{"id":13095,"date":"2016-07-10T18:45:45","date_gmt":"2016-07-10T18:45:45","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13095"},"modified":"2016-07-10T18:45:45","modified_gmt":"2016-07-10T18:45:45","slug":"emmanuel-levinas-un-particularisme-juif-face-a-un-universalisme-chretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/emmanuel-levinas-un-particularisme-juif-face-a-un-universalisme-chretien\/","title":{"rendered":"Emmanuel Levinas: un particularisme juif face \u00e0 un universalisme chr\u00e9tien?"},"content":{"rendered":"<header>\n<div>\n<p>\n\t\t\tEmmanuel Levinas: un particularisme juif face &agrave; un universalisme chr&eacute;tien?<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPar Maurice-Ruben Hayoun&nbsp;&#8211;&nbsp;Sp&eacute;cialiste de la philosophie m&eacute;di&eacute;vale, allemande et de litt&eacute;rature biblique<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/header>\n<div id=\"mainentrycontent\">\n<p>\n\t\tLes Evangiles, un livre anti-juif?<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<header>\n<div>\n<p>\n\t\t\tEmmanuel Levinas: un particularisme juif face &agrave; un universalisme chr&eacute;tien?<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPar Maurice-Ruben Hayoun&nbsp;&#8211;&nbsp;Sp&eacute;cialiste de la philosophie m&eacute;di&eacute;vale, allemande et de litt&eacute;rature biblique<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/header>\n<div id=\"mainentrycontent\">\n<p>\n\t\tLes Evangiles, un livre anti-juif?<\/p>\n<p>\n\t\tVoici une probl&eacute;matique aux multiples facettes et qui se pr&eacute;sente comme un ab&icirc;me dans lequel personne n&#39;ose plus s&#39;aventurer sans solides connaissances dans de tr&egrave;s nombreux domaines, regroupant la th&eacute;ologie, la philosophie, la philologie s&eacute;mitique et l&#39;histoire des religions. Je pr&eacute;f&egrave;re pour ma part, parler comme nos coll&egrave;gues allemands de l&#39;histoire des croyances ou de la foi (Glaubensgeschichte).<\/p>\n<p>\n\t\tPour comprendre aujourd&#39;hui cette obsession des contestations jud&eacute;o-chr&eacute;tiennes chez Levinas -lequel n&#39;a pas v&eacute;cu moins de deux guerres mondiales (il est n&eacute; en 1905) auxquelles s&#39;ajoutaient une r&eacute;volution (la r&eacute;volution russe), et un antis&eacute;mitisme ravageur, initi&eacute; par les catholiques et les protestants allemands mais redoutablement poursuivi de ce c&ocirc;t&eacute;-ci du Rhin par leurs coreligionnaires fran&ccedil;ais- il faut se souvenir que le z&egrave;le convertisseur des &eacute;glises d&#39;Europe ne se dissimulait m&ecirc;me plus. On pratiquait all&eacute;grement la sodalit&eacute; c&#39;est-&agrave;-dire qu&#39;on cherchait &agrave; rallier &agrave; &laquo;notre sainte m&egrave;re l&#39;Eglise&raquo; le plus de Juifs possible dont l&#39;amour manquait au Christ&#8230; Comme c&#39;est joliment dit.<\/p>\n<p>\n\t\tTous les ordres monastiques &eacute;taient sensibles &agrave; ce pros&eacute;lytisme; je me contenterai de citer un p&egrave;re j&eacute;suite, aujourd&#39;hui compl&egrave;tement oubli&eacute;, Joseph Bonsirven, qui avait appris un peu d&#39;h&eacute;breu rabbinique pour &eacute;crire des ouvrages sur la question: Ex&eacute;g&egrave;se rabbinique et ex&eacute;g&egrave;se paulinienne o&ugrave; l&#39;ex&eacute;g&egrave;se juive apparaissait comme charnelle et l&#39;interpr&eacute;tation chr&eacute;tienne comme une parangon de la plus haute spiritualit&eacute;. Dans un autre ouvrage intitul&eacute; de mani&egrave;re tr&egrave;s suggestive Sur les ruines du Temple, il d&eacute;crivait les affres de quelques &acirc;mes juives en g&eacute;sine de Sauveur&#8230; et que l&#39;Eglise s&#39;empressait d&#39;accueillir en son sein.<\/p>\n<p>\n\t\tOn &eacute;tait alors au milieu des ann&eacute;es trente et Levinas qui avait le juda&iuml;sme est europ&eacute;en chevill&eacute; au corps, n&#39;&eacute;tait &acirc;g&eacute; que de vingt-cinq ans! Il avait quitt&eacute; sa Lituanie natale en 1923 pour &eacute;tudier la philosophie &agrave; l&#39;universit&eacute; de Strasbourg.<\/p>\n<p>\n\t\tToute la presse catholique de l&#39;&eacute;poque n&#39;avait qu&#39;un mot &agrave; la bouche pour caract&eacute;riser l&#39;essence du juda&iuml;sme, le particularisme juif qu&#39;elle opposait &agrave; l&#39;universalisme chr&eacute;tien. Une telle d&eacute;finition &eacute;quivalait &agrave; une &laquo;sectarisation&raquo; du juda&iuml;sme. O&ugrave; se trouve le lieu de naissance d&#39;une telle id&eacute;e, d&#39;une telle d&eacute;formation? Si l&#39;on remonte assez haut dans l&#39;histoire des id&eacute;es religieuses, on aboutit n&eacute;cessairement aux Evangiles, celui de Saint Matthieu, qui passe pour &ecirc;tre &agrave; la fois le plus juif et aussi le plus critique &agrave; l&#39;&eacute;gard d&#39;Isra&euml;l, et bien &eacute;videmment aux Actes des Ap&ocirc;tres. Sans oublier l&#39;Evangile de Saint Jean qui est probablement le plus virulent &agrave; cet &eacute;gard.<\/p>\n<p>\n\t\tAux yeux de Levinas, les relations entre le christianisme primitif et le juda&iuml;sme rabbinique naissant ne pouvaient qu&#39;&ecirc;tre largement conflictuelles. L&#39;identit&eacute; juive &eacute;tait irr&eacute;missiblement li&eacute;e &agrave; une identit&eacute; nouvelle, voire oppos&eacute;e, &agrave; laquelle elle avait servi (bien involontairement) de matrice. La nouvelle religion suivit son chemin et finit par se d&eacute;solidariser des communaut&eacute; juives locales, jusqu&#39;au jour o&ugrave; l&#39;on adopta un nouveau calendrier, introduisant un d&eacute;calage irr&eacute;m&eacute;diable entre ceux qui se r&eacute;clamaient toujours de la religion ancestrale et ceux qui avaient plac&eacute; leur espoir en J&eacute;sus exclusivement, incarnation de la divinit&eacute; sur terre.<\/p>\n<p>\n\t\tMais ces chemins divergents, ces croyances quasi inconciliables ( naissance virginale, forme divino-humaine de J&eacute;sus, tri-th&eacute;isme introduit en apparence par la doctrine trinitaire, antinomisme, etc) ne changeaient rien au fait que les deux fois se reconnaissaient le m&ecirc;me fondement pour deux identit&eacute;s qui avaient divorc&eacute; et que le cours de l&#39;Histoire allait &eacute;loigner l&#39;une de l&#39;autre depuis deux mille ans&#8230; Comment renoncer &agrave; son identit&eacute;, donc &agrave; sa raison d&#39;&ecirc;tre et &agrave; sa part de v&eacute;rit&eacute; dans le monde? C&#39;est pour cette raison que l&#39;Eglise avait d&eacute;velopp&eacute; une th&egrave;se dite de la substitution faisant du christianisme la v&eacute;rit&eacute; du juda&iuml;sme.<\/p>\n<p>\n\t\tPlus directement: en tenant le christianisme sur les fons baptismaux, le juda&iuml;sme n&#39;avait plus qu&#39;&agrave; dispara&icirc;tre, sa mission &eacute;tant accomplie. Celui de nos historiens qui a le mieux synth&eacute;tis&eacute; cette id&eacute;e n&#39;est autre qu&#39;Ernest Renan qui n&#39;h&eacute;sita pas &agrave; &eacute;crire que la s&egrave;ve avait quitt&eacute; le vieux tronc juif pour affluer dans le nouveau rameau chr&eacute;tien. De telles id&eacute;es qui n&#39;ont plus du tout cours aujourd&#39;hui &eacute;taient tr&egrave;s courantes du temps de Levinas, ce qui explique que tout en rendant hommage &agrave; la beaut&eacute; de la religion chr&eacute;tienne, tout en se souvenant &agrave; tout jamais que sa femme et son enfant avaient &eacute;t&eacute; cach&eacute;s pendant la guerre par des personnalit&eacute;s et des institutions chr&eacute;tiennes, il n&#39;omettait jamais d&#39;ajouter que des divergences th&eacute;ologiques majeures s&eacute;paraient toujours le Juif de son fr&egrave;re Chr&eacute;tien. C&#39;&eacute;tait donc, depuis les origines, une querelle de famille.<\/p>\n<p>\n\t\tLevinas insiste toujours, en d&eacute;pit de ses profondes sp&eacute;culations rigoureusement philosophiques, sur la n&eacute;cessit&eacute; d&#39;observer des recommandations juives d&#39;ordre rituel car l&#39;homme ne vit pas dans un univers ang&eacute;lique ni dans un paradis. On n&#39;&eacute;volue pas ici-bas dans le monde des id&eacute;es de Platon. Les commandements, &eacute;crit-il, l&#39;id&eacute;e m&ecirc;me de loi, sont ins&eacute;parables de la nature humaine.<\/p>\n<p>\n\t\tConcernant cette accusation de promouvoir le particularisme, Levinas se r&eacute;clame du patriarche Abraham en personne qui se singularisa en refusant de rendre culte aux idoles comme le faisait tout son entourage On peut donc l&eacute;gitimement parler d&#39;un particularisme abrahamique dont le juda&iuml;sme est l&#39;h&eacute;ritier.. Si l&#39;on accuse Abraham de conduite particulariste, alors les Juifs seraient enchant&eacute;s d&#39;imiter celui qu&#39;ils placent aux racines m&ecirc;mes de leur identit&eacute;. Et puisqu&#39;il est question du patriarche, on rappellera les chapitre 15 et 17 du livre de la Gen&egrave;se &eacute;voquant la foi d&#39;Abraham (Abraham crut en Dieu et celui-ci le lui imputa en justice) que Saint Paul et quelques autres se sont empress&eacute;s de placer au-dessus de l&#39;accomplissement des commandements, des actes.<\/p>\n<p>\n\t\tFallait-il qu&#39;Abraham f&ucirc;t circoncis pour que Dieu lui parl&acirc;t ou lui a t il parl&eacute; bien avant , alors qu&#39;il &eacute;tait encore un incirconcis, un pr&eacute;puc&eacute;, pour parler comme Saint Paul? Derri&egrave;re cette question apparemment anodine se cache le probl&egrave;me crucial de l&#39;antinomisme: Par son sacrifice J&eacute;sus nous a-t-il affranchi de l&#39;accomplissement de la loi ou non? La r&eacute;ponse des Juifs est aux antipodes de la r&eacute;ponse des Chr&eacute;tiens&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tOn se souvient de cet &eacute;pisode marquant de Saint Paul avec les Galates dans l&#39;&eacute;pitre &eacute;ponyme: leur ayant fait comprendre qu&#39;il fallait cesser cette pratique et se contenter de la circoncision du c&oelig;ur (toute spirituelle) il les tance vertement quand il apprend qu&#39;ils ont &laquo;rechut&eacute;&raquo;. Vous &ecirc;tes retomb&eacute;s de l&#39;esprit &agrave; la chair, leur dit il en substance. On devine la r&eacute;action des juifs, demeur&eacute;s fid&egrave;les &agrave; ce rite de passage qui cimente l&#39;entr&eacute;e de tout nouveau-n&eacute; juif dans l&#39;alliance d&#39;Abraham!<\/p>\n<p>\n\t\tNous nous trouvons en pr&eacute;sence de deux approches oppos&eacute;es d&#39;un seul et m&ecirc;me rite ou pr&eacute;cepte: comment coexister dans de telles conditions? On comprend mieux, sans les justifier ni les accepter, les virulentes critiques des Evangiles devant ce que Luther appellera, bien des si&egrave;cles plus tard, l&#39;ent&ecirc;tement des Juifs (Stockjudentum). Cette attitude contradictoire, selon le point de vue auquel on se place, montre au moins une chose aux yeux de Levinas: pour les Juifs, le d&eacute;bat avec les chr&eacute;tiens est un d&eacute;bat essentiel, un d&eacute;bat de fond, entre nous et nous-m&ecirc;mes. Mais durant tous ces si&egrave;cles et jusqu&#39;&agrave; Vatican II on peut dire que l&#39;affirmation de l&#39;identit&eacute; chr&eacute;tienne ne pouvait se faire qu&#39;en ruinant les pr&eacute;tentions du juda&iuml;sme &agrave; un minimum de valeur et de v&eacute;rit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;avenir des enfants d&#39;Isra&euml;l, protestera Levinas, sera au moins aussi radieux que leur glorieux pass&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tDans sa croisade contre l&#39;antis&eacute;mitisme et l&#39;antijuda&iuml;sme, c&#39;est-&agrave;-dire dans cette confrontation doctrinale avec le christianisme, Levinas ne faisait pas des d&eacute;couvertes. Il &eacute;tait bien conscient de ce qu&#39;un &eacute;minent historien allemand de la Rome antique Th&eacute;odore Mommsen avait &eacute;crit en parlant des origines du juda&iuml;sme: Lorsque Isra&euml;l est apparu sur la sc&egrave;ne de l&#39;histoire mondiale, il n&#39;&eacute;tait pas seul mais &eacute;tait accompagn&eacute; par un fr&egrave;re jumeau, l&#39;antis&eacute;mitisme!<\/p>\n<p>\n\t\tLevinas eut l&#39;occasion, au d&eacute;but des ann&eacute;es soixante-dix de se confronter &agrave; cet antis&eacute;mitisme virulent, ins&eacute;parable de la pens&eacute;e philosophique allemande. Il s&#39;agissait d&#39;un ouvrage consacr&eacute; au jeune Hegel &agrave; Francfort et de ses &eacute;crits th&eacute;ologiques. On l&#39;oublie parfois mais l&#39;auteur de la Philosophie du droit et de la Ph&eacute;nom&eacute;nologie de l&#39;esprit, &eacute;tait aussi l&#39;auteur d&#39;une sorte de biographie de&#8230; J&eacute;sus. Il consid&eacute;rait m&ecirc;me que l&#39;id&eacute;e trinitaire correspondait le mieux au raisonnement humain: th&egrave;se, antith&egrave;se, synth&egrave;se. Et &agrave; ses yeux, la culture europ&eacute;enne &eacute;tait la mieux aboutie, la plus accomplie car elle reposait sur l&#39;Evangile chr&eacute;tien.. Il ignorait que moins d&#39;un si&egrave;cle apr&egrave;s sa mort en 1832, son pays d&#39;origine allait d&eacute;chirer notre continent et donner lieu &agrave; une barbarie dont furent victimes des millions d&#39;hommes, de femmes et d&#39;enfants.<\/p>\n<p>\n\t\tLevinas ne profite pas de cela pour d&eacute;valoriser Hegel dont il dira maintes fois qu&#39;il fut probablement le plus grand philosophe de tous les temps&#8230; sauf que son point de vue sur le juda&iuml;sme et les juifs &eacute;tait erron&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tOn peut donc dire que toute l&#39;image que l&#39;Occident s&#39;est faite du juda&iuml;sme p&egrave;che par cet aspect: une vision chr&eacute;tienne du juda&iuml;sme ne correspond pas vraiment &agrave; une pr&eacute;sentation historique ou objective de celui-ci. Le juda&iuml;sme biblique a fait &agrave; l&#39;humanit&eacute; non-juive l&#39;apostolat du messianisme. Il lui a m&ecirc;me l&eacute;gu&eacute; son monoth&eacute;isme &eacute;thique et la charte morale de l&#39;humanit&eacute; civilis&eacute;e, le D&eacute;calogue. Un tel h&eacute;ritage doit demeurer vivant et ne saurait &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme le legs d&#39;un agonisant. Levinas: on n&#39;h&eacute;rite pas de quelqu&#39;un qui est toujours en vie. M&ecirc;me la d&eacute;signation Ancien Testament est inappropri&eacute;e et ne rel&egrave;ve pas d&#39;une approche scientifique. Levinas propose de dire: la Bible h&eacute;bra&iuml;que.<\/p>\n<p>\n\t\tDans un &eacute;crit fondamental, intitul&eacute; Etre juif et publi&eacute; en 1947, alors que les plaies de la Shoah &eacute;taient loin d&#39;&ecirc;tre cicatris&eacute;es, et en r&eacute;action &agrave; une r&eacute;flexion de Maurice Blanchot, Levinas exposait la relation qu&#39;il &eacute;tablissait entre l&#39;homme juif et l&#39;homme tout court. Elle faisait de l&#39;essence juive de l&#39;individu une part d&#39;universel qui se retrouve en tout homme. Je recommande de lire la p&eacute;n&eacute;trante pr&eacute;face de l&#39;&eacute;ditrice de ce texte, en d&eacute;pit de ce mim&eacute;tisme jargonnant qui dessert un &eacute;clairage souvent bienvenu; Levinas appr&eacute;hende l&#39;existence juive comme une sorte d&#39;accomplissement de la condition humaine. C&#39;est faire ainsi de la jud&eacute;it&eacute; ou juda&iuml;cit&eacute; une condition de l&#39;universel. C&#39;est faire s&#39;accorder ce particularisme juif avec l&#39;universalisme pr&eacute;sent en chaque homme. L&#39;&ecirc;tre juif n&#39;est pas uniquement dans le Juif mais en tout homme (p 15). Le philosophe ajoute: dans notre esprit, le juif c&#39;est l&#39;homme en tout homme&#8230; Cette d&eacute;claration est probablement la plus s&eacute;minale, la plus f&eacute;condante, jamais excogit&eacute;e par un philosophe juif.<\/p>\n<p>\n\t\tDans un tel contexte, le pr&eacute;tendu particularisme juif ne veut plus rien dire et Levinas fournit des efforts consid&eacute;rables pour transformer cette notion en une autre, moins charg&eacute;e politiquement et historiquement, l&#39;alt&eacute;rit&eacute;. Ce qui devient l&#39;alt&eacute;rit&eacute; de l&#39;homme juif mais o&ugrave; rien ne vient limiter l&#39;homme juif qui ne vit plus dans deux mondes oppos&eacute;s, le sien, celui de sa tradition et l&#39;autre, celui de l&#39;humanit&eacute; universelle.. Dans l&#39;un de ses &eacute;crits sur l&#39;&eacute;ducation juive, Rosenzweig dont Levinas est si proche avait soulign&eacute; cette distorsion, cet &eacute;cart&egrave;lement.<\/p>\n<p>\t\tChaque fois que j&#39;approfondis une notion centrale dans la pens&eacute;e de Levinas, je tombe sur un circuit qui me conduit &agrave; Rosenzweig et &agrave; son Etoile de la r&eacute;demption. Rosenzweig, tout comme Kierkegaard, met l&#39;accent sur le caract&egrave;re irr&eacute;ductible des individus et des id&eacute;es. Par exemple, contrairement &agrave; Hegel qui consid&eacute;rait le sentiment religieux comme une simple &eacute;tape vers la connaissance universelle; Levinas applique cette id&eacute;e de Rosenzweig &agrave; l&#39;&ecirc;tre juif, irr&eacute;ductible &agrave; autre chose et sa mission dans le monde. Ceci g&eacute;n&egrave;re cependant l&#39;impression que les d&eacute;s sont jet&eacute;s, que la libert&eacute; est limit&eacute;e, ou pour reprendre une formule c&eacute;l&egrave;bre de Levinas, une difficile libert&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tReste la question de ce qu&#39;on nomme l&#39;&eacute;lection d&#39;Isra&euml;l dont les mauvaises interpr&eacute;tations, les ex&eacute;g&egrave;se volontairement erron&eacute;es ont port&eacute; pr&eacute;judice &agrave; tout un peuple. Pour Levinas, cette &eacute;lection n&#39;est pas g&eacute;n&eacute;ratrice du moindre privil&egrave;ge, elle est plut&ocirc;t fondatrice d&#39;une responsabilit&eacute;, pas seulement pour soi mais surtout pour autrui. Page 64 de l&#39;opuscule Etre juif: L&#39;&eacute;lection juive n&#39;est donc pas v&eacute;cue initialement comme un orgueil ou un particularisme. Et un peu plus loin, Levinas souligne que la question rev&ecirc;t une dimension que m&ecirc;me Sartre ne peut pas apercevoir, lui qui disait que c&#39;est l&#39;antis&eacute;mite, le regard de l&#39;autre qui fait le juif, d&eacute;niant ainsi, volontairement ou involontairement, tout contenu positif &agrave; l&#39;essence du juda&iuml;sme. Ce ne serait qu&#39;une longue s&eacute;rie, interminable, de r&eacute;actions aux pers&eacute;cutions et &agrave; l&#39;oppression. Singuli&egrave;re analyse de la vocation d&#39;un peuple qui a juste fait l&#39;apostolat du messianisme &agrave; l&#39;humanit&eacute;!<\/p>\n<p>\n\t\tAlors, l&#39;Evangile est-il un livre anti-juif? Oui et non. Tout d&eacute;pend des interpr&eacute;tations qu&#39;on veut bien en donner. M&ecirc;me l&#39;attitude de Saint Paul, grand pourfendeur de la Loi et chantre d&eacute;termin&eacute; de l&#39;antinomisme, ne laisse pas d&#39;&ecirc;tre ambigu&euml;. Dans son Ep&icirc;tre aux Romains, probablement ce que l&#39;histoire religieuse jud&eacute;o-chr&eacute;tienne a donn&eacute; de meilleur, il &eacute;met le v&oelig;u &eacute;mouvant qu&#39;Isra&euml;l finira par vaincre la division et surmontera le particularisme de sa propre jeunesse.<\/p>\n<p>\n\t\tQui sait? Un jour, peut-&ecirc;tre, sera-t-il entendu&#8230;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emmanuel Levinas: un particularisme juif face &agrave; un universalisme chr&eacute;tien? &nbsp; Par Maurice-Ruben Hayoun&nbsp;&#8211;&nbsp;Sp&eacute;cialiste de la philosophie m&eacute;di&eacute;vale, allemande et de litt&eacute;rature biblique &nbsp; &nbsp; Les Evangiles, un livre anti-juif?<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16,1],"tags":[],"class_list":["post-13095","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-judaisme","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13095","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13095"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13095\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13095"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13095"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13095"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}