{"id":12297,"date":"2016-03-24T04:00:22","date_gmt":"2016-03-24T04:00:22","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=12297"},"modified":"2016-03-24T00:40:37","modified_gmt":"2016-03-24T00:40:37","slug":"je-ne-suis-pas-morte-une-survivante-du-metro-de-bruxelles-raconte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/je-ne-suis-pas-morte-une-survivante-du-metro-de-bruxelles-raconte\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Je. Ne. Suis. Pas. Morte.\u00a0\u00bb Une survivante du m\u00e9tro de Bruxelles raconte"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&quot;Je. Ne. Suis. Pas. Morte.&quot; Une survivante du m&eacute;tro de Bruxelles raconte<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tTatiana Dronjak &eacute;tait passag&egrave;re du m&eacute;tro d&eacute;truit par l&#39;attentat, mardi, &agrave; Bruxelles, pr&egrave;s de la station Maelbeek. Elle raconte l&#39;explosion, la fuite et l&#39;&eacute;tat de choc.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"_5pcp\">\n<div class=\"_6a _29ee _4f-9 _43_1\" data-hover=\"tooltip\" data-tooltip-content=\" Public\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"mtm _5pco\" data-ft=\"&quot;K&quot;}\">\n<div class=\"text_exposed_root text_exposed\" id=\"id_56f21303f2fcf6725396007\">\n<p>\n\t\t\t&Agrave; bout de souffle, on essaie de retrouver le sien alors que celui de la bombe vient de nous coucher.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tUn flash, une secousse, une violente d&eacute;flagration. J&#39;enten<span class=\"text_exposed_show\">ds les gens hurler. &quot;Au secours ! Au secours !&quot; Mais putain&#8230; C&#39;est ma voix ! C&#39;est ma voix ?&nbsp;<br \/>\n\t\t\tLa lumi&egrave;re est jaune d&eacute;sert, la poussi&egrave;re et la fum&eacute;e &acirc;cre rend tout gris et puis des touches de rouge &ccedil;a et l&agrave;. Les gens pissent le sang. Les d&eacute;bris sont partout.<br \/>\n\t\t\tQuand l&#39;explosion retentit, on est projet&eacute;s en avant. Je sens quelque chose heurter mon cr&acirc;ne. C&#39;est la t&ecirc;te de mon voisin ? Un morceau de la vitre qui vient de voler en &eacute;clat ? Un d&eacute;bris projet&eacute; par le souffle ?<br \/>\n\t\t\tJ&#39;&eacute;tais en train d&#39;&eacute;crire &agrave; un ami &agrave; propos de Zaventem, j&#39;avais le moral en berne et mal &agrave; ma Belgique.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tPour moi, Bruxelles c&#39;est devenu ma ville de coeur. Ici y a des parcs, des comedy clubs, des cin&eacute;mas, des mus&eacute;es, des bars, des milliers de bi&egrave;res partout, des &eacute;glises, des mosqu&eacute;es. C&#39;est une ville d&eacute;sinvolte et parfois un peu sale, parfois mis&eacute;reuse, parfois un peu bobo. Mais pas une ville d&#39;explosions, pas une ville d&#39;attentats, pas une ville o&ugrave; on tue des gens avec des bombes !<br \/>\n\t\t\tCe matin j&#39;&eacute;tais partie un peu tard au boulot, comme d&#39;habitude, j&#39;allais arriver vingt minutes &agrave; la bourre. J&#39;avais achet&eacute; une couque au chocolat et un jus d&#39;orange frais dans la station de m&eacute;tro Merode. Je pensais d&eacute;jeuner au taf.<br \/>\n\t\t\tJe zonais sur Facebook et j&#39;ai vu ce qui s&#39;&eacute;tait pass&eacute; &agrave; Zaventem. &Ccedil;a m&#39;a fichu un coup. J&#39;ai envoy&eacute; un message &agrave; un coll&egrave;gue qui vient de l&agrave;-bas pour savoir si tout allait bien.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tPour lui, oui.<br \/>\n\t\t\tUne place venait de se lib&eacute;rer et j&#39;ai pris le temps de m&#39;asseoir. On est &agrave; Schuman. Prochain arr&ecirc;t : terror city, mais je ne le sais pas encore.<br \/>\n\t\t\tOn est &agrave; Maelbeek, le m&eacute;tro red&eacute;marre.<br \/>\n\t\t\tPuis il y a l&#39;explosion et c&#39;est le chaos. Les vitres sont souffl&eacute;es, les portes sont arrach&eacute;es, les gens tombent et on arrive en enfer. Il me faut quelques secondes pour r&eacute;aliser. Le temps que mes sens abrutis se remettent &agrave; fonctionner, la moiti&eacute; des gens sont d&eacute;j&agrave; en train de fuir. La partie raisonnable de mon esprit me dit qu&#39;on a d&ucirc; heurter un autre m&eacute;tro mais en boucle dans mon esprit, un seul mot : attentat.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tJe me l&egrave;ve, je fuis en repoussant la porte qui ne tient plus que sur le dessus. Elle est ouverte en oblique. On &eacute;tait encore &agrave; quai, le m&eacute;tro penche de mani&egrave;re &eacute;trange. Tout le monde crie, je tousse, je cherche &agrave; respirer mais la fum&eacute;e et l&#39;odeur r&eacute;pugnante de plastique br&ucirc;l&eacute; me prennent &agrave; la gorge. Comment est-ce que les lumi&egrave;res peuvent encore fonctionner ?&nbsp;<br \/>\n\t\t\tComme un troupeau pris au pi&egrave;ge, on fuit tous par la gauche. On est tout pr&egrave;s de l&#39;escalator qui ne fonctionne pas. Les gens montent en courant et ma jambe passe &agrave; travers une des marches qui s&#39;est effondr&eacute;e sous moi. Je suffoque ! Une femme m&#39;attrape par le bras et m&#39;aide &agrave; remonter avant qu&#39;on me pi&eacute;tine. Je regarde en haut en courant et je vois les gens hurler et glisser en tentant de rejoindre la sortie. Les portiques sont ouverts. J&#39;attrape mon t&eacute;l&eacute;phone pour appeler mon homme et je vois passer devant moi des gens en sang, en train de boiter, confus, paniqu&eacute;s, br&ucirc;l&eacute;s. On sort sur le trottoir et des gens commencent &agrave; appeler les secours. Un homme, un secouriste qui travaille pr&egrave;s de l&agrave; essaye de juguler le traffic et rage contre les ambulances et les policiers qui tardent &agrave; venir. Une petite bonne femme &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi a perdu sa chaussure. Elle a une t&acirc;che de sang sur le visage. Elle veut appeler son mari mais a oubli&eacute; son num&eacute;ro. Une jeune femme noire a la peau du visage br&ucirc;l&eacute;e et panique. Un vieil homme a une blessure &agrave; la jambe qui va jusqu&#39;&agrave; l&#39;os. Il hurle qu&#39;il faut foutre tous les arabes dehors. La terreur nous rend fous. Plus loin, je vois un homme dont le visage est couvert de sang. Ses cheveux ont br&ucirc;l&eacute;, ce sont des frisottis couleur paille et il a une plaie terriblement profonde sur le cr&acirc;ne. Je donne mon &eacute;charpe &agrave; une femme qui la lui serre autour de la t&ecirc;te pour juguler le flux de sang.<br \/>\n\t\t\tJe n&#39;arr&ecirc;te pas de tousser et j&#39;ai le go&ucirc;t de l&#39;explosion dans la gorge.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tLes secours arrivent enfin. Des ambulances, la police et des flics arm&eacute;s et cagoul&eacute;s. Je n&#39;ai rien &agrave; faire l&agrave;, je ne peux pas aider et le sang sur ma veste n&#39;est pas le mien. Je ne suis pas bless&eacute;e, je suis seulement terroris&eacute;e. Je n&#39;arrive pas &agrave; arr&ecirc;ter de pleurer. J&#39;ai perdu tous mes rep&egrave;res. Mon homme arrive enfin et on rentre &agrave; la maison.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tEn prenant ma douche, je retrouve dans mes cheveux des d&eacute;bris de plastique et de m&eacute;tal, l&#39;eau est noire. Tout pue le br&ucirc;l&eacute;.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tJ&#39;ai quelques &eacute;corchures, mais je ne suis pas morte.<br \/>\n\t\t\tJe. Ne. Suis. Pas. Morte !<br \/>\n\t\t\tJ&#39;ai juste eu de la chance. J&#39;aurais pu prendre la voiture du fond o&ugrave; tout a saut&eacute;. J&#39;aurais pu n&#39;&ecirc;tre plus qu&#39;un amalgame de viande br&ucirc;l&eacute;e, mais je suis enti&egrave;re.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tJe suis pourtant bless&eacute;e. Psychologiquement.<br \/>\n\t\t\tJe ne ferai jamais d&#39;amalgame ni ne tirerai de conclusions h&acirc;tives. Je ne veux renvoyer personne dans son pays. Celui qui a tent&eacute; de me tuer et qui a assassin&eacute; les passagers du m&eacute;tro bruxellois ce matin n&#39;a pas de nationalit&eacute;, ni de religion. Il ne repr&eacute;sente que la barbarie et la folie.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tIl a r&eacute;ussi son coup. J&#39;ai peur. Je pleure. Mon monde aujourd&#39;hui criait de peur et de douleur. Bruxelles souffre et nous sommes bless&eacute;s, nous sommes choqu&eacute;s, nous sommes morts mais nous ne serons pas les outils d&#39;une propagande raciste.<br \/>\n\t\t\tJe ne suis pas un outil, ni une statistique, je suis une rescap&eacute;e. Et m&ecirc;me apr&egrave;s avoir go&ucirc;t&eacute; &agrave; la mort, je ne me laisserai pas faire.&nbsp;<br \/>\n\t\t\tJe n&#39;ai pas d&#39;armes, je ne fais pas de politique, je ne suis personne.<br \/>\n\t\t\tApr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute;e comme un chiffre par des maboules, je ne serai pas utilis&eacute;e comme un chiffre par d&#39;autres demeur&eacute;s.<\/span><\/p>\n<p>\n\t\t\t<span>Tatiana Dronjak<\/span><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &quot;Je. Ne. Suis. Pas. 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