{"id":12973,"date":"2016-06-15T23:56:56","date_gmt":"2016-06-15T23:56:56","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=12973"},"modified":"2016-06-15T23:56:56","modified_gmt":"2016-06-15T23:56:56","slug":"quand-la-peur-des-femmes-mene-le-monde-psychanalyse-des-fanatiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/quand-la-peur-des-femmes-mene-le-monde-psychanalyse-des-fanatiques\/","title":{"rendered":"Quand la peur des femmes m\u00e8ne le monde &#8211; Psychanalyse des fanatiques"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tQuand la peur des femmes m&egrave;ne le monde<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\tPsychanalyse des fanatiques<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tQu&rsquo;y a-t-il dans la t&ecirc;te des fous de certitude?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tQuoi de commun entre tous ces int&eacute;gristes, religieux ou politiques, qui sont pr&ecirc;ts &agrave; tout, &agrave; tuer et &agrave; mourir, pour leur &laquo;v&eacute;rit&eacute;&raquo;? Et si derri&egrave;re tous leurs discours il y avait une m&ecirc;me pathologie: une n&eacute;vrose typiquement masculine? Frustrations sexuelles, phobie des femmes, haine de l&rsquo;autre &ndash; et de soi: qu&rsquo;est-ce qui gouverne ces hommes qui pr&eacute;tendent gouverner les autres? Un dossier dirig&eacute; par Catherine David<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tQu&rsquo;ils se r&eacute;clament d&rsquo;une religion du Livre ou d&rsquo;un Petit Livre rouge, nos modernes fanatiques ne sont que les h&eacute;ritiers d&rsquo;une longue tradition psychorigide qui semble indissociable de l&rsquo;humanisation des primates arboricoles.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLa foi soul&egrave;ve les montagnes et peut d&eacute;truire les gratte-ciel, mais les id&eacute;ologies ont aussi leur efficace. De l&rsquo;Inquisition aux purges staliniennes, du r&ecirc;ve nazi de la puret&eacute; de la race &ndash; h&eacute;rit&eacute; de l&rsquo;Espagne de Torquemada &ndash; au p&eacute;tainisme &eacute;grotant et &agrave; l&rsquo;avenir radieux du credo marxiste, la promotion d&rsquo;un futur purifi&eacute; change de forme, mais manifeste les m&ecirc;mes tentations totalitaires, les m&ecirc;mes rodomontades messianiques. Car le fanatisme est de tous les temps, m&ecirc;me si son pouvoir de fascination est variable. On trouve dans toutes les soci&eacute;t&eacute;s, plus ou moins actif, plus ou moins contagieux, ce grain de folie, ce noyau d&rsquo;exalt&eacute;s, mobilis&eacute;s derri&egrave;re le panache blanc d&rsquo;un chef charismatique &agrave; la recherche d&rsquo;une action d&eacute;cisive, d&rsquo;une solution finale. Les suicides collectifs de Guyana ou de l&rsquo;Ordre du Temple solaire ont prouv&eacute; jusqu&rsquo;o&ugrave; peut aller l&rsquo;ascendant mortif&egrave;re d&rsquo;un proph&egrave;te autod&eacute;sign&eacute;. Hitler, Mussolini, Staline, Ben Laden&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLe fanatisme est une religion du P&egrave;re qui ob&eacute;it &agrave; la d&eacute;raison du plus fort. Et la mont&eacute;e aux extr&ecirc;mes est une n&eacute;vrose masculine. Une trag&eacute;die phallique. Une maladie de la virilit&eacute;. Une histoire d&rsquo;hommes entre eux, d&rsquo;hommes qui se comparent, qui mesurent leur puissance. D&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment. A mort. Ce qui ne veut pas dire que les femmes, et notamment les m&egrave;res, n&rsquo;auraient rien &agrave; voir dans ce tragique engrenage. Elles ont leur part de responsabilit&eacute;, bien s&ucirc;r, elles les ont &eacute;lev&eacute;s, ces grands gar&ccedil;ons! Et l&rsquo;on sait de quelle v&eacute;n&eacute;ration sont entour&eacute;es les m&egrave;res en islam. Mais tout de m&ecirc;me, on ne rencontre gu&egrave;re de femmes kamikazes, pas plus que de femmes violeuses ou p&eacute;dophiles (1)&#8230; Et l&rsquo;on ne voit pas pour l&rsquo;instant, sauf exceptions, que les femmes en voie d&rsquo;&eacute;mancipation revendiquent aussi la parit&eacute; dans le crime.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;Cachez ce sein que je ne saurais voir!&raquo;, disait notre Tartuffe. Prenons le d&eacute;funt r&egrave;gne des talibans comme une loupe, un miroir grossissant, une caricature de nos propres errements, nous qui avons invent&eacute; la ceinture de chastet&eacute; et les guerres de religion. Voici un monde sans visages, une population qui se voile la face, qui se cache, un r&eacute;gime o&ugrave; voir est obsc&egrave;ne, o&ugrave; m&ecirc;me les bouddhas, ces &eacute;trangers &agrave; l&rsquo;islam, sont d&eacute;figur&eacute;s, pour ob&eacute;ir &agrave; la Loi. Cachez, cachez&#8230; L&rsquo;Afghanistan des talibans ressemble &agrave; un ballet de masques, qu&rsquo;ils soient barbus ou grillag&eacute;s. Comment ne pas soup&ccedil;onner une soci&eacute;t&eacute; qui multiplie ainsi les &eacute;crans, qui &eacute;paissit les voiles, d&rsquo;avoir quelque chose &agrave; cacher, d&rsquo;&ecirc;tre travaill&eacute;e par une angoisse secr&egrave;te? Dans ce syst&egrave;me th&eacute;ocratique et patriarcal, les femmes n&rsquo;ont qu&rsquo;&agrave; bien se tenir. Elles restent invisibles dans leurs trous &agrave; rats, sous leurs burqas fantomatiques. Qu&rsquo;elles transgressent la loi du plus fort, et on leur explose la nuque en public, &agrave; genoux dans les stades, ces modernes agoras. De m&ecirc;me l&rsquo;Inquisition autrefois, en Espagne, en France, aux Etats-Unis, br&ucirc;lait les sorci&egrave;res en place publique (2). Pourquoi tant de haine? Tout se passe, dans ces univers puritains, comme si la diff&eacute;rence sexuelle &eacute;tait une honte inavouable, comme si la f&eacute;minit&eacute; recelait un danger myst&eacute;rieux, auquel la mort serait mille fois pr&eacute;f&eacute;rable. Les talibans n&rsquo;ont pas peur de la mort, c&rsquo;est vrai: ils ont peur de la Femme. Plus pr&eacute;cis&eacute;ment: ils ont peur de la diff&eacute;rence des sexes, et peut-&ecirc;tre de la diff&eacute;rence elle-m&ecirc;me.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLe voile des Afghanes et le viol de New York seraient donc les deux faces d&rsquo;un seul et m&ecirc;me geste. Deux actes meurtriers, n&eacute;gationnistes, spectaculaires et sym&eacute;triques, accomplis par les m&ecirc;mes. Inspir&eacute;s par la m&ecirc;me peur? Dans &laquo;le Monde&raquo; du 11 octobre 2001, Patrice de Beer attirait l&rsquo;attention sur la &laquo;peur panique du sexe dit faible&raquo;, perceptible &agrave; l&rsquo;&eacute;tat latent dans tout le monde musulman, mais port&eacute;e &agrave; son paroxysme chez les islamistes, d&rsquo;Alger &agrave; Kaboul en passant par T&eacute;h&eacute;ran. Comme nous l&rsquo;a dit Ben Laden, &laquo;nous aimons la mort plus que vous n&rsquo;aimez la vie&raquo;. Cette passion pour la mort serait-elle l&rsquo;envers d&rsquo;une haine pour la f&eacute;minit&eacute; en tant qu&rsquo;elle porte la vie? Les martyrs du djihad, les terroristes du GIA, les kamikazes de New York et de J&eacute;rusalem, sacrifi&eacute;s au nom d&rsquo;Allah et premi&egrave;res victimes de leurs propres actes, sont peut-&ecirc;tre d&rsquo;abord des gamins terrifi&eacute;s. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;&eacute;clatement sacrificiel, l&rsquo;orgasme cosmique, forme ultime de l&rsquo;union &agrave; Dieu (on trouve aussi dans la kabbale h&eacute;bra&iuml;que des sp&eacute;culations sur la mors osculi, sur l&rsquo;instant final comme extase mystique).<\/p>\n<p>\n\t\tMais pourquoi des &ecirc;tres si forts, si purs, si triomphants auraient-ils tant &agrave; craindre des femmes, si &laquo;faibles&raquo; qu&rsquo;elles ont m&ecirc;me, souvent, la faiblesse d&rsquo;aimer leurs tourmenteurs et de participer &agrave; leur propre esclavage? Et pourquoi ces hommes qui n&rsquo;en finissent pas de r&eacute;affirmer leur puissance virile, de la prouver en se laissant pousser la barbe, en m&eacute;prisant leurs femmes, en s&rsquo;offrant au sacrifice, pourquoi se donnent-ils tant de mal pour que leur virilit&eacute; soit bien visible, &eacute;clatante, au point de nous crever les yeux? Auraient-ils un doute sur ce point, eux qui ne doutent de rien?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tQue les talibans se rassurent, ils ne sont pas les seuls. &laquo;Les troubles de l&rsquo;identit&eacute; masculine ne sont pas l&rsquo;exclusive du monde musulman&raquo; (3), et la plupart des jeunes gens traversent en grandissant cette &eacute;preuve fondatrice du doute. Car il se trouve que les m&acirc;les de notre esp&egrave;ce n&rsquo;ont aucun pouvoir d&eacute;cisionnel sur les caprices de leur sexe. En auraient-ils h&eacute;rit&eacute; la ma&icirc;trise en naissant que la face du monde en e&ucirc;t &eacute;t&eacute; chang&eacute;e, plus s&ucirc;rement que par le nez de Cl&eacute;op&acirc;tre. Selon le psychanalyste Didier Dumas (4), &laquo;si la crainte de perdre sa ma&icirc;trise virile est centrale dans la probl&eacute;matique masculine, c&rsquo;est tout d&rsquo;abord parce que l&rsquo;&eacute;rection et la d&eacute;tumescence ne se pr&eacute;sentent pas comme des actes volontaires. L&rsquo;homme ne vit donc jamais son sexe comme faisant totalement un avec son corps&raquo;. Ainsi, comme ne l&rsquo;a pas &eacute;crit Simone de Beauvoir, on ne na&icirc;t pas homme, on le devient. La virilit&eacute; &ndash; comme la f&eacute;minit&eacute; &ndash; n&rsquo;est pas un donn&eacute; mais une conqu&ecirc;te, une aventure pleine de p&eacute;rils inconnus, sans garantie de succ&egrave;s. Il n&rsquo;est pas facile de devenir un homme &ndash; pas plus que de devenir une femme. &laquo;On ne peut plus ignorer aujourd&rsquo;hui le long trajet n&eacute;cessaire pour se diff&eacute;rencier non anatomiquement, mais psychiquement, &eacute;crit la psychanalyste Alice Cherki (5). On ne peut plus m&eacute;conna&icirc;tre le trac&eacute; des chemins tortueux des identifications appartenant &agrave; un sexe ou &agrave; l&rsquo;autre.&raquo; Ce trajet n&rsquo;est &eacute;videmment pas le m&ecirc;me selon que l&rsquo;on na&icirc;t pachtoune, inuit ou guat&eacute;malt&egrave;que.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDans sa biographie de l&rsquo;auteur du &laquo;Kama Sutra&raquo; (6), le psychanalyste indien Sudhir Kakar r&eacute;v&egrave;le un secret bien gard&eacute; sur le fonctionnement du d&eacute;sir masculin. Le narrateur, un jeune &eacute;tudiant, s&rsquo;interroge sur les myst&egrave;res de l&rsquo;amour. Il se prom&egrave;ne dans la rue, il croise des femmes, et bien s&ucirc;r il bande&#8230; Et au lieu de se r&eacute;jouir, il enrage! Il maudit le d&eacute;sir que les femmes lui inspirent! Pourquoi? Parce qu&rsquo;il ne le contr&ocirc;le pas. &laquo;Je hais cette fa&ccedil;on qu&rsquo;ont les femmes de m&rsquo;envahir. Je hais ce qu&rsquo;elles infligent &agrave; mon corps sans mon consentement. Je suis irrit&eacute; par les &eacute;rections importunes qu&rsquo;elles suscitent. Cette partie de mon corps, source de sensations &ocirc; combien exquises, leur appartient, semble-t-il, plus qu&rsquo;elle n&rsquo;est mienne.&raquo; Tout se passe, pour le jeune &eacute;tudiant, comme si la femme d&eacute;cidait &agrave; sa place, comme si elle poss&eacute;dait le pouvoir myst&eacute;rieux de le faire bander &ndash; ou d&eacute;bander! &ndash; &agrave; volont&eacute;, comme si elle poss&eacute;dait une sorte de t&eacute;l&eacute;commande invisible reli&eacute;e &agrave; son sexe. Le voil&agrave;, le fameux pouvoir occulte de la Femme. Bien entendu, les femmes ne poss&egrave;dent rien de tel, ni t&eacute;l&eacute;commande ni pouvoir occulte. Elles n&rsquo;y peuvent rien, l&rsquo;amour est enfant de boh&egrave;me et le d&eacute;sir n&rsquo;a jamais connu de loi. Les femmes ne sont pas responsables de la diff&eacute;rence des sexes! C&rsquo;est &laquo;Dieu&raquo; qui l&rsquo;a voulu, il leur suffit d&rsquo;appara&icirc;tre&#8230; d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;urgence de les faire dispara&icirc;tre sous des voiles &eacute;pais. &laquo;Cachez ce sein que je voudrais voir&hellip; et que j&rsquo;ai peur de d&eacute;sirer&raquo;, dirait un Tartuffe sinc&egrave;re. Se donnerait-on tant de peine pour dissimuler quelque chose d&rsquo;indiff&eacute;rent? En toute logique, le voilement des femmes correspond non seulement &agrave; un d&eacute;ni de la r&eacute;alit&eacute; mais &agrave; un &eacute;vitement de la diff&eacute;rence des sexes, et finalement &agrave; un &laquo;&eacute;vitement de la sexualit&eacute; masculine&raquo; (5). Devenir homme exigerait en effet, entre autres &eacute;preuves, le courage de surmonter cette peur tr&egrave;s bien partag&eacute;e, pour se r&eacute;jouir &ndash; et jouir &ndash; du lien myst&eacute;rieux tiss&eacute; par le d&eacute;sir entre un homme et une femme. Encore faut-il en avoir l&rsquo;occasion. Dans &laquo;Il faut abattre la lune&raquo; (7), Jean-Paul Mari rappelle &agrave; quelles affolantes frustrations sont expos&eacute;s les jeunes Alg&eacute;rois dans la promiscuit&eacute; de la casbah. &laquo;C&eacute;libataires &agrave; 30 ans, ils continuent &agrave; coucher, chaque soir, serr&eacute;s au milieu des autres, parfois contre le corps de leur cousine, de leur s&oelig;ur. Des ann&eacute;es de d&eacute;sir contenu! Des milliers de nuits de torture sexuelle&#8230;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tBien s&ucirc;r, l&rsquo;islam n&rsquo;a pas le monopole de la pudibonderie. Le puritanisme fleurit dans les extr&eacute;mismes, avec son cort&egrave;ge d&rsquo;hypocrisies, de scandales et de perversit&eacute;s. Les femmes juives de Mea Shearim portent perruque et manches longues (alors qu&rsquo;elles pourraient porter la kippa, rien ne l&rsquo;interdit dans les textes), le dogme catholique a longtemps maudit les filles d&rsquo;Eve, les tablo&iuml;ds anglais se gargarisent des amours adult&egrave;res, et le costume Mao symbolise l&rsquo;effacement programm&eacute; de la diff&eacute;rence des sexes dans les pays communistes, sous pr&eacute;texte de l&rsquo;av&egrave;nement d&rsquo;un &laquo;homme nouveau&raquo;. Quant &agrave; Kenneth Starr, le &laquo;taliban&raquo; am&eacute;ricain pers&eacute;cuteur de Clinton, il incarne &agrave; lui tout seul le m&eacute;lange de r&eacute;pulsion et de fascination de la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du sexe (lire page 18) &ndash; et franchement, qui peut affirmer que le pauvre Kenneth n&rsquo;a pas r&ecirc;v&eacute; d&rsquo;occuper la place de Bill dans la bouche de Monica?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tChaque soci&eacute;t&eacute; g&egrave;re ses diff&eacute;rences internes, organise &agrave; sa mani&egrave;re la r&eacute;partition des r&ocirc;les entre hommes et femmes. Mais s&rsquo;il n&rsquo;est pas encourag&eacute; par son environnement culturel &agrave; franchir ce pas d&eacute;cisif de la rencontre avec l&rsquo;Autre incarn&eacute; par une femme, le gar&ccedil;on risque de rester fix&eacute; dans une &laquo;phobie du f&eacute;minin&raquo; aux cons&eacute;quences d&eacute;vastatrices. De ses doutes torturants (&laquo;de quoi suis-je capable?&raquo;), de ces questions sans r&eacute;ponses va na&icirc;tre un d&eacute;sir lancinant de r&eacute;assurance virile, un rapport &agrave; d&rsquo;autres hommes &laquo;o&ugrave; s&rsquo;&eacute;vite tout ce qui pourrait indiquer la faille de l&rsquo;autre homme&raquo; (5). Il devient urgent d&rsquo;imaginer qu&rsquo;il existe au moins un homme, un chef &agrave; qui l&rsquo;&eacute;preuve du doute aurait &eacute;t&eacute; &eacute;pargn&eacute;e, un gourou sans peur et sans reproche, &laquo;un p&egrave;re imaginaire tout-puissant, incastrable&raquo;. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;irr&eacute;sistible ascension des chefs tout-puissants &agrave; la perp&eacute;tuelle &eacute;rection, Mussolini, Mao ou Staline, leaders &agrave; la verge dress&eacute;e, symbolisant le fameux Phallus et donc fascinants ou fascistes (du latin fascinus, qui se dit phallos en grec). Le fanatique n&rsquo;a pas besoin de Dieu, mais il lui faut un h&eacute;ros, un chef de secte, un grand homme asc&eacute;tique avec une voix de tonnerre et des yeux hypnotiques. Le chef de bande semble seul capable d&rsquo;&eacute;chapper au pouvoir mal&eacute;fique de la f&eacute;minit&eacute;, il est cr&eacute;dit&eacute; d&rsquo;un contr&ocirc;le total sur ses pulsions, donc sur ses d&eacute;sirs, donc sur son sexe, &agrave; la mani&egrave;re de ces adeptes du Qigong chinois de haut niveau qui arrivent, para&icirc;t-il, &agrave; bander et &agrave; d&eacute;bander cinq fois de suite, tous les matins, les bras le long du corps&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tD&rsquo;o&ugrave; cet ascendant magique du proph&egrave;te sur ses disciples t&eacute;tanis&eacute;s, malgr&eacute; la vie &agrave; la dure, entre hommes, dans cette longue cha&icirc;ne de bourreaux et de victimes, loin du gyn&eacute;c&eacute;e, hors du harem. &laquo;D&eacute;sir de servitude&raquo; port&eacute; &agrave; l&rsquo;incandescence, selon le diagnostic de La Bo&eacute;tie? Masochisme? Homosexualit&eacute; refoul&eacute;e? Passion du risque, identique &agrave; celle qui fait la fortune du saut &agrave; l&rsquo;&eacute;lastique ou des courses suicidaires sur les autoroutes (8)? Tout concourt &agrave; transformer en bombes volantes de malheureux jeunes gens fascin&eacute;s-fanatis&eacute;s au point de se croire consentants. Pendant ce temps, masqu&eacute;e par la soumission au chef salvateur, la peur du f&eacute;minin agit en sourdine dans les coulisses de ce grand th&eacute;&acirc;tre. Ainsi, contrairement aux apparences, la Femme ne serait pas un personnage secondaire dans la &laquo;grande histoire&raquo; masculine, mais son v&eacute;ritable enjeu fantasmatique, comme H&eacute;l&egrave;ne fut la cause av&eacute;r&eacute;e de la guerre de Troie. Li&eacute;e &agrave; une intense frustration sexuelle, la phobie des femmes ne serait pas seulement le sympt&ocirc;me d&rsquo;une maladie appel&eacute;e fanatisme, mais son moteur secret, son ressort cach&eacute;. La condition des femmes, notamment en Islam, serait alors le c&oelig;ur du probl&egrave;me, le point central, mais aveugle, des enjeux g&eacute;ostrat&eacute;giques du nouveau si&egrave;cle. Ce paradoxe, nous n&rsquo;en parlons gu&egrave;re tant nous avons l&rsquo;habitude de consid&eacute;rer la condition des femmes comme un &eacute;piph&eacute;nom&egrave;ne. Une tradition mill&eacute;naire a fa&ccedil;onn&eacute; nos esprits, que nous soyons homme ou femme, de mani&egrave;re que le masculin sert de norme inconsciente, d&rsquo;&eacute;talon universel, et que la m&eacute;fiance &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du f&eacute;minin est tr&egrave;s bien partag&eacute;e. &laquo;Je te remercie, mon Dieu, de ne pas m&rsquo;avoir fait na&icirc;tre femme&raquo;, r&eacute;p&egrave;tent les juifs orthodoxes &agrave; la pri&egrave;re du matin (voir article page 28). Comme l&rsquo;&eacute;crit Pierre Bourdieu, &laquo;la domination masculine est tellement ancr&eacute;e dans nos inconscients que nous ne l&rsquo;apercevons plus, tellement accord&eacute;e &agrave; nos attentes que nous avons du mal &agrave; la remettre en question. Plus que jamais, il est indispensable de dissoudre les &eacute;vidences et d&rsquo;explorer les structures symboliques de l&rsquo;inconscient androcentrique qui survit chez les hommes et chez les femmes&raquo; (9). Seules quelques religions orientales pr&eacute;servent la notion du couple divin originel, qui semble avoir partout pr&eacute;exist&eacute; &agrave; la religion du P&egrave;re. Le juda&iuml;sme, socle fondateur des trois monoth&eacute;ismes, a depuis longtemps &eacute;radiqu&eacute; jusqu&rsquo;au souvenir d&rsquo;Ash&eacute;ra, la &laquo;par&egrave;dre&raquo; de Yahv&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLa pens&eacute;e freudienne a particip&eacute; au renforcement de cette pr&eacute;&eacute;minence du &laquo;phallus symbolique&raquo; en postulant qu&rsquo;il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule libido, et qu&rsquo;elle est masculine, ou en pla&ccedil;ant aux origines de l&rsquo;histoire humaine le P&egrave;re de la horde primitive (10), bizarrement c&eacute;libataire malgr&eacute; ses nombreux enfants. &laquo;Il n&rsquo;est pas tr&egrave;s difficile de montrer que, de Freud &agrave; Lacan, la position de mod&egrave;le du sexe masculin demeure en continuit&eacute; profonde avec les naturalismes anciens&#8230; m&ecirc;me si les efforts se sont multipli&eacute;s pour d&eacute;solidariser la th&eacute;orie et la pratique analytique de cette adh&eacute;sion &agrave; la pens&eacute;e traditionnelle de la diff&eacute;rence des sexes.&raquo; (11) Enfin, la parit&eacute; en est l&rsquo;aveu involontaire, l&rsquo;&eacute;galit&eacute; ne fait que balbutier dans nos d&eacute;mocraties, y compris dans les secteurs &eacute;conomiques et culturels.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tAinsi sommes-nous depuis la nuit des temps, et malgr&eacute; les avanc&eacute;es notables de l&rsquo;&eacute;mancipation des femmes, toujours soumis au &laquo;pouvoir hypnotique de la domination&raquo; qui conduit notre plan&egrave;te au d&eacute;sastre, d&rsquo;autant plus s&ucirc;rement que le dominant lui-m&ecirc;me, pr&eacute;cise Bourdieu, est &laquo;domin&eacute;, mais par sa propre domination&raquo;. Domination masculine, en l&rsquo;occurrence, et si bien r&eacute;pandue sur la plan&egrave;te que Fran&ccedil;oise H&eacute;ritier en vient &agrave; se demander (12) s&rsquo;il ne s&rsquo;agirait pas d&rsquo;un universel. Car tout se passe comme si la prise en compte des diff&eacute;rences, dans les soci&eacute;t&eacute;s humaines, g&eacute;n&eacute;rait automatiquement une hi&eacute;rarchie entre les individus, et notamment l&rsquo;abaissement des femmes. Ainsi, de m&ecirc;me que l&rsquo;identification sexuelle d&eacute;termine le destin d&rsquo;un individu, c&rsquo;est finalement la relation entre les sexes, telle qu&rsquo;elle s&rsquo;exprime notamment &agrave; travers les structures de la parent&eacute;, ch&egrave;res aux ethnologues, qui conditionne les relations sociales, les mentalit&eacute;s, la forme des gouvernements, le cours de l&rsquo;Histoire enfin. Il est donc possible de &laquo;reconsid&eacute;rer la grande crise du monde actuel, en tournant le regard vers le principe d&rsquo;&eacute;conomie sexuelle de sa maladie politique&raquo; (3). La condition faite aux femmes, ici ou l&agrave;, ne serait donc pas un probl&egrave;me secondaire mais une r&eacute;alit&eacute; fondatrice, un indice assez fiable du degr&eacute; g&eacute;n&eacute;ral de libert&eacute; ou de tyrannie dans une soci&eacute;t&eacute; donn&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tMais par quel m&eacute;canisme diabolique le d&eacute;ni du f&eacute;minin peut-il d&eacute;boucher sur un conflit mondial? On le sait, un homme qui doute de sa virilit&eacute; ne le crie pas sur les toits. Il plastronne au contraire, il multiplie les gesticulations, les exploits, les d&eacute;monstrations, il couvre sa poitrine de m&eacute;dailles, il affirme son point de vue en tapant sur la table. Une soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;hommes angoiss&eacute;s par leurs frustrations veut prouver sa puissance et peut mettre la plan&egrave;te &agrave; feu et &agrave; sang pour r&eacute;pandre sa foi. Or, quel que soit leur credo, les int&eacute;gristes se reconnaissent justement &agrave; ce qu&rsquo;ils ne doutent de rien. Cette absence de doute, pour suspecte qu&rsquo;elle puisse nous para&icirc;tre, est m&ecirc;me leur principale force de frappe.<\/p>\n<p>\n\t\tComment de mis&eacute;rables infid&egrave;les, comment des intouchables pourraient-ils deviner leurs angoisses intimes? De Savonarole &agrave; Ben Laden, des Khmers rouges aux fondamentalistes hindous, les fanatiques ne perdent pas leur temps &agrave; s&rsquo;interroger sur nos psychismes d&eacute;licats, nos complexes infantiles. Le fanatique n&rsquo;est nullement curieux des autres, car il a trouv&eacute; le Graal, la fontaine du paradis, la bouche de v&eacute;rit&eacute;, la voix de son ma&icirc;tre. Ce qui suffit &agrave; justifier tous ses actes. Un fanatique ne discute pas, il affirme, il proph&eacute;tise. L&rsquo;int&eacute;griste, c&rsquo;est monsieur je-sais-tout. S&rsquo;il peut sembler irr&eacute;sistible, c&rsquo;est qu&rsquo;il dispose d&rsquo;une arme absolue: la certitude d&rsquo;avoir raison.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tQu&rsquo;il soit fasciste, terroriste ou simple tyran domestique, l&rsquo;int&eacute;griste est d&rsquo;abord un homme qui se rengorge de sa propre certitude, au point qu&rsquo;il trouve l&eacute;gitime de l&rsquo;imposer &agrave; tous, f&ucirc;t-ce par le mensonge et par la force. Il poss&egrave;de la V&eacute;rit&eacute;, et ce privil&egrave;ge le rend invincible, comme les Cathares se voulaient &laquo;parfaits&raquo;, comme la papaut&eacute; se pr&eacute;tend infaillible. Et puisqu&rsquo;il la poss&egrave;de, il peut s&rsquo;en servir comme d&rsquo;une arme, d&rsquo;autant plus que cette v&eacute;rit&eacute; est par essence messianique, et contient une promesse qu&rsquo;il lui appartient de r&eacute;aliser. A lui de faire advenir le r&egrave;gne de Dieu &ndash; ou la dictature du prol&eacute;tariat &ndash; sur la terre! La v&eacute;rit&eacute; ainsi con&ccedil;ue est unique et immuable, elle ne supporte pas la contradiction, encore moins la nuance. Or l&rsquo;existence m&ecirc;me de la Femme, de la f&eacute;minit&eacute;, parce qu&rsquo;elle incarne la diff&eacute;rence, remet en question cette parole univoque, cette foi d&rsquo;airain. Voil&agrave; comment on fait de Dieu un criminel, et voil&agrave; pourquoi votre fille est muette. Kenneth Starr, Khomeini, Mao, m&ecirc;me combat? La ligne de fracture ne passe pas, contrairement &agrave; ce qu&rsquo;annonce Huntington (13), entre civilisations diff&eacute;rentes, entre Est et Ouest, entre Nord et Sud, entre Islam et Occident, entre archa&iuml;sme et modernit&eacute;, et autres dualismes artificiels. Mais entre extr&eacute;mistes et mod&eacute;r&eacute;s de toutes ob&eacute;diences et de tous les pays, entre ceux qui croient tout savoir et ceux qui s&rsquo;interrogent. Entre le rabbin Kahane et Itzhak Rabin. Entre le Hamas et Arafat. Entre Kenneth Starr et Bill Clinton. Entre Le Pen et Chirac. Entre le machisme hyst&eacute;rique et une virilit&eacute; bien temp&eacute;r&eacute;e. Entre ceux qui masquent leurs faiblesses et ceux qui les assument. Entre ceux qui croient savoir et ceux qui savent douter. Entre ceux qui r&eacute;pandent leur foi et ceux qui prennent le risque du dialogue, dont le mod&egrave;le premier est donn&eacute; par la relation entre les sexes. Entre une logique totalitaire, fond&eacute;e sur l&rsquo;inflation explosive des egos, et une logique d&eacute;mocratique, fond&eacute;e sur la reconnaissance de l&rsquo;alt&eacute;rit&eacute; &ndash; et donc de la part f&eacute;minine de l&rsquo;humanit&eacute;. Oui, la bonne vieille d&eacute;mocratie, au risque du d&eacute;sordre, du malentendu, de la fragilit&eacute;, de l&rsquo;intelligence. D&eacute;cid&eacute;ment irrempla&ccedil;able. Comme disait Churchill, la pire des solutions, &agrave; l&rsquo;exclusion de toutes les autres. Et la seule &agrave; pouvoir tenir les fous de Dieu en respect, apr&egrave;s avoir surv&eacute;cu au nazisme et au stalinisme.<\/p>\n<p>\n\t\tCATHERINE DAVID &ndash; Le Nouvel Observateur<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand la peur des femmes m&egrave;ne le monde Psychanalyse des fanatiques &nbsp; Qu&rsquo;y a-t-il dans la t&ecirc;te des fous de certitude? &nbsp; Quoi de commun entre tous ces int&eacute;gristes, religieux ou politiques, qui sont pr&ecirc;ts &agrave; tout, &agrave; tuer et &agrave; mourir, pour leur &laquo;v&eacute;rit&eacute;&raquo;? Et si derri&egrave;re tous leurs discours il y avait une&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":20707,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15,1],"tags":[],"class_list":["post-12973","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-religion","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12973","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12973"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12973\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20707"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12973"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12973"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12973"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}