{"id":13047,"date":"2016-06-29T00:11:29","date_gmt":"2016-06-29T00:11:29","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13047"},"modified":"2016-06-30T00:25:07","modified_gmt":"2016-06-30T00:25:07","slug":"une-boule-rouge-et-eternelle-par-yves-derai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/une-boule-rouge-et-eternelle-par-yves-derai\/","title":{"rendered":"Une boule rouge et \u00e9ternelle, Par Yves Derai"},"content":{"rendered":"<p>\n\tUne boule rouge et &eacute;ternelle, Par Yves Derai<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tPour que Paris demeure un spot de la gastronomie juive tunisienne et que la Seine ne perde pas ces doux embruns de M&eacute;diterran&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\tNul besoin d&rsquo;&ecirc;tre un critique &eacute;minent pour constater qu&rsquo;&agrave; Paris, la restauration est en train de changer. Parmi les ouvertures des cinq derni&egrave;res ann&eacute;es, combien de Japonais de qualit&eacute; moyenne qui servent des plats vietnamiens, parfois m&ecirc;me des pizzas ! Oui, cher lecteur, on y invite &agrave; d&eacute;guster des sushis en inhalant des effluves de p&acirc;tes &agrave; pain&hellip; Quelques &eacute;tablissements pr&eacute;sent&eacute;s comme haut de gamme ont tent&eacute; de s&rsquo;installer, n&rsquo;ayant souvent de haut de gamme que le prix. La plupart disparaissent avant m&ecirc;me qu&rsquo;on ait eu le temps de les essayer. Heureusement, il y a l&rsquo;Institution. Qui n&rsquo;a quasiment rien chang&eacute; depuis 40 ans. La Boule rouge.<\/p>\n<p>\n\t\tEn salle, aux achats, et un peu en cuisine pour prodiguer ses conseils &agrave; Nora, la dame des fourneaux, l&rsquo;inamovible taulier, Raymond Haddad.&nbsp;&laquo; J&rsquo;ai achet&eacute; ici en 1976. Avant, c&rsquo;&eacute;tait un restaurant breton et encore avant, la sp&eacute;cialit&eacute; &eacute;tait le gibier ! &raquo;&nbsp;Depuis quatre d&eacute;cennies donc, La Boule rouge, r&eacute;pertori&eacute;e dans tous les guides comme l&rsquo;adresse parisienne de la gastronomie juive tunisienne, affiche un menu grav&eacute; dans le marbre qui propose des plats typiques &ndash; bka&iuml;la, mloukhia, couscous poisson, etc &ndash;, des grillades vari&eacute;es et le fameux complet poisson.&nbsp;&laquo; Voil&agrave; la sardine &raquo;,&nbsp;lance, l&rsquo;&oelig;il qui frise, Faouzi lorsqu&rsquo;il vous apporte une sole qui d&eacute;passe des deux c&ocirc;t&eacute;s de l&rsquo;assiette.&nbsp;&laquo; Mon secret, c&rsquo;est la qualit&eacute; et la quantit&eacute; &raquo;,mart&egrave;le Raymond qui choisit lui-m&ecirc;me les produits afin de ne jamais d&eacute;cevoir ses clients.&nbsp;&laquo; Beaucoup sont des habitu&eacute;s, observe Faouzi.&nbsp;Pour qu&rsquo;ils viennent et reviennent, il faut les g&acirc;ter. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tEt savoir accueillir. Raymond Haddad a une fa&ccedil;on tr&egrave;s personnelle de mettre &agrave; l&rsquo;aise tout le monde, les humbles comme les puissants. Toujours pr&ecirc;t &agrave; tailler la bavette si n&eacute;cessaire mais aussi &agrave; s&rsquo;effacer sans mani&egrave;re. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;au fil des ans, La Boule rouge est devenue le rendez-vous des &laquo; Tunes &raquo; de Paname mais aussi des hommes et femmes politiques, des stars de la t&eacute;l&eacute;, des artistes et des t&eacute;nors du barreau. Chacun se souvient de ce d&icirc;ner festif autour de Fran&ccedil;ois Fillon pendant la campagne de 2007, au cours duquel Enrico Macias avait fredonn&eacute; quelques-unes de ses plus belles chansons et fait danser Rachida Dati, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque porte-parole du candidat UMP Nicolas Sarkozy. Philippe S&eacute;guin, ami personnel de Raymond, s&rsquo;est mari&eacute; en seconde noce &agrave; La Boule rouge ! R&eacute;cemment, Reuven Rivlin, pr&eacute;sident de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, accompagn&eacute; du d&eacute;put&eacute; fran&ccedil;ais Meyer Habib, est venu manger &agrave; La Boule rouge, imitant Benyamin Netanyaou, pass&eacute; par l&agrave; quelques mois auparavant. En d&eacute;pit de son attachement &agrave; Nicolas Sarkozy et &agrave; la droite en g&eacute;n&eacute;ral, Raymond Haddad a aussi r&eacute;gal&eacute; nombre de personnalit&eacute;s de gauche comme Martine Aubry, Bernard Cazeneuve, Bertrand Delano&euml; ou Jean-Christophe Cambad&eacute;lis. Des cadres du Front national auraient tent&eacute; de s&rsquo;incruster un soir, mais la maison affichait complet&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tPourquoi un tel d&eacute;fil&eacute; de ministres et d&rsquo;&eacute;lus ? Pour la qualit&eacute; de la cuisine et la gentillesse de leur h&ocirc;te, certes, mais aussi parce que, quand on fait de la politique &agrave; Paris, il n&rsquo;est pas inutile de se montrer en ce lieu charg&eacute; d&rsquo;histoires et de symboles. &Agrave; cet &eacute;gard, il y a quelque 30 ans, un artiste d&rsquo;Europe centrale a bross&eacute; des fresques orientales sur les murs du restaurant. Dans la premi&egrave;re salle, tr&ocirc;nent des peintures du Kotel, de la mosqu&eacute;e Al-Aqsa et de l&rsquo;&Eacute;glise de la Nativit&eacute;. Une fa&ccedil;on de rappeler &agrave; tous que La Boule rouge doit rester, envers et contre tout, un lieu de tol&eacute;rance qui accueille bien s&ucirc;r, beaucoup de juifs, mais aussi des catholiques et des musulmans.<\/p>\n<p>\n\t\tNotamment des responsables et des diplomates du monde arabe, surpris de voir un petit drapeau tunisien plant&eacute; sur une &eacute;tag&egrave;re, dans la grande salle.&nbsp;&laquo; J&rsquo;avais m&ecirc;me un ministre saoudien qui venait r&eacute;guli&egrave;rement, se souvient Raymond.&nbsp;&Agrave; chacune de ses visites, il offrait un bijou &agrave; mon &eacute;pouse. En retour, je voulais lui offrir le repas mais il refusait syst&eacute;matiquement. &lsquo;Un cadeau, c&rsquo;est un cadeau, le travail, c&rsquo;est le travail&rsquo;, disait-il. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tC&ocirc;t&eacute; show-biz, outre le pilier Enrico, on peut croiser Michel Drucker, Michel Boujenah, Ari&eacute; Abittan, Daniella Lumbroso, G&eacute;rard Darmon. Dans un pass&eacute; plus lointain, Raymond a re&ccedil;u les Guy Lux, Jacques Chancel et autre Jacques Martin. Depuis quelque temps, Faouzi a d&eacute;cid&eacute; de prendre des selfies avec les people de passage et de les montrer aux clients. Une forme de&nbsp;name dropping&nbsp;qui ne peut pas nuire &agrave; la r&eacute;putation du restaurant.<\/p>\n<p>\n\t\tIl reste cependant une typologie de client&egrave;le que vous ne verrez pas &agrave; La Boule rouge, ce sont les juifs orthodoxes. Pour une raison triviale, le restaurant n&rsquo;est pas sous surveillance stricte du Beth Din de Paris. Non pas que le boss soit allergique au Consistoire, mais ses tentatives n&rsquo;ont pas abouti.&nbsp;&laquo; Apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s de ma m&egrave;re, j&rsquo;ai voulu devenir Beth Din, explique Raymond.&nbsp;Je suis all&eacute; voir le Grand rabbin Goldman et le Av Beth Din avec un homme tr&egrave;s bien que je voulais prendre comme chomer. Dans un premier temps, tout semblait aller comme sur des roulettes. Puis on m&rsquo;a fait quelques difficult&eacute;s et je me suis arrang&eacute; autrement. &raquo;&nbsp;En v&eacute;rit&eacute;, les clients qui mangent casher font confiance &agrave; Raymond qui ach&egrave;te lui-m&ecirc;me la viande, les poissons, les vins et les spiritueux.<\/p>\n<p>\n\t\tLa cuisine est &eacute;quip&eacute;e de deux grills, un pour la viande, un pour le poisson.&nbsp;&laquo; Le vendredi soir, des familles passent le shabbat ici, affirme-t-il. Je leur donne des kippot, le kiddouch, les halot, ils sont comme &agrave; la maison. &raquo;&nbsp;Et pour les f&ecirc;tes de Pessah, Roch Hachana et Kippour, c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;pouse de Raymond qui s&rsquo;empare des manettes afin de pr&eacute;parer les seders &agrave; emporter, dans les r&egrave;gles de l&rsquo;art.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; 80 ans, cet encore fringant chef d&rsquo;entreprise, qui joue au tennis tous les dimanches, projette de c&eacute;der sa soci&eacute;t&eacute;. Mais pas n&rsquo;importe comment et pas &agrave; n&rsquo;importe qui.&nbsp;&laquo; Le repreneur devra respecter ce que j&rsquo;ai cr&eacute;&eacute;, dit-il.&nbsp;Je continuerai d&rsquo;ailleurs &agrave; m&rsquo;occuper des achats, donc &agrave; m&rsquo;approvisionner exclusivement chez des fournisseurs casher et d&rsquo;acheter les meilleurs produits. &raquo;&nbsp;Pour que Paris demeure un&nbsp;spot&nbsp;de la gastronomie juive tunisienne et que la Seine ne perde pas ces doux embruns de M&eacute;diterran&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\tSource Magazine L&rsquo;ARCHE<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une boule rouge et &eacute;ternelle, Par Yves Derai &nbsp; &nbsp; Pour que Paris demeure un spot de la gastronomie juive tunisienne et que la Seine ne perde pas ces doux embruns de M&eacute;diterran&eacute;e. Nul besoin d&rsquo;&ecirc;tre un critique &eacute;minent pour constater qu&rsquo;&agrave; Paris, la restauration est en train de changer. 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