{"id":12123,"date":"2016-02-29T01:15:51","date_gmt":"2016-02-29T01:15:51","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=12123"},"modified":"2016-02-28T20:23:29","modified_gmt":"2016-02-28T20:23:29","slug":"delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan\/","title":{"rendered":"Delphine Horvilleur, rabbin : les nouveaux lecteurs du Livre, par Sarah Cattan"},"content":{"rendered":"<p>\n\tDelphine Horvilleur, rabbin : les nouveaux lecteurs du Livre, par Sarah Cattan<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tEN RENCONTRANT DELPHINE HORVILLEUR,VOUS VOUS TROUVEZ FACE &Agrave; UNE &Eacute;QUATION SINGULI&Egrave;RE ET RICHE DE PROMESSES, RENDANT POSSIBLE LA COEXISTENCE DANS UNE M&Ecirc;ME PERSONNE D&rsquo;UNE FEMME SOLAIRE, JEUNE, BELLE, MODERNE, M&Egrave;RE DE TROIS ENFANTS, &Eacute;CRIVAIN ET RABBIN.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tDelphine Horvilleur, rabbin : les nouveaux lecteurs du Livre, par Sarah Cattan<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tEN RENCONTRANT DELPHINE HORVILLEUR,VOUS VOUS TROUVEZ FACE &Agrave; UNE &Eacute;QUATION SINGULI&Egrave;RE ET RICHE DE PROMESSES, RENDANT POSSIBLE LA COEXISTENCE DANS UNE M&Ecirc;ME PERSONNE D&rsquo;UNE FEMME SOLAIRE, JEUNE, BELLE, MODERNE, M&Egrave;RE DE TROIS ENFANTS, &Eacute;CRIVAIN ET RABBIN.<\/p>\n<p>\n\t\tInvit&eacute;e de l&rsquo;Institut Fran&ccedil;ais de Tel Aviv, cette jeune femme lumineuse, rabbin du Mouvement juif lib&eacute;ral de France, MJLF, directrice de la r&eacute;daction de la revue trimestrielle&nbsp;Tenoua, Atelier de pens&eacute;e(s) juive(s), milite pour que les religions finissent par reconsid&eacute;rer le r&ocirc;le et la place des femmes.<\/p>\n<p>\n\t\tElle raconte avoir grandi dans une petite ville de province o&ugrave; sa famille &eacute;tait presque la seule famille juive, &eacute;voque ces grands-parents paternels d&rsquo;Alsace-Lorraine, ce grand-p&egrave;re ayant suivi une formation rabbinique, accueillis et prot&eacute;g&eacute;s pendant la guerre dans le sud de la France, alors que ses grands-parents maternels sont des rescap&eacute;s d&rsquo;Auschwitz qui n&rsquo;ont jamais racont&eacute; leur histoire&nbsp;:&nbsp;Mais nous savons simplement qu&rsquo;ils ont chacun perdu leur conjoint et leurs enfants dans les camps. Apr&egrave;s l&rsquo;enfer, ils ont trouv&eacute; la force de fonder une famille, et explique avoir grandi entre ces deux histoires: l&rsquo;une qui dit &laquo;&nbsp;Le monde nous a sauv&eacute;s&nbsp;&raquo;, et l&rsquo;autre qui murmure en silence &laquo;&nbsp;Le monde nous a assassin&eacute;s&nbsp;&raquo;. Elle avoue avoir pass&eacute; son enfance &agrave; essayer de r&eacute;concilier ces deux mod&egrave;les familiaux, ces deux exp&eacute;riences difficilement compatibles.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>UNE RELIGION R&Eacute;SOLUMENT ANCR&Eacute;E&nbsp;DANS LA VIE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tMarqu&eacute;e par le silence de ses grands-parents maternels, elle dit avoir beaucoup cherch&eacute; dans ses lectures &agrave; comprendre ou &agrave; imaginer leur histoire, &agrave; remplir les blancs laiss&eacute;s par le vide de leurs paroles, avouant&nbsp;:&nbsp;C&rsquo;est peut-&ecirc;tre aussi comme cela que j&rsquo;ai fini, bien plus tard, par me pencher sur les textes religieux. Pour comprendre [&hellip; ] J&rsquo;avais besoin d&rsquo;en passer par l&agrave; pour (re)d&eacute;couvrir que le juda&iuml;sme n&rsquo;est pas que la m&eacute;moire douloureuse de la Shoah, mais qu&rsquo;il est une religion r&eacute;solument ancr&eacute;e dans la vie et dans la transmission, o&ugrave; tout nous encourage &agrave; c&eacute;l&eacute;brer et &agrave; honorer le vivant.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s un premier court s&eacute;jour dans un kibboutz, elle d&eacute;cide en 1992 de faire ses &eacute;tudes de m&eacute;decine et poursuivre sa qu&ecirc;te d&rsquo;identit&eacute;, et raconte avoir &eacute;t&eacute; foudroy&eacute;e, en novembre 1995, par l&rsquo;assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin par un &eacute;tudiant juif isra&eacute;lien oppos&eacute; aux accords de&nbsp;paix d&rsquo;Oslo, cet assassinat d&rsquo;un des siens par l&rsquo;un des siens la renvoyant avec violence aux deux mondes incompatibles de mon enfance. En 1997, elle rentre en France, o&ugrave;, parall&egrave;lement &agrave; ses &eacute;tudes scientifiques, elle continue &agrave; se plonger dans les textes, y d&eacute;couvrant la vitalit&eacute; d&rsquo;une pens&eacute;e talmudique cr&eacute;ative et f&eacute;conde.&nbsp;C&rsquo;est devenu pour moi une urgence de plus en plus pressante, vitale m&ecirc;me, que d&rsquo;explorer cette tradition pour y ancrer mon juda&iuml;sme.&nbsp;Elle d&eacute;cide alors de se consacrer enti&egrave;rement &agrave; l&rsquo;&eacute;tude du Talmud, se heurtant &agrave; un nouvel obstacle: celui de son genre, la plupart des institutions religieuses et des centres d&rsquo;&eacute;tudes en France n&rsquo;acceptant pas les femmes.&nbsp;J&rsquo;ai cherch&eacute; ce qui pourrait justifier cette interdiction. Je n&rsquo;ai rien trouv&eacute; de convaincant. L&rsquo;&eacute;tude est la valeur centrale et sacr&eacute;e du juda&iuml;sme. La refuser aux femmes est une insulte &agrave; l&rsquo;essence m&ecirc;me de nos traditions.<\/p>\n<p>\n\t\tElle part alors &eacute;tudier &agrave; New York, o&ugrave; elle d&eacute;couvre un juda&iuml;sme aux visages pluriels, ouvert, cr&eacute;atif, et &eacute;galitaire entre hommes et femmes. Elle trouve l&agrave; son chemin vers le rabbinat. Se mariant &agrave; un &eacute;conomiste fran&ccedil;ais, elle a son premier enfant. Devenue rabbin en 2008, elle aurait pu rester &agrave; Manhattan, o&ugrave; les postes de rabbin ne manquaient pas et o&ugrave; les femmes rabbins sont nombreuses, mais rel&egrave;ve le d&eacute;fi de revenir en France o&ugrave;, traditionnellement, les femmes ne sont pas rabbins. Les responsables du&nbsp;Mouvement juif lib&eacute;ral de France&nbsp;lui proposent de les rejoindre, elle accepte et rentre &agrave; Paris juste &agrave; temps pour la naissance de son deuxi&egrave;me enfant.<\/p>\n<p>\n\t\tEn devenant rabbin, je me suis reconnect&eacute;e &agrave; une identit&eacute; juive vivante et positive, qui peut marcher main dans la main avec cette autre histoire juive, celle de mes grands-parents. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;essaie de transmettre et d&rsquo;enseigner, notamment aux g&eacute;n&eacute;rations futures, dont mes enfants &ndash; je viens d&rsquo;avoir une petite troisi&egrave;me &ndash;, ce qui constitue la richesse de notre tradition et de notre histoire. Ses trag&eacute;dies et ses ressources, ses deuils et ses r&eacute;siliences, sa capacit&eacute; &agrave; dire encore&nbsp;&laquo;&nbsp;leh&rsquo;ayim !&nbsp;&raquo;&nbsp;&ndash;&nbsp;&laquo;&nbsp;&agrave; la vie !&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>L&rsquo;ERUDITION N&rsquo;EST PAS LE MONOPOLE&nbsp;D&rsquo;UN SEXE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;Elle nous dit encore que son histoire lui a donn&eacute; envie de se pencher sur la place que les religions donnaient aux femmes, sur la mani&egrave;re dont elles parlaient d&rsquo;elles, et plus sp&eacute;cialement de leur corps, le voile islamique n&rsquo;&eacute;tant pas le seul &agrave; sous-entendre que le corps d&eacute;couvert des femmes contaminerait les hommes.<\/p>\n<p>\n\t\tElle explique avoir choisi d&rsquo;explorer les sources traditionnelles, ajoutant qu&rsquo;&ecirc;tre rabbin lui permettait de dire ces choses depuis l&rsquo;int&eacute;rieur du discours religieux, pr&eacute;cisant&nbsp;:&nbsp;Je crois que les religions ont besoin de voix libres, subversives, modernes. Elles ont besoin de reconna&icirc;tre que l&rsquo;&eacute;rudition n&rsquo;est pas le monopole d&rsquo;un sexe, mais se nourrit du dialogue entre les genres [&hellip;] Dans le Talmud, il est clairement dit qu&rsquo;apr&egrave;s notre mort nous aurons &agrave; rendre compte de ce que nous avons fait alors que c&rsquo;&eacute;tait interdit. Mais aussi de ce que nous n&rsquo;avons pas fait alors que c&rsquo;&eacute;tait permis. C&rsquo;est cette libert&eacute; que je me suis donn&eacute;e : pour moi, cette rencontre et cette exploration conjointe, mixte des textes ne sont pas une option. C&rsquo;est un devoir, et c&rsquo;est le d&eacute;fi de notre g&eacute;n&eacute;ration.<\/p>\n<p>\n\t\tAuteure en 2013 d&rsquo;En tenue d&rsquo;&Egrave;ve&nbsp;: f&eacute;minin, pudeur et juda&iuml;sme, essai sur la place des femmes dans le juda&iuml;sme publi&eacute; chez Grasset, elle y cite en exergue le Talmud&nbsp;:&nbsp;Le monde ne se maintient que gr&acirc;ce au souffle des enfants qui &eacute;tudient.<\/p>\n<p>\n\t\tDans ce premier opus, Delphine Horvilleur choisit de s&rsquo;int&eacute;resser aux discours religieux fondamentalistes actuels et &agrave; l&rsquo;obsession croissante de la pudeur des femmes qui s&rsquo;y exprime. Plongeant au c&oelig;ur des grandes traditions monoth&eacute;istes, elle analyse successivement les sens de la pudeur et de la nudit&eacute; et met &agrave; mal les lectures qui font de la femme un &ecirc;tre tentateur, notamment celles prof&eacute;r&eacute;es par les d&eacute;fenseurs du voile islamique, qui affirment que leur appel &agrave; la pudeur est au service de la femme alors qu&rsquo;il vise bien souvent son effacement&nbsp;: il s&rsquo;agit d&rsquo;&eacute;radiquer&nbsp;pour son bien&nbsp; la femme de l&rsquo;espace public et de se d&eacute;barrasser avec elle du d&eacute;sir qu&rsquo;elle pourrait susciter, faisant de l&rsquo;homme ce que Fethi Benslama appelle, dans&nbsp;Le Voile de l&rsquo;Islam,&nbsp;un homme-pupille, un &ecirc;tre oblig&eacute; de &laquo;&nbsp;mater&nbsp;&raquo; car incapable de restreindre sa vision. Elle exhorte des voix religieuses de toutes les traditions &agrave; revisiter d&rsquo;urgence la notion de pudeur au c&oelig;ur des textes sacr&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\tDans un chapitre intitul&eacute;&nbsp;No woman&rsquo;s land, elle &eacute;voque &agrave; l&rsquo;appui de son analyse la Ligne Ashdod-J&eacute;rusalem de l&rsquo;autobus 451, ligne dite&nbsp;casher, puisque des juifs ultra-orthodoxes, les H&rsquo;aredim, tentent d&rsquo;y imposer une stricte s&eacute;paration entre hommes et femmes, s&eacute;gr&eacute;gation ill&eacute;gale en Isra&euml;l, mais tol&eacute;r&eacute;e dans les faits sur quelques lignes de bus, et raconte ce 16 d&eacute;cembre 2011 o&ugrave; Tanya Rosenblit, jeune femme de 28 ans, d&eacute;cide, nouvelle Rosa Park, de braver l&rsquo;interdit en s&rsquo;asseyant juste derri&egrave;re le chauffeur.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>&nbsp;LA YESHIVA NO WOMAN&rsquo;S LAND<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tElle explique comment la litt&eacute;rature rabbinique oppose la femme soumise, fig&eacute;e dans son statut de m&egrave;re et d&rsquo;&eacute;pouse, &agrave; la&nbsp;yatzanit&nbsp;ou insoumise, d&eacute;vergond&eacute;e, qualifi&eacute;e ailleurs demoufkeret, adjectif d&eacute;signant &agrave; l&rsquo;origine une terre abandonn&eacute;e, en friche et sans propri&eacute;taire, et d&eacute;finissant par extension une prostitu&eacute;e&nbsp;: sans ma&icirc;tre ni propri&eacute;taire, sa dignit&eacute; est menac&eacute;e, et avec elle, la paix sociale. Elle raconte comment toutes les femmes et la femme en g&eacute;n&eacute;ral sont tenues &agrave; distance de la&nbsp;yeshiva, ou maison d&rsquo;&eacute;tude,&nbsp;no woman&rsquo;s land&nbsp;par excellence.<\/p>\n<p>\n\t\tElle ajoute que, selon le quotidien Haaretz, un petit groupe ultra-orthodoxe distribuerait depuis 2012 dans les quartiers religieux de J&eacute;rusalem des lunettes de pudeur, simple autocollant &agrave; apposer sur les verres de lunettes pour brouiller la vision de celui qui le porte, permettant ainsi &agrave; l&rsquo;heureux propri&eacute;taire de ne pas remarquer les femmes qui croisent son chemin, et d&eacute;crit comment l&rsquo;architecture synagogale fournit l&rsquo;une des meilleures illustrations de son analyse&nbsp;: l&rsquo;entr&eacute;e s&rsquo;y effectue par &eacute;tapes, plusieurs portes devant &ecirc;tre franchies et un espace interm&eacute;diaire devant &ecirc;tre travers&eacute; avant d&rsquo;entrer dans le centre du lieu culte, le fid&egrave;le acc&eacute;dant alors au c&oelig;ur de la pri&egrave;re, mat&eacute;rialis&eacute; par une arche qui contient les rouleaux de la Torah, dont le texte , prot&eacute;g&eacute; dans un &eacute;crin, et donc inaccessible &agrave; la vue, n&rsquo;en sera extrait que pour le temps de la lecture, tr&eacute;sor cach&eacute; au regard&nbsp;:&nbsp;cachez ce saint que je ne saurais voir&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t\tElle rappelle encore comment, lorsqu&rsquo;elle tapait aux portes des centres d&rsquo;&eacute;tudes, &agrave; la recherche d&rsquo;un lieu qui lui permettrait d&rsquo;&eacute;tudier les textes de la tradition, lui fut oppos&eacute;e la m&ecirc;me r&eacute;ponse&nbsp;:&nbsp;nous offrons des cours de Talmud, mais &hellip; pas pour vous, &eacute;touffant le nom et l&rsquo;histoire de Berouriah, h&eacute;ro&iuml;ne talmudique qui&nbsp;apprenait 300 le&ccedil;ons chaque jour de 300 ma&icirc;tres diff&eacute;rents<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;et ose la question de savoir si cette femme &eacute;rudite exceptionnelle a r&eacute;ellement v&eacute;cu ou si elle n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;un mythe litt&eacute;raire, et cite Rashi, le plus c&eacute;l&egrave;bre ex&eacute;g&egrave;te de l&rsquo;histoire juive, racontant la fin tragique de la jeune femme qui, pour s&rsquo;&ecirc;tre moqu&eacute;e de l&rsquo;un des passages misogynes du Talmud, fut soumise par son mari &agrave; une l&rsquo;&eacute;preuve dont elle sortit vaincue&nbsp;: s&eacute;duite par un &eacute;l&egrave;ve de son propre &eacute;poux, Berouriah confirma le proverbe qu&rsquo;elle raillait et, l&rsquo;adult&egrave;re &eacute;bruit&eacute;, se suicida, sa mort sur l&rsquo;autel du f&eacute;minin transgressif , son personnage-m&ecirc;me, sorte de grain de sable dans la machine de l&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se talmudique, renvoyant &agrave; ce que Daniel Boyarin qualifie de&nbsp;fissures du texte, voix dissonante au c&oelig;ur du syst&egrave;me d&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie masculine et d&rsquo;exclusion du f&eacute;minin, post&eacute;e comme un remords , une sorte de mauvaise conscience talmudique.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LE JUDA&Iuml;SME EST MISOGYNE.&nbsp;&Agrave; L&rsquo;INSTAR DES AUTRES TRADITIONS RELIGIEUSES<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDelphine Horvilleur conclut que la force de la litt&eacute;rature rabbinique tient peut-&ecirc;tre &agrave; ce qu&rsquo;elle &eacute;vacue difficilement ses grains de sable, trahissant sa volont&eacute; de ne pas se censurer et fournissant m&ecirc;me, en de nombreux endroits, les arguments de sa propre autocritique et les &eacute;l&eacute;ments de son questionnement interne, elle pose la question de savoir si le juda&iuml;sme est misogyne aujourd&rsquo;hui, par la voix de ses interpr&egrave;tes religieux contemporains, et r&eacute;pond qu&rsquo;il l&rsquo;est, &agrave; l&rsquo;instar de toutes les autres traditions religieuses, lorsqu&rsquo;il ne s&rsquo;interroge pas sur la place du f&eacute;minin dans son syst&egrave;me de pens&eacute;e, mais observe cependant qu&rsquo;au c&oelig;ur de la tradition juive se trouvent aussi des forces de questionnement d&rsquo;autocritique et de r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration m&eacute;ritant d&rsquo;&ecirc;tre salu&eacute;es, revendiqu&eacute;es, et enseign&eacute;es, assimilant ce travail au r&eacute;veil de certaines voix endormies du texte,&nbsp;apprendre &agrave; relire &eacute;tant au c&oelig;ur de tout projet religieux, la religion ne devant plus &ecirc;tre usurp&eacute;e par des textol&acirc;tres<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[2]<\/a>, un texte cessant d&rsquo;&ecirc;tre interrog&eacute; meurt et que la seule lecture fid&egrave;le assure le sens renouvel&eacute; d&rsquo;un texte constamment revisit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tA l&rsquo;heure des replis communautaires et des identit&eacute;s fig&eacute;es, Delphine Horvilleur, aujourd&rsquo;hui &acirc;g&eacute;e de 38 ans, publie chez Grasset&nbsp;Comment les rabbins font les enfants, Sexe, transmission, identit&eacute; dans le juda&iuml;sme, titre impertinent qui introduit&nbsp;un livre tr&egrave;s &eacute;rudit&nbsp;dans lequel elle s&rsquo;interroge sur la transmission, l&rsquo;appartenance, le fondamentalisme et le lib&eacute;ralisme, la place que le f&eacute;minin peut tenir dans une pens&eacute;e juive renouvel&eacute;e, ainsi que sur des questions concr&egrave;tes de la vie de tous les jours comme la sexualit&eacute; et le d&eacute;sir, le tout en une passionnante d&eacute;construction de la fabrique des identit&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>PLAIDOIRIE POUR UNE IDENTIT&Eacute; JUIVE PLURIELLE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tInvitation &agrave; penser ensemble les chemins de la transmission juive, plaidoirie pour une identit&eacute; juive plurielle qui fasse toute sa place &agrave; l&rsquo;alt&eacute;rit&eacute;, ce deuxi&egrave;me opus se propose d&rsquo;explorer les questions de filiation et de procr&eacute;ation. En effet, l&rsquo;auteure se demande d&rsquo;abord ce que signifient&nbsp;appartenir&nbsp;et&nbsp;transmettre. Contrairement &agrave; ce qu&rsquo;affirment tous les fondamentalismes, la transmission d&rsquo;un h&eacute;ritage ne doit pas &ecirc;tre une r&eacute;plication &agrave; l&rsquo;identique. Elle d&eacute;pend d&rsquo;une infid&eacute;lit&eacute; partielle, garante de surgissements inattendus, aujourd&rsquo;hui comme hier&nbsp;:&nbsp;Ne pas appartenir condamne &agrave; mourir et trop appartenir, &agrave; ne jamais devenir soi.&nbsp;Mariant filiation et rupture, la tradition juive ne se renouvelle qu&rsquo;en &eacute;tant bouscul&eacute;e et nourrie par sa rencontre avec d&rsquo;autres, ce qui implique l&rsquo;ouverture &agrave; l&rsquo;Autre, donc l&rsquo;ouverture au F&eacute;minin. Il s&rsquo;agit donc bien ici d&rsquo;un plaidoyer pour une&nbsp;religion matricielle&nbsp;qui, &agrave; la mani&egrave;re d&rsquo;un ut&eacute;rus, serait un&nbsp;lieu de fertilisation,&nbsp;les textes sacr&eacute;s eux-m&ecirc;mes devant &ecirc;tre f&eacute;cond&eacute;s par des lectures in&eacute;dites.<\/p>\n<p>\n\t\tIllustrant brillamment cette vision ouverte de la religion, Delphine Horvilleur revisitera, loin des interpr&eacute;tations convenues, quelques &eacute;pisodes fameux de la Gen&egrave;se, notamment Adam et Eve, Ca&iuml;n et Abel, premiers parents et premiers enfants de l&rsquo;humanit&eacute;, prouvant sa capacit&eacute; &agrave;&nbsp;repenser&nbsp;les grands probl&egrave;mes contemporains &agrave; partir de la tradition rabbinique, abordant successivement trois th&egrave;mes: Comment, selon le juda&iuml;sme, se fabriquent un parent, une identit&eacute;, et un d&eacute;sir, c&rsquo;est-&agrave;-dire la possibilit&eacute; d&rsquo;enfanter l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>\n\t\tProc&eacute;dant avec clart&eacute; et humour, citant aussi bien Emile Ajar et Amos Oz que la Gen&egrave;se et le Talmud, notre rabbin conclura son livre par une analogie entre le Texte et le F&eacute;minin, dot&eacute;s d&rsquo;une m&ecirc;me capacit&eacute; de cro&icirc;tre et de multiplier.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>REFUS D&rsquo;APPARTENANCE&nbsp;ET EXC&Egrave;S IDENTITAIRE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDans une introduction intitul&eacute;e&nbsp;A-Part-Tenir, elle &eacute;voque le personnage &eacute;ponyme d&rsquo;Emile Ajar,&nbsp;Pseudo, qui se demande comment quitter cette filiation, ces liens qui engluent et enferment et que le romancier nomme&nbsp;appartenance&nbsp;:&nbsp;Pseudo&nbsp;en effet tente l&rsquo;impossible pour se construire sans attache, ni famille, ni peuple, ni esp&egrave;ce.<\/p>\n<p>\n\t\tComprenant notre &eacute;poque comme une&nbsp;h&eacute;riti&egrave;re des fantasmes de Gary, prompte qu&rsquo;elle est, cette &eacute;poque, &agrave; d&eacute;noncer toutes les ali&eacute;nations, notamment celles des familles, et &agrave; encenser le principe de&nbsp;Lib&eacute;ration de l&rsquo;individu&nbsp;au nom du droit qu&rsquo;aurait chacun, d&egrave;s l&rsquo;enfance, &agrave; s&rsquo;autod&eacute;terminer en se lib&eacute;rant du carcan que la naissance impose, Delphine Horvilleur oppose qu&rsquo;on peut appartenir &agrave; un syst&egrave;me et s&rsquo;en &eacute;manciper, l&rsquo;enjeu &eacute;tant&nbsp;la libert&eacute;, la libert&eacute; de faire quelque chose de ce qu&rsquo;on a re&ccedil;u.<\/p>\n<p>\n\t\tNul, on le sait, ne peut se d&eacute;velopper sans&nbsp;ancrages culturels, et l&rsquo;enfant doit savoir qu&rsquo;il fait partie d&rsquo;un&nbsp;nous&nbsp; bien avant de pouvoir dire&nbsp;je&nbsp;, ce principe &eacute;tant illustr&eacute; par le fait qu&rsquo;il a, par exemple, r&eacute;solument besoin&nbsp;d&rsquo;un autre&nbsp;&nbsp;pour acqu&eacute;rir le langage&nbsp;; ainsi&nbsp;on ne peut devenir soi que sous influence&nbsp;:&nbsp;l&rsquo;enfant de personne devient personne. Il lui faut quelqu&rsquo;un pour devenir quelqu&rsquo;un, &eacute;crit Boris Cyrulnik, expliquant que,&nbsp;si ne pas appartenir condamne &agrave; mourir, trop appartenir condamne &agrave; ne jamais devenir soi.<\/p>\n<p>\n\t\tMais cette conscience d&rsquo;une appartenance, si elle cr&eacute;e un sentiment de continuit&eacute; et de lien entre les g&eacute;n&eacute;rations, peut aussi, trop pesante, emp&ecirc;cher l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un individu accabl&eacute; par le poids de son h&eacute;ritage.<\/p>\n<p>\n\t\tPar ailleurs, il existe aussi, face &agrave; ce fantasme de non-appartenance qu&rsquo;ont certains,&nbsp;un exc&egrave;s identitaire, illustr&eacute; par ceux-l&agrave; qui ne sont plus que&nbsp;fran&ccedil;ais de souche, musulmans, juifs ou homosexuels.<\/p>\n<p>\n\t\tAinsi, refus d&rsquo;appartenance et exc&egrave;s identitaire sont exacerb&eacute;s, per&ccedil;us par le sociologue Jean-Claude Kaufman comme&nbsp;deux cons&eacute;quences du puissant individualisme de nos soci&eacute;t&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LES FILS RESSEMBLENT TOUJOURS PLUS &Agrave; LEUR TEMPS QU&rsquo;A LEUR PERE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDelphine Horvilleur en r&eacute;f&egrave;re, elle, aux discours religieux fondamentalistes et &agrave; leur grille interpr&eacute;tative unique du monde, offrant l&rsquo;illusion d&rsquo;une identit&eacute; int&eacute;gralement d&eacute;finie par un syst&egrave;me, donc int&eacute;griste, expliquant que l&rsquo;int&eacute;griste se per&ccedil;oit, lui, dans la fid&eacute;lit&eacute; absolue &agrave; un syst&egrave;me intact qui l&rsquo;a pr&eacute;c&eacute;d&eacute; et doit lui survivre, forgeant l&rsquo;identit&eacute; immuable du&nbsp;il en a toujours &eacute;t&eacute; ainsi, qu&rsquo;elle r&eacute;cuse absolument, opposant le proverbe arabe qui dit avec sagesse que&nbsp;les fils ressemblent toujours plus &agrave; leur temps qu&rsquo;&agrave; leurs p&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\t\tAinsi, la transmission d&rsquo;une identit&eacute; n&rsquo;&eacute;tant jamais une r&eacute;plication &agrave; l&rsquo;identique, l&rsquo;auteure se propose d&rsquo;explorer ce que les traditions religieuses disent r&eacute;ellement de la transmission et de la construction d&rsquo;une identit&eacute;, choisissant pour ce faire le prisme du juda&iuml;sme, cette tradition ayant la r&eacute;putation d&rsquo;&ecirc;tre obs&eacute;d&eacute;e par l&rsquo;appartenance au groupe, se demandant donc comment le juda&iuml;sme fabrique des enfants qui pourront assurer la p&eacute;rennit&eacute; de la transmission, tout en leur laissant assez de&nbsp;jeu&nbsp;pour ne pas &ecirc;tre &eacute;cras&eacute;s sous le poids des h&eacute;ritages&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tCe poids sera-t-il une ancre qui retient le navire &agrave; quai, ou sera-t-il&nbsp;la cl&eacute; d&rsquo;une lib&eacute;ration du &nbsp;je&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tIl s&rsquo;agirait bien ainsi d&rsquo;appartenir&nbsp;et en m&ecirc;me temps d&rsquo;&agrave;-part-tenir, l&rsquo;enfant &eacute;tant toujoursfonction&nbsp;des g&eacute;n&eacute;rations qui l&rsquo;ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute;, et c&rsquo;est donc en explorant cette fonction &agrave; multiples inconnues que Delphine Horvilleur va analyser&nbsp;comment les rabbins fabriquent des enfants, c&rsquo;est-&agrave;-dire du sens.<\/p>\n<p>\n\t\tOn pr&ecirc;te au parent juif une personnalit&eacute; envahissante et intrusive,&nbsp;la m&egrave;re juive &eacute;tant repr&eacute;sent&eacute;e comme une sorte d&rsquo;anti-Tefal&nbsp; relationnelle qui surprot&egrave;ge et infantilise sa prog&eacute;niture, donnant naissance &agrave; une fusion pathologique qui compromettra toute autonomie. Mais la m&egrave;re juive n&rsquo;est ni toujours juive, ni toujours femme&nbsp;: elle est parfois&nbsp;un p&egrave;re goy.&nbsp;L&rsquo;humour juif, nourri par&nbsp;Les Promesses de l&rsquo;Aube&nbsp;de Romain Gary ou&nbsp;Portnoy et son complexe&nbsp;de Philip Roth fait de cette parentalit&eacute; envahissante un &eacute;l&eacute;ment d&rsquo;identit&eacute; collective, un tr&eacute;sor de son patrimoine. Mais la m&egrave;re juive habitait-elle d&eacute;j&agrave; les pages de laBible&nbsp;et du&nbsp;Talmud&nbsp;? Au commencement on le sait, Dieu cr&eacute;e un monde, puis une humanit&eacute; sans parent,&nbsp;dans cet orphelinat qu&rsquo;est l&rsquo;Eden. Adam et Eve &eacute;tant les deux premiers membres d&rsquo;une humanit&eacute; sans p&egrave;re ni m&egrave;re&nbsp;:&nbsp;C&rsquo;est pourquoi, dit la Gen&egrave;se, l&rsquo;homme abandonne son p&egrave;re et sa m&egrave;re et s&rsquo;unit &agrave; sa femme et ils deviennent une seule chair. (Gen&egrave;se 2&nbsp;:23-24 )<\/p>\n<p>\n\t\tLe plus grand de tous les p&egrave;res, Abraham, surgira dans l&rsquo;histoire biblique plus tard. Il na&icirc;t Avram, et deviendra plus tard Abraham, le p&egrave;re d&rsquo;une multitude. Fils de Terah&rsquo; et enfant de M&eacute;sopotamie, escort&eacute; de sa femme st&eacute;rile Sara&iuml;, son neveu et ses serviteurs, il ob&eacute;it un jour &agrave; un appel divin le sommant de quitter le pays de son enfance et la maison de son p&egrave;re pour aller vers une terre que&nbsp;Dieu lui indiquera.<\/p>\n<p>\n\t\tEn rompant avec son p&egrave;re Terah, marchand d&rsquo;idoles, adorateur polyth&eacute;iste, Abraham est sorti de la nuit idol&acirc;tre, pour devenir le p&egrave;re d&rsquo;un monde nouveau, le pionnier, un pr&eacute;curseur capable de casser les idoles de ses origines.<\/p>\n<p>\n\t\tCette lecture fait d&rsquo;Abraham un r&eacute;volutionnaire, qui n&lsquo;est plus le fils de personne, et n&rsquo;est plus qu&rsquo;un p&egrave;re, notre p&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>&nbsp;L&rsquo;EGYPTE, OUM EL DOUNIA,&nbsp;LA M&Egrave;RE DU MONDE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tMais un autre verset de la Gen&egrave;se nous raconte l&rsquo;histoire&nbsp;diff&eacute;remment: c&rsquo;est d&rsquo;abord Terah qui, ayant quitt&eacute; Ur, s&rsquo;arr&ecirc;te en chemin et s&rsquo;&eacute;tablit &agrave; Haran. C&rsquo;est justement l&agrave; que son fils entendra l&rsquo;appel divin et se dirigera vers la destination qui avait &eacute;t&eacute; celle de son p&egrave;re, reprenant la route engag&eacute;e par la g&eacute;n&eacute;ration pr&eacute;c&eacute;dente,&nbsp;prolongeant un sillon paternel vers la terre promise, tout premier &nbsp;silloniste&nbsp; et donc&nbsp;premier sioniste en chemin vers sa terre promise&nbsp;: cette lecture-l&agrave; fait d&rsquo;Abraham un p&egrave;re et un fils,&nbsp;un pionnier et un h&eacute;ritier, celui qui trace une voie in&eacute;dite tout en poursuivant un chemin, parce qu&rsquo;il a entendu l&rsquo;injonction de d&eacute;part adress&eacute;e un jour &agrave; son p&egrave;re et l&rsquo;&eacute;cho de cet appel &agrave; sa propre g&eacute;n&eacute;ration. Ainsi l&rsquo;Abraham lib&eacute;r&eacute; de son p&egrave;re est-il devenu le p&egrave;re de tous les croyants, et nous, enfants d&rsquo;Abraham, serions soumis filialement &agrave; un fils insoumis et rebelle, brisant avec lui les idoles des p&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\t\tQu&rsquo;en est-il de nos m&egrave;res&nbsp;? Les matriarches et h&eacute;ro&iuml;nes de la Gen&egrave;se sont encens&eacute;es pour leur capacit&eacute; d&rsquo;engendrement. Mais pour la litt&eacute;rature rabbinique, la figure matricielle par excellence n&rsquo;est pas une femme mais une terre&nbsp;: l&rsquo;Egypte, surnomm&eacute;e en arabe&nbsp;Oum-el-Dounia,&nbsp;la m&egrave;re du monde. Delphine Horvilleur nous invite &agrave; appr&eacute;hender la Torah sous la forme d&rsquo;un r&eacute;cit obst&eacute;trical&nbsp;: les H&eacute;breux se multiplient, pullulent et remplissent cette contr&eacute;e qu&rsquo;est l&rsquo;Egypte. Mais l&rsquo;Egypte est une m&egrave;re qui enferme sa prog&eacute;niture et veut la soumettre, lui refusant toute autonomie.<\/p>\n<p>\n\t\tD&egrave;s lors, le r&eacute;cit de l&rsquo;Exode&nbsp;est celui d&rsquo;un accouchement amorc&eacute; avant le terme pr&eacute;vu, dans les douleurs de l&rsquo;enfantement&nbsp;: dix plaies s&rsquo;abattent sur la m&egrave;re et la frappent dans sa chair, pendant que s&rsquo;ouvre le passage que les H&eacute;breux pr&eacute;matur&eacute;s devront emprunter.&nbsp;Lib&eacute;r&eacute; de l&rsquo;Egypte, ce peuple devra apprendre l&rsquo;autonomie, tout en reconnaissant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas apparu ex nihilo. Et voil&agrave; les H&eacute;breux, apatrides et a-matrides, en route vers une terre ditepromise.<\/p>\n<p>\n\t\tAbraham et l&rsquo;Egypte constituent donc pour les rabbins les figures paroxystiques de la paternit&eacute; et de la maternit&eacute;, leur histoire racontant toujours celle d&rsquo;une coupure n&eacute;cessaire entre les g&eacute;n&eacute;rations.<\/p>\n<p>\n\t\tCette histoire dit donc qu&rsquo;il nous faut imp&eacute;rativement reconna&icirc;tre nos ascendances pour pouvoir nous extraire de la nuit de nos origines<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>&nbsp;LES VOIX DE LA LIBERT&Eacute; ET DE LA M&Eacute;MOIRE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDe l&agrave;, na&icirc;t l&rsquo;in&eacute;vitable dialogue entre nos voix int&eacute;rieures&nbsp;: les voix de la rationalit&eacute; et du devoir, celles de la libert&eacute; et de la m&eacute;moire, se font en effet entendre dans un d&eacute;bat qui surgit bien &eacute;videmment au d&eacute;tour d&rsquo;une naissance,&nbsp;nous enjoignant de choisir ce qu&rsquo;on aspire &agrave; transmettre &agrave; la g&eacute;n&eacute;ration suivante, l&rsquo;exemple type &eacute;tant celui de la circoncision, per&ccedil;ue par les uns comme une mutilation quand d&rsquo;autres y voient une b&eacute;n&eacute;diction. Selon le juda&iuml;sme, la circoncision, appel&eacute;e en h&eacute;breu&nbsp;Brit-Mila, serait&nbsp;l&rsquo;outil de lib&eacute;ration d&rsquo;une ali&eacute;nation naturelle. L&agrave; o&ugrave; le fran&ccedil;ais parle de&nbsp;sceller une alliance, l&rsquo;h&eacute;breu dit exactement l&rsquo;inverse, en proclamant qu&rsquo;une alliance se brise, se coupe&nbsp;: ainsi il est dit &agrave; la m&egrave;re, dans un message ritualis&eacute; lors de la c&eacute;r&eacute;monie, que&nbsp;l&rsquo;enfant qui est n&eacute; d&rsquo;elle n&rsquo;est pas elle&nbsp;et qu&rsquo;il entre dans le monde des hommes et dans celui du masculin, le pr&eacute;puce &eacute;tant d&rsquo;ailleurs per&ccedil;u comme un &eacute;l&eacute;ment anatomique femelle dont il convient de se d&eacute;barrasser. La circoncision est donc&nbsp;la coupure n&eacute;cessaire entre la m&egrave;re et l&rsquo;enfant, la s&eacute;paration op&eacute;r&eacute;e par la coupure du cordon ombilical se rejouant en public. La circoncision, en cr&eacute;ant un manque inscrit dans la chair, permettra&nbsp;le chemin vers l&rsquo;autre,&nbsp;un &ecirc;tre indemne ayant moins de raisons qu&rsquo;un autre de tendre la main vers son prochain.<\/p>\n<p>\n\t\tIl faut donc&nbsp;se couper pour advenir.&nbsp;Tels Zeus et &OElig;dipe, tel Ulysse, Mo&iuml;se aussi devra s&rsquo;&eacute;loigner tour &agrave; tour de sa m&egrave;re biologique h&eacute;bra&iuml;que puis de sa famille adoptive &eacute;gyptienne pour acc&eacute;der &agrave; son destin.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>CA&Iuml;N ET ABEL, LES DEUX PREMIERS ENFANTS DE L&rsquo;HUMANITE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tNaissance, filiation, culpabilit&eacute;, violence, c&rsquo;est ce que raconte l&rsquo;histoire du fratricide de Ca&iuml;n et Abel, les deux premiers enfants de l&rsquo;humanit&eacute;. A l&rsquo;origine du fratricide, ce qui est per&ccedil;u comme une injustice, comment comprendre l&rsquo;injustice lorsqu&rsquo;elle vient du divin ou d&rsquo;un parent id&eacute;alis&eacute;&nbsp;? Ca&iuml;n saura-t-il faire de cet &eacute;v&eacute;nement le pilier de sa reconstruction&nbsp;: c&rsquo;est ce que Dieu lui en lui offrant la possibilit&eacute; de se relever de son pass&eacute;, aussi douloureux soit-il, ces paroles constituant la d&eacute;finition biblique de la r&eacute;silience. A Ca&iuml;n qui se rel&egrave;ve pour abattre son fr&egrave;re, plaidant non-coupable puisque selon lui, c&rsquo;&eacute;tait &agrave; Dieu de prot&eacute;ger son fr&egrave;re, c&rsquo;&eacute;tait aussi &agrave; Dieu de ne pas &ecirc;tre injuste &agrave; son &eacute;gard, et c&rsquo;&eacute;tait &agrave; ses parents de ne pas s&rsquo;absenter, de le prot&eacute;ger lui de sa violence, lui n&rsquo;&eacute;tant qu&rsquo;une victime que le syst&egrave;me aurait pouss&eacute;e au meurtre, Dieu r&eacute;pond que&nbsp;la faute est tapie &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur.<\/p>\n<p>\n\t\tQuelle part de&nbsp;libre arbitre&nbsp;a donc Ca&iuml;n dans ce qui lui arrive? Est-il victime du pass&eacute; de sa m&egrave;re, un pass&eacute; sur lequel il n&rsquo;a aucun pouvoir&nbsp;?&nbsp;Se pose la question de la responsabilit&eacute;&nbsp;: on a en effet le choix de ne pas &ecirc;tre condamn&eacute; par sa naissance.<\/p>\n<p>\n\t\tLa violence des fils surgit dans d&rsquo;autres textes bibliques. Isma&euml;l fils d&rsquo;Hagar, Absalon fils de Maaka, prisonni&egrave;re que David prit pour lui parmi le butin de guerre, Simon et Levi, fils de L&eacute;a, donc tous fils de femmes abus&eacute;es ou d&eacute;laiss&eacute;es, bless&eacute;es ou mal aim&eacute;es, tous les hommes violents de l&rsquo;histoire biblique portant la pleine responsabilit&eacute; de leurs actes, mais &eacute;tant aussi charg&eacute;s d&rsquo;une douleur maternelle qui aurait nourri leur rage&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>METTRE EN GARDE CONTRE L&rsquo;INQUESTIONN&Eacute;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDelphine Horvilleur montre l&agrave; comment les g&eacute;n&eacute;rations se transmettent un traumatisme et une violence dont il est difficile de s&rsquo;extraire&nbsp;tant que la parole n&rsquo;a pas surgi, et explique que c&rsquo;est pourquoi nous chantons le soir de Pessah&nbsp;Had Gadya, chant qui d&eacute;roule en famille&nbsp;la cha&icirc;ne des causalit&eacute;s, chant symbolisant la&nbsp;lib&eacute;ration&nbsp;entonn&eacute; le soir de la P&acirc;que juive, f&ecirc;te de la parole et du r&eacute;cit, chacun, autour de la table, &eacute;tant invit&eacute; &agrave; se poser la question continuellement renouvel&eacute;e&nbsp;:&nbsp;quelle est donc mon Egypte&nbsp;? Quel est l&rsquo;esclavage dont ma g&eacute;n&eacute;ration est victime&nbsp;?&nbsp;Quel est celui dont je dois personnellement m&rsquo;extirper&nbsp;?&nbsp;Centr&eacute;e sur la relation interg&eacute;n&eacute;rationnelle, la P&acirc;que juive invite parents et enfants, autour de la table du d&icirc;ner, &agrave;&nbsp;dialoguer autour du texte ou gr&acirc;ce &agrave; lui. La g&eacute;n&eacute;ration nouvelle est invit&eacute;e &agrave; interroger la pr&eacute;c&eacute;dente, les enfants entamant une s&eacute;rie de&nbsp;Pourquoi&nbsp; auxquels les parents sont somm&eacute;s de r&eacute;pondre.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est ainsi que se con&ccedil;oit la transmission juive, elle n&rsquo;est pas le passage d&rsquo;un savoir d&eacute;tenu par les p&egrave;res et re&ccedil;u passivement par les fils, qui le transmettraient &agrave; leur tour &agrave; l&rsquo;identique&nbsp;:c&rsquo;est au contraire un processus amorc&eacute; par celui qui veut s&rsquo;emparer activement d&rsquo;un h&eacute;ritage, en l&rsquo;interrogeant&nbsp;;&nbsp;l&rsquo;enfant doit oser prendre la parole, il doit interroger&nbsp;aussi&nbsp;&nbsp;la responsabilit&eacute; parentale sans pour autant &ecirc;tre d&eacute;douan&eacute; de sa propre culpabilit&eacute;. Ainsi, s&rsquo;il est vrai que chacun de nous est porteur du poids de l&rsquo;histoire de ses ascendants, il nous est propos&eacute; d&rsquo;interrompre la cha&icirc;ne de violence, gr&acirc;ce &agrave; un&nbsp;contr&ocirc;le&nbsp;&ndash;mashal&nbsp;en h&eacute;breu -, ce terme signifiant&nbsp;parabole,&nbsp;la parabole &eacute;tant un r&eacute;cit qui &eacute;claire, gr&acirc;ce &agrave; une sortie de route, ce que la route ne permettait pas de voir.<\/p>\n<p>\n\t\tDelphine Horvilleur sugg&egrave;re d&egrave;s lors que le juda&iuml;sme, loin d&rsquo;avoir pour obsession la transmission d&rsquo;un h&eacute;ritage immuable d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration &agrave; l&rsquo;autre,&nbsp;est fait d&rsquo;une tradition qui met en garde contre l&rsquo;inquestionn&eacute;.&nbsp;Chaque enfant reprend le contr&ocirc;le sur son h&eacute;ritage, etc&rsquo;est pour ne pas transmettre &agrave; l&rsquo;identique que les juifs font des enfants.<\/p>\n<p>\n\t\tDans un deuxi&egrave;me temps, Delphine Horvilleur va s&rsquo;interroger sur&nbsp;la fabrique de l&rsquo;identit&eacute;. Partant de l&rsquo;interrogation r&eacute;currente du&nbsp;qui est juif&nbsp;?&nbsp;Ch&egrave;re aux antis&eacute;mites, elle propose de d&eacute;finir les limites la sp&eacute;cificit&eacute; de l&rsquo;identit&eacute; juive. Existe-t-il par exemple un crit&egrave;re exclusif d&rsquo;appartenance. Qui est juif, du point de vue de la tradition, et comment le devient-on&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>&nbsp;DANS LA THORA, LES LIGN&Eacute;ES SONT RATTACH&Eacute;ES &Agrave; LA FAMILLE DU PERE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tElle remet en cause la r&eacute;ponse du juda&iuml;sme orthodoxe qui affirme qu&rsquo;un juif est l&rsquo;enfant d&rsquo;une m&egrave;re juive. Elle rappelle que dans la&nbsp;Thora, les lign&eacute;es sont rattach&eacute;es clairement &agrave; la famille du p&egrave;re&nbsp;et les enfants d&rsquo;un mariage mixte biblique constituent les mod&egrave;les par excellence de la transmission encens&eacute;e&nbsp;: quand Juda, un des fils de L&eacute;a et Jacob, lui qui deviendra l&rsquo;anc&ecirc;tre du roi David, prend pour femme une Canan&eacute;enne et que son fr&egrave;re Joseph &eacute;pouse en Egypte la fille d&rsquo;un pr&ecirc;tre local, leurs enfants Ephra&iuml;m et Manass&eacute;, loin d&rsquo;&ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme &eacute;trangers au groupe, sont &eacute;voqu&eacute;s chaque vendredi soir dans la b&eacute;n&eacute;diction suivante&nbsp;:&nbsp;Que l&rsquo;Eternel fasse que tu sois &agrave; l&rsquo;image d&rsquo;Ephra&iuml;m et Manass&eacute;.Mo&iuml;se, comme le roi David, feront des mariages exogames et leurs descendants int&egrave;greront instantan&eacute;ment le clan du p&egrave;re, alors que la conversion n&rsquo;existait pas &agrave; cette &eacute;poque&nbsp;: ainsi,dans la loi biblique, lorsqu&rsquo;une femme rejoint la tribu de son &eacute;poux et vit en milieu isra&eacute;lite, ses enfants sont consid&eacute;r&eacute;s comme tels.&nbsp;Mais si une isra&eacute;lite &eacute;pouse un non-isra&eacute;lite, et vit sur son territoire &agrave; lui, comme Dina, fille de Jacob, ses enfants semblent sortir de la filiation biblique.<\/p>\n<div id=\"attachment_50425\">\n<p>\n\t\t\t&laquo;&nbsp;Pendant qu&rsquo;il sommeillait, Ruth, une moabite<br \/>\n\t\t\tS&rsquo;&eacute;tait couch&eacute;e aux pieds de Booz, le sein nu &laquo;&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\tL&rsquo;auteure admet que d&rsquo;autres voix bibliques sont moins conciliantes et d&eacute;noncent fermement, &agrave; l&rsquo;image du scribe Ezra qui aurait invit&eacute; tous les hommes &agrave; abandonner leurs femmes non juives,&nbsp;la menace que repr&eacute;sente pour le groupe la mixit&eacute;, id&eacute;ologie qui serait une tentative de&nbsp;d&eacute;contamination culturelle.&nbsp;A l&rsquo;oppos&eacute; de cette id&eacute;ologie, le livre de&nbsp;Ruth la Moabite&nbsp;s&rsquo;inscrit en faux contre ce refus exogamique et est une forme de&nbsp;plaidoyer pour l&rsquo;insertion des femmes &eacute;trang&egrave;res dans le juda&iuml;sme.<\/p>\n<p>\n\t\tQuand, et o&ugrave; surgit alors, dans la tradition, l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une transmission par la m&egrave;re&nbsp;? Dans laMishna, sous la forme de jurisprudence, il est dit que seul le mariage valide et l&eacute;gal donne &agrave; l&rsquo;enfant la m&ecirc;me identit&eacute; que son p&egrave;re, par h&eacute;ritage patrilin&eacute;aire. La femme non-juive ne pouvant &eacute;pouser un juif, alors son enfant aura son identit&eacute; &agrave; elle, m&ecirc;me si le p&egrave;re est juif&nbsp;: c&rsquo;est &agrave; partir de ce texte, &eacute;dit&eacute; au IIe mill&eacute;naire de notre &egrave;re, que la transmission maternelle semble devenir normative dans le monde juif, alors m&ecirc;me qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas conforme au mod&egrave;le biblique de la transmission. Pour justifier cela, sera m&ecirc;me &eacute;nonc&eacute; le proverbe latinmater certa, pater incertus, argument douteux puisque ne s&rsquo;appliquant pas au mariage endogame, dont la&nbsp;Mishna&nbsp;dit que s&rsquo;y exerce pleinement le lien patrilin&eacute;aire.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>TOUT ENFANT DE COUPLE MIXTE B&Eacute;N&Eacute;FICIE D&rsquo;UNE PR&Eacute;SOMPTION DE JUD&Eacute;IT&Eacute;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLa question se pose donc encore. Et &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; selon un sondage publi&eacute; en 2002 par l&rsquo;Arche, 40% des juifs mari&eacute;s &acirc;g&eacute;s de moins de 30 ans auraient en France un conjoint non juif, la r&eacute;ponse varie selon les sensibilit&eacute;s du juda&iuml;sme contemporain&nbsp;: la r&eacute;ponse matrilin&eacute;aire pr&eacute;vaut toujours dans le monde orthodoxe et traditionnaliste, m&ecirc;me si une certaine souplesse est pr&ocirc;n&eacute;e par les autorit&eacute;s du Consistoire fran&ccedil;ais par exemple, qui invita par une circulaire parue en 1846 les rabbins&nbsp;&agrave; faire cesser toute recherche intol&eacute;rante &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des personnes [&hellip;] et &agrave; adopter le principe que tout individu n&eacute; d&rsquo;un p&egrave;re ou d&rsquo;une m&egrave;re isra&eacute;lite et se disant lui-m&ecirc;me isra&eacute;lite devait &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme membre de la communion.<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[3]<\/a><\/p>\n<p>\n\t\tDelphine Horvilleur d&eacute;plore que cette souplesse interpr&eacute;tative et cette&nbsp;pr&eacute;somption de juda&iuml;sme&nbsp;soient rarement &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre aujourd&rsquo;hui au sein des instances orthodoxes fran&ccedil;aises, mais explique qu&rsquo;elles sont formalis&eacute;es par les mouvances lib&eacute;rales, confort&eacute;es par la Conf&eacute;rence Centrale des rabbins am&eacute;ricains qui accorda en 1983 la&nbsp;pr&eacute;somption de statut juif &agrave; la prog&eacute;niture de tout mariage mixte, cette d&eacute;claration d&eacute;terminant donc que tout enfant de couple mixte b&eacute;n&eacute;ficie d&rsquo;une pr&eacute;somption de jud&eacute;it&eacute;, qui pourra &ecirc;tre confirm&eacute;e par une &eacute;ducation juive &nbsp;exclusive et manifeste, le juda&iuml;sme devenant alors affaire de culture et de pratique, plus que de filiation biologique.<\/p>\n<p>\n\t\tEn France aujourd&rsquo;hui, les rabbins juifs lib&eacute;raux, tout en reconnaissant le principe traditionnel de la matrilin&eacute;arit&eacute;, facilitent la pleine int&eacute;gration dans le juda&iuml;sme des enfants dont seul le p&egrave;re est juif d&egrave;s lors qu&rsquo;ils souhaitent confirmer cette identit&eacute;,&nbsp;par un processus d&rsquo;apprentissage et de r&eacute;gularisation de leur statut, Ha&iuml;m Korsia d&eacute;clarant au sujet de ceux-l&agrave; qu&rsquo;ils &eacute;taient issus de la&nbsp;semence d&rsquo;Isra&euml;l&nbsp;et qu&rsquo;il fallait en cons&eacute;quence faciliter leur confirmation identitaire, parlant &agrave; juste titre de&nbsp;r&eacute;gularisation&nbsp;et non de&nbsp;conversion.<\/p>\n<p>\n\t\tNous voil&agrave; renvoy&eacute;s &agrave; un probl&egrave;me de fond inextricable&nbsp;: le juda&iuml;sme est-il affaire de biologie ou d&rsquo;apprentissage, de culture ou de conviction, de nation ou de communaut&eacute; religieuse&hellip; Delphine Horvilleur r&eacute;pond exhorte &agrave;&nbsp;faire de nos enfants nos constructeurs, id&eacute;e cl&eacute; inscrite dans le nom que porte chaque juif d&egrave;s la naissance, le nom h&eacute;bra&iuml;que donn&eacute; &agrave; l&rsquo;enfant &eacute;tant toujours un nom accol&eacute; au nom du parent par la particule&nbsp;fils&nbsp;ou&nbsp;fille de, la racine des mots&nbsp;fils&nbsp;et&nbsp;fille,&nbsp;en h&eacute;breu&nbsp;ben&nbsp;ou&nbsp;bat, est la m&ecirc;me que le verbe&nbsp;construire.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LE F&OElig;TUS EST UN &Ecirc;TRE SAVANT, PARLANT,D&Eacute;BATTANT ET ARGUMENTANT<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tAinsi, &ecirc;tre juif est ce qu&rsquo;en ont dit nos p&egrave;res et ce qu&rsquo;en feront nos fils et nos filles, se conjuguant &agrave; la fois au pass&eacute; et au futur, comme un h&eacute;ritage et comme un devenir.<\/p>\n<p>\n\t\tDelphine Horvilleur nous rapporte comment la figure de l&rsquo;embryon est comment&eacute;e dans de nombreux textes bibliques, expliquant que dans la litt&eacute;rature rabbinique&nbsp;le f&oelig;tus est un &ecirc;tre savant, parlant, d&eacute;battant et argumentant, le&nbsp;Talmud&nbsp;d&eacute;crivant l&rsquo;enfant &agrave; na&icirc;tre&nbsp;repli&eacute; comme un carnet de notes<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[4]<\/a>, le f&oelig;tus recroquevill&eacute; &eacute;tant donc aux yeux du&nbsp;Talmud&nbsp;comme une carte roul&eacute;e sur elle-m&ecirc;me, un croquis de construction, une lucidit&eacute;,&nbsp;lumi&egrave;re d&rsquo;avant la vie&nbsp;, &eacute;tant reconnue &agrave; cet embryon omniscient, l&rsquo;enfant &agrave; na&icirc;tre &eacute;tant t&eacute;moin de temps miraculeux de l&rsquo;histoire juive<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[5]<\/a>&nbsp;gr&acirc;ce &agrave; ce que l&rsquo;auteure appelle&nbsp;la paroi-aquarium&nbsp;&nbsp;d&rsquo;un ventre maternel devenu soudainement transparent, sauf que, toujours selon le&nbsp;Talmud, un ange &agrave; la naissance rend visite &agrave; tous les enfants, les frappant juste au-dessus de la bouche, d&rsquo;o&ugrave; la fente que nous portons tous au-dessus de la l&egrave;vre sup&eacute;rieure, dite&nbsp;marque de l&rsquo;ange, ce geste suscitant instantan&eacute;ment notre amn&eacute;sie de savoir, car, rappelle Delphine Horvilleur,pour na&icirc;tre il faut oublier.<\/p>\n<p>\n\t\tCes embryons omniscients illustrent le rapport particulier du juda&iuml;sme &agrave; l&rsquo;histoire et au temps&nbsp;: la narration des deux temps forts de l&rsquo;histoire juive,&nbsp;Lib&eacute;ration par la sortie d&rsquo;Egypte et R&eacute;v&eacute;lation au mont Sina&iuml;, est constamment r&eacute;it&eacute;r&eacute;e dans les rites, la sortie d&rsquo;Egypte &eacute;tant racont&eacute;e chaque ann&eacute;e au soir de P&acirc;ques comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une lib&eacute;ration que chacun d&rsquo;entre nous doit entreprendre de son Egypte personnelle, m&eacute;taphore de ses propres espaces d&rsquo;enfermement, ce souvenir &eacute;tant &eacute;galement r&eacute;activ&eacute; le vendredi soir lors du kiddouch, l&rsquo;entr&eacute;e de shabbat convoquant la&nbsp;m&eacute;moire de la sortie d&rsquo;Egypte et en faisant un &eacute;v&eacute;nement &agrave; la fois pass&eacute; et pr&eacute;sent&nbsp;; de m&ecirc;me la f&ecirc;te de Chavouot comm&eacute;more chaque ann&eacute;e la r&eacute;v&eacute;lation de la&nbsp;Thora&nbsp;au mont Sina&iuml;, la tradition juive invitant ce jour-l&agrave; &agrave; consid&eacute;rer que&nbsp;toutes les &acirc;mes juives, n&eacute;es ou &agrave; na&icirc;tre, &eacute;taient pr&eacute;sentes au mont Sina&iuml;.<\/p>\n<p>\n\t\tNous sommes donc tous, explique Delphine Horvilleur,&nbsp;ceux qui &eacute;taient l&agrave; sans y &ecirc;tre, ceux qui &eacute;taient pr&eacute;sents malgr&eacute; notre absence&nbsp;, ce qui fait la p&eacute;rennit&eacute; de la transmission, transmission garantie dans le juda&iuml;sme par l&rsquo;encha&icirc;nement des g&eacute;n&eacute;rations, la m&eacute;moire &eacute;tant comme&nbsp;fertilis&eacute;e&nbsp;par la narration et le rite, et la nouvelle g&eacute;n&eacute;ration &eacute;tant charg&eacute;e de tisser un lien entre le pass&eacute; et l&rsquo;avenir, faisant du juda&iuml;sme une affaire de parcours et d&rsquo;&eacute;difice de vie.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LA SEXUALIT&Eacute; CONDITION&nbsp;DE L&rsquo;&Eacute;PANOUISSEMENT<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDans un dernier chapitre intitul&eacute;&nbsp;La fabrique du d&eacute;sir, Delphine Horvilleur se propose d&rsquo;analyser le rapport des rabbins &agrave; la sexualit&eacute;, et explique d&rsquo;entr&eacute;e de jeu que la sexualit&eacute; est d&eacute;crite dans de tr&egrave;s nombreux textes juifs comme une condition primordiale de l&rsquo;&eacute;panouissement de l&rsquo;homme et de la femme&nbsp;: elle n&rsquo;est pas envisag&eacute;e dans l&rsquo;unique but de la procr&eacute;ation, et l&rsquo;homme n&rsquo;a que deux contraintes&nbsp;: se soucier du plaisir de son &eacute;pouse et procr&eacute;er. Cette injonction de procr&eacute;ation , selon certains commentateurs, ne concerne que l&rsquo;homme et ne constitue pas une obligation pour la femme, le but de cette procr&eacute;ation &eacute;tant de&nbsp;remplir et soumettre&nbsp;la terre, deux actions per&ccedil;ues par les commentateurs comme propres au masculin&nbsp;; ainsi s&rsquo;inscrit dans la loi rabbinique une profonde diff&eacute;rence de traitement entre les deux partenaires, diff&eacute;rence qui entra&icirc;ne des r&eacute;percussions complexes&nbsp;: selon la loi juive par exemple, la femme, n&rsquo;&eacute;tant pas astreinte &agrave; la procr&eacute;ation, ne pourra demander le divorce en cas de st&eacute;rilit&eacute; de son mari mais l&rsquo;homme pourra r&eacute;pudier son &eacute;pouse st&eacute;rile, puisqu&rsquo;elle l&rsquo;emp&ecirc;cherait de r&eacute;aliser un commandement auquel il n&rsquo;a pas le droit de se soustraire. On notera encore que, selon le&nbsp;Talmud, l&rsquo;homme qui refuse de procr&eacute;er est parfois compar&eacute; &agrave; un criminel, ne pas engendrer revenant en somme &agrave; assassiner les &acirc;mes dont il emp&ecirc;che l&rsquo;arriv&eacute;e sur Terre.<\/p>\n<p>\n\t\tAjoutons que la&nbsp;Kabale&nbsp;con&ccedil;oit une conception &agrave; trois, une f&eacute;condation avec tiers donneur, une&nbsp;Procr&eacute;ation Dibboukement Assist&eacute;e, sorte de&nbsp;PDA, le&nbsp;dibbouk&nbsp;&eacute;tant un&nbsp;esprit contributeur&nbsp;qui, s&rsquo;infiltrant en la femme st&eacute;rile, lui permettrait de concevoir, le recours &agrave; un parent tiers dans un cadre de don tr&egrave;s sp&eacute;cifique &eacute;tant tol&eacute;r&eacute; par les kabbalistes.&nbsp;La fabrique du d&eacute;sir&nbsp;va se clore avec une sc&egrave;ne qui se passe dans la maison d&rsquo;&eacute;tude de Soura, pr&eacute;texte &agrave; un d&eacute;bat qui demande si la chambre &agrave; coucher est aussi une maison d&rsquo;&eacute;tudes, au m&ecirc;me titre que la biblioth&egrave;que,&nbsp;l&rsquo;enseignement de la Thora ne se trouvant alors pas que dans les livres. On notera que le d&eacute;bat se fait devant l&rsquo;&eacute;pouse muette, tandis que les deux hommes, ma&icirc;tre et &eacute;l&egrave;ve, interpr&egrave;tent la loi dans ce lieu d&rsquo;intimit&eacute; conjugale o&ugrave; la voix du f&eacute;minin est donc &eacute;touff&eacute;e, la sexualit&eacute; f&eacute;minine devant &ecirc;tre silencieuse.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LE LIVRE ENSEIGNE &Agrave; AIMER L&rsquo;AUTRE DAVANTAGE QUE LA LECTURE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tMais alors avec qui les rabbins font-ils vraiment l&rsquo;amour&nbsp;? De nombreux textes du&nbsp;Talmud&nbsp;et de la mystique juive font de la&nbsp;Thora&nbsp;le f&eacute;minin d&eacute;sir&eacute;, l&rsquo;amante id&eacute;alis&eacute;e, symbolisant la puissance &eacute;rog&egrave;ne de l&rsquo;&eacute;tude, l&rsquo;attirance quasi irr&eacute;pressible que le&nbsp;Livre&nbsp;exerce sur les sages, une comp&eacute;tition s&rsquo;exer&ccedil;ant alors entre deux d&eacute;sirs, celui du livre et celui du corps&nbsp;: Delphine Horvilleur rassure son lecteur en assurant que malgr&eacute; cette attirance pour le texte, le juda&iuml;sme rabbinique ne fait jamais le choix de l&rsquo;asc&eacute;tisme complet et de la vie totalement monacale, mis en garde qu&rsquo;il est contre un fondamentalisme de la lecture&nbsp;: le livre enseigne &agrave; son lecteur &agrave; rencontrer et &agrave; aimer l&rsquo;Autre davantage que la lecture, tout repli identitaire &eacute;tant une forme de menace.<\/p>\n<p>\n\t\tJe pense, conclut Delphine Horvilleur,&nbsp;qu&rsquo;il y a encore aujourd&rsquo;hui dans toutes nos religions un probl&egrave;me avec la place qu&rsquo;on ne fait pas aux voix et aux corps des femmes. La question du f&eacute;minin dans la religion est d&rsquo;autant plus critique qu&rsquo;un syst&egrave;me qui ne fait pas de place aux femmes est un syst&egrave;me qui ne fera de la place &agrave; aucun Autre. Voil&agrave; pourquoi il est urgent que le discours religieux sur les femmes change. Bien s&ucirc;r, les femmes sont tout &agrave; fait en droit de se r&eacute;approprier les rites religieux et de les&nbsp;<a href=\"http:\/\/conjugaison.lemonde.fr\/conjugaison\/premier-groupe\/interpr%25C3%25A9ter\/\">interpr&eacute;ter<\/a>&nbsp;autrement que comme une soumission &agrave; un ordre masculin. Mais tant que le discours religieux officiel n&rsquo;&eacute;volue pas lui aussi dans le sens d&rsquo;une plus grande place faite aux femmes, le rite est comme contamin&eacute;&nbsp; par les archa&iuml;smes.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>AINSI CE QUI UNIT LES JUIFS A TRAVERS LES G&Eacute;N&Eacute;RATIONS C&rsquo;EST UN RAPPORT AU TEXTE QUI LEUR SERT DE MATRICE ABRITANT EN CHAQUE GENERATION DES EXTENSIONS DE SENS, ET SI LES RABBINS FONT DES ENFANTS JUIFS C&rsquo;EST D&rsquo;ABORD POUR FABRIQUER AU LIVRE DE NOUVEAUX LECTEURS .<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tSARAH CATTAN<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>&nbsp;Talmud de Babylone, Trait&eacute; Pessahim 62b<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[2]<\/a>&nbsp;Le terme est de Marc-Alain Ouaknin<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[3<\/a>&nbsp;Archives Consistoire central, 1 C8, Copie des lettres, 12 mars 1846.<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[4]<\/a>&nbsp;Trait&eacute; Nida 30b<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[5]<\/a>&nbsp;Le moment o&ugrave; Dieu fend miraculeusement les flots de la mer Rouge ou encore la r&eacute;v&eacute;lation de la Thora au mont Sina&iuml;<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/israel\/delphine-horvilleur-rabbin-les-nouveaux-lecteurs-du-livre-par-sarah-cattan\" style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Source<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Delphine Horvilleur, rabbin : les nouveaux lecteurs du Livre, par Sarah Cattan &nbsp; &nbsp; EN RENCONTRANT DELPHINE HORVILLEUR,VOUS VOUS TROUVEZ FACE &Agrave; UNE &Eacute;QUATION SINGULI&Egrave;RE ET RICHE DE PROMESSES, RENDANT POSSIBLE LA COEXISTENCE DANS UNE M&Ecirc;ME PERSONNE D&rsquo;UNE FEMME SOLAIRE, JEUNE, BELLE, MODERNE, M&Egrave;RE DE TROIS ENFANTS, &Eacute;CRIVAIN ET RABBIN.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":20345,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16,1],"tags":[],"class_list":["post-12123","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-judaisme","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12123","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12123"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12123\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20345"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12123"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12123"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12123"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}