{"id":12991,"date":"2016-06-21T23:03:08","date_gmt":"2016-06-21T23:03:08","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=12991"},"modified":"2016-06-21T23:03:08","modified_gmt":"2016-06-21T23:03:08","slug":"le-referendum-britannique-et-les-limites-de-leconomie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-referendum-britannique-et-les-limites-de-leconomie\/","title":{"rendered":"Le r\u00e9f\u00e9rendum britannique et les limites de l\u2019\u00e9conomie"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<strong><u>Le r&eacute;f&eacute;rendum britannique et les limites de l&rsquo;&eacute;conomie<\/u><\/strong><u>(info # 012106\/16)<\/u><u>[Analyse &eacute;conomique]<\/u><\/p>\n<p>\n\tPar S&eacute;bastien Castellion<strong>&copy; Me<\/strong><strong>tula<\/strong><strong>N<\/strong><strong>ews<\/strong><strong>A<\/strong><strong>gency<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDepuis quelques jours, un curieux ph&eacute;nom&egrave;ne se produit sur les march&eacute;s financiers, qui avaient bri&egrave;vement paniqu&eacute; la semaine derni&egrave;re apr&egrave;s des sondages qui pr&eacute;disaient que les Britanniques quitteraient l&rsquo;Union Europ&eacute;enne jeudi prochain. Apr&egrave;s quelques jours d&rsquo;&eacute;motion, les march&eacute;s sont revenus &agrave; la normale : ils ne cherchent plus &agrave; vendre des livres sterling, ni &agrave; faire payer une prime de risque aux investisseurs qui veulent placer leur argent au Royaume-Uni. Tout se passe comme si le sentiment dominant &eacute;tait que, bien entendu, les &eacute;lecteurs ne feront pas cette b&ecirc;tise.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt pourtant, les sondages eux-m&ecirc;mes n&rsquo;ont pas chang&eacute;. Ils ne sont pas particuli&egrave;rement fiables &ndash; les sondeurs britanniques s&rsquo;&eacute;taient d&eacute;j&agrave; tromp&eacute; l&rsquo;an dernier en pr&eacute;disant une d&eacute;faite &eacute;lectorale du Premier ministre Cameron jusqu&rsquo;&agrave; la veille de son triomphe &ndash; mais ils pointent plut&ocirc;t vers un d&eacute;part du royaume hors de l&rsquo;Europe, ou &laquo; Brexit &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPeut-&ecirc;tre les march&eacute;s sont-ils mieux inform&eacute;s que les sondeurs ; mais on voit mal comment cela pourrait se produire. Il est plus probable qu&rsquo;ils doivent leur comportement &agrave; l&rsquo;id&eacute;e que le Brexit est, du point de vue &eacute;conomique, une si mauvaise id&eacute;e, qu&rsquo;elle ne peut pas &ecirc;tre prise au s&eacute;rieux.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDe fait, si les &eacute;lecteurs se d&eacute;cidaient en fonction de leurs int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques, le maintien du Royaume-Uni dans l&rsquo;Europe serait une certitude. Un d&eacute;part aurait notamment les cons&eacute;quences suivantes.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn quittant l&rsquo;Union Europ&eacute;enne, les Britanniques cesseraient de profiter de la libert&eacute; de circulation des biens et services, du capital et des travailleurs qui r&egrave;gne &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de l&rsquo;Union. Ils devraient ren&eacute;gocier avec Bruxelles les conditions du commerce entre les deux zones. Or, il est &agrave; peu pr&egrave;s certain que les Europ&eacute;ens, qui craignent que l&rsquo;exemple britannique inspire d&rsquo;autres d&eacute;parts, ne voudront pas donner au royaume des conditions trop favorables.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPendant les n&eacute;gociations, l&rsquo;incertitude sur l&rsquo;avenir du commerce entre le Royaume-Uni et l&rsquo;Europe r&eacute;duira fortement les investissements dans l&rsquo;&eacute;conomie britannique. A l&rsquo;issue des n&eacute;gociations, le cas le plus probable est que le Royaume-Uni finirait par &ecirc;tre trait&eacute; comme tout autre membre non europ&eacute;en de l&rsquo;Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Cela signifierait, entre autres, que les biens et services dans lesquels les Britanniques ont une position forte &ndash; les services financiers, la pharmacie etc. &ndash; cesseront de pouvoir &ecirc;tre vendus librement dans l&rsquo;ensemble du march&eacute; europ&eacute;en.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa perte du &ldquo;passeport europ&eacute;en&rdquo; aura un effet d&eacute;sastreux sur l&rsquo;&eacute;conomie britannique. Les emplois destin&eacute;s aux ventes en Europe seront fortement r&eacute;duits. Les investisseurs am&eacute;ricains et chinois, qui voient aujourd&rsquo;hui dans le royaume la porte d&rsquo;entr&eacute;e la plus accueillante vers le march&eacute; europ&eacute;en, placeront ailleurs leurs investissements. Faute d&rsquo;investissements, la monnaie britannique perdra de sa valeur, r&eacute;duisant d&rsquo;autant la capacit&eacute; &agrave; importer des produits &eacute;trangers.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tD&rsquo;apr&egrave;s une simulation effectu&eacute;e la semaine derni&egrave;re par les &eacute;conomistes du FMI, les effets d&rsquo;un Brexit comprendraient : l&rsquo;entr&eacute;e en r&eacute;cession du Royaume-Uni d&egrave;s 2017, une augmentation du ch&ocirc;mage qui passerait de 5% aujourd&rsquo;hui &agrave; 7% en 2018, une longue stagnation des salaires exprim&eacute;s en livre sterling et une baisse de 7% de la valeur de la livre exprim&eacute;e en euros.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tM&ecirc;me les partisans du Brexit admettent que, dans un premier temps au moins, la d&eacute;cision aura des effets d&eacute;favorables sur l&rsquo;&eacute;conomie britannique. Mais s&rsquo;il en est ainsi, pourquoi les sondages restent-ils favorables &agrave; un d&eacute;part ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa premi&egrave;re raison est sans doute que, m&ecirc;me si les Britanniques choisissent de rester en Europe, l&rsquo;&eacute;conomie britannique (comme l&rsquo;&eacute;conomie europ&eacute;enne) est confront&eacute;e &agrave; de sombres perspectives. Dans toute l&rsquo;Europe, la profitabilit&eacute; des entreprises est proche de son plus bas niveau historique.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;investissement est si d&eacute;prim&eacute; qu&rsquo;il a r&eacute;cemment conduit la Banque Centrale Europ&eacute;enne et plusieurs gouvernements europ&eacute;ens &agrave; introduire des taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t n&eacute;gatifs. (En clair : les investisseurs qui veulent &ecirc;tre certains d&rsquo;&ecirc;tre rembours&eacute;s en pr&ecirc;tant leur argent &agrave; des Etats ou &agrave; de grandes institutions acceptent de perdre de l&rsquo;argent, ce qui prouve que les risques sont encore plus &eacute;lev&eacute;s dans le secteur productif). Secteur apr&egrave;s secteur, la concurrence de la Chine et d&rsquo;autres pays &eacute;mergents r&eacute;duit les prises de commande, casse les prix et bouche chaque jour davantage l&rsquo;horizon &eacute;conomique.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDans ces conditions, les Britanniques peuvent faire le calcul &ndash; risqu&eacute;, mais pas absurde &ndash; qu&rsquo;apr&egrave;s une r&eacute;cession caus&eacute;e par la r&eacute;duction des liens avec l&rsquo;Europe, leur &eacute;conomie gagnera &agrave; multiplier ses liens avec d&rsquo;autres r&eacute;gions du monde, &eacute;conomiquement plus dynamiques, comme l&rsquo;Am&eacute;rique et l&rsquo;Asie.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPlus profond&eacute;ment, cependant, le vote britannique d&eacute;montre que les motivations &eacute;conomiques ne sont pas les plus importantes dans le destin des peuples.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSi la campagne en faveur du Brexit accorde peu de place &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie, ce n&rsquo;est pas uniquement parce que l&rsquo;&eacute;conomie est pour elle un point faible ; c&rsquo;est surtout parce que la passion politique qui l&rsquo;anime consid&egrave;re sinc&egrave;rement le recul &eacute;conomique qui suivrait un d&eacute;part comme l&rsquo;inconv&eacute;nient secondaire d&rsquo;une victoire essentielle.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPour les partisans du Brexit, l&rsquo;important n&rsquo;est pas que les revenus soient les plus &eacute;lev&eacute;s possibles ou le ch&ocirc;mage le plus bas possible. Il est, en premier lieu, que les Britanniques restent gouvern&eacute;s d&eacute;mocratiquement. Malgr&eacute; tous les b&eacute;n&eacute;fices &eacute;conomiques qu&rsquo;elle a apport&eacute;s, l&rsquo;Union Europ&eacute;enne a une tendance prononc&eacute;e &agrave; d&eacute;cider sans consulter les repr&eacute;sentants &eacute;lus des peuples et, moins encore, les peuples eux-m&ecirc;mes. Bruxelles est loin ; le langage de ses d&eacute;cisions est opaque et incompr&eacute;hensible pour les &eacute;lecteurs ; le Parlement europ&eacute;en est le seul au monde &agrave; n&rsquo;avoir pas le droit de voter de lois ; et les Britanniques ont le sentiment que leur influence est trop faible sur des d&eacute;cisions qui s&rsquo;imposent &agrave; eux.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa seconde ambition des partisans du Brexit est, tout simplement, que les Britanniques restent britanniques.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes r&eacute;sultats des partisans du d&eacute;part dans les sondages ont radicalement augment&eacute; depuis un an, avec l&rsquo;arriv&eacute;e incontr&ocirc;l&eacute;e de plus d&rsquo;un million de migrants arabo-musulmans en Europe. Comme toute l&rsquo;Europe, le Royaume-Uni est saisi d&rsquo;une angoisse identitaire et s&rsquo;interroge sur sa capacit&eacute; &agrave; rester lui-m&ecirc;me au cours des prochaines g&eacute;n&eacute;rations.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tFace &agrave; cette crainte identitaire, une br&egrave;ve r&eacute;cession &eacute;conomique peut para&icirc;tre un prix tr&egrave;s acceptable &agrave; payer pour r&eacute;cup&eacute;rer la ma&icirc;trise par le pays de sa politique migratoire et sa capacit&eacute; &agrave; fermer ses fronti&egrave;res aux nouveaux venus. Plus encore : un Royaume-Uni en crise, f&acirc;ch&eacute; avec l&rsquo;Europe, deviendrait moins attractif pour les nouveaux venus. La volont&eacute; de les dissuader de venir, m&ecirc;me au prix de la croissance et de l&rsquo;emploi local, est presque certainement un moteur important du vote pour le Brexit.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tOr, sur cette question identitaire, le Royaume-Uni n&rsquo;est pas dans une situation tr&egrave;s diff&eacute;rente des autres pays europ&eacute;ens. Il est peu probable qu&rsquo;un vote en faveur du Brexit, s&rsquo;il a lieu, entra&icirc;ne une destruction g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e des institutions europ&eacute;ennes : le prix &eacute;conomique &agrave; payer serait trop important pour cela. Mais il est presque certain que, sous d&rsquo;autres formes &ndash; comme des votes en faveur de divers partis d&rsquo;extr&ecirc;me-droite &ndash; d&rsquo;autres peuples europ&eacute;ens, dans un proche avenir, d&eacute;cideront qu&rsquo;il vaut la peine de prendre le risque d&rsquo;une moindre croissance pour pr&eacute;server leur identit&eacute;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r&eacute;f&eacute;rendum britannique et les limites de l&rsquo;&eacute;conomie(info # 012106\/16)[Analyse &eacute;conomique] Par S&eacute;bastien Castellion&copy; MetulaNewsAgency &nbsp; Depuis quelques jours, un curieux ph&eacute;nom&egrave;ne se produit sur les march&eacute;s financiers, qui avaient bri&egrave;vement paniqu&eacute; la semaine derni&egrave;re apr&egrave;s des sondages qui pr&eacute;disaient que les Britanniques quitteraient l&rsquo;Union Europ&eacute;enne jeudi prochain. 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