{"id":13025,"date":"2016-06-26T18:52:58","date_gmt":"2016-06-26T18:52:58","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13025"},"modified":"2016-06-26T18:52:58","modified_gmt":"2016-06-26T18:52:58","slug":"touna-le-tresor-de-moknine-par-pierre-olivier-aribaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/touna-le-tresor-de-moknine-par-pierre-olivier-aribaud\/","title":{"rendered":"Touna, le tr\u00e9sor de Moknine, par PIERRE OLIVIER ARIBAUD"},"content":{"rendered":"<p>\n\tTouna, le tr&eacute;sor de Moknine<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tPIERRE OLIVIER ARIBAUD<\/p>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\tIl y a quelques ann&eacute;es un client Tunisien, bijoutier fort renomm&eacute; me confie un dossier particulier. Un titre bleu situ&eacute; &agrave; Sousse et pour lequel il a acquis des parts il y a fort longtemps. Ce bijoutier, fort honn&ecirc;te homme souhaite acqu&eacute;rir le reste des parts qui lui manquent pour devenir propri&eacute;taire du bien int&eacute;gralement.<\/p>\n<p>\n\t\tSeulement voil&agrave; : la famille qu&rsquo;il recherche si elle est ais&eacute;ment identifiable est fort d&eacute;sunie. Des cousins qui ne se connaissent pas, quand bien m&ecirc;me ils ne se ha&iuml;ssent pas, et repartis sur toute la France. Trois branches. L&rsquo;une, de loin la plus sympathique et la moins nombreuse. Deux fr&egrave;res : anciens banquiers dont l&rsquo;un fut le champion de Tennis de la Tunisie des ann&eacute;es 50 et qui finira m&ecirc;me en finale du double messieurs Tennis de Roland-Garros en 1967 ou 1968. Une autre branche comprenant une quinzaine de descendants.<\/p>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\tBref, la famille et les ayants droit sont clairement identifi&eacute;s. Mais pas tous. Une des branches par le jeu des mariages avait un nom diff&eacute;rent. Et pas moyen de trouver la trace de ceux-l&agrave; en plusieurs mois de recherches acharn&eacute;es. Jusqu&rsquo;au jour ou un ami Tunisien me parle de Touna, une tr&egrave;s vieille femme juive de Moknine. Renseignements pris je d&eacute;cide de m&rsquo;y rendre.<\/p>\n<p>\n\t\tEt sans aucune difficult&eacute; je trouve Touna. Assise sur la petite marche de sa porte dans la medina de Moknine, pr&egrave;s de l&rsquo;ancien souk des bijoutiers, Touna porte une tenue &agrave; mi-chemin entre celle traditionnelle des femmes juives de Djerba et celles plus courantes des femmes musulmanes du Sahel. Elle joue aux dominos avec les gamins de sa rue et du quartier qui lui ont port&eacute; une assiette de couscous qu&rsquo;elle mange avec eux.<\/p>\n<p>\n\t\tComme elle ne parlait quasiment pas un mot de Fran&ccedil;ais c&rsquo;est l&rsquo;un de ses tout jeune camarade de jeu qui traduisis. Non elle ne voit pas qui peut &ecirc;tre cette Marcelle B&hellip;.que je recherche. Elle se gratte la t&ecirc;te, parle entre ses l&egrave;vres, semble interroger du regard les enfants des dominos. R&eacute;p&egrave;te comme &agrave; elle-m&ecirc;me le nom que je recherche B&hellip;..Mais non. Rien n&rsquo;y fait. Comme elle semble assez modeste, au moment de la quitter je lui glisse dans la main un modeste billet. J&rsquo;apprendrai bien plus tard qu&rsquo;&agrave; chaque fois que de rares visiteurs la secouraient ainsi elle en faisait b&eacute;n&eacute;ficier toute la rue. En remontant en voiture je repense &agrave; cette visite &eacute;mouvante mais finalement&nbsp;inutile&hellip;.me semble-t-il.<\/p>\n<p>\n\t\tTout de m&ecirc;me il m&rsquo;a bien sembl&eacute; que lorsqu&rsquo;elle pronon&ccedil;ait le nom de ceux que je recherchais, les B&hellip;.Elle appuyait plus sur la premi&egrave;re syllabe au point que son B de B&hellip;..semblait plus proche du P. Alors quoi ? Une erreur, une mauvaise audition ? Et je me souvins de la remarque d&rsquo;un fonctionnaire de la municipalit&eacute; de Sousse. Dans la langue Arabe et chez les Tunisiens tr&egrave;s particuli&egrave;rement le P remplace souvent le B.<\/p>\n<p>\n\t\tRetourn&eacute; &agrave; mon bureau je modifiais mes recherches. Et tr&egrave;s rapidement je vis appara&icirc;tre une trentaine de possibilit&eacute;s de familles P&hellip;&hellip;.<\/p>\n<p>\n\t\tLa chance alors me sourit et je ne mis que quelques heures avant d&rsquo;identifier les P&hellip;.. trois fils de Marcelle Hanna B&hellip;&hellip; et qui formaient la derni&egrave;re pi&egrave;ce de mon puzzle. Ainsi ma visite &agrave; Touna n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; vaine. Et je me promis bien d&rsquo;aller la visiter &agrave; nouveau pour la remercier.<\/p>\n<p>\n\t\tDes trois fils de Marcelle Hanna P&hellip;., pas tr&egrave;s sympathiques au demeurant, l&rsquo;un que je rencontrais &agrave; Paris sur un banc du parc Monceau et &agrave; qui je racontais comment gr&acirc;ce &agrave; Touna j&rsquo;avais retrouv&eacute; leur trace, me demanda de verser quelque chose &agrave; Touna &acirc;g&eacute;e et assez pauvre vivant seule, sans famille, &agrave; Moknine. Bien entendu je n&rsquo;avais pas attendu qu&rsquo;il me le demande pour y penser. Et d&rsquo;ailleurs lui ou ses fr&egrave;res ne m&rsquo;ont jamais remis le moindre dinar. Leur g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; avait ses limites&hellip;.<\/p>\n<p>\n\t\tJe suis retourn&eacute; &agrave; deux ou trois reprises visiter Touna. Elle me racontait la prosp&eacute;rit&eacute; &agrave; jamais disparue des bijoutiers de Moknine, l&rsquo;histoire des familles parties en France et en Isra&euml;l. L&rsquo;un de ses proches parents &eacute;tant m&ecirc;me devenu un important ministre &agrave; Tel Aviv. Elle me parlait aussi des hivers difficiles pour ses vieilles jambes, des gens qui avant le p&egrave;lerinage de la Griba la visitaient quelquefois.<\/p>\n<p>\n\t\tToujours je la trouvais dans la rue, &agrave; la porte de sa vieille maison. Toujours je l&rsquo;ai vue avec les gamins du quartier qui jouaient avec elle au rami ou aux dominos. Toujours je voyais au moment du repas l&rsquo;un des gamins partir lui chercher de grandes et copieuses assiettes de couscous ou des bols de soupe chaude. Quand elle &eacute;tait un peu malade je savais que ses voisines la soignaient et que jamais elle ne manquait de rien.<\/p>\n<p>\n\t\tEt puis il y a un peu moins de deux ans, &agrave; plus de 90 ans Touna est morte. Ella a laiss&eacute; les gamins de sa rue seuls pour les dominos ou le rami. Elle ne distribuera plus les bonbons et ne grondera plus les tricheurs. Touna &eacute;tait devenue au fil des ans la m&eacute;moire de Moknine.<\/p>\n<p>\n\t\tParce qu&rsquo;elle &eacute;tait vieille bien s&ucirc;r mais aussi parce qu&rsquo;elle &eacute;tait bonne et sage, modeste et discr&egrave;te sur sa vie, humble et modeste. Elle n&rsquo;a jamais re&ccedil;u l&rsquo;obole promise et jamais vers&eacute;e des trois fils de Marcelle Hanna&hellip;.et elle s&rsquo;en moquait bien&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tPar contre je suis absolument certain que les gamins de Moknine, ses partenaires du rami et des dominos se souviendront d&rsquo;elle toute leur vie.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Touna, le tr&eacute;sor de Moknine &nbsp; &nbsp; PIERRE OLIVIER ARIBAUD &nbsp; &nbsp; Il y a quelques ann&eacute;es un client Tunisien, bijoutier fort renomm&eacute; me confie un dossier particulier. Un titre bleu situ&eacute; &agrave; Sousse et pour lequel il a acquis des parts il y a fort longtemps. 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