuil), le sp&eacute;cialiste fran&ccedil;ais Olivier Roy d&eacute;crit l&#39;&eacute;mergence d&#39;un islam qui est non plus localis&eacute; dans les pays arabes et asiatiques mais en Occident (Etats-Unis, Canada, Europe). Le n&eacute;ofondamentalisme joue un r&ocirc;le primordial dans cet islam cosmopolite: il s&#39;adapte &agrave; toutes les soci&eacute;t&eacute;s et s&#39;adresse aux individus en leur proposant un &laquo;code de comportement fond&eacute; sur le licite et l&#39;illicite&raquo; et en les incitant &agrave; &laquo;mettre en place des espaces islamis&eacute;s&raquo;. Olivier Roy montre que c&#39;est dans cet islam d&#39;Occident, compos&eacute; de pratiquants dipl&ocirc;m&eacute;s et &eacute;mancip&eacute;s des autorit&eacute;s religieuses traditionnelles, que se recrutent les acteurs d&#39;une minorit&eacute; islamiste violente: tous les militants, sans exception (dont de nombreux Fran&ccedil;ais), impliqu&eacute;s dans les attentats antioccidentaux de ces cinq derni&egrave;res ann&eacute;es ont v&eacute;cu ou fait leurs &eacute;tudes en Occident et &eacute;taient de &laquo;parfaits produits de l&#39;occidentalisation et de la globalisation&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tA c&ocirc;t&eacute; de cette minorit&eacute; de groupuscules terroristes, le reste de cet islam mondialis&eacute; n&#39;a pas de mal &agrave; para&icirc;tre &laquo;mod&eacute;r&eacute;&raquo;: &laquo;A la diff&eacute;rence des terroristes, ils rassurent le policier et le magistrat, qui en font d&#39;ailleurs des interlocuteurs privil&eacute;gi&eacute;s. En revanche, ils devraient inqui&eacute;ter les sociologues et les politologues, car ils &eacute;rigent lentement, mais s&ucirc;rement, une soci&eacute;t&eacute; en marge des communaut&eacute;s nationales, qui rejette, de facto, l&#39;int&eacute;gration dans les pays d&#39;accueil&raquo;, note Antoine Sfeir, directeur des&nbsp;Cahiers de l&#39;Orient,&nbsp;qui publie un copieuxDictionnaire mondial de l&#39;islamisme&nbsp;(Plon).&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tRappelant que le d&eacute;bat s&eacute;pare toujours les r&eacute;formateurs, qui souhaitent aller de l&#39;avant pour moderniser et adapter l&#39;islam, et ceux qui veulent faire un retour en arri&egrave;re, Olivier Roy pr&eacute;cise que la tendance g&eacute;n&eacute;rale est &agrave; la r&eacute;gression: &laquo;Pourquoi les r&eacute;formateurs sont-ils si peu lus?&raquo; s&#39;interroge-t-il en constatant que la majorit&eacute; des nombreux sites Internet de cette &laquo;oumma&nbsp;virtuelle&raquo; sont n&eacute;ofondamentalistes et d&#39;une grande &laquo;pauvret&eacute; conceptuelle&raquo;: &laquo;L&#39;injure, l&#39;exclusion, la calomnie, la rumeur ou l&#39;information inv&eacute;rifiable et orient&eacute;e sont les traits marquants de ce type d&#39;&eacute;change.&raquo; Contredisant le lieu commun selon lequel l&#39;islam va se moderniser plus facilement en Occident, Olivier Roy estime que les soci&eacute;t&eacute;s lib&eacute;rales sont au contraire des lieux confortables au n&eacute;ofondamentalisme, &agrave; ses r&eacute;seaux et &agrave; ses militants: il y rencontre moins de contraintes que dans beaucoup d&#39;Etats musulmans.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tC&#39;est un paradoxe qui d&eacute;sesp&egrave;re les musulmans r&eacute;formateurs: non seulement le discours n&eacute;ofondamentaliste est &agrave; l&#39;aise en Occident, mais certains pays le favorisent &agrave; leur d&eacute;triment, comme le montre le cas fran&ccedil;ais. Dans&nbsp;La R&eacute;publique et l&#39;islam. Entre crainte et aveuglement&nbsp;(Gallimard), Mich&egrave;le Tribalat et Jeanne-H&eacute;l&egrave;ne Kaltenbach se penchent sur la politique men&eacute;e en France &agrave; l&#39;&eacute;gard des comportements et revendications de certains musulmans. Ce travail d&#39;enqu&ecirc;te qui fourmille d&#39;exemples et de d&eacute;couvertes montre que l&#39;Etat a, de fait, d&eacute;j&agrave; conc&eacute;d&eacute; &agrave; l&#39;islam ce qu&#39;il avait interdit au catholicisme, au protestantisme et au juda&iuml;sme. Les auteurs se sont aussi appliqu&eacute;es &agrave; lire et &agrave; &eacute;couter les leaders pr&eacute;sent&eacute;s comme &laquo;mod&eacute;r&eacute;s&raquo; et associ&eacute;s &agrave; la consultation officielle organis&eacute;e par le minist&egrave;re de l&#39;Int&eacute;rieur. Elles en concluent que &laquo;le d&eacute;sir d&#39;appliquer la charia en France ressort aussi bien des propos de certains leaders d&#39;opinion musulmans dits mod&eacute;r&eacute;s que de ceux qui seraient de tendance islamiste, la diff&eacute;rence r&eacute;sidant essentiellement dans le ton&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Contre l&#39;assimilation.&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tCes leaders pr&eacute;tendent repr&eacute;senter tous les &laquo;musulmans de France&raquo;. Mais qu&#39;entend-on par &laquo;musulman de France&raquo;? Premi&egrave;re confusion, leur nombre est syst&eacute;matiquement gonfl&eacute; dans une vision archa&iuml;que du religieux: toute personne, fran&ccedil;aise ou pas, issue de l&#39;immigration maghr&eacute;bine est consid&eacute;r&eacute;e a priori comme musulmane, alors que l&#39;on sait par exemple que plus de la moiti&eacute; des immigr&eacute;s n&eacute;s en Alg&eacute;rie d&eacute;clarent ne pas avoir de religion ou ne pas pratiquer. &laquo;A l&#39;&eacute;vidence, les chiffres qui sont donn&eacute;s reposent sur un compte islamique faisant fi de la libert&eacute; de conscience, de la libert&eacute; de changer de religion et de l&#39;&eacute;ventail possible des pratiques. Il va de soi que l&#39;on na&icirc;t musulman et que l&#39;on ne peut que mourir de m&ecirc;me&raquo;, notent Mich&egrave;le Tribalat et Jeanne-H&eacute;l&egrave;ne Kaltenbach, en pr&eacute;cisant qu&#39;il ne s&#39;agit pas d&#39;une figure de style: le consulat marocain de Bordeaux s&#39;est oppos&eacute; r&eacute;cemment &agrave; la volont&eacute; de se faire incin&eacute;rer d&#39;un citoyen fran&ccedil;ais d&#39;origine marocaine et les pouvoirs publics ont c&eacute;d&eacute; devant cette logique communautaire qui veut que l&#39;individu ne s&#39;appartienne pas mais rel&egrave;ve d&#39;une tribu statuant contre ses croyances personnelles. Tout comme le minist&egrave;re de l&#39;Int&eacute;rieur a c&eacute;d&eacute; &agrave; certaines organisations musulmanes en retirant du texte de sa consultation officielle la mention au droit de changer de religion&#8230;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe flou des chiffres s&#39;accompagne du flou des notions. Les deux auteurs montrent comment l&#39; &laquo;insertion&raquo; a remplac&eacute; l&#39; &laquo;assimilation&raquo;, cassant une machine &agrave; int&eacute;grer qui a pourtant produit la France actuelle, o&ugrave; &laquo;le cinqui&egrave;me de la population est issu de vagues d&#39;immigration dont les descendants sont aujourd&#39;hui des Fran&ccedil;ais comme les autres&raquo;. Une inversion s&#39;est donc produite pour la derni&egrave;re vague, d&#39;origine musulmane, parce que l&#39;on a pris au mot ceux qui disent la repr&eacute;senter: l&#39;islam ne serait pas conciliable avec la la&iuml;cit&eacute; fran&ccedil;aise, et c&#39;est &agrave; cette derni&egrave;re d&#39;&eacute;voluer pour accueillir ses particularit&eacute;s. L&#39;assimilation est d&eacute;nonc&eacute;e comme une oppression et, au lieu d&#39;initier les nouveaux Fran&ccedil;ais aux r&egrave;gles minimales communes, il s&#39;agit d&eacute;sormais de sensibiliser les anciens aux valeurs identitaires de l&#39;islam.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Notion de communaut&eacute;.&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tLes auteurs de&nbsp;La R&eacute;publique et l&#39;islamconcluent que l&#39; &laquo;on peut donc changer subrepticement de mod&egrave;le politique sans changer la loi ni engager un d&eacute;bat national&raquo;: &laquo;Les &eacute;lus se sont d&eacute;fauss&eacute;s sur les experts des plus hautes instances juridictionnelles pour infl&eacute;chir de fa&ccedil;on d&eacute;cisive le mod&egrave;le politique fran&ccedil;ais.&raquo; Ce fut l&#39;&oelig;uvre du Haut Conseil &agrave; l&#39;int&eacute;gration et surtout du Conseil d&#39;Etat, dont l&#39;inventivit&eacute; en mati&egrave;re de droit positif est all&eacute;e jusqu&#39;&agrave; reconna&icirc;tre un droit ethnique &agrave; la polygamie. Les politiques, de droite comme de gauche, ont laiss&eacute; le Conseil d&#39;Etat supprimer le principe de neutralit&eacute; religieuse &agrave; l&#39;&eacute;cole en th&eacute;orisant l&#39;obsolescence d&#39;une &laquo;premi&egrave;re conception de la la&iuml;cit&eacute;&raquo; au profit d&#39;une &laquo;seconde conception&raquo;, qui &laquo;implique le respect de la diff&eacute;rence&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDiff&eacute;rence de r&egrave;gles r&eacute;clam&eacute;e ouvertement par certains repr&eacute;sentants religieux &laquo;mod&eacute;r&eacute;s&raquo; comme Amar Lasfar, imam de la mosqu&eacute;e de Lille-Sud et pr&eacute;sident de la Ligue islamique du Nord: &laquo;Dans l&#39;islam, la notion de citoyennet&eacute; n&#39;existe pas, mais celle de communaut&eacute; est tr&egrave;s importante, car reconna&icirc;tre une communaut&eacute;, c&#39;est reconna&icirc;tre les lois qui la r&eacute;gissent. Nous travaillons &agrave; ce que la notion de communaut&eacute; soit reconnue par la R&eacute;publique.&raquo; Mich&egrave;le Tribalat et Jeanne-H&eacute;l&egrave;ne Kaltenbach recensent de nombreux domaines o&ugrave; la r&egrave;gle commune ne s&#39;applique d&eacute;j&agrave; plus. Elles ont fait des d&eacute;couvertes &agrave; propos de financements publics ill&eacute;gaux de mosqu&eacute;es: la loi de 1905 qui s&#39;applique aux cultes, exigeante et contraignante, est r&eacute;guli&egrave;rement viol&eacute;e au profit d&#39;un d&eacute;tournement de la loi de 1901, comme &agrave; Rennes.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCe traitement diff&eacute;rentiel aboutit &agrave; une &laquo;mise entre parenth&egrave;ses de nos propres valeurs&raquo;. Deux questions paraissent centrales: la la&iuml;cit&eacute; et l&#39;&eacute;galit&eacute; des femmes. Depuis que le Conseil d&#39;Etat a consid&eacute;r&eacute; l&#39;&eacute;cole comme un lieu public ordinaire, avec droit de manifestation religieuse, la la&iuml;cit&eacute;, con&ccedil;ue comme un principe de neutralit&eacute; permettant la vie en commun, est raval&eacute;e au rang d&#39;une croyance parmi d&#39;autres. Ce qui fait &eacute;crire &agrave; un journaliste du&nbsp;Monde&nbsp;que &laquo;les coll&eacute;giens et lyc&eacute;ens de confession musulmane ont une conception plus ouverte de la la&iuml;cit&eacute; que leurs camarades non musulmans, parce qu&#39;ils sont plus favorables &agrave; l&#39;introduction de cours de religion et de signes religieux &agrave; l&#39;&eacute;cole&raquo;. C&#39;est la th&eacute;matique en vogue de la &laquo;nouvelle la&iuml;cit&eacute;&raquo;, &laquo;ouverte&raquo;, &laquo;plurielle&raquo;, qui doit clore ce que le penseur musulman Tariq Ramadan qualifie d&#39; &laquo;&eacute;tape de la tradition fran&ccedil;aise&raquo; &#8211; la s&eacute;paration du religieux et de l&#39;Etat &#8211; pour s&#39;adapter &agrave; l&#39;islam, qui, &laquo;dans son essence&raquo;, &laquo;marie la sph&egrave;re priv&eacute;e et la sph&egrave;re publique&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLa question f&eacute;minine est le point crucial de la confrontation entre l&#39;islam et l&#39;Occident: contraint d&#39;accepter, sur de nombreux fronts, la modernisation, l&#39;islam en a fait une question r&eacute;siduelle de r&eacute;sistance identitaire, comme le montre bien Bernard Lewis &agrave; propos de l&#39;asym&eacute;trie des transformations vestimentaires au Moyen-Orient. Or, selon lui, le &laquo;sexisme musulman&raquo; n&#39;est pas &eacute;tranger aux difficult&eacute;s de ces pays: &laquo;La rel&eacute;gation des femmes &agrave; un statut d&#39;inf&eacute;riorit&eacute; non seulement prive le monde musulman des talents et des &eacute;nergies de la moiti&eacute; de sa population, mais encore confie l&#39;&eacute;ducation, &agrave; un &acirc;ge crucial, de l&#39;autre moiti&eacute; &agrave; des m&egrave;res analphab&egrave;tes et opprim&eacute;es. Une telle &eacute;ducation, a-t-on dit, produit des individus arrogants ou soumis, en tout cas inaptes &agrave; la vie dans une soci&eacute;t&eacute; libre et ouverte.&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLa soumission des femmes n&#39;est pourtant pas une fatalit&eacute; musulmane: il n&#39;y a pas si longtemps, la charia rel&eacute;guait dans la m&ecirc;me sous-humanit&eacute; les esclaves, les non-musulmans et les femmes. &laquo;Abolir l&#39;esclavage relevait quasiment de l&#39;inconcevable. Interdire ce que Dieu permet est un crime presque aussi grand que de permettre ce qu&#39;Il interdit&raquo;, pr&eacute;cise Bernard Lewis. Or l&#39;islam l&#39;a fait. Et, concernant la femme, quelques pays de l&#39;aire musulmane ne tol&egrave;rent d&eacute;j&agrave; plus ce qu&#39;accepte la France.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>S<\/strong><strong style=\"font-size: 1.2em; line-height: 1.7em;\">trat&eacute;gie de surench&egrave;re.&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo;La femme n&#39;est pas une question, mais&nbsp;laquestion&raquo;, estiment aussi Mich&egrave;le Tribalat et Jeanne-H&eacute;l&egrave;ne Kaltenbach, qui s&#39;interrogent sur ce curieux apartheid fond&eacute; sur la soumission des femmes au nom de la diff&eacute;rence au sein d&#39;une soci&eacute;t&eacute; politico-m&eacute;diatique fran&ccedil;aise obs&eacute;d&eacute;e par l&#39;&eacute;galit&eacute; f&eacute;minine. Reprenant l&#39;affaire du voile, elles montrent qu&#39;il relevait bien d&#39;une strat&eacute;gie d&eacute;lib&eacute;r&eacute;e des fondamentalistes et d&eacute;crivent, une fois leur victoire accomplie, leur strat&eacute;gie de surench&egrave;re (refus de cours d&#39;&eacute;ducation physique, de piscine, contestation de certains programmes, nourriture communautaire) avec, au sein de l&#39;&eacute;cole, pression et intimidation sur les &laquo;ti&egrave;des&raquo;. L&#39;association d&#39;&eacute;tudiants musulmans Unir, &eacute;lue au conseil de l&#39;universit&eacute; Paris XIII, met ainsi aujourd&#39;hui en cause la l&eacute;gitimit&eacute;, pour un &laquo;professeur de culture occidentale&raquo;, de juger le travail d&#39;un &eacute;tudiant musulman.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCet apartheid revendiqu&eacute; re&ccedil;oit d&#39;ailleurs le chaud soutien de l&#39;extr&ecirc;me droite, comme le r&eacute;sume l&#39;hebdomadaire nationalisteRivarol: &laquo;Mieux vaut des mahom&eacute;tanes en tchador, ce qui &eacute;vite ou, &agrave; tout le moins, limite le m&eacute;tissage.&raquo; Sur cette question, Mich&egrave;le Tribalat et Jeanne-H&eacute;l&egrave;ne Kaltenbach rel&egrave;vent que le nombre de mariages forc&eacute;s augmente, frappant dans l&#39;indiff&eacute;rence des dizaines de milliers de jeunes Fran&ccedil;aises, et que, dans certains quartiers ou certains &eacute;tablissements, un nouveau code vestimentaire s&#39;installe: &laquo;Si la dissimulation totale du corps f&eacute;minin repr&eacute;sente le comble de la pudeur, il ne faut pas &ecirc;tre grand clerc pour imaginer l&#39;appr&eacute;ciation qu&#39;un jeune musulman peut porter sur une jeune fille coquette, en jupe et en talons! Est-ce un hasard si les jeux de la s&eacute;duction, qui constituent une forme de civilit&eacute;, se rar&eacute;fient dans nos banlieues au profit des viols en bandes organis&eacute;es?&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCes revendications diff&eacute;rentialistes ont donc d&eacute;j&agrave; des effets. C&#39;est ce que montrent &agrave; propos de l&#39;&eacute;coleLes Territoires perdus de la R&eacute;publique&nbsp;(Fayard-Mille et Une Nuits), recueil de t&eacute;moignages d&#39;enseignants sur la mont&eacute;e du sexisme, de l&#39;antis&eacute;mitisme, de la francophobie et du racisme &agrave; l&#39;&eacute;cole (voir les extraits pages 106 et 107). Les m&ecirc;mes propos provoquent scandales et manchettes des gazettes quand ils sortent de la bouche d&#39;un nazillon, mais silence et d&eacute;sint&eacute;r&ecirc;t quand ils &eacute;manent d&#39;un jeune Fran&ccedil;ais qui se proclame musulman. Les raisons de ce strabisme sont multiples: la mauvaise conscience coloniale et le fait de consid&eacute;rer qu&#39;une victime ne peut qu&#39;avoir raison et que toute r&eacute;bellion, quel que soit son contenu, doit &ecirc;tre salu&eacute;e. C&#39;est ce qui avait conduit, derri&egrave;re Michel Foucault, une partie de la gauche radicale &agrave; s&#39;enthousiasmer pour la r&eacute;volution de Khomeini.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Amn&eacute;sie.&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tLa tradition fran&ccedil;aise d&#39;aveuglement, qui s&#39;est illustr&eacute;e face au socialisme r&eacute;el au d&eacute;triment des dissidents, se reproduit avec l&#39;islam r&eacute;el au d&eacute;triment de ses r&eacute;formateurs ou critiques, qu&#39;il s&#39;agisse de ceux d&#39;hier, comme Mohammed Abdou, Qurrat al-Ayn ou Mansour Fahmy, dont on vient de r&eacute;&eacute;diter la th&egrave;se courageuse, soutenue &agrave; la Sorbonne en 1913 (La Condition de la femme dans l&#39;islam,&nbsp;Allia), ou de ceux d&#39;aujourd&#39;hui, tels Mohamed Charfi, Javad Tabatabai, Mohammed Harbi, Hanan el-Cheikh ou Abdelwahab Meddeb. Et, en France, c&#39;est dans le plus grand silence que l&#39;imam Amar Sa&iuml;di a &eacute;t&eacute; cong&eacute;di&eacute; de la mosqu&eacute;e de Rouen pour avoir c&eacute;l&eacute;br&eacute; des mariages mixtes et pr&ecirc;ch&eacute; en fran&ccedil;ais.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPeu d&#39;attention non plus pour les mises en garde du mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, et Le&iuml;la Bab&egrave;s contre la consultation officielle du minist&egrave;re de l&#39;Int&eacute;rieur, qui renforce le poids des fondamentalistes. Ni pour celles de Hanifa Cherifi d&eacute;non&ccedil;ant dans le voile un &laquo;mode de socialisation plus conforme &agrave; la soci&eacute;t&eacute; saoudienne qu&#39;&agrave; la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise &eacute;galitaire&raquo;. Et, quand le cheikh Tantaoui, imam d&#39;al-Azhar, au Caire, rappelle aux musulmans de France qu&#39;ils ont &laquo;le devoir de se conformer aux lois du pays o&ugrave; ils vivent&raquo; et qu&#39;ils ont &laquo;le choix de s&#39;y plier ou de quitter le pays&raquo;, il se trouve un &eacute;ditorialiste pour parler de propos &laquo;&agrave; connotation plus ou moins lep&eacute;niste&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tD&#39;o&ugrave; vient ce manque de solidarit&eacute; avec les musulmans qui luttent pour moderniser l&#39;islam? &laquo;Nous avons d&eacute;sappris de nous battre contre les pr&eacute;tentions des religions &agrave; d&eacute;border de leur cadre spirituel. C&#39;est la ran&ccedil;on de la paix religieuse que nous devons pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la la&iuml;cit&eacute;&raquo;, estiment Mich&egrave;le Tribalat et Jeanne-H&eacute;l&egrave;ne Kaltenbach. Cette amn&eacute;sie va loin, puisqu&#39;elle nous conduit aujourd&#39;hui &agrave; placer au c&oelig;ur du d&eacute;bat public l&#39;interpr&eacute;tation d&#39;un texte religieux &#8211; le Coran permet-il ou non de faire ceci ou cela? &#8211; comme si l&#39;on avait d&eacute;j&agrave; admis sa pr&eacute;&eacute;minence sur les lois communes pour une partie de la population fran&ccedil;aise non concern&eacute;e par la la&iuml;cit&eacute;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tC&#39;est ce qui pousse Mich&egrave;le Tribalat et Jeanne-H&eacute;l&egrave;ne Kaltenbach &agrave; conclure que l&#39;universalisme n&#39;est pas seulement attaqu&eacute;: il n&#39;est plus d&eacute;fendu. Et qu&#39;un relativisme s&#39;installe petit &agrave; petit. Il y a des r&egrave;gles pour les uns et des r&egrave;gles pour les autres. Des indignations &agrave; g&eacute;om&eacute;trie variable. Lib&eacute;ration, qui a tant fait pour le combat antisexiste, dresse ainsi un portrait &eacute;mu d&#39;une &laquo;figure de l&#39;islam de France&raquo;, le pr&eacute;sident de l&#39;association Les Imams de France, qui explique doctement que &laquo;la dominance masculine est un invariant transculturel&raquo; qui repose sur &laquo;une diff&eacute;rence irr&eacute;ductible, le fameux chromosome Y&raquo;. Et une publicit&eacute; de la firme laiti&egrave;re Candia sur la cr&egrave;me fra&icirc;che Babette (&laquo;Je la lie, je la fouette&raquo;) fut terrass&eacute;e au terme d&#39;une impressionnante temp&ecirc;te m&eacute;diatique et militante, avec le renfort de la ministre des Droits des femmes, alors qu&#39;une maison d&#39;&eacute;dition, sise au c&oelig;ur du Quartier latin, peut diffuser depuis dix ans un manuel en fran&ccedil;ais de bonne vie musulmane (Le Licite et l&#39;illicite en Islam,&nbsp;&eacute;d. Al Qalam) expliquant pourquoi et comment un bon &eacute;poux doit battre sa femme: &laquo;Avec la main&raquo;, sans &laquo;fouet&raquo; ni &laquo;morceau de bois&raquo;. Et &laquo;en &eacute;pargnant le visage&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que l&#39;on n&#39;ose pas dire &nbsp; &nbsp;Par Eric Conan (L&#39;Express) &nbsp; &nbsp; Non, le monde musulman n&#39;est pas victime de l&#39;Occident, mais de son propre archa&iuml;sme et de l&#39;incurie de ses dirigeants. Non, les musulmans de France ne doivent pas &laquo;adapter&raquo; la la&iuml;cit&eacute; mais s&#39;y plier. 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