{"id":12073,"date":"2016-02-17T05:44:38","date_gmt":"2016-02-17T05:44:38","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=12073"},"modified":"2016-02-16T23:26:21","modified_gmt":"2016-02-16T23:26:21","slug":"lucien-rumani-un-autre-temps-viendra-la-goulette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lucien-rumani-un-autre-temps-viendra-la-goulette\/","title":{"rendered":"LUCIEN RUMANI  &#8211;  Un autre temps viendra &#8211; La Goulette"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\">\n\tLUCIEN RUMANI<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\">\n\tun autre temps viendra<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\">\n\tRoman<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t<strong><em>&hellip;&#8230;..La Goulette<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Les enfants des familles pauvres du quartier, en majorit&eacute; juives ou immigr&eacute;es m&eacute;diterran&eacute;ennes, occupaient leurs vacances en jeux de rue. Les veinards quant &agrave; eux se la coulaient douce &agrave; la campagne, au bord de la mer ou en voyage.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Les derniers jours d&#39;&eacute;cole, sans m&ecirc;me lire les ultimes corrections, sit&ocirc;t les cahiers r&eacute;cup&eacute;r&eacute;s, une couverture enroul&eacute;e en guise de sarbacane et les pages coup&eacute;es en quatre pour en faire des cornets, nous d&eacute;marrions d&#39;amusantes gu&eacute;guerres de fl&eacute;chettes qui ne cessaient qu&#39;&agrave; l&#39;&eacute;puisement des feuilles. Les plus effront&eacute;s visaient les passants aux cheveux. Garnement &agrave; mes heures, je fixais &agrave; la pointe de mes projectiles une &eacute;pingle de couture pour viser sans vergogne les fesses des passantes, jeunes et jolies de pr&eacute;f&eacute;rence. Variante m&eacute;prisable certes, mais &agrave; chaque coup au but les cris de mes victimes d&eacute;clenchaient une telle hilarit&eacute; chez mes copains que cette m&eacute;chante id&eacute;e me semblait des plus amusantes&#8230;. jusqu&#39;au jour o&ugrave; une championne de course &agrave; pied me rattrapa sans peine, me ficha une racl&eacute;e m&eacute;morable. Mes potes ne riaient plus, ils s&#39;esclaffaient et me huaient !&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Sous le balcon de la clinique du docteur Sa&uuml;l, le parjure qui refusa de me pl&acirc;trer la jambe, nous f&icirc;mes d&#39;un mur bien plac&eacute; le point de ralliement de nos jeux de ballon, de chat perch&eacute;, ou m&ecirc;me de prison quand nous jouions aux gendarmes et aux voleurs. Les &eacute;quipes tir&eacute;es au sort, nous inversions les r&ocirc;les apr&egrave;s chaque lib&eacute;ration, quand un voleur quittait la prison, touch&eacute; par ses &eacute;quipiers malgr&eacute; la d&eacute;fense des gendarmes. Tous s&rsquo;enfuyaient alors en hurlant !<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; D&eacute;&eacute;&eacute;&#8230;&#8230;livr&eacute; ! D&eacute;&eacute;&eacute;&#8230;&#8230;livr&eacute; !<\/em><\/p>\n<p>\n\tPour s&ucirc;r, notre chambard incommodait fort les patients&nbsp; du docteur. Aussi nous balan&ccedil;ait-il force seaux d&#39;eau pour nous faire d&eacute;guerpir, encourag&eacute; dans cette p&eacute;nible t&acirc;che par l&#39;entrain et la vocif&eacute;ration de ses employ&eacute;es. Lass&eacute;s, nous changions de jeu quand des cal&egrave;ches passaient &agrave; proximit&eacute;, sautant alors sur la barre arri&egrave;re de l&#39;essieu pour balader gratis, mais&#8230; gare aux resquilleurs si un jaloux alertait le cocher en criant.<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; Courrie&#8230;ez ! Courrie&#8230;ez !<\/em><\/p>\n<p>\n\tNous d&eacute;gagions alors en catastrophe sous une pluie in&eacute;vitable de coups de fouet.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Un jour de malchance, un tombereau passa tout pr&egrave;s de notre mur, transportant de gros sacs en toile de jute cercl&eacute;s de rubans m&eacute;talliques, d&#39;o&ugrave; s&#39;&eacute;coulait un mince filet de sucre. Laissant les gendarmes et les voleurs &agrave; leurs courses folles, je grimpai prestement sur la carriole pour me gaver de cette manne miraculeuse, quand le charretier pr&eacute;venu par le cri fatidique fit claquer son fouet. Je m&#39;&eacute;jectai d&#39;urgence, hurlant de douleur. Un cerclage mal ajust&eacute; m&#39;avait d&eacute;chir&eacute; la cuisse sur plusieurs centim&egrave;tres. Pissant le sang, je m&#39;en retournai penaud &agrave; la maison o&ugrave; une beigne tonitruante me dissuada de courir apr&egrave;s les carrioles sans discernement. J&rsquo;eus beaucoup de chance dans mon malheur, ma vilaine plaie ne s&#39;&eacute;tant pas infect&eacute;e bien qu&#39;elle me fit beaucoup souffrir, passant du bleu noir&acirc;tre au jaune purulent pendant des semaines, en l&#39;absence de tout soin m&eacute;dical. Merci la Providence !<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; D&#39;autres jeux, heureusement moins p&eacute;rilleux, occupaient notre oisivet&eacute; estivale. On dessinait par exemple &agrave; la craie sur la chauss&eacute;e un grand serpent avec des boucles et des cases. De pichenette en pichenette, chaque joueur poussait sa pi&eacute;cette de la t&ecirc;te &agrave; la queue du reptile. Les maladroits qui la faisaient sortir lat&eacute;ralement repartaient &eacute;videmment de la case d&eacute;part et le plus habile &agrave; atteindre l&#39;extr&eacute;mit&eacute; du serpent raflait toutes les mises. Malgr&eacute; notre jeune &acirc;ge, les jeux d&#39;argent &eacute;tant tr&egrave;s populaires dans tous les milieux tunisiens, nous allions ensuite jouer au sort toutes les pi&eacute;cettes, contre de d&eacute;licieuses petites meringues que des marchands ambulants vendaient &agrave; la sauvette.<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; France ou arabe ?<\/em><\/p>\n<p>\n\tPour pile ou face. Les jours de chance, on se gavait de&nbsp; d&eacute;licieuses friandises multicolores, n&#39;arr&ecirc;tant que quand tous les picaillons &eacute;taient perdus ou si un flic irascible faisait d&eacute;guerpir les marchands encore plus vite que les joueurs, d&eacute;molissant quelquefois les tr&eacute;teaux de meringues &agrave; coups de pied.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; De sportives parties de ballon prisonnier, courant comme des dingues malgr&eacute; la chaleur suffocante, occupaient nos apr&egrave;s-midis quand nous &eacute;tions suffisamment nombreux,&nbsp; sinon nous jouions une heure ou deux &agrave; un jeu mettant notre habilet&eacute; &agrave; rude &eacute;preuve. Un quart de feuille de cahier pli&eacute;e en accord&eacute;on, pass&eacute;e dans un sou trou&eacute; formait un volant maintenu en l&rsquo;air le plus longtemps possible &agrave; coups de pied r&eacute;p&eacute;t&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Le moins am&egrave;ne mais le plus populaire de nos jeux de rue se jouait avec un osselet que les bouchers nous offraient bien volontiers. Nous l&#39;appelions jeu de la <em>fatsolette,<\/em> probablement par d&eacute;formation de <em>fazzoletto,<\/em> mouchoir en italien. L&#39;osselet jet&eacute; au sol fixait la suite des r&eacute;jouissances, suivant la face sur laquelle il tombait. Une face &eacute;tait perdante, l&#39;autre invitait &agrave; rejouer, la troisi&egrave;me couronnait le roi et la derni&egrave;re ravalait au rang de bourreau, l&#39;ex&eacute;cuteur des basses &oelig;uvres qui nouait l&#39;extr&eacute;mit&eacute; de son mouchoir. Les plus vachards serraient tr&egrave;s fort et mouillaient m&ecirc;me leur tire-jus pour rendre leurs coups plus douloureux. Plus on &eacute;taient de fous, plus on se marraient. Le roi du moment ordonnait au bourreau la partie du corps et le nombre de coups &agrave; administrer aux malchanceux qui tiraient la face perdante. Gare aux tortionnaires qui avaient abus&eacute; d&#39;un pouvoir &eacute;ph&eacute;m&egrave;re contre un joueur quand ce dernier devenait &agrave; son tour roi ou bourreau ! On r&eacute;glait nos comptes, moquions les moins sto&iuml;ques qui pleuraient, finissions souvent nos parties fr&eacute;n&eacute;tiques en pugilats g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;s !<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; J&#39;aurais tellement aim&eacute; avoir une petite s&oelig;ur qui aurait adouci l&#39;ambiance familiale ! Les filles, h&eacute;las confin&eacute;es chez leurs parents ne jouaient jamais avec nous. Le voisinage d&#39;une jolie brunette m&#39;emplissait de joie quand on lui permettait ma compagnie platonique, sa fen&ecirc;tre faisant face &agrave; la mienne. Elle me changeait de la rudesse de mes camarades, me pr&eacute;sentait une &agrave; une ses poup&eacute;es aux pr&eacute;noms italiens, me racontait des histoires comme &agrave; guignol, exhibait ses nombreux jouets rang&eacute;s dans un grand coffre sur lequel elle s&rsquo;asseyait gracieusement. Une voix forte de baryton mettait fin &agrave; nos jeux.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; Basta Franca, chiudi !<\/em><\/p>\n<p>\n\t&Ccedil;&agrave;&nbsp; suffit&nbsp; Franca,&nbsp; ferme. Et nos jeux cessaient. La brunette s&rsquo;&eacute;vaporait en me gratifiant discr&egrave;tement d&#39;une bise de la main et d&#39;un beau sourire. J&#39;avoue avoir envi&eacute; sa corne d&#39;abondance, un vrai tr&eacute;sor compar&eacute;e &agrave; quelques billes, une toupie et un lance-pierre confectionn&eacute; de bric et de broc ! Ma m&egrave;re ne f&ecirc;tait jamais nos anniversaires. Si je qu&eacute;mandais un cadeau, elle m&#39;envoyait in&eacute;vitablement dans les roses. M&ecirc;me Alphonse son petit pr&eacute;f&eacute;r&eacute; &eacute;tait log&eacute; &agrave; la m&ecirc;me enseigne.<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; I&eacute;zi be rk&egrave;k&egrave; !<\/em><\/p>\n<p>\n\tArr&ecirc;te d&rsquo;&ecirc;tre antipathique me rudoyait-elle dans un sabir qui devenait insupportable. L&#39;enfance passa sans amour&#8230; !&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Ma m&egrave;re ne manquait pourtant pas d&#39;imagination. Enfants, elle nous emmenait au cin&eacute;ma, improvisait des commentaires farfelus devant les photos des films, nous faisait accroire qu&#39;il n&#39;y avait rien d&#39;autre &agrave; voir. Son subterfuge partait d&#39;un bon sentiment. &Agrave; ce prix l&agrave;, on allait souvent au cinoche !&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Des ann&eacute;es plus tard, dans un vieil immeuble tout pr&egrave;s de la maison s&#39;installa le Cin&eacute;ma Star,une petite salle minable aux fauteuils &eacute;cul&eacute;s, le sol jonch&eacute; de pluches de <em>glibettes, <\/em>graines de courges grill&eacute;es dont les tunisiens &eacute;taient friands. La porte de sortie des spectateurs toute vermoulue, se trouvait dans une ruelle discr&egrave;te derri&egrave;re l&#39;avenue de Londres. Nous agrand&icirc;mes l&#39;un des trous qui faisait face &agrave; l&#39;&eacute;cran, regardions en clignant de l&rsquo;&oelig;il, commentant en sourdine le film &agrave; un copain qui faisait le guet avant d&#39;&eacute;changer nos r&ocirc;les. C&#39;&eacute;tait gratis mais tr&egrave;s inconfortable. Au g&eacute;n&eacute;rique, nous filions dare-dare avant la sortie des spectateurs non sans avoir rebouch&eacute; le petit trou &agrave; la mie de pain.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Le cin&eacute;ma Star passait plus de films &eacute;gyptiens que de films de Tarzan ou de cow-boys.Mes camarades de resquille n&#39;aimaient pas ces m&eacute;lodrames sous-titr&eacute;s, semblables aux productions bollywoodiennes. J&rsquo;&eacute;carquillais quant &agrave; moi mon &oelig;il le plus valide &eacute;tant hyperm&eacute;trope de l&rsquo;autre, pour contempler ces images d&#39;orient qui me fascinaient.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; De superbes danseuses me rappelaient les odalisques du hammam ! Elles s&rsquo;&eacute;reintaient en arabesques folles, v&ecirc;tues de deux pi&egrave;ces et de voiles multicolores, faisaient virevolter leurs longs cheveux en tous sens, leurs ventres dansant avec une agilit&eacute; d&eacute;concertante que j&#39;essayais en vain d&#39;imiter, rythmaient langoureusement les musiques envo&ucirc;tantes de leurs poitrines g&eacute;n&eacute;reuses et agiles, endiablaient leurs bassins de saccades suggestives. Au sommet de la gloire, <em>Farid El Atrache<\/em> et <em>Samia Gamal,<\/em> rois &eacute;gyptiens du chant arabe exprimaient autant l&#39;amour que la passion avec d&#39;inimitables voix de velours, pendant que les odalisques d&eacute;cha&icirc;naient leurs prouesses sous de fr&eacute;quents youyous et des applaudissements hyst&eacute;riques, dans la salle comme &agrave; l&#39;&eacute;cran.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; H&eacute;las, la resquille cessa quand les gamins du quartier d&eacute;couvrirent l&#39;arnaque. Ils devinrent nombreux &agrave; vouloir en profiter. Leur chahut g&ecirc;nant les spectateurs, le machiniste posa une plaque m&eacute;tallique &agrave; l&#39;int&eacute;rieur de la porte au petit trou, nous privant ainsi des joies du septi&egrave;me art.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; En plus de sa cin&eacute;philie et de son go&ucirc;t immod&eacute;r&eacute; pour la promenade, ma vaillante m&egrave;re aimait les bains de mer malgr&eacute; ses rondeurs et sa petite taille. L&#39;&eacute;t&eacute;, elle nous organisait de joyeux dimanches au bord de la belle bleue, nous tra&icirc;nait t&ocirc;t le matin avenue Jules Ferry au T.G.M. <em>Tunis-Goulette-Marsa,<\/em> un petit train omnibus tout blanc qui partait de Tunis pour rejoindre la Marsa en passant par la Goulette. Je le baptisai le <em>Petit Train Bonheur. <\/em>Il longeait le canal de Tunis, croisant souvent des paquebots venant de Marseille, le <em>Ville de Tunis<\/em>, le <em>Ville d&rsquo;Alger<\/em> ou le <em>Kairouan, g&eacute;ants des mers <\/em>qui me semblaient gigantesques. Sous un beau ciel d&#39;azur refl&eacute;t&eacute; par une mer d&#39;huile, aux abords de la Goulette, les paquebots prenaient le large vers la haute mer, semblant longer le djebelBou-Kornine qui domine le golfe de Tunis.Ce massif calcaire de la dorsale tunisienne tirait son nom de ses deux cornes en forme de crat&egrave;re. Les yeux &eacute;merveill&eacute;s, ma m&eacute;moire grava &agrave; jamais ces rares moments de joie intense.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Encombr&eacute;s de bagages, nous portions qui un sac, une vieille couverture ou un couffin d&eacute;bordant de mangeaille. Les voyageurs se serraient les uns contre les autres aux heures de pointe comme des sardines, dans une chaleur et une promiscuit&eacute; &eacute;touffantes. Pendant untrajet particuli&egrave;rement encombr&eacute;,je me retrouvai nez &agrave; nez avec une jeune tunisienne drap&eacute;e de la t&ecirc;te aux pieds d&#39;un <em>s&eacute;fs&egrave;ri<\/em>, drap blanc traditionneldont quelques musulmanes se voilaient encore de la t&ecirc;te aux pieds, malgr&eacute; l&#39;&eacute;mancipation d&eacute;cr&eacute;t&eacute;e par le Pr&eacute;sident Bourguiba. Ses beaux yeux noirs de biche ourl&eacute;s de kh&ocirc;l me fixait intens&eacute;ment. Serr&eacute;s l&#39;un contre l&#39;autre, elle stimula ma virilit&eacute; &agrave; mon corps d&eacute;fendant alors que le train finissait &agrave; peine d&#39;avaler son premier kilom&egrave;tre. Le sourire &eacute;grillard, elle se saisit d&eacute;licatement de ma main, la porta &agrave; son intimit&eacute;. Elle &eacute;tait nue sous son voile. Surpris et inquiet, je me laissai faire, charm&eacute; par son regard de feu, ses contorsions imperceptibles et la douceur de soie que je sentis au bout de mes doigts. &Agrave; mon grand regret, les joues &eacute;carlates et le membre apoplectique, je ne revis plus la belle qui me gratifia d&#39;un sourire coquin en descendant du train, me salua gaiement d&#39;un geste rapide d&egrave;s qu&#39;il reprit sa course.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Les diff&eacute;rentes communaut&eacute;s de la ville avaient chacune sa station baln&eacute;aire de pr&eacute;dilection, les siciliens au Kram, les maltais &agrave; Salammb&ocirc;, les frankaoui &agrave; Carthage ou &agrave; Sidi Bou Sa&iuml;d. Les juifs aimaient quand &agrave; eux se retrouver &agrave; la Goulette ou &agrave; l&rsquo;A&eacute;roport pour les plus ais&eacute;s. Pourtant, ma m&egrave;re pr&eacute;f&eacute;rait la plage de la Marsa dont les maisons du bord de mer &eacute;taient pourvues de fen&ecirc;tres barreaud&eacute;es permettant de fixer notre vieille couverture en guise de parasol. Elle ponctuait nos baignades d&#39;engueulades, craignant les coups de soleils que nous ne manquions pas d&rsquo;attraper.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notre jeu favori apr&egrave;s les bains de mer, les ricochets et les ch&acirc;teaux de sable consistait &agrave; pi&eacute;ger les promeneurs. Planqu&eacute;s &agrave; bonne distance du trou que l&#39;on avait creus&eacute;, masqu&eacute; de papier journal saupoudr&eacute; de sable sec, nous attendions qu&#39;un gogo s&#39;y prenne les pieds. Nous filions &agrave; fond de train en riant aux &eacute;clats chaque fois qu&#39;un quidam tombait en vocif&eacute;rant.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Un jeu moins espi&egrave;gle mais tout aussi rigolo pi&eacute;geait les passants cupides qui tentaient de s&#39;approprier notre attrape-couillon, un vieux porte monnaie fix&eacute; &agrave; un fil de p&ecirc;che camoufl&eacute; dans le sable. Ils scrutaient discr&egrave;tement les alentours, plongeaient la main vers le porte monnaie soudain devenu baladeur. On tirait d&eacute;licatement sur le fil, le profiteur insistait, nous tirions encore en nous esclaffant, d&eacute;guerpissions finalement au pas de course en tra&icirc;nant notre app&acirc;t derri&egrave;re nous pour recommencer un peu plus loin notre man&egrave;ge de farceurs imp&eacute;nitents.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; &Agrave; notre grande surprise ma m&egrave;re annon&ccedil;&acirc;t que d&egrave;s l&#39;&eacute;t&eacute; prochain, nous n&#39;irions plus &agrave; la Marsa mais &agrave; la Goulette.&nbsp; Changement surprenant car les barreaux pour accrocher notre vieille couverture &eacute;taient indispensables. Elle avait trouv&eacute; bien mieux en concluant uncurieux march&eacute;avec sonboucher du <em>Bahri, <\/em>heureux propri&eacute;taired&#39;une &eacute;table &agrave; la Goulette, comptant un cheptel d&#39;une quinzaine de vaches, un cheval, quelques poules et un &eacute;norme coq qui claironnait fi&egrave;rement sa virilit&eacute; d&egrave;s les premi&egrave;res lueurs du jour. Le canasson disposait en hiver d&rsquo;une grande stalle de trois m&egrave;tres de c&ocirc;t&eacute; avec une mangeoire le long d&#39;un mur. Derri&egrave;re l&#39;&eacute;table, un auvent &agrave; la belle saison lui servait d&rsquo;abri. Ma m&egrave;re s&#39;engagea &agrave; louer au maquignon la stalle du cheval pour tout l&rsquo;&eacute;t&eacute; contre une bouteille d&#39;un litre, pleine de petites pi&egrave;ces jaunes. Gr&acirc;ce &agrave; cette id&eacute;e lumineuse, nous passerions nos week-ends &agrave; la plage, comme des riches ! Des paillasses pour le couchage jet&eacute;es &agrave; m&ecirc;me le sol, roul&eacute;es dans la journ&eacute;e, la mangeoire pour le rangement et ce serait parfait.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Ma m&egrave;re me faisait ses habituelles recommandations de rep&eacute;rer les prix les plus bas quand elle m&#39;envoyait au march&eacute; et voulait maintenant, &agrave; mon grand &eacute;tonnement, que je lui procure un maximum de ces pi&egrave;ces jaunes qui valaient pourtant si peu, semblant avoir acquis pour elles un go&ucirc;t immod&eacute;r&eacute;. Secr&egrave;tement, elle &eacute;pargnait sur son maigre budget les pi&egrave;ces qu&#39;elle balan&ccedil;ait dans la bouteille des vacances, planqu&eacute;e derri&egrave;re une pile d&rsquo;assiettes au fond du buffet.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Un jour de m&eacute;nage, je tombai nez &agrave; nez avec cette curieuse tirelire qu&#39;elle sondait discr&egrave;tement de temps &agrave; autre avec une aiguille &agrave; tricoter pour contr&ocirc;ler le niveau de son magot. Ne r&eacute;sistant pas &agrave; la tentation, je chapardai quatre&nbsp; sous,&nbsp; me&nbsp; payai&nbsp; un&nbsp; beignet&nbsp; au miel et une <em>zlabbia<\/em><\/p>\n<p>\n\tdont j&#39;&eacute;tais si friand.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Sit&ocirc;t rentr&eacute; du coll&egrave;ge, elle me tomba sur le r&acirc;ble en pleurant &agrave; chaudes larmes, m&rsquo;abreuva des pires insultes, me battit comme pl&acirc;tre, m&rsquo;accusa de lui avoir vol&eacute; la moiti&eacute; de son tr&eacute;sor, serrait sa bouteille contre sa grosse poitrine comme un b&eacute;b&eacute;, la ber&ccedil;ait en pleurant, hurlait que la location de l&rsquo;&eacute;t&eacute; &eacute;tait compromise ! J&#39;&eacute;tais enfin &eacute;clair&eacute; sur la raison d&#39;&ecirc;tre de la surprenante tirelire. Alphonse qui n&rsquo;y &eacute;tait pas all&eacute; de main morte pour se servir m&rsquo;accusa de son forfait. Le salopiot avait tap&eacute; abondement dans le pactole ! Furibard, Andr&eacute; me traita de voleur, m&rsquo;assomma de la pire des racl&eacute;es. Je clamai timidement mon innocence, non sans regretter am&egrave;rement mon menu larcin. L&#39;autre pillard re&ccedil;ut sa part de correction, maintint mordicus que j&#39;&eacute;tais le seul coupable, ne m&#39;avouant son forfait qu&#39;apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; copieusement ross&eacute;. D&egrave;s lors, je veillai au grain et plus un seul kopeck ne manqua &agrave; nos futurs week-ends &agrave; la mer !<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Merveilleuses que ces journ&eacute;es pass&eacute;es &agrave; l&#39;&eacute;table ! Les samedis, d&egrave;s l&rsquo;aube, ma m&egrave;re nous r&eacute;veillait en fanfare. Nous filions au <em>Petit Train Bonheur.<\/em> Sit&ocirc;t arriv&eacute;s &agrave; la Goulette, nos colis jet&eacute;s &agrave; l&#39;&eacute;curie, nous foncions &agrave; la plage ! Tant pis pour l&#39;horrible culotte bricol&eacute;e par ma m&egrave;re en guise de maillot de bains, pour le harc&egrave;lement des mouches, pour nos &eacute;puisantes nuits trop courtes que le chant du coq abr&eacute;geait, tant pis pour la puanteur de l&rsquo;&eacute;table. Les briques &agrave; l&rsquo;&oelig;uf et les sandwichs tunisiens du samedi soir chez <em>Bichi <\/em>&nbsp;baignant dans l&#39;huile d&#39;olive et la harissa, les longues journ&eacute;es de baignades et de jeu, la promenade et le bain&nbsp;&nbsp; de mer du cheval aux aurores, masquaient la pr&eacute;carit&eacute; de ces vacances mis&eacute;rables.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Mohamed, le gar&ccedil;on d&rsquo;&eacute;curie, notant mon int&eacute;r&ecirc;t pour le canasson, me proposa un march&eacute; de dupe que j&#39;acceptai volontiers. Les bords de mer &eacute;taient interdits aux &eacute;bats animaliers apr&egrave;s sept heures du matin. Il me permit de conduire le cheval &agrave; la plage aux premi&egrave;res heures du jour contre le nettoyage de l&rsquo;&eacute;table. Je me levais donc de grand matin, &eacute;vacuais moult brouett&eacute;es de fumier, arrosais le sol et les b&oelig;ufs qui mugissaient de plaisir tellement d&eacute;j&agrave; il faisait chaud. Je gagnais ainsi la faveur de conduire le destrier par son licol, le montant &agrave; cru d&egrave;s que j&#39;en fus capable. Quelle joie de le voir s&#39;&eacute;brouer les quatre fers en l&#39;air !&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Le soir, rassasi&eacute; de soleil et de bains de mer, je m&rsquo;allongeais au bord de l&#39;eau sous la vo&ucirc;te &eacute;toil&eacute;e, faisant un v&oelig;u &agrave; chaque &eacute;toile filante avant de m&#39;assoupir, berc&eacute; par le ressac. Je devenais citoyen du monde, r&ecirc;vais d&#39;en faire le tour quand je serais grand. Fascin&eacute; par le spectacle de la voie lact&eacute;e, je me posais mille questions. Existait-il dans un univers aussi vaste un havre de paix pour les enfants malheureux ? Dieu existait-il ? Aurait-il vraiment cr&eacute;&eacute; le ciel et la terre, fa&ccedil;onn&eacute; l&#39;homme &agrave; son image &agrave; partir d&#39;une vulgaire motte de&nbsp; glaise ?&nbsp; Je&nbsp; l&#39;invectivais, bien incapable de lui adresser la moindre pri&egrave;re.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; Dieu tout puissant, si tu existes, pourquoi as-tu p&eacute;tri des hommes aussi mauvais ? Pourquoi la pr&eacute;dation g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e r&egrave;gne t-elle sur le terre&nbsp; ?<\/em>&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Nos&nbsp; week-ends &agrave; l&#39;&eacute;table se terminaient&nbsp; avec la rentr&eacute;e scolaire. Ma m&egrave;re s&#39;ennuyait ferme, ne supportait pas son oisivet&eacute; domestique. Elle se rendait souvent chez sa tante, <em>Ma&iuml;ssa khelti<\/em> comme elle l&#39;appelait, qui habitait la <em>Hara,<\/em> un mis&eacute;rable ghetto vieux de dix si&egrave;cles, semblable au mellah marocain. Je l&#39;accompagnais quand je n&#39;avais pas classe ou rien de mieux &agrave; faire. On acc&eacute;dait au taudis de la tante en traversant une redoutable fabrique de harissa. Malgr&eacute; un mouchoir en guise de masque, je suffoquais, toussais comme un tubard, finissais mon horrible course les yeux piquants et pleins de larmes sous les quolibets des ouvriers. Comment diable pouvaient-ils travailler dix heures par jour dans un tel enfer ?!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s&nbsp; l&#39;une de&nbsp; ces travers&eacute;es&nbsp; &eacute;piques,&nbsp; la gorge en feu, je bus &agrave; la fontaine publique en m&#39;appuyant sur le b&acirc;ti, quand une d&eacute;sagr&eacute;able sensation visqueuse me fit retirer la main prestement. Un infect glaviot verd&acirc;tre d&eacute;goulinait, me d&eacute;go&ucirc;tant &agrave; jamais de ce quartier pourri !<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp; La fille a&icirc;n&eacute;e de la tante, Fortun&eacute;e&nbsp; la mal&nbsp; nomm&eacute;e, avait les cheveux blancs, des yeux rouges d&#39;albinos, &eacute;tait laide et ob&egrave;se. Sa vue basse m&#39;effrayait quand elle me fixait en louchant. &Agrave; la sortie d&#39;une travers&eacute;e piment&eacute;e un marchand de fruits secs compatissant m&#39;offrit quelques noix que je n&#39;arrivais pas &agrave; casser. Fortun&eacute;e me proposa son aide, me conseilla de ne pas manger les cerneaux un &agrave; un,&nbsp; s&#39;empressant &agrave; ma stup&eacute;faction de&nbsp; les engloutir d&#39;un seul coup de dents &agrave; une vitesse surprenante !<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; Ouhaliya, ya rabi, j&#39;ai oubli&eacute;, je me suis tromp&eacute;e !<\/em><\/p>\n<p>\n\t&Ocirc; mon dieu&#8230;etc cria-t-elle en guise d&#39;excuse pour r&eacute;pondre &agrave; mon regard d&eacute;contenanc&eacute;. Quelle agilit&eacute; malgr&eacute; son air malhabile et sa vue basse, la t&ecirc;te pench&eacute;e sur les monceaux de boucles et d&#39;ardillons qu&#39;elle assemblait, partageant avec sa m&egrave;re ce modeste travail r&eacute;tribu&eacute; quatre sous par un charitable boutiquier du souk.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; Faute de mieux, deux&nbsp; morveux d&#39;une douzaine d&#39;ann&eacute;es que je refusais d&#39;accepter comme petits cousins devinrent pour la circonstance mes camarades de jeu. C&#39;&eacute;tait p&eacute;ch&eacute; par ci, c&#39;&eacute;tait p&eacute;ch&eacute; par l&agrave;, juif par ci, juif par l&agrave;. Ils m&#39;exasp&eacute;raient avec leur b&eacute;ret basque enfonc&eacute; jusqu&#39;aux oreilles, leurs rengaines, leurs yeux exorbit&eacute;s d&#39;enfants mal nourris, me demandaient de surcro&icirc;t d&#39;inspecter ma braguette pour contredire mon&nbsp; refus mensonger d&#39;&ecirc;tre juif. Je les traitai de malappris,&nbsp; leur&nbsp; proposai&nbsp; une&nbsp; autre preuve&nbsp; irr&eacute;futable&nbsp; de ma bonne foi.<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; Emmenez-moi &agrave; votre synagogue et vous verrez.<\/em><\/p>\n<p>\n\tLeur d&eacute;clarai-je avec aplomb. Sit&ocirc;t arriv&eacute;s, je me cachai de mon mieux, pissai contre le mur de l&#39;antique b&acirc;tisse. Apr&egrave;s un tel sacril&egrave;ge, ils ne dout&egrave;rent plus de ma parole !&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp; L&#39;une des promenades favorites de ma m&egrave;re faillit m&#39;&ecirc;tre&nbsp; fatale. Elle aimait s&rsquo;asseoir sur les bancs publics du bout de l&rsquo;avenue Gambetta, la plus belle des grandes art&egrave;res de la ville. Pour mon malheur, ces bancs se trouvaient &agrave; proximit&eacute; du lac de Tunis ou se d&eacute;versaient les effluents de la capitale. Selon les vents et la saison, il d&eacute;gageait une odeur pestilentielle. Un cloaque &agrave; ciel ouvert ! Par une belle journ&eacute;e de printemps, je gambadais en toute libert&eacute;, loin de ma m&egrave;re. Sans s&#39;inqui&eacute;ter le moins du monde, elle ne me surveillait m&ecirc;me pas du coin de l&rsquo;&oelig;il. Le long du chemin de promenade, un parapet bordant le lac d&eacute;sert &agrave; cette heure laissait entrevoir une bande verte semblable &agrave; une pelouse. Je descendis le muret pour aller au bord de l&#39;eau guetter les poissons. Par chance, je n&#39;avais pas saut&eacute; comme &agrave; l&rsquo;accoutum&eacute;e, quand je passais un obstacle ou descendais des marches d&#39;escalier. Horreur ! Le sol se d&eacute;robait sous mes pieds, je m&#39;enlisais inexorablement. Accroch&eacute; au rebord, le c&oelig;ur battant, je tentais en vain de m&#39;extirper de cette vase immonde &agrave; l&#39;odeur putride qui allait bient&ocirc;t m&#39;engloutir. Pris de panique je me mis &agrave; hurler. Au lieu de me tendre la main secourable que j&#39;esp&eacute;rais, trois jeunes, attir&eacute;s par mes cris se mirent &agrave; danser une ronde infernale en chantant&nbsp; &agrave; tue t&ecirc;te avant de s&#39;&eacute;clipser.<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; Bech y mout el francis.&nbsp; Bech y mout el francis !&#8230;<\/em><\/p>\n<p>\n\tIl va mourir le fran&ccedil;ais. Il va mourir le fran&ccedil;ais ! Une sourde col&egrave;re contre la cruaut&eacute; de ces petits salopards d&eacute;cupla la force modeste de mes onze ans. Tirant sur mes bras fr&ecirc;les, suant, soufflant comme une b&ecirc;te aux abois, insultant mon inconscience et la m&eacute;chancet&eacute; du monde, je sentis enfin mes pieds se d&eacute;coller lentement de ce maudit pi&egrave;ge. Les genoux &eacute;corch&eacute;s au mur du parapet, tirant de toutes mes forces, je m&#39;accrochais au rebord, parvins &agrave; d&eacute;gager une jambe, puis l&#39;autre, jusqu&#39;&agrave; me lib&eacute;rer enfin de cet inf&acirc;me cloaque qui faillit m&#39;&ecirc;tre fatal. Une p&acirc;te f&eacute;tidem&#39;enduisait des guibolles jusqu&#39;aux hanches. J&#39;avais miraculeusement &eacute;chapp&eacute; &agrave; une mort certaine, confit dans la merde tunisienne ! Tra&icirc;nant la patte, je rejoignis ma m&egrave;re puant et honteux, couvert d&#39;une inf&acirc;me glu m&eacute;phitique.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<em>&#8211; Cr&egrave;ve abruti. Qu&#39;est-ce que tu as fait ? D&#39;o&ugrave; tu viens ? M&#39;approche pas ! Tu pues !<\/em><\/p>\n<p>\n\tElle se r&eacute;pandit en insultes, me somma de marcher loin derri&egrave;re, me conduisit au garage voisin, me balan&ccedil;a dans le bac &agrave; toilette des m&eacute;canos, frotta &eacute;nergiquement jambes et cuisses avec une brosse &agrave; chiendent pleine de patte de savon granuleuse, pestant contre les miasmes sans parvenir &agrave; me d&eacute;merder tout &agrave; fait. Les membres en feu, je gravai pour toujours dans ma caboche le souvenir cuisant de ce funeste cauchemar !&#8230;&#8230;.<\/p>\n<p>\n\tlucienrmn@gmail.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LUCIEN RUMANI &nbsp; un autre temps viendra &nbsp; Roman &nbsp; &hellip;&#8230;..La Goulette &nbsp; &nbsp;&nbsp; Les enfants des familles pauvres du quartier, en majorit&eacute; juives ou immigr&eacute;es m&eacute;diterran&eacute;ennes, occupaient leurs vacances en jeux de rue. 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