{"id":11881,"date":"2016-01-22T01:56:42","date_gmt":"2016-01-22T01:56:42","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11881"},"modified":"2016-01-21T22:06:39","modified_gmt":"2016-01-21T22:06:39","slug":"marseille-cette-ville-ou-les-juifs-vivaient-paisiblement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/marseille-cette-ville-ou-les-juifs-vivaient-paisiblement\/","title":{"rendered":"Marseille, cette ville o\u00f9 les juifs vivaient paisiblement"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><header> <\/header>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMarseille, cette ville o&ugrave; les juifs vivaient paisiblement<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/source\/51619\/jeremy-collado\">J&eacute;r&eacute;my Collado<\/a><\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tLa capitale proven&ccedil;ale fut longtemps l&#39;une des cit&eacute;s les plus accueillantes pour ceux qu&#39;on appelait encore autrefois les &laquo;isra&eacute;lites&raquo;. Mais le conflit isra&eacute;lo-palestinien, le terrorisme et les tensions communautaires ont chang&eacute; la donne.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Marseille (Bouches-du-Rh&ocirc;ne)<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tCe lundi 11 janvier, Benjamin Amsellem, un professeur de 35 ans &agrave; l&#39;Institut franco-h&eacute;bra&iuml;que de la Source, pr&egrave;s de la mairie du IXe&nbsp;arrondissement de Marseille, ne sait pas encore que c&#39;est sa Torah qui va lui sauver la vie. Attaqu&eacute; par un jeune de quinze ans &agrave; coups de machette &ndash;et qui dit avoir agi&nbsp;&laquo;au nom d&#39;Allah&nbsp;et de Daech&raquo;, selon le procureur de Marseille Brice Robin&ndash;, cet enseignant marseillais arr&ecirc;tera les coups avec son livre tendu vers le ciel, pour se prot&eacute;ger d&#39;une attaque qui aurait pu lui co&ucirc;ter la vie. Et c&#39;est comme un symbole, tant les juifs religieux jurent que penser le monde, c&#39;est d&eacute;j&agrave; transformer la r&eacute;alit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo;C&#39;est gr&acirc;ce &agrave; la grosse Torah qu&#39;il a brandie qu&#39;il a pu d&eacute;tourner la machette&raquo;,&nbsp;raconte au Figaro Mich&egrave;le Teboul, la pr&eacute;sidente du Conseil repr&eacute;sentatif des institutions juives de France (Crif) de Marseille.&nbsp;&laquo;Je lui disais d&#39;arr&ecirc;ter de me frapper, mais il continuait et je ne pensais pas m&#39;en sortir vivant,&nbsp;a d&eacute;taill&eacute; Benjamin Amsellem &agrave; La Provence.&nbsp;Je ne sais pas comment je vais me relever de cette terrible agression.&raquo;&nbsp;Dans la pr&eacute;cipitation, l&#39;agresseur a laiss&eacute; tomber son cartable.&nbsp;&laquo;Il y avait des feuilles de cours avec des bonnes notes:&nbsp;des 17 et 18. Comment un bon &eacute;l&egrave;ve peut se laisser embarquer dans une histoire comme celle-l&agrave;&nbsp;?,&nbsp;rembobine Jocelyn Zeitoun, du Crif Marseille-Provence.&nbsp;Il savait tr&egrave;s bien qu&rsquo;en voulant tuer quelqu&rsquo;un, il fermait la porte de son avenir, de sa vie m&ecirc;me. C&rsquo;est terrifiant de voir qu&rsquo;il y a des jeunes gens qui sont capables de rentrer dans ce processus de radicalisation qui nous effraie tous.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl y a longtemps que les Fran&ccedil;ais de confession juive, et pas seulement &agrave; Marseille, se sont habitu&eacute;s &agrave; la pr&eacute;sence des militaires et des policiers devant les &eacute;coles ou les synagogues. Ces fonctionnaires en faction sont d&#39;ailleurs souvent pris au pi&egrave;ge des &laquo;m&egrave;res juives&raquo;, qui n&#39;h&eacute;sitent pas &agrave; prendre soin d&#39;eux en leur apportant quelques g&acirc;teaux,&nbsp;comme le racontait avec humour Streetpress&nbsp;un mois apr&egrave;s les attentats de janvier 2015, relayant le SMS re&ccedil;u par un fid&egrave;le d&#39;une synagogue du XXe&nbsp;arrondissement de Paris:&nbsp;&laquo;N&rsquo;h&eacute;sitez pas &agrave; leur apporter quelques petites choses (g&acirc;teaux, fruits, capsules de caf&eacute; Senseo pour la machine) et &agrave; leur dire merci d&rsquo;&ecirc;tre l&agrave;&hellip;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Ne pas porter la kippa, un aveu de faiblesse?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tLes choses ne sont pourtant pas toujours si dr&ocirc;les.&nbsp;Depuis 2012, une trentaine d&#39;actes antis&eacute;mites sont signal&eacute;s &agrave; Marseille chaque ann&eacute;e, selon les chiffres du Service de protection de la communaut&eacute; juive (SPCJ, un organisme cr&eacute;&eacute; par le Crif en 1980).<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl y a longtemps, &eacute;galement, que nombre de juifs portent dans la rue une casquette plut&ocirc;t qu&#39;une kippa pour ne pas se faire remarquer, comme une crainte qui ne les quitte pas, un signe de d&eacute;mission ou m&ecirc;me un aveu de faiblesse face aux agressions qui se multiplient. Tal Sfadj, une femme marseillaise qui fait partie du comit&eacute; directeur du Crif marseillais, jure que &ccedil;a ne change rien:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t\t&laquo;La casquette, c&#39;&eacute;tait souvent pour les gamins, mais souvent ils me disent: &quot;M&ecirc;me avec la casquette, on nous reconna&icirc;t&nbsp;Madame!&quot; Et puis, des fid&egrave;les qui sortent de la synagogue et se font agresser, &ccedil;a n&#39;est pas nouveau, on en a toujours eu &agrave; Marseille. Sauf que maintenant, c&#39;est avec le couteau ou la machette&#8230;&raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\t\tChaque samedi matin, &agrave; Marseille, on peut en effet observer ces longues processions de familles qui remontent la rue de Breteuil ou l&#39;avenue Michelet, o&ugrave; les fid&egrave;les rentrent de la synagogue apr&egrave;s le shabbat, fatigu&eacute;s de leur semaine et des pri&egrave;res rituelles du matin. Avec ou sans kippot, chacun sait d&#39;o&ugrave; ils viennent; et jusqu&#39;ici la situation paraissait plut&ocirc;t apais&eacute;e. Mais les choses ont chang&eacute;:&nbsp;&laquo;Le fait de porter une kippa dans certains lieux est per&ccedil;u d&eacute;sormais comme un comportement &agrave; risque&raquo;, &eacute;crit J&eacute;r&ocirc;me Fourquet, directeur du d&eacute;partement opinion de l&rsquo;Ifop, dans&nbsp;un livre publi&eacute; sous le patronage de la Fondation Jean-Jaur&egrave;s,&nbsp;L&rsquo;an prochain &agrave; J&eacute;rusalem?&nbsp;&laquo;Certains lieux&raquo; veut donc aussi dire: dans la rue. Et malgr&eacute;&nbsp;les mots rassurants du ministre de l&#39;Int&eacute;rieur Bernard Cazeneuve&nbsp;(&laquo;Je ne veux pas que les Fran&ccedil;ais qui ont fait le choix de la religion puissent avoir peur en France&raquo;), venu sur place trois jours apr&egrave;s l&#39;agression, ainsi qu&#39;&agrave; la Grande synagogue pour rencontrer la victime, la r&eacute;alit&eacute; reste.<\/p>\n<p>\n\t\t\tRubin Sfadj&nbsp;est avocat et a grandi &agrave; Marseille. Sa photo, o&ugrave; on le voit&nbsp;arborer une kippa aux couleurs de l&#39;OM, a beaucoup circul&eacute; dans la presse et les r&eacute;seaux sociaux. S&#39;il est attach&eacute; &agrave; Marseille, aujourd&#39;hui il voyage, mais reviens aussi l&agrave; o&ugrave; il a v&eacute;cu. Il a 35 ans, n&#39;est&nbsp;&laquo;pas particuli&egrave;rement pratiquant&raquo;&nbsp;et porte une l&eacute;g&egrave;re barbe un peu&nbsp;hype. Il raconte son enfance et son adolescence &agrave; Marseille o&ugrave;, dit-il, il n&#39;a&nbsp;&laquo;jamais &eacute;t&eacute; confront&eacute; &agrave; l&#39;antis&eacute;mitisme&raquo;:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t\t&laquo;Le Marseille dans lequel j&#39;ai grandi, dans les ann&eacute;es 80 et 90, on &eacute;tait juste fiers et contents de ne pas conna&icirc;tre tous ces probl&egrave;mes comme ceux que nous racontaient certains copains qui vivaient &agrave; Paris. Pour nous, &ccedil;a nous paraissait sid&eacute;rant! Parmi mes meilleurs potes d&#39;enfance, il y avait un Driss, un Yacine, ils venaient de Tunisie, du Maroc, d&#39;Alg&eacute;rie, comme ma famille! Quand on se baladait dans la rue, et pas seulement dans les quartiers dits &quot;privil&eacute;gi&eacute;s&quot;, on ne ressentait pas cette tension qui peut exister aujourd&#39;hui.&raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\t\t&Agrave; Marseille, o&ugrave; vivent pr&egrave;s de 80.000 Fran&ccedil;ais juifs, soit 9% de la population de la ville, ce qui en fait la troisi&egrave;me communaut&eacute; d&#39;Europe derri&egrave;re Paris et Londres, il s&#39;agit de la troisi&egrave;me agression en trois mois. Et peut-&ecirc;tre, aussi, du d&eacute;but d&#39;une prise de consience.<\/p>\n<p>\n\t\t\tEn octobre, trois personnes, dont un rabbin accompagn&eacute; de son fils, ont &eacute;t&eacute; attaqu&eacute;es au couteau sur la Canebi&egrave;re, alors qu&#39;elles se rendaient &agrave; la synagogue un samedi matin. L&#39;agresseur a &eacute;t&eacute; condamn&eacute; &agrave; quatre ans de prison, dont 18 mois avec sursis. En novembre, un professeur du lyc&eacute;e juif Yavn&eacute;, dans le XIIIe&nbsp;arrondissement, a &eacute;galement &eacute;t&eacute; pris &agrave; partie, au couteau encore une fois. Durant le m&ecirc;me mois de novembre, un lyc&eacute;en lance, en plein d&eacute;bat dans son &eacute;tablissement, qu&#39;il veut&nbsp;&laquo;kalacher les juifs&raquo;.&nbsp;R&eacute;sultat: dix mois de prison ferme.&nbsp;&laquo;Jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, nous avions un vivre ensemble convenable. Mais depuis les attentats de Toulouse en 2012, les choses se sont d&eacute;grad&eacute;es, souligne Jocelyn Zeitoun, du Crif.&nbsp;Et je ne vois pas comment on peut penser que les choses vont s&rsquo;arr&ecirc;ter l&agrave;.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Merah et la solitude des Fran&ccedil;ais juifs<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tLes attentats de 2012. Pour de nombreux juifs, notamment &agrave; Marseille, les crimes de Mohamed Merah et le climat qui a suivi ont encore du mal &agrave; passer: &agrave; l&#39;&eacute;poque, qui s&#39;&eacute;tait mobilis&eacute;? Aucune grande manifestation, peu d&#39;&eacute;lan de solidarit&eacute; dans les m&eacute;dias, ni aucune union nationale. Tout juste une campagne pr&eacute;sidentielle bri&egrave;vement interrompue.&laquo;Les attentats de Merah et la fa&ccedil;on dont la communaut&eacute; nationale a r&eacute;agi, ou n&#39;a pas r&eacute;agi plut&ocirc;t, ont cr&eacute;&eacute; une certaine amertume chez de nombreux juifs&raquo;, atteste Tal Sfadj.&laquo;On a essay&eacute; de mobiliser et de faire des manifestations &agrave; Marseille &agrave; l&#39;&eacute;poque, mais dans ces rassemblements, il n&#39;y avait malheureusement que des juifs&#8230;&raquo;, regrette-t-elle. Renvoy&eacute;s &agrave; leur statut de &laquo;minorit&eacute;&raquo;, ils devaient, encore une fois, r&eacute;gler ces probl&egrave;mes qui concernaient pourtant tout le monde. Comme si, tant qu&#39;on s&#39;attaquait aux juifs &laquo;en tant que juifs&raquo;, c&#39;&eacute;tait &agrave; eux de r&eacute;gler ces histoires&#8230; Lors des manifestations du 11 janvier apr&egrave;s les attaques de Charlie Hebdo et de l&#39;Hyper Cacher,&nbsp;le d&eacute;fil&eacute; semblait &eacute;galement bien l&eacute;ger&nbsp;compar&eacute; au nombre d&#39;habitants, m&ecirc;me si l&#39;enclavement de certains quartiers explique en partie cette situation.<\/p>\n<p>\n\t\t\tDans le cadre du plan &laquo;Sentinelle&raquo;, d&#39;importants moyens ont &eacute;t&eacute; d&eacute;ploy&eacute;s &agrave; Marseille. Cette pr&eacute;sence rassurante des militaires et des policiers n&#39;emp&ecirc;che pas la peur, ni l&#39;inqui&eacute;tude et encore moins l&#39;amertume. Le 13 janvier, le pr&eacute;fet de police des Bouches-du-Rh&ocirc;ne, Laurent Nunez, a pris la parole sur Radio JM, la radio de la communaut&eacute;, pour &laquo;rassurer&raquo;, tout en pr&eacute;venant:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t\t&laquo;Les effectifs de s&eacute;curit&eacute; sont tr&egrave;s sensibilis&eacute;s &agrave; la protection des juifs, sur la voie publique aussi. On prend 100% de pr&eacute;caution mais il n&rsquo;y aura jamais un risque z&eacute;ro. Nous avons des r&eacute;f&eacute;rents radicalisation dans de nombreux services publics, dans les entreprises, qui nous aident &agrave; la d&eacute;tection de ce type d&rsquo;individus.&raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\t\t<strong>Col&egrave;re<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tCette d&eacute;bauche de moyens, que de nombreux membres de la communaut&eacute; juive saluent, a laiss&eacute; place &agrave; une certaine col&egrave;re. Le lendemain de l&#39;agression antis&eacute;mite, le pr&eacute;sident du Consistoire isra&eacute;lite de Marseille, Zvi Ammar, incitait les juifs &agrave;&nbsp;&laquo;enlever la kippa dans cette p&eacute;riode trouble, jusqu&#39;&agrave; des jours meilleurs&raquo;.&nbsp;L&#39;expression en a choqu&eacute; certains: et si les jours meilleurs ne venaient jamais? Comment accepter qu&#39;ici, o&ugrave; l&#39;on disait jadis &ecirc;tre&laquo;heureux comme un juif en France&raquo;,&nbsp;les Fran&ccedil;ais de confession juive soient oblig&eacute;s de&nbsp;&laquo;se cacher un petit peu&raquo;,&nbsp;comme le d&eacute;plorait lui-m&ecirc;me Zvi Ammar?&nbsp;&laquo;Malheureusement pour nous, on est cibl&eacute;s: d&egrave;s qu&#39;on est identifi&eacute;s, qu&#39;on est juifs, on peut &ecirc;tre agress&eacute;s et m&ecirc;me risquer la mort. L&agrave;, on a franchi un pas d&#39;une extr&ecirc;me gravit&eacute;.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCes d&eacute;clarations ont jet&eacute; un trouble et largement d&eacute;&ccedil;u une grande partie de la communaut&eacute; juive marseillaise, qui ne s&#39;est pas reconnue dans cette attitude. Le Crif local s&#39;est d&eacute;marqu&eacute; et Ammar s&#39;est fait taper sur les doigts pour avoir, dans l&#39;emballement m&eacute;diatique, donn&eacute; l&#39;impression d&#39;une d&eacute;mission.&nbsp;&laquo;On aurait du tenir ce type de discours en interne et pas devant tout le monde&raquo;, juge Tal Sfadj, qui ne veut accuser personne dans cette p&eacute;riode troubl&eacute;e.&nbsp;&laquo;En r&eacute;alit&eacute;, &ccedil;a ouvre la chasse aux juifs, &ccedil;a donne le sentiment qu&#39;ils sont des cibles.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo;Depuis les attentats, les parents et les &eacute;l&egrave;ves tra&icirc;nent moins devant les &eacute;coles &agrave; la sortie des classes. Tous adoptent un profil bas, sans qu&rsquo;on ait donn&eacute; des consignes pour cela&raquo;,corrobore Guil Zenou, le directeur de deux &eacute;tablissements scolaires juifs &agrave; Marseille,&nbsp;dans Le Monde.&nbsp;&laquo;Le curseur en mati&egrave;re de haine des juifs est tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;.&nbsp;On finit par s&rsquo;habituer &agrave; tout. Ce qui nous paraissait hier exceptionnel, comme des soldats qui encadrent la rentr&eacute;e des enfants en cours, est devenu presque banal. C&rsquo;est triste.&raquo;&nbsp;Rubin Sfadj, lui, voit un autre probl&egrave;me derri&egrave;re ce discours:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t\t&laquo;&Agrave; mon sens, c&#39;est une mauvaise inspiration de sa part, mais je ne pense pas qu&#39;il avait en t&ecirc;te l&#39;id&eacute;e de porter un juda&iuml;sme &quot;rabougri&quot;. Seulement, on constate une forme de grand &eacute;cart entre le discours tr&egrave;s protecteur des autorit&eacute;s publiques et la r&eacute;alit&eacute; du contexte local. Il y a une sorte de schizophr&eacute;nie qui est peut &ecirc;tre arriv&eacute;e &agrave; ses limites. L&#39;id&eacute;e, derri&egrave;re tout &ccedil;a, c&#39;est dire &quot;OK, on vous prot&egrave;ge, mais &agrave; condition d&#39;enlever la kippa, c&#39;est-&agrave;-dire &agrave; condition que vous ressembliez aux autres&quot;. Ce n&#39;est pas acceptable!&raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\t\t<strong>&laquo;J&#39;avais le sentiment que l&#39;identit&eacute; marseillaise &eacute;tait au-dessus de tout le reste&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tMais Marseille est-elle si diff&eacute;rente du reste de la France? Ici, pr&eacute;cis&eacute;ment, les institutions juives sont tr&egrave;s structur&eacute;es et tr&egrave;s encadr&eacute;es, ce qui permet d&#39;avoir un dialogue souvent f&eacute;cond avec les autres associations communautaires et religieuses, musulmanes, chr&eacute;tiennes ou protestantes, tr&egrave;s implant&eacute;es dans la ville et qui servent de soupape &agrave; la d&eacute;gradation sociale. Contrairement &agrave; Paris ou Lyon, Marseille n&#39;a pas connu d&#39;&eacute;meutes urbaines en 2005. La ville s&#39;est construite d&#39;une fa&ccedil;on diff&eacute;rente, avec des quartiers pauvres dans l&#39;hyper-centre, et de nombreuses micro-soci&eacute;t&eacute;s qui donnent le sentiment d&#39;un climat apais&eacute;.&nbsp;&laquo;On est dans un quartier tr&egrave;s calme, tr&egrave;s tranquille&raquo;, indiquait ainsi Zvi Ammar. &laquo;Cela veut dire que tout peut arriver aujourd&rsquo;hui. Deux mamans m&rsquo;ont interpell&eacute; tout &agrave; l&rsquo;heure pour me dire:&nbsp;&quot;Jusqu&rsquo;o&ugrave;? Aujourd&rsquo;hui, on conduit nos enfants &agrave; l&rsquo;&eacute;cole et on n&rsquo;est pas s&ucirc;r de les r&eacute;cup&eacute;rer le soir. Que fait-on?&quot; Malheureusement, je n&rsquo;ai pas la r&eacute;ponse.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo;Autrefois, j&#39;avais le sentiment que l&#39;identit&eacute; marseillaise &eacute;tait au-dessus de tout le reste&raquo;, avance Rubin Sfadj.&nbsp;&laquo;On vivait dans une ville qui &eacute;tait tr&egrave;s grande, tr&egrave;s brass&eacute;e, et le petit juif marseillais ressemblait plus &agrave; un petit catho ou un petit musulman marseillais qu&#39;&agrave; un juif parisien! On avait le m&ecirc;me accent, le m&ecirc;me mode de vie &agrave; peu pr&egrave;s et au final il y avait une sorte de provincialisme de Marseille. Mais &ccedil;a change: je crois que Marseille s&#39;aligne sur le reste du pays et cette &quot;exception&quot; semble ne plus exister&#8230;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo;Marseille, [Albert] Cohen l&rsquo;a dit et &eacute;crit en son temps, c&rsquo;est ce port o&ugrave; tout au long de notre histoire se sont &ldquo;affr&eacute;r&eacute;s&ldquo;&nbsp;les juda&iuml;smes les plus divers: celui de Corfou et celui de Bagdad, celui d&rsquo;Alexandrie et celui de Livourne, celui de Smyrne et celui de Tlemcen. Et, plus tardivement, ces communaut&eacute;s ashk&eacute;nazes pers&eacute;cut&eacute;es par la folie raciale. Massalia, la plus ancienne ville de France. Une cit&eacute; dont la vocation m&ecirc;me a &eacute;t&eacute; de dissoudre l&rsquo;acide des appartenances closes dans une convivance tr&egrave;s bonhomme. Tout cela serait-il devenu un lieu de m&eacute;moire?&raquo;,&nbsp;se demande Joseph Mac&eacute;-Scaron dans un tr&egrave;s juste &eacute;ditorial de Marianne.&nbsp;&laquo;Je ne le pense pas, m&ecirc;me si tous les clignotants sont au rouge et si la r&eacute;traction identitaire, l&agrave; aussi, progresse et diffuse son poison.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tZvi Ammar a tout de m&ecirc;me trouv&eacute; des motifs de satisfaction, notamment dans&nbsp;&laquo;le dynamisme de la communaut&eacute; juive marseillaise qui, en quinze ans, a tripl&eacute; le nombre de ses synagogues et quadrupl&eacute; celui des restaurants casher, et en vingt ans, a doubl&eacute; le nombre des &eacute;coles juives.&raquo;&nbsp;Mais ce dernier ne cache-t-il pas, au contraire, un profond malaise&nbsp;? Les t&eacute;moignages de parents qui ont pr&eacute;f&eacute;r&eacute; sortir leurs enfants de l&#39;&eacute;cole publique pour les envoyer en &eacute;cole priv&eacute;e, par souci de s&eacute;curit&eacute;, font flor&egrave;s. Quant &agrave; la derni&egrave;re synagogue qui a ouvert ses portes, &agrave; Marseille, dans la rue Paradis, elle n&#39;a pas l&#39;image, vue de l&#39;ext&eacute;rieur, d&#39;un v&eacute;ritable lieu de culte. Elle se confond plut&ocirc;t dans le paysage parmi les autres b&acirc;timents. Pas d&#39;&eacute;toile de David ni d&#39;inscription en h&eacute;breu; et des vitres teint&eacute;es, comme pour cacher la pr&eacute;sence des fid&egrave;les dans le quartier, qui n&#39;est pourtant pas r&eacute;put&eacute; &agrave; risques. On camoufle. En sortant, ceux qui s&#39;y rendent enl&egrave;vent rapidement leur kippa, ce qui n&#39;est pas banal pour des juifs religieux qui se rendent aux offices du matin toute la semaine. Est-ce une instruction des autorit&eacute;s locales et religieuses? C&#39;est, en tout cas, symbolique d&#39;un climat tendu qui r&egrave;gne dans la ville.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Une communaut&eacute; int&eacute;gr&eacute;e depuis des si&egrave;cles<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tDans son livre&nbsp;Les Juifs &agrave; Marseille&nbsp;(Les Belles Lettres), qui s&#39;attarde en particulier sur la p&eacute;riode 1940-1944, Ren&eacute;e Dray-Bensousan donne plusieurs cl&eacute;s pour comprendre la vie quotidienne de la communaut&eacute; juive &agrave; Marseille:&nbsp;&laquo;La juda&iuml;cit&eacute; marseillaise se vit, dans la sph&egrave;re du domaine priv&eacute;, sur le mod&egrave;le de l&#39;isra&eacute;litisme&raquo;, &eacute;crit-elle.&nbsp;&laquo;Dans la vie politique, sa place, celle d&#39;invidus de confession isra&eacute;lite, n&#39;a rien de sp&eacute;cifique si ce n&#39;est qu&#39;elle montre l&#39;insertion d&#39;un groupe minoritaire dans la cit&eacute;. L&#39;ascension de quelques familles en porte t&eacute;moignage.&raquo;&nbsp;Depuis le XIIe&nbsp;si&egrave;cle, la communaut&eacute; atteste d&#39;une pr&eacute;sence dans cette ville et participe donc largement &agrave; l&#39;essor intellectuel et au commerce, qui se d&eacute;veloppe &agrave; travers le port notamment. Les notables juifs ont un traitement &eacute;quivalent &agrave; celui des chr&eacute;tiens.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&Agrave; cette &eacute;poque, les juifs marseillais tiennent une place importante dans le commerce de la ville, se faisant les d&eacute;taillants d&#39;&eacute;pices comme le safran, le cumin ou la noix de muscade. De nombreux juifs sont &eacute;galement m&eacute;decins et exercent dans les h&ocirc;pitaux marseillais. En gros, la communaut&eacute; se divise en trois parties: les juifs comtadins (ou &laquo;juifs du pape&raquo;), les ashk&eacute;nazes et, enfin, les jud&eacute;o-espagnols (qu&#39;on appelle commun&eacute;ment aujourd&#39;hui les &laquo;s&eacute;farades&raquo;).&nbsp;&laquo;Sans &ecirc;tre consensuelle, explique Ren&eacute;e Dray-Bensousan,&nbsp;la communaut&eacute; est loin d&#39;&ecirc;tre cloisonn&eacute;e.&raquo;&nbsp;Des mariages ont lieu r&eacute;guli&egrave;rement et de nombreux brassages d&eacute;montrent que cette ville &laquo;refuge&raquo; qu&#39;est Marseille permet &agrave; tous ces gens de s&#39;int&eacute;grer, quel que soit leur milieu social.<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&#39;arriv&eacute;e des juifs s&eacute;farades rapatri&eacute;s dans les ann&eacute;es 60, apr&egrave;s les accords d&#39;&Eacute;vian, citoyens Fran&ccedil;ais depuis le XIXe&nbsp;si&egrave;cle gr&acirc;ce au d&eacute;cret Cr&eacute;mieux, avait apport&eacute; une vision plus conviviale et plus festive de la religion, ainsi qu&#39;un brassage et une diversit&eacute;. Ces gens partageaient les m&ecirc;mes codes que de nombreux musulmans, parlaient parfois la m&ecirc;me langue, baignaient dans la m&ecirc;me culture. Mais de nombreux &eacute;v&egrave;nements sont venus bouleverser ce relatif apaisement, au premier rang desquels, &eacute;videmment, le conflit isra&eacute;lo-palestinien.&nbsp;&laquo;Aujourd&#39;hui, on ne parle d&#39;Isra&euml;l qu&#39;en des termes pol&eacute;miques. Quand j&#39;&eacute;tais adolescent, c&#39;&eacute;tait un sujet &ldquo;bateau&ldquo;. Les uns racontaient comment ils s&#39;&eacute;clataient sur les plages, les autres parlaient de leur famille qui habitait l&agrave;-bas, et c&#39;&eacute;tait tout&raquo;, se souvient Rubin Sfadj.&nbsp;&laquo;J&#39;ai deux potes musulmans avec qui je suis rest&eacute; ami, un alg&eacute;rien et un marocain, et je crois n&#39;avoir jamais parl&eacute; avec eux d&#39;Isra&euml;l sur le plan politique. Et pourtant, on n&#39;a jamais &eacute;vit&eacute; le sujet consciemment!&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl est frappant de noter que le mode op&eacute;ratoire des criminels qui agissent sur le sol fran&ccedil;ais ressemble en tous points &agrave; celui qu&#39;utilisent des criminels en Isra&euml;l, dans une forme de sym&eacute;trie troublante.&nbsp;&laquo;On assiste &agrave; une duplication de ce qui se passe depuis quelques mois en Isra&euml;l, une multiplication des attentats au couteau&raquo;,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/actualite-france\/2016\/01\/11\/01016-20160111ARTFIG00313-marseille-un-lyceen-turc-agresse-un-enseignant-juif-au-nom-de-daech.php\">constate ainsi <\/a>Mich&egrave;le Teboul.&nbsp;&laquo;C&#39;est ce qui nous inqui&egrave;te le plus car c&#39;est porteur de guerre civile, de haine entre les communaut&eacute;s et de d&eacute;fiance.&raquo;&nbsp;En mai, elle pr&eacute;voit d&#39;organiser une journ&eacute;e de la fraternit&eacute;, premi&egrave;re marche vers un climat plus apais&eacute;. Celle-ci sera-t-elle suffisante&nbsp;?&nbsp;&laquo;Les juifs ont un peu appris &agrave; ne compter que sur eux-m&ecirc;mes ces derni&egrave;res ann&eacute;es, conclut Tal Sfadj.&nbsp;Ils n&#39;ont plus confiance&#8230;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tSlate.fr<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Marseille, cette ville o&ugrave; les juifs vivaient paisiblement J&eacute;r&eacute;my Collado &nbsp; La capitale proven&ccedil;ale fut longtemps l&#39;une des cit&eacute;s les plus accueillantes pour ceux qu&#39;on appelait encore autrefois les &laquo;isra&eacute;lites&raquo;. Mais le conflit isra&eacute;lo-palestinien, le terrorisme et les tensions communautaires ont chang&eacute; la donne. Marseille (Bouches-du-Rh&ocirc;ne) Ce lundi 11 janvier, Benjamin Amsellem, un&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":20241,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10,1],"tags":[],"class_list":["post-11881","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-france","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11881","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11881"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11881\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20241"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11881"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11881"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11881"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}