{"id":13111,"date":"2016-07-12T03:37:13","date_gmt":"2016-07-12T03:37:13","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13111"},"modified":"2016-07-12T03:37:13","modified_gmt":"2016-07-12T03:37:13","slug":"des-lumieres-au-coeur-de-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/des-lumieres-au-coeur-de-la-nuit\/","title":{"rendered":"Des lumi\u00e8res au c\u0153ur de \u00ab La nuit \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\n\tDes lumi&egrave;res au c&oelig;ur de &laquo; La nuit &raquo;<\/p>\n<p>\n\tPar Jonathan Aleksandrowicz&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMarqu&eacute;e par &laquo; La nuit &raquo;, le t&eacute;moignage de son exp&eacute;rience concentrationnaire, l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Elie Wiesel, entre Kabbale et humanisme, est marqu&eacute;e par la qu&ecirc;te de Tikoun &#8211; r&eacute;paration.<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tElle &eacute;tait l&agrave;, assise, seule, presque abandonn&eacute;e, aux fun&eacute;railles de son &eacute;poux, Marion Wiesel. L&rsquo;amour de sa vie avait fait silence la veille, ne restent d&eacute;sormais pour elle qu&rsquo;une demeure vide et le regard des curieux. L&rsquo;homme Elie Wiesel est mort. Il n&rsquo;aimera plus, il n&rsquo;&eacute;crira plus. Mais sa femme et son &oelig;uvre survivront pour t&eacute;moigner de son amour et de ses mots. Car il en est d&rsquo;une &oelig;uvre comme d&rsquo;une veuve : l&rsquo;auteur et l&rsquo;&eacute;poux disparus les laissent &agrave; la merci de la foule. La foule lit mal, elle ignore le deuil. Les souvenirs qui subsisteront chez Marion Wiesel sont autant de livres que son &eacute;poux &eacute;crivit. Et si, &agrave; pr&eacute;sent, nul ne saura comment l&rsquo;aimer, il faudra apprendre &agrave; la lire. En faire la gen&egrave;se, quitte &agrave; devoir retrouver les premiers mots qu&rsquo;un enfant apprend de la Bible, l&rsquo;enfant amoureux de Talmud et de Kabbale qu&rsquo;&eacute;tait rest&eacute; Elie Wiesel : &laquo; au commencement &raquo;.<br \/>\n\t\t&laquo; Au commencement &raquo;. Ce sont ces mots qui ouvrent la version yiddish de &laquo; La nuit &raquo;, son t&eacute;moignage sur son exp&eacute;rience concentrationnaire. &laquo; Au commencement fut la foi, pu&eacute;rile ; et la confiance, vaine, et l&rsquo;illusion, dangereuse. Nous croyions en Dieu, avions confiance en l&rsquo;homme, et vivions dans l&rsquo;illusion qu&rsquo;en chacun de nous est d&eacute;pos&eacute;e une &eacute;tincelle sacr&eacute;e de la flamme de la Chekhina que chacun de nous porte, dans ses yeux et en son &acirc;me, un reflet de l&rsquo;image de Dieu. Ce fut la source &ndash; sinon la cause &ndash; de tous nos malheurs &raquo;. La version fran&ccedil;aise, parue aux &eacute;ditions de Minuit en 1956 suite &agrave; une conversation avec Fran&ccedil;ois Mauriac, ne conservera pas ce passage. Il annon&ccedil;ait pourtant toute l&rsquo;&oelig;uvre &agrave; venir, le sillon sur lequel Elie Wiesel inlassablement reviendra. Qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;&eacute;tincelle sacr&eacute;e apr&egrave;s le malheur ? Plus qu&rsquo;un t&eacute;moignage sur l&rsquo;univers concentrationnaire, l&rsquo;enjeu est l&rsquo;exp&eacute;rience de la perte du souffle divin.<\/p>\n<p>\n\t\tLes cris du monde, les voix de la folie<br \/>\n\t\t&laquo; Le jour &raquo;, roman qui succ&egrave;de &agrave; &laquo; La nuit &raquo;, et davantage encore, &laquo; L&rsquo;aube &raquo;, examinent l&rsquo;instant fragile o&ugrave; l&rsquo;&acirc;me h&eacute;site entre l&rsquo;obscurit&eacute; et la lumi&egrave;re. Elie Wiesel voulait penser &laquo; La nuit &raquo; comme &laquo; un sacrifice d&rsquo;Isaac &agrave; l&rsquo;envers &raquo; o&ugrave; c&rsquo;est en assumant la mort du p&egrave;re par une culpabilit&eacute; &eacute;ternelle que le fils parvient &agrave; conserver intacte l&rsquo;image de Dieu en lui. &laquo; L&rsquo;aube &raquo; dit le vertige du sacrifice de l&rsquo;ennemi, le meurtre politique, gratuit, qui efface le divin chez celui qui le commet. Lui dont la famille &eacute;tait proche des ma&icirc;tres de Wishnitz y laisse transpara&icirc;tre l&rsquo;influence de la Kabbale et du Hassidisme. Et les cris du monde deviennent les voix de la folie car l&rsquo;univers est en qu&ecirc;te d&rsquo;un Tikoun (r&eacute;paration) impossible. C&rsquo;est ce que montre le jeu sur le pr&eacute;nom du personnage principal dans ce triptyque : Eliezer ou Elisha ? En ajoutant de simples suffixes. Celui qui est d&eacute;nomm&eacute; par le diminutif &laquo; Elie &raquo; appelle tour &agrave; tour &agrave; l&rsquo;aide (Eli-ezer) et &agrave; la d&eacute;livrance (Eli-sha).<br \/>\n\t\tSans doute pensa-t-il qu&rsquo;un &eacute;cho r&eacute;pondit &agrave; ses appels avec la guerre des Six Jours qui inspirera son &laquo; Mendiant de J&eacute;rusalem &raquo;. Proprement messianique, ce roman r&eacute;compens&eacute; par le prix M&eacute;dicis en 1967, est une variation bouleversante sur le &laquo; rassemblement des exil&eacute;s &raquo; une fois survenue la d&eacute;livrance. Elie Wiesel va au c&oelig;ur de ses angoisses et de ses larmes, aux Juifs qui ont lib&eacute;r&eacute; le mur des Lamentations, il superpose les Juifs de toutes les langues qui &eacute;taient parqu&eacute;s dans les camps. Lib&eacute;rer le mur, c&rsquo;est lib&eacute;rer les larmes, donner des ailes &agrave; la douleur. Et l&rsquo;encre des cinquante derni&egrave;res pages de ce roman coule &agrave; mesure que se fondent en un la m&egrave;re d&rsquo;Elie Wiesel et la Chekhina, cette pr&eacute;sence divine toujours repr&eacute;sent&eacute;e par une veuve &eacute;plor&eacute;e.<br \/>\n\t\tAujourd&rsquo;hui, Marion Wiesel porte le deuil, et l&rsquo;&oelig;uvre de son &eacute;poux attend de nouveaux lecteurs. Nul ne sait si Elie Wiesel est jamais sorti de &laquo; La nuit &raquo;, mais il est certain que ce t&eacute;moin ne parlait pas que de mort, il s&rsquo;astreignait &agrave; sanctifier le souvenir du monde juif d&rsquo;avant avec sa s&eacute;rie de &laquo; C&eacute;l&eacute;brations &raquo;. Bibliques, proph&eacute;tiques, talmudiques ou hassidiques, elles disent toutes ce qui revient dans ses textes : &laquo; Juifs, &eacute;coutez-moi : je vois un feu ! Quelles flammes ! Quel brasier ! &raquo; Car ce qui donne de la lumi&egrave;re doit endurer la br&ucirc;lure.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tActuJ<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des lumi&egrave;res au c&oelig;ur de &laquo; La nuit &raquo; Par Jonathan Aleksandrowicz&nbsp; &nbsp; &nbsp; Marqu&eacute;e par &laquo; La nuit &raquo;, le t&eacute;moignage de son exp&eacute;rience concentrationnaire, l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Elie Wiesel, entre Kabbale et humanisme, est marqu&eacute;e par la qu&ecirc;te de Tikoun &#8211; r&eacute;paration. 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