{"id":11895,"date":"2016-01-24T18:46:55","date_gmt":"2016-01-24T18:46:55","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=11895"},"modified":"2016-01-24T18:46:55","modified_gmt":"2016-01-24T18:46:55","slug":"hagai-levi-rencontre-avec-le-pere-de-en-analyse-et-affair","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/hagai-levi-rencontre-avec-le-pere-de-en-analyse-et-affair\/","title":{"rendered":"Hagai Levi : Rencontre avec le p\u00e8re de \u00ab\u00a0En analyse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0The Affair\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<header>\n<p>\n\t\tHagai Levi : Rencontre avec le p&egrave;re de &quot;En analyse&quot; et &quot;The Affair&quot;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<div itemprop=\"author\" itemscope=\"\" itemtype=\"http:\/\/schema.org\/Person\">\n<p>\n\t\t\t\t<a href=\"http:\/\/teleobs.nouvelobs.com\/journaliste\/14903\/marjolaine-jarry.html\" itemprop=\"url\" rel=\"author\" title=\"Marjolaine Jarry\">Par&nbsp;Marjolaine Jarry<\/a>&nbsp;&#8211; NouvelObs<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\tDe la tr&egrave;s c&eacute;r&eacute;brale &quot;En analyse&quot; &agrave; la tr&egrave;s sensuelle &quot;The Affair&quot;, le cr&eacute;ateur isra&eacute;lien ne cesse de sonder les combats int&eacute;rieurs et de bousculer les lignes. Rencontre avec un g&eacute;nie des s&eacute;ries.<\/p>\n<\/header>\n<div>\n<div id=\"js-article-body\" itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t\tDans le secret d&#39;un abri anti-atomique reconverti en salle de projection, &agrave; l&#39;or&eacute;e des ann&eacute;es 80 en Isra&euml;l, un adolescent d&eacute;couvre le cin&eacute;ma, les baisers fougueux, les &eacute;treintes licencieuses. Hagai Levi a seize ans. Il est le projectionniste officiel du kibboutz religieux o&ugrave; il a grandi, au creux de la vall&eacute;e d&#39;Ayalon, entre Tel-Aviv et J&eacute;rusalem. Ce qui implique de s&#39;initier &agrave; l&#39;art de la censure. Le sc&eacute;nariste se souvient :<\/p>\n<p>\n\t\t\tSeul dans mon abri, j&#39;avais pour mission de rep&eacute;rer les baisers qui s&#39;&eacute;ternisaient, les corps qui se d&eacute;nudaient&#8230; J&#39;ai pass&eacute; des journ&eacute;es enti&egrave;res comme &ccedil;a, dans le noir, &agrave; d&eacute;couvrir le plus de films possibles.&nbsp;Pendant la s&eacute;ance, je devais placer un morceau de carton devant l&#39;objectif ou r&eacute;gler la focale pour flouter les images non autoris&eacute;es. Evidemment, les sc&egrave;nes de guerre ne posaient aucun probl&egrave;me!&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&quot;Cinema paradiso&quot; version kibboutz. Aujourd&#39;hui, Hagai Levi est acclam&eacute; pour la tr&egrave;s sensuelle (et, n&eacute;anmoins, tr&egrave;s c&eacute;r&eacute;brale!) &quot;The Affair&quot;, histoire d&#39;une liaison passionn&eacute;e&hellip; Qui s&egrave;me le vice r&eacute;colte la temp&ecirc;te. R&eacute;compens&eacute;e par le Golden Globe de la meilleure s&eacute;rie dramatique apr&egrave;s son lancement en 2014 sur Showtime (1), &quot;The Affair&quot; est un nouveau succ&egrave;s am&eacute;ricain pour le sc&eacute;nariste isra&eacute;lien d&eacute;j&agrave; rep&eacute;r&eacute;, depuis longtemps, par la prestigieuse HBO qui lui avait demand&eacute;, en 2008, de se charger, avec &quot;In treatment&quot; (&quot;En analyse&quot;), de l&#39;adaptation de sa propre s&eacute;rie &quot;Betipul&quot;, cr&eacute;&eacute;e en Isra&euml;l. Cette immersion hyper-construite et ultra-sensible dans le cabinet d&#39;un psy ( feu Assi Dayan dans la version isra&eacute;lienne, Gabriel Byrne dans l&#39;adaptation am&eacute;ricaine) a, depuis, &eacute;t&eacute; adapt&eacute;e dans pas moins de 17 pays &agrave; travers le monde. A l&#39;universit&eacute; internationale de cin&eacute;ma de Cologne (Ifs, international filmschule), o&ugrave; l&#39;on rejoint Hagai Levi, venu de Tel-Aviv o&ugrave; il habite, pour donner une master-class, le 6 novembre dernier, de futurs auteurs d&#39;une vingtaine d&#39;ann&eacute;es se pressent pour &eacute;couter ce g&eacute;nie des s&eacute;ries, dont la qu&ecirc;te de r&eacute;invention formelle ne cesse de bousculer les lignes du genre.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Les mots et le sens<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tMais pour l&#39;heure, il faut se d&eacute;cider : sauter, ne pas sauter? La vie est un choix qui s&#39;incarne parfois avec urgence devant un ascenseur allemand. En l&#39;occurrence, l&#39;un de ces anciens mod&egrave;les, comme on en trouve encore dans les b&acirc;timents administratifs d&#39;Europe de l&#39;Est, simples cabines ouvertes en bois qui montent et descendent dans un mouvement perp&eacute;tuel et requi&egrave;rent, chez l&#39;utilisateur, une facult&eacute; naturelle &agrave; savoir saisir l&#39;occasion (l&#39;ascenseur ne s&#39;arr&ecirc;te jamais, il s&#39;agit de s&#39;engouffrer au vol, l&#39;h&eacute;sitation est une option &agrave; risques). Dans le hall de la facult&eacute; de Cologne, Hagai Levi sourit en coin devant l&#39;obstacle. Embarquer aussit&ocirc;t ou attendre le prochain passage? Pr&eacute;f&eacute;rer les escaliers? Un dilemme de plus pour celui qui les bouture avec un masochisme passionn&eacute;, comme dans &quot;The Affair&quot; qui pourrait se r&eacute;sumer d&#39;un : tromper ou ne pas tromper? En r&eacute;alit&eacute;, cela s&#39;av&egrave;re, sous la plume d&#39;Hagai Levi, bien plus complexe. Mais pas le temps de d&eacute;velopper : notre sc&eacute;nariste a d&eacute;j&agrave; bondi dans le Pasternoster. Car, oui, tel est le surnom donn&eacute; &agrave; ces ascenseurs dont le circuit continu &eacute;voque la boucle du chapelet et la pri&egrave;re qui l&#39;accompagne&hellip; Re-sourire en coin d&#39;Hagai Levi devant cette gourmandise s&eacute;mantique qui r&eacute;sonne &agrave; l&#39;oreille de l&#39;amoureux du texte, aguerri aux jeux du signifiant et du signifi&eacute; (on ne fait pas d&#39;un psy le h&eacute;ros d&#39;une s&eacute;rie t&eacute;l&eacute; par hasard). Les mots et le sens. Le jour o&ugrave; on a rencontr&eacute; Hagai Levi pour la premi&egrave;re fois, il y a quelques ann&eacute;es de cela, au Forum des Images, &agrave; Paris, &agrave; l&#39;occasion de la projection crois&eacute;e d&#39;&quot;In treatment&quot; et de &quot;Betipul&quot;, celui-ci confessait :<\/p>\n<p>\n\t\t\tJe suis n&eacute; l&agrave;-dedans. Les mots, c&rsquo;est toute ma vie. La religion juive est toute enti&egrave;re tourn&eacute;e vers les mots, l&rsquo;analyse des textes&hellip; Ce n&rsquo;est probablement pas un hasard si Freud &eacute;tait juif. Dans la religion juive comme en psychanalyse, il est question de la m&ecirc;me chose&nbsp;: d&rsquo;interpr&eacute;tation.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPas un hasard non plus si &quot;In treatment&quot; nous entra&icirc;ne sur le terrain, min&eacute; de lapsus, de malentendus et autres saillies comique, du langage, au fil de ces mots &#8211; et de ces silences! &#8211; qui savent de nous des choses que nous ne savons pas. &quot;Hamekulalim&quot;, mini-s&eacute;rie en forme de faux documentaire que le sc&eacute;nariste a r&eacute;cemment consacr&eacute;e &agrave; des artistes isra&eacute;liens, c&eacute;l&egrave;bre la force po&eacute;tique et performative du verbe. Quant &agrave; &quot;The Affair&quot;, celle-ci raconte un adult&egrave;re fa&ccedil;on &quot;Rashomon&quot;, o&ugrave; chaque &eacute;pisode donne &agrave; voir le point de vue des deux amants, Noah (Dominic West) et Alison (Ruth Wilson) qui racontent, a posteriori, ce tournant de leur existence. La chose et les mots&hellip; Leurs r&eacute;cits ne tardent pas &agrave; &eacute;chafauder une r&eacute;alit&eacute; augment&eacute;e des projections de l&#39;un et de l&#39;autre, des reconstructions de la m&eacute;moire. Qui ment? Qui aime? Qui aimante? &quot;Inconsciemment, chacun peut vouloir se donner le beau r&ocirc;le, mais il ne s&#39;agit pas de manipulations, plut&ocirc;t d&#39;interpr&eacute;tation, une fois encore&quot;, insiste Hagai Levi. Aux &eacute;tudiants qui l&#39;&eacute;coutent religieusement, il confie avoir r&eacute;alis&eacute; un fantasme d&#39;omniscience : &quot;On r&ecirc;ve tous d&#39;avoir acc&egrave;s &agrave; ce que l&#39;autre a en t&ecirc;te quand on le rencontre, non?&quot;&nbsp;M&ecirc;me combat avec &quot;In treatment&quot; : &quot;Il me semble qu&#39;on cr&egrave;ve d&#39;envie de savoir comment son psy se comporte avec les autres patients &#8211; &agrave; partir du moment o&ugrave; on accept&eacute; qu&#39;on n&#39;&eacute;tait pas son unique patient!&quot;, s&#39;amuse le sc&eacute;nariste.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>La passion du dilemme<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tDans la t&ecirc;te d&#39;Hagai Levi, il y a l&#39;envie d&#39;&ecirc;tre&#8230; dans la t&ecirc;te de l&#39;autre. D&eacute;marche hautement contagieuse tant le t&eacute;l&eacute;spectateur se retrouve impliqu&eacute; dans les dispositifs que celui-ci met en place, s&#39;identifiant tour &agrave; tout au psy et au patient, au mari volage et &agrave; la ma&icirc;tresse d&eacute;boussol&eacute;e, tentant de confronter les versions, envahi par un questionnement insistant : qu&#39;aurions-nous fait? &quot;Au d&eacute;part pour &quot;The Affair&quot;, j&#39;avais m&ecirc;me imagin&eacute; que le h&eacute;ros serait rabbin, pour rendre son dilemme encore plus pr&eacute;gnant&hellip;&nbsp;Je suis fonci&egrave;rement anti-cynique, je ne supporte pas de regarder une s&eacute;rie comme &quot;House of cards&quot;, je ne vois pas l&#39;int&eacute;r&ecirc;t de personnages qui ne connaissent pas de combat int&eacute;rieur entre le bien et le mal. Les enjeux humains sont profond&eacute;ment moraux et donc, complexes. S&#39;approcher de cette complexit&eacute; vous rend plus tol&eacute;rant sur les autres, plus vigilant sur vous-m&ecirc;me. Je ne pense pas que l&#39;homme soit intrins&egrave;quement mauvais, mais qu&#39;il est essentiel d&#39;avoir conscience du mal dont nous sommes capables&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe temps d&#39;une vie, Hagai Levi, n&eacute; en 1963, a travers&eacute; rien moins que la r&eacute;volution existentielle de l&#39;homme occidental depuis la fin du XIXe si&egrave;cle, d&eacute;livr&eacute; du carcan religieux qui r&eacute;gissait ses choix les plus intimes, pouss&eacute; dans le grand bain de la libert&eacute; sans fond o&ugrave; l&#39;on a t&ocirc;t fait de perdre pied&hellip; &quot;Enfant, cette id&eacute;e qu&#39;il suffit d&#39;ob&eacute;ir aux r&egrave;gles pour avoir une bonne vie est tr&egrave;s rassurante, mais vers quatorze-quinze ans, je n&#39;arrivais plus &agrave; m&#39;en remettre &agrave; cette vision des choses, cela me paraissait, justement, immature. Il m&#39;a fallu tout de m&ecirc;me cinq ann&eacute;es, &agrave; partir de l&agrave;, pour traduire ces doutes en action et quitter le kibboutz,&nbsp;raconte-il.&nbsp;On ne m&#39;a pas retenu : quand vous commencez &agrave; poser trop de questions, on ne cherche pas &agrave; vous convaincre mais &agrave; vous &eacute;loigner pour que vous ne contaminiez pas les autres!&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\tRejoindre la vie s&eacute;culi&egrave;re fut &quot;extr&ecirc;mement angoissant :&nbsp;quoi de plus troublant, quand vous venez d&#39;une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; tout est r&eacute;gul&eacute;? Quand vous &ecirc;tes juif pratiquant, chaque instant de votre vie quotidienne est sous contr&ocirc;le, vous devez, dans la m&ecirc;me minute, respecter trois interdits &agrave; la fois&quot;. Devant un th&eacute;, il joint le geste &agrave; la parole&nbsp; : &quot;L&agrave;, par exemple, comme c&#39;est shabbat, je suis cens&eacute; verser d&#39;abord l&#39;eau, qui ne doit pas th&eacute;oriquement d&eacute;passer une certaine temp&eacute;rature, puis seulement, mettre le sachet pour &eacute;viter ce qui s&#39;apparenterait &agrave; une cuisson&hellip;&quot; Sa jeunesse a &eacute;t&eacute; foudroy&eacute;e par la solitude et l&#39;angoisse de l&#39;homme moderne : &quot;Je me suis raccroch&eacute; &agrave; la psychanalyse, m&ecirc;me si je pouvais passer des s&eacute;ances enti&egrave;res sans prof&eacute;rer un mot, cela me donnait une structure &agrave; laquelle me tenir. Jusqu&#39;&agrave; 25 ans, j&#39;ai travers&eacute; des ann&eacute;es tr&egrave;s sombres&hellip;&quot;. Evidemment, il est le premier &agrave; faire le lien avec son app&eacute;tence pour les r&egrave;gles en fiction : &quot;J&#39;ai besoin d&#39;un cadre strict pour m&#39;y confronter, le d&eacute;passer. La contrainte est cr&eacute;atrice : je n&#39;aime rien tant que l&#39;&eacute;pisode 4 de la premi&egrave;re saison de &quot;The Affair&quot; o&ugrave; les deux h&eacute;ros sont seuls sur une &icirc;le : dans cette unit&eacute; de lieu et de temps, chaque d&eacute;tail devient signifiant&hellip;&quot;. Une recherche formelle qui prend la forme d&#39;une qu&ecirc;te &quot;quasi mystique&quot; :<\/p>\n<p>\n\t\t\tPour chaque sujet, j&#39;ai la conviction qu&#39;il existe une forme particuli&egrave;re qui m&#39;attend quelque part et que je dois trouver. Certains aiment raconter des histoires, moi, je suis plus obs&eacute;d&eacute; encore par la fa&ccedil;on de le faire&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tPour &quot;In treatment&quot;, il a invent&eacute; un proc&eacute;d&eacute; narratif unique : chaque &eacute;pisode, enracin&eacute; dans le cabinet du psy, dure pile le temps dune s&eacute;ance (une trentaine de minutes), sans flash-backs ni ellipse temporelle. Au fil de la saison, chacun des quatre patients a rendez-vous pour une s&eacute;ance hebdomadaire. Le dernier jour de la semaine, c&#39;est au psy d&#39;avoir rendez-vous avec&hellip; sa propre psy ! A cet architecte obsessionnel du r&eacute;cit, la s&eacute;rie t&eacute;l&eacute; offre la possibilit&eacute; de d&eacute;ployer en grand format ses minutieux &eacute;chafaudages, sans que jamais l&#39;&eacute;motion n&#39;y perde du terrain. Pas de d&eacute;monstration de force intellectuelle chez Hagai Levi, mais une exigence infinie dans l&#39;empathie, qui exclut la sensiblerie, pour mieux &eacute;pouser les mouvements de l&#39;&acirc;me, s&#39;approcher des foyers de souffrance, reconna&icirc;tre chez l&#39;autre, en profondeur et &agrave; fleur de peau, une humanit&eacute; commune&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Rencontre avec Etty Hillesum<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tIl allume une cigarette avec f&eacute;brilit&eacute;, revient avec gaiet&eacute; &agrave; sa cr&egrave;me br&ucirc;l&eacute;e &#8211; &quot;pas beaucoup mieux pour les art&egrave;res!&quot;. Ce pessimiste convaincu le sait bien : entre deux maux, choisir les deux. Il poss&egrave;de la d&eacute;termination de ceux qui ne s&#39;attendent jamais &agrave; ce que ce soit facile &#8211; &quot;Pour &quot;In treatment&quot;, o&ugrave; tout n&#39;est que dialogue, il fallait souvent un mois entier &#8211; et dix &agrave; douze versions diff&eacute;rentes- pour &eacute;crire un bon &eacute;pisode!&quot;. La volont&eacute;, aussi, de ceux qui poursuivent un id&eacute;al. Dernier exemple en date, son d&eacute;sengagement de la saison 2 de &quot;The Affair&quot; qu&#39;il a confi&eacute;e &agrave; sa co-sc&eacute;nariste am&eacute;ricaine Sarah Treem pour se consacrer, cette fois, &agrave; un projet de long-m&eacute;trage. Un film qui lui tient infiniment &agrave; c&oelig;ur, adaptation du magnifique journal (2) qu&#39;a tenu Etty Hillesum, jeune juive de Hollande, pendant la Seconde guerre mondiale, dans lequel elle ne cesse d&#39;affirmer sa foi en l&#39;humanit&eacute; et son ardeur &agrave; &ecirc;tre, jusque depuis le camp de transit de Westerbrok o&ugrave; elle s&#39;engagea volontairement pour aider les d&eacute;port&eacute;s, avant de mourir &agrave; Auschwitz en 1943.<\/p>\n<p>\n\t\t\tTout me passionne chez elle : la fa&ccedil;on dont elle invente sa propre foi, son exp&eacute;rience de la psychanalyse qu&#39;elle pratique comme une aventure, plus exp&eacute;rimentale que dogmatique, sa libert&eacute;, son humour&hellip;&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&quot;Etty&quot;, comme il l&#39;appelle, est une amie qui l&#39;a d&eacute;livr&eacute; de la peur de vivre. &quot;Dans l&#39;un des pires moments de l&#39;Histoire, elle affirme que, dans le plus extr&ecirc;me des d&eacute;nuements, votre &acirc;me continue de vous appartenir.&quot; Une rencontre comme une &eacute;tape-clef sur le chemin pour devenir soi d&#39;Hagai Levi, qui a co&iuml;ncid&eacute; avec son retour &agrave; une foi toute personnelle, &quot;vers un Dieu int&eacute;rieur et conceptuel&quot;. Apr&egrave;s la master-class et avant le th&eacute;-clope-cr&egrave;me br&ucirc;l&eacute;e, il nous propose de l&#39;accompagner &agrave; la synagogue de Cologne : &quot;En Isra&euml;l, je n&#39;y vais pas, mais quand je voyage, j&#39;essaye, &agrave; chaque fois, d&#39;y aller&quot;. Il sort de sa poche une kippa tiss&eacute;e de fils de couleur, souvenir de jeunesse offert par une jeune fille du kibboutz &#8211; &quot;Les contacts physiques sont interdits entre les sexes, alors les filles confectionnent des kippas pour les gar&ccedil;ons, une fa&ccedil;on de transcender!&quot;.&nbsp;Les chants s&#39;&eacute;l&egrave;vent sous la nef de l&#39;imposant b&acirc;timent de style n&eacute;o-roman, incendi&eacute; lors de la Nuit de cristal. Une fillette&nbsp;en jupon de tulle rose bonbon sautille dans les all&eacute;es. &quot;D&eacute;sormais, j&#39;aime retrouver ces chants qui font partie de ma vie, depuis toujours, avant m&ecirc;me que je ne sache parler. Apr&egrave;s avoir coup&eacute; avec cela, j&#39;ai acc&egrave;s &agrave; la nostalgie de ces moments&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Dieu pris&nbsp;en otage<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tSans surprise, la religion n&#39;en reste pas moins un objet br&ucirc;lant pour celui qui pr&eacute;pare une s&eacute;rie sur l&#39;extr&ecirc;me-droite isra&eacute;lienne : &quot;Cela faisait longtemps que je ne m&#39;&eacute;tais pas saisi du politique en &eacute;criture, je pense que c&#39;est le moment. Mais j&#39;essaye toujours de relier l&#39;exp&eacute;rience du r&eacute;el &agrave; une id&eacute;e plus universelle, probablement pour ne pas subir celui-ci de plein fouet. En l&#39;occurrence, je veux explorer, &agrave; travers cette s&eacute;rie sur l&#39;extr&ecirc;me-droite, sur les jeunes colons fanatiques des collines, la fa&ccedil;on dont toute religion finit toujours par &ecirc;tre d&eacute;voy&eacute;e par certains, qui s&#39;en servent pour faire le mal.&quot;&nbsp;Une semaine apr&egrave;s notre rencontre, les attentats de Paris offraient &agrave; ces mots un sinistre &eacute;cho. &quot;Bien s&ucirc;r, j&#39;ai d&#39;abord ressenti d&eacute;vastation et col&egrave;re, nous &eacute;crit-il, quelques jours plus tard de Tel-Aviv.Puis, cela m&#39;a ramen&eacute; &agrave; cette conviction que toute religion &eacute;tablie, comme si cela faisait partie de son ADN, se retrouve un jour prise en otage par des gens qui s&#39;en servent comme d&#39;une excuse pour le racisme, la s&eacute;gr&eacute;gation, le meurtre (&hellip;) qu&#39;il s&#39;agisse du christianisme, du juda&iuml;sme, de l&#39;islam ou du bouddhisme. C&#39;est probablement in&eacute;vitable et cela rend Etty Hillesum encore plus ch&egrave;re &agrave; mon c&oelig;ur, elle qui a trouv&eacute; son propre Dieu, un Dieu v&eacute;cu dans la libert&eacute;, (&hellip;) qui lui inspire bont&eacute; et compassion infinies&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tSi Dieu n&#39;existait pas, il faudrait le r&eacute;inventer. Contre toute tyrannie, affirmer l&#39;invuln&eacute;rable croyance en la cr&eacute;ation. &quot;Il me semble que nous nous effor&ccedil;ons de donner &agrave; nos existences le sens d&rsquo;un r&eacute;cit, pour &eacute;chapper &agrave; l&rsquo;absurde,&nbsp;confirme Hagai Levi. Il nous faut &eacute;crire notre propre histoire, celle avec laquelle on arrive &agrave; vivre.&quot;&nbsp;Etty Hillesum affirmait qu&#39;elle voulait &ecirc;tre &quot;un c&oelig;ur pensant&quot;. On ne saurait trouver mots plus justes pour &eacute;voquer ce qu&#39;on l&#39;on aper&ccedil;oit d&#39;Hagai Levi.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;(1) Fin de la saison 2 de &quot;The Affair&quot;, samedi 27 d&eacute;cembre, &agrave; 20h50 sur Canal+ S&eacute;ries.<\/p>\n<p>\n\t\t\t(2) &quot;Une vie boulevers&eacute;e, suivi de Lettres de Westerbrok, Journal 1941-1943&quot;, d&#39;Etty Hillesum, Points.&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hagai Levi : Rencontre avec le p&egrave;re de &quot;En analyse&quot; et &quot;The Affair&quot; &nbsp; Par&nbsp;Marjolaine Jarry&nbsp;&#8211; NouvelObs &nbsp; De la tr&egrave;s c&eacute;r&eacute;brale &quot;En analyse&quot; &agrave; la tr&egrave;s sensuelle &quot;The Affair&quot;, le cr&eacute;ateur isra&eacute;lien ne cesse de sonder les combats int&eacute;rieurs et de bousculer les lignes. Rencontre avec un g&eacute;nie des s&eacute;ries. 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