{"id":13265,"date":"2016-08-02T00:14:45","date_gmt":"2016-08-02T00:14:45","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13265"},"modified":"2016-08-02T00:14:45","modified_gmt":"2016-08-02T00:14:45","slug":"boris-cyrulnik-pour-etre-heureux-il-faut-avoir-souffert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/boris-cyrulnik-pour-etre-heureux-il-faut-avoir-souffert\/","title":{"rendered":"Boris Cyrulnik : Pour \u00eatre heureux, il faut avoir souffert"},"content":{"rendered":"<div>\n<section id=\"preContenu\">\n<p>\n\t\tBoris Cyrulnik :&nbsp;Pour &ecirc;tre heureux, il faut avoir souffert<\/p>\n<\/section>\n<\/div>\n<article about=\"\/debats-entretiens\/article\/pour-etre-heureux-il-faut-avoir-souffert\" id=\"node-5009\" typeof=\"sioc:Item foaf:Document\">\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tpar Patrice van Eersel et Marc de Smedt<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<div data-title=\"Pour \u00eatre heureux, il faut avoir souffert\" data-url=\"http:\/\/www.cles.com\/debats-entretiens\/article\/pour-etre-heureux-il-faut-avoir-souffert\">\n<div aria-labelledby=\"atstbx-share-label\" id=\"atstbx\" role=\"region\">\n<p>\n\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tLe bonheur et le malheur ne s&#39;opposent pas, mais se compl&egrave;tent comme le jour et la nuit. L&#39;inverse de leur indissociable couplage est la mort affective, l&#39;indiff&eacute;rence. Attachement et amour ne peuvent se d&eacute;velopper que si nous avons connu la souffrance et le retour &agrave; la s&eacute;curit&eacute;. La neurologie cognitive n&#39;a qu&#39;une vingtaine d&#39;ann&eacute;es, et d&eacute;j&agrave; ses d&eacute;couvertes se comptent par milliers, dont Boris Cyrulnik vulgarise g&eacute;nialement les paradoxes.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<div property=\"content:encoded\">\n<div data-az-hash=\"\" data-az-name=\"5009|body\" data-az-type=\"node|article\">\n<div data-az-id=\"b2\" data-azat-device=\"sm\" data-azb=\"az_row\" data-azcnt=\"true\">\n<div data-az-id=\"b4\" data-azb=\"az_column\" data-azcnt=\"true\">\n<div data-az-id=\"b5\" data-azb=\"az_text\" data-azcnt=\"true\">\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tDans la trajectoire de Boris Cyrulnik, il y eut d&#39;abord les livres d&#39;&eacute;thologie sur l&#39;affectivit&eacute; animale. Puis toute la s&eacute;rie humaine sur la r&eacute;silience, qui explique comme un enfant maltrait&eacute; peut s&#39;en sortir, gr&acirc;ce au regard de l&#39;autre. Paru fin 2006,&nbsp;De chair et d&#39;&acirc;me&nbsp;constitue le premier livre d&#39;une nouvelle s&eacute;rie sur l&#39;ins&eacute;parable unit&eacute; de ce qui constitue l&#39;humain. Ce qui est frappant, c&#39;est la pr&eacute;cision ultrafine de ce que l&#39;imagerie m&eacute;dicale est d&eacute;sormais capable de nous apprendre sur ce qui se passe en nous &agrave; chaque seconde, quand nous percevons, pensons, croyons, agissons &#8211; et comment cela bouleverse notre vision du monde, en d&eacute;cortiquant la gen&egrave;se neuro-relationnelle de nos organes. Quand un singe regarde un autre singe agir, il met en branle les m&ecirc;mes processus neuronaux que s&#39;il agissait lui-m&ecirc;me. M&ecirc;me processus quand il r&ecirc;ve qu&#39;il se trouve dans telle ou telle situation. Chez l&#39;humain, cette imbrication du r&eacute;el et de l&#39;imaginaire va au-del&agrave; du concevable<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>Nouvelles Cl&eacute;s :&nbsp;Ce qui frappe dans votre nouveau livre, c&#39;est ce que vous dites sur le malheur. Il ne s&#39;opposerait pas au bonheur, mais constituerait son indispensable compl&eacute;ment. C&#39;est leur tandem qui nous rendrait vivants&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tBoris Cyrulnik :&nbsp;Toute vie psychique suppose une dualit&eacute; bonheur-malheur. Priv&eacute; de cet antagonisme, vous avez un &eacute;lectroenc&eacute;phalogramme plat, une absence de vie psychique, autrement dit une mort c&eacute;r&eacute;brale. Le couple bonheur-malheur fonctionne comme la manivelle en croix que vous utilisez pour changer les roues de votre voiture. D&#39;un c&ocirc;t&eacute; vous tirez vers le haut, de l&#39;autre, vous poussez vers le bas, et un observateur &eacute;tourdi pourrait s&#39;imaginer que ces deux gestes sont contradictoires alors qu&#39;ils constituent un seul et m&ecirc;me mouvement. Il en va de m&ecirc;me neurologiquement. Dans la partie ant&eacute;rieure de l&#39;aire singulaire de chacun de nos h&eacute;misph&egrave;res c&eacute;r&eacute;braux, il existe deux renflements. Si une tumeur, un abc&egrave;s ou une h&eacute;morragie alt&egrave;rent le premier de ces renflements, ou si vous y introduisez une &eacute;lectrode, vous allez &eacute;prouver des sensations de souffrance, physique et mentale tr&egrave;s aigu&euml;s. Si vous d&eacute;placez un tout petit peu l&#39;&eacute;lectrode, pour la planter dans le second renflement, vous allez &eacute;prouver une euphorie qui peut aller jusqu&#39;&agrave; l&#39;extase. Le r&eacute;el n&#39;a pourtant pas chang&eacute;. Vous avez juste d&eacute;plac&eacute; l&#39;&eacute;lectrode de quelques millim&egrave;tres. Au regard de la neurologie, le bonheur et le malheur ne sont pas ext&eacute;rieurs au sujet. Ils sont dans le sujet.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;: C&#39;est une d&eacute;couverte r&eacute;cente&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;En fait, on le sait depuis les exp&eacute;riences de&nbsp;James Olds et Peter Milner, en 1954.&nbsp;Ces chercheurs avaient plac&eacute; des &eacute;lectrodes dans le cerveau d&#39;un groupe de rats et montr&eacute; que la zone de la douleur jouxtait celle de la jouissance. Par ailleurs, ayant &eacute;quip&eacute; les rats de telle sorte qu&#39;ils puissent &eacute;lectriquement auto stimuler ces zones, ils avaient constat&eacute; que les animaux n&#39;arr&ecirc;taient pas d&#39;appuyer sur le bouton &eacute;lectrifiant la zone du plaisir, sans pouvoir s&#39;arr&ecirc;ter. Au point d&#39;en mourir&nbsp;! Jouir &agrave; mort&nbsp;est un ph&eacute;nom&egrave;ne que l&#39;on trouve aussi dans la nature. S&#39;ils en ont la possibilit&eacute;, toutes sortes d&#39;animaux poussent leur recherche du bonheur jusqu&#39;&agrave; se tuer. Quand les fourmis tombent par exemple sur un certain col&eacute;opt&egrave;re dont la s&eacute;cr&eacute;tion lact&eacute;e les enivre&nbsp;: elles en oublient leurs t&acirc;ches, vont et viennent en tout sens et la fourmili&egrave;re finit en un indescriptible chaos. On pourrait citer les pigeons et les corbeaux qui vont se saouler aux vapeurs de sarments, indiff&eacute;rents aux vignes en flammes&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;: Trop de bonheur conduirait &agrave; notre perte&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;La r&eacute;alit&eacute; est paradoxale. Placez des gens dans une situation de bonheur total, o&ugrave; tous leurs v&oelig;ux sont imm&eacute;diatement exauc&eacute;s, o&ugrave; rien ne vient contrarier leurs moindres d&eacute;sirs&nbsp;: ils se retrouvent vite malheureux.&nbsp;&Agrave; partir d&#39;une certaine dose, tout bonheur devient insoutenable.&nbsp;Par contre, mettez ces m&ecirc;mes personnes dans un &eacute;tat de malheur, elles vont souffrir, mais aussi lutter&nbsp;: &laquo;&nbsp;Je vais me battre contre le malheur et le vaincre.&raquo;&nbsp;C&#39;est dans la r&eacute;sistance au malheur que les humains s&#39;associent,&nbsp;se prot&egrave;gent les uns les autres, construisent des abris, d&eacute;couvrent le feu, luttent contre les animaux sauvages&#8230; et connaissent finalement le bonheur d&#39;avoir triomph&eacute; de leurs peurs.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\tMalheur et bonheur ne sont pas des fr&egrave;res ennemis. Ils sont unis comme les doigts de la main. On le constate aussi dans le r&ecirc;ve, l&#39;utopie, l&#39;esp&eacute;rance qui sont de grands pourvoyeurs de bonheur. On ne peut esp&eacute;rer que si l&#39;on se trouve dans le mal-&ecirc;tre.&nbsp;Le bonheur de vivre vient de ce que l&#39;on a triomph&eacute; du malheur de vivre.&nbsp;J&#39;ai faim. Arrive quelqu&#39;un qui me donne son sein &#8211; qu&#39;est-ce que je l&#39;aime&nbsp;! J&#39;ai peur. Voil&agrave; quelqu&#39;un qui, par sa force et ses armes, me rassure &#8211; qu&#39;est-ce que je l&#39;aime&nbsp;! Il fait froid. Quelqu&#39;un me r&eacute;chauffe avec son corps et sa couverture &#8211; qu&#39;est-ce que je l&#39;aime&nbsp;!&nbsp;C&#39;est le paradoxe de la manivelle en croix&nbsp;: d&#39;un malheur peut surgir un bonheur&nbsp;; sans malheur, ce serait impossible.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;Il y a l&agrave; une le&ccedil;on de philosophie naturelle. Accepter la vie, ce serait accepter aussi le malheur, sans lequel il n&#39;y aurait pas de bonheur. Ne pourrions-nous, de m&ecirc;me, pas aimer si nous n&#39;avions pas souffert&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Exactement. Seule la compl&eacute;mentarit&eacute; entre malheur et bonheur fait que nous pouvons aimer la vie. Des chevaux ail&eacute;s tirent l&#39;attelage de l&#39;&acirc;me dans des directions oppos&eacute;es pour le faire pourtant avancer sur un m&ecirc;me chemin, &eacute;crivait d&eacute;j&agrave; Platon dans Ph&egrave;dre.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;Ce processus se met-il en place d&egrave;s la naissance&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;C&#39;est m&ecirc;me de fondement des th&eacute;ories de l&#39;attachement. Apr&egrave;s le traumatisme de la naissance, le petit humain d&eacute;couvre le malheur. Il ne conna&icirc;t rien du monde qui l&#39;entoure. Il a froid. Il a faim.. Il a peur. Il souffre. Il se met &agrave; brailler. Et tout d&#39;un coup, hop&nbsp;! On le prend dans les bras. On lui parle. On le nourrit. On l&#39;essuie. Il a chaud. Il reconna&icirc;t l&#39;odeur et les basses fr&eacute;quences de la voix de sa m&egrave;re. Il se dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ouf&nbsp;! &ccedil;a va, je suis &agrave; nouveau tranquille.&nbsp;&raquo; Il trouve l&agrave; un substitut d&#39;ut&eacute;rus, et c&#39;est le premier n&oelig;ud du lien de l&#39;attachement qui va le rendre heureux. &Agrave; l&#39;inverse, imaginons un b&eacute;b&eacute; qui ne conna&icirc;trait aucun malheur, dont l&#39;environnement serait impeccablement organis&eacute;&nbsp;: temp&eacute;rature id&eacute;ale, soif de lait aussit&ocirc;t soulag&eacute;e, couches propres dans la seconde, etc. Eh bien, ce b&eacute;b&eacute; n&#39;aurait aucune raison de s&#39;attacher.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;: C&#39;est la vieille histoire du &laquo;&nbsp;too much&nbsp;&raquo;&#8230; L&#39;exc&egrave;s nuit toujours&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Oui. Et il en va de m&ecirc;me pour nous. Vous avez soif, vous buvez un verre d&#39;eau. Quel d&eacute;lice&nbsp;! Mais qu&#39;&eacute;prouvez-vous au cinquanti&egrave;me verre d&#39;eau&nbsp;? Du d&eacute;go&ucirc;t. C&#39;est un supplice. De m&ecirc;me, si la m&egrave;re entourait son enfant trop longtemps, si elle ne le laissait pas seul au bout d&#39;un moment, il se retrouverait prisonnier d&#39;un cocon &eacute;touffant et en viendrait &agrave; &eacute;prouver de la douleur. &laquo;&nbsp;Si maman ne m&#39;entoure pas, je souffre. Mais si elle m&#39;entoure trop, je souffre aussi.&nbsp;&raquo;&nbsp;L&#39;&ecirc;tre humain ne peut se construire que dans l&#39;alternance, la respiration bonheur-malheur.&nbsp;Et si cette derni&egrave;re doit &ecirc;tre la plus harmonieuse possible, elle doit &eacute;galement suivre un certain rythme. Car, si le bonheur ne peut durer, le malheur non plus&#8230;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\tSi on laisse pleurer le b&eacute;b&eacute; pendant une heure, &ccedil;a peut aller&nbsp;; deux heures, &ccedil;a devient beaucoup ; au bout de trois heures, &ccedil;a commence &agrave; devenir difficile. Arrive un seuil o&ugrave; tout bascule. Le b&eacute;b&eacute; arr&ecirc;te de pleurer. Il commence &agrave; s&#39;&eacute;teindre. S&#39;il n&#39;est pas rapidement secouru, son syst&egrave;me nerveux va interrompre son d&eacute;veloppement. J&#39;ai &eacute;t&eacute; l&#39;un des premier &agrave; d&eacute;crire les atrophies c&eacute;r&eacute;brales li&eacute;es &agrave; une carence affective. Au d&eacute;but, bon nombre de neurologues ne m&#39;ont pas cru&nbsp;: &laquo; Ce n&#39;est pas possible, vous vous trompez.&nbsp;&raquo; Aujourd&#39;hui, de nombreux confr&egrave;res confirment cette observation, notamment aux &Eacute;tats-Unis. Tous les p&eacute;diatres qui travaillent dans les pays en guerre ou en mis&egrave;re savent que les enfants abandonn&eacute;s ne pleurent pas. Ils attendent la mort en silence. Ils sont morts psychiquement avant de mourir physiquement. Leurs cellules c&eacute;r&eacute;brales sont les premi&egrave;res &agrave; s&#39;&eacute;tioler puisqu&#39;elles ne sont plus stimul&eacute;es. Puis la base du cerveau arr&ecirc;te ses s&eacute;cr&eacute;tions hormonales. Et tout le corps d&eacute;p&eacute;rit. Le contre-exemple existe&nbsp;: mettez un enfant abandonn&eacute; atteint de nanisme affectif dans une famille d&#39;accueil, son cerveau va peu &agrave; peu reprendre son d&eacute;veloppement, c&#39;est rigoureusement v&eacute;rifi&eacute; au scanner.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;Vous &eacute;voquez souvent l&#39;image d&#39;une&nbsp;&laquo;&nbsp;enveloppe affective sensorielle, faite &agrave; la fois de mol&eacute;cules que de mots&nbsp;&raquo;, absolument vitale au d&eacute;veloppement de l&#39;enfant. Comme l&#39;a &eacute;t&eacute; l&#39;enveloppe matricielle de sa m&egrave;re&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Absolument. Chez l&#39;enfant, il y a d&#39;abord une longue p&eacute;riode d&#39;intelligence sans parole. L&#39;enfant d&eacute;code le monde non par des mots, mais gr&acirc;ce &agrave; des images. Puis vient le stade de la parole ma&icirc;tris&eacute;e, vers trois ans. La parole r&eacute;cit&eacute;e, elle, c&#39;est-&agrave;-dire la capacit&eacute; &agrave; faire un r&eacute;cit de soi-m&ecirc;me, n&#39;arrive qu&#39;&agrave; sept ans, quand les connexions du lobe pr&eacute;frontal de l&#39;anticipation se sont connect&eacute;es au circuit de la m&eacute;moire &#8211; sans quoi vous ne seriez pas capable de vous faire une repr&eacute;sentation du temps. Or, toute cette maturation neurologique et hormonale ne se fait que si vous avez cette enveloppe affective autour de vous. Une enveloppe qui, donc, respire, avec flux et reflux, inspiration et expiration, diastole et systole.&nbsp;La vie fonctionne ainsi&nbsp;: par contraste.&nbsp;Et nos sens aussi&nbsp;: pour que le concept &laquo;&nbsp;bleu&nbsp;&raquo; me vienne en t&ecirc;te, il faut qu&#39;il y ait autre chose que du bleu dans mon champ de vision&nbsp;; s&#39;il n&#39;y avait que du bleu, je ne pourrais pas le penser.&nbsp;Pour penser le bonheur, il faut qu&#39;il y ait autre chose que du bonheur&nbsp;: le malheur est parfait pour &ccedil;a.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;: Autre paradoxe, vous &eacute;crivez que la parole a une fonction bien plus affective qu&#39;informative.<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;On se parle pour s&#39;affecter. Par mes mots, je peux modifier votre &eacute;tat physique, vous faire p&acirc;lir, rougir, rire, bailler, hurler. Si je fais des phrases, c&#39;est pour vous convaincre, vous amuser, vous irriter, vous insulter, vous calmer&#8230; davantage que pour vous informer. Et il est &agrave; peu pr&egrave;s impossible de parler longtemps &agrave; quelqu&#39;un sans affecter ses sentiments.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;Vous dites: &laquo;&nbsp;Quand je suis face &agrave; V&eacute;ronique, j&#39;ai une certaine chimie int&eacute;rieure. Face &agrave; Marion, c&#39;en est une autre. Je ne suis litt&eacute;ralement pas le m&ecirc;me mol&eacute;culairement.&nbsp;&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;La pr&eacute;sence de V&eacute;ronique me stimule. Tout ce qu&#39;elle d&eacute;gage &#8211; qu&#39;elle me communique implicitement par ses formes, son odeur, ses v&ecirc;tements, ses gestes, sa voix, ses mots &#8211; touche quelque chose d&#39;inscrit au fond de ma m&eacute;moire neuronale, sans doute depuis l&#39;&acirc;ge f&oelig;tal. Tout se passe &agrave; son insu et j&#39;en suis &eacute;galement inconscient, mais tout ce qui vient d&#39;elle m&#39;int&eacute;resse et m&#39;amuse. Du coup, toutes mes cat&eacute;cholamines sont stimul&eacute;es, condition biologique favorable &agrave; la m&eacute;morisation. Alors que Marion me renvoie, sans s&#39;en rendre compte non plus, toutes sortes de messages qui ne me touchent pas et ne constituent donc pas un &eacute;v&eacute;nement pour moi. Or, nous ne pouvons pas mettre en m&eacute;moire un non-&eacute;v&eacute;nement.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;N&#39;est-ce pas ce qu&#39;en langage courant on appelle avoir des &laquo;&nbsp;atomes crochus&nbsp;&raquo;&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Si vous voulez. Avec des dosages et des catalyses &eacute;tonnants. Les entra&icirc;neurs d&#39;&eacute;quipes sportives le savent bien, qui recrutent certains joueurs plus pour l&#39;ambiance positive qu&#39;ils vont mettre dans l&#39;&eacute;quipe que pour leurs qualit&eacute;s intrins&egrave;ques. &Agrave; l&#39;inverse, il m&#39;est arriv&eacute; de voir une excellente &eacute;quipe de scientifiques lamentablement sombrer dans le&nbsp;spleen,&nbsp;simplement parce qu&#39;on avait recrut&eacute; un chercheur qui, par sa seule pr&eacute;sence, st&eacute;rilisait ou inhibait le travail de tous les autres&nbsp;! On conna&icirc;t &ccedil;a en &eacute;thologie animale, par exemple chez les chimpanz&eacute;s, o&ugrave; l&#39;arriv&eacute;e d&#39;un nouvel individu va faire que tous les autres deviennent maladroits, laissent tomber les objets qu&#39;ils tiennent, ratent les branches qu&#39;ils visent&nbsp;: ils sont crisp&eacute;s, leur chimie int&eacute;rieure est d&eacute;s&eacute;quilibr&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;N&#39;est-ce pas aussi au sein de cette enveloppe que na&icirc;t la compassion, quand un animal souffre de ce qui arrive &agrave; un autre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Je le pense en effet, m&ecirc;me si de jeunes confr&egrave;res normaliens sont en d&eacute;saccord avec moi. Vous faites allusion aux&nbsp;&laquo;&nbsp;neurones miroir&nbsp;&raquo;.&nbsp;Un chimpanz&eacute; voit un &ecirc;tre signifiant (un cong&eacute;n&egrave;re, par exemple, ou un &ecirc;tre humain qu&#39;il conna&icirc;t) s&#39;appr&ecirc;ter &agrave; manger un aliment qu&#39;il aime (mettons une banane). Automatiquement, il allume la partie de son cerveau qui le pr&eacute;pare &agrave; faire le m&ecirc;me geste, par exemple tendre la main vers la banane. En m&ecirc;me temps, il stimule son lobe pr&eacute;frontal pour bloquer ce geste, qui doit rester imaginaire &#8211; ce qui fait que le cerveau du chimpanz&eacute; qui observe d&eacute;pense deux fois plus d&#39;&eacute;nergie que celui du chimpanz&eacute; qui mange r&eacute;ellement&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\tDe fa&ccedil;on similaire, que je sois homme ou singe, si un personnage signifiant de mon enveloppe affective, quelqu&#39;un que j&#39;aime bien, souffre, je vais allumer la partie ant&eacute;rieure de mon aire singulaire ant&eacute;rieure, celle qui d&eacute;clenche des sensations de souffrance. Ce n&#39;est pas moi qui souffre, mon organisme est impeccable, pourtant ma zone de souffrance s&#39;allume et d&eacute;clenche en moi une sensation de malaise. Alors, que c&#39;est lui qui souffre. Mais je le vois et &ccedil;a me fait entrer en r&eacute;sonance, parce que c&#39;est un personnage signifiant pour moi. Sa souffrance et la mienne sont de nature diff&eacute;rentes. Lui, il est bless&eacute;, il saigne. Moi, je souffre de la repr&eacute;sentation que je me fais de sa souffrance.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;Dans son documentaire&nbsp;Shoah,&nbsp;Claude Lanzmann interviewe un paysan polonais qui labourait un champ pr&egrave;s d&#39;Auschwitz. &laquo;&nbsp;Alors vous labouriez &agrave; deux pas des barbel&eacute;s, lui demande-t-il, &ccedil;a ne vous faisait pas mal&nbsp;?&nbsp;&raquo; Et l&#39;autre de s&#39;&eacute;tonner&nbsp;: &laquo;&nbsp;Pourquoi auriez-vous voulu que &ccedil;a me fasse mal &agrave; moi&nbsp;? Si l&#39;on vous coupe vos doigts, les miens vont bien&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Cet homme est un pervers, pas au sens sexuel, mais par&nbsp;arr&ecirc;t d&#39;empathie.&nbsp;Les pervers ont, dans le d&eacute;veloppement de leur personnalit&eacute;, quelque chose qui s&#39;est d&eacute;r&eacute;gl&eacute; dans l&#39;empathie, soit par exc&egrave;s, soit par d&eacute;faut. Par d&eacute;faut, c&#39;est ce que vous racontez&nbsp;: si vous vous coupez le doigt, c&#39;est vous qui avez mal, pas moi &#8211; donc, si l&#39;on br&ucirc;le des milliers de personnes dans des fours, ce sont eux qui br&ucirc;lent&nbsp;; moi, je laboure tranquillement mon champ. Les situations de guerre pousse des masses de gens &agrave; basculer dans cette pathologie, puisque, si l&#39;on veut gagner la guerre, il faut ignorer l&#39;autre, le chosifier.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t&Agrave; l&#39;inverse,&nbsp;l&#39;exc&egrave;s d&#39;empathie,&nbsp;c&#39;est Leopold von Sacher-Masoch, dont on a fait l&#39;arch&eacute;type du masochiste&nbsp;: &laquo;&nbsp;Moi, je ne compte pas, je ne suis rien, quasiment mort psychiquement, je ne jouis plus. Mais si le fait de me faire souffrir fait plaisir &agrave; Wanda, la V&eacute;nus au manteau de fourrure, au moins &eacute;prouverai-je le plaisir de lui faire plaisir. Elle seule compte.&nbsp;En me maltraitant, en me fouettant, elle me donnera un petit sursaut de vie.&nbsp; &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;Et si l&#39;on vit dans une enveloppe sensorielle &laquo;&nbsp;positive&nbsp;&raquo;, peut-on user de son empathie &agrave; son propre &eacute;gard&nbsp;? Ce serait une fa&ccedil;on d&#39;expliquer que l&#39;on puisse volontairement influencer son &eacute;tat physique et &laquo;&nbsp;reprogrammer&nbsp;&raquo; sa sant&eacute;&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Je ne suis pas sp&eacute;cialiste de la question. Mais il est clair que les &ecirc;tres humains peuvent intentionnellement se &laquo;&nbsp;recircuiter&nbsp;&raquo;, c&#39;est-&agrave;-dire s&#39;entra&icirc;ner &agrave; fonctionner et &agrave; &laquo;&nbsp;se repr&eacute;senter&nbsp;&raquo; autrement. Je pense que la psychoth&eacute;rapie fonctionne de cette fa&ccedil;on&#8230; quand &ccedil;a marche&nbsp;! Cela dit, je n&#39;utiliserais pas le mot &laquo;&nbsp;reprogrammer&nbsp;&raquo;, parce qu&#39;aujourd&#39;hui, nous savons que personne n&#39;est programm&eacute;. M&ecirc;me g&eacute;n&eacute;tiquement. L&#39;id&eacute;e que nos g&egrave;nes nous d&eacute;terminent a fait long feu.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\tQuelle est la conclusion du fameux &laquo;&nbsp;d&eacute;cryptage du g&eacute;nome humain&nbsp;&raquo;&nbsp;? Vous avez entendu ce silence&nbsp;!&nbsp;(rire) La conclusion, c&#39;est que nous avons &agrave; peu pr&egrave;s le m&ecirc;me g&eacute;nome que les vers de terre&nbsp;(il para&icirc;t que les vers de terre sont vex&eacute;s&nbsp;!) et que nous sommes comme des chimpanz&eacute;s &agrave; plus de 99%&nbsp;! Il y a donc moins de 1 % de diff&eacute;rence entre un chimpanz&eacute; et un humain. Mais qui parle de &laquo;&nbsp;programme g&eacute;n&eacute;tique&nbsp;&raquo;&nbsp;? Des journalistes, des psychologues, des psychiatres, jamais des g&eacute;n&eacute;ticiens&nbsp;! Attention, je ne nie pas l&#39;existence d&#39;un d&eacute;terminant g&eacute;n&eacute;tique. Lorsque le spermatozo&iuml;de de votre p&egrave;re a p&eacute;n&eacute;tr&eacute; l&#39;ovule de votre m&egrave;re, &ccedil;a ne pouvait donner qu&#39;un &ecirc;tre humain, pas un chat,&nbsp;ni un v&eacute;lomoteur. Mais &ccedil;a n&#39;&eacute;tait en rien pr&eacute;destin&eacute; &agrave; devenir vous&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\tLe d&eacute;terminant g&eacute;n&eacute;tique donne un &ecirc;tre humain. Mais pour donner telle personne r&eacute;elle, il faut toute la condition humaine, la m&eacute;moire, la culture, l&#39;histoire.&nbsp;La moindre variation de l&#39;environnement modifie l&#39;expression des g&egrave;nes.&nbsp;Mieux&nbsp;: &agrave; l&#39;int&eacute;rieur d&#39;un m&ecirc;me g&egrave;ne, un morceau de g&egrave;ne sert d&#39;environnement &agrave; un autre morceau&nbsp;! Par exemple, vous avez des d&eacute;terminants g&eacute;n&eacute;tiques du diab&egrave;te, mais sans diab&egrave;te, parce qu&#39;une autre partie du m&ecirc;me chromosome du m&ecirc;me bonhomme induit la s&eacute;cr&eacute;tion d&#39;une insuline emp&ecirc;chant l&#39;expression de la maladie. Autrement dit, l&#39;environnement commence dans le g&egrave;ne lui-m&ecirc;me&nbsp;! Nous sommes p&eacute;tris par notre milieu autant que par nos g&egrave;nes. Je crois ainsi que&nbsp;la distinction g&egrave;ne\/environnement &#8211; c&#39;est-&agrave;-dire inn&eacute;\/acquis &#8211; est purement id&eacute;ologique et pas du tout scientifique.&nbsp;Le g&egrave;ne est aussi vital que l&#39;environnement, ils sont ins&eacute;parables. Nous sommes d&eacute;termin&eacute;s &agrave; 100 % par nos g&egrave;nes et &agrave; 100% par notre environnement. Scientifiquement, je dois dire que cela redonne du poids &agrave; la th&eacute;orie de Lamarck, jadis pourfendue par Darwin&nbsp;: il n&#39;est pas forc&eacute;ment faux de dire que les girafes naissent avec un long cou parce que leurs anc&ecirc;tres ont beaucoup tir&eacute; dessus pour manger en hauteur&nbsp;&#8211; alors que l&#39;auteur de&nbsp;L&#39;&eacute;volution des esp&egrave;ces&nbsp;n&#39;y voyait que le fruit d&#39;un hasard &eacute;cologiquement favorable&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tL&agrave; o&ugrave; Darwin continue d&#39;avoir brillamment raison, c&#39;est quand il dit que&nbsp;les esp&egrave;ces disparaissent par leur point fort.&nbsp;Les &eacute;lans du Canada r&eacute;ussissaient &agrave; se prot&eacute;ger, gr&acirc;ce &agrave; leurs formidables bois, lourds et tranchants, qui &eacute;ventraient les loups d&#39;un simple geste de la t&ecirc;te. Mais les bois sont devenus de plus en plus&nbsp;lourds, &agrave; tel point que les grands m&acirc;les ne sont m&ecirc;me plus parvenus &agrave; se redresser&#8230; et les loups en ont profit&eacute; pour apprendre &agrave; les &eacute;gorger&nbsp;! Le point fort de l&#39;humanit&eacute;, par lequel nous sommes clairement menac&eacute;s de dispara&icirc;tre, c&#39;est notre intelligence technologique, d&eacute;sormais si puissante qu&#39;elle modifie la biosph&egrave;re&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tN. C.&nbsp;:&nbsp;Ce qui, si l&#39;on fait preuve d&#39;empathie, nous plonge dans la d&eacute;prime. N&#39;est-ce pas pour cela, par sentiment d&#39;impuissance, que tant de gens prennent des antid&eacute;presseurs&nbsp;? &Agrave; ce propos, pourquoi selon vous les Fran&ccedil;ais en consomment-ils tant&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Actuellement, le plus grand consommateur est l&#39;Iran. Mais il faut se m&eacute;fier de ces comparaisons, culturellement biais&eacute;es, car chaque pays g&egrave;re la d&eacute;pression &agrave; sa mani&egrave;re. Les gens se suicident, somatisent, consomment de la fausse m&eacute;decine, passent de faux examens, parce que le probl&egrave;me n&#39;est pas pos&eacute;. Il est clair que&nbsp;l&#39;on compense par la chimie une d&eacute;faillance culturelle.&nbsp;On prend des mol&eacute;cules pour se sentir moins mal, alors que normalement, c&#39;est la relation humaine qui devrait jouer ce r&ocirc;le.&nbsp;Relation familiale, amicale, villageoise, professionnelle, confessionnelle, politique, artistique&#8230; peu importe. Si nous vivions comme jadis dans des structures affectives, nous n&#39;aurions que rarement besoin de psychotropes et d&#39;antid&eacute;presseurs. Mais notre culture a d&eacute;truit &ccedil;a.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tPour bien se porter, il faut&nbsp;participer &agrave; la vie sociale.&nbsp;Je suis convaincu que c&#39;est fondamental. Ici, dans le Var, il y a beaucoup de retrait&eacute;s espagnols, ex-r&eacute;fugi&eacute;s, r&eacute;publicains comme franquistes. Ils prennent des antid&eacute;presseurs, comme tout le monde. Mais d&egrave;s qu&#39;ils vont voir leurs familles en Espagne, ils arr&ecirc;tent d&#39;en prendre. Pourquoi&nbsp;? Parce qu&#39;il y a l&agrave;-bas une vie sociale beaucoup plus intense que chez nous, avec notamment des f&ecirc;tes incessantes. Quand vous &ecirc;tes tout le temps en cuisine, en train de vous maquiller ou de vous entra&icirc;ner pour le l&acirc;cher de taureaux, vous vous couchez &agrave; trois heures du matin, et vous n&#39;avez plus besoin de psychotropes. Mais d&egrave;s qu&#39;ils reviennent ici, hop&nbsp;! ils reprennent des psychotropes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<strong>N. C.&nbsp;:&nbsp;Pourquoi certains pays, la France en particulier, ont-ils une vitalit&eacute; locale si molle&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tB. C.&nbsp;:&nbsp;Norman Sartorius, l&#39;un des directeurs de l&#39;OMS avec qui j&#39;ai travaill&eacute;, a dirig&eacute; un &eacute;norme travail sur ce th&egrave;me dans plusieurs pays. Sa conclusion est tragique&nbsp;:&nbsp;plus la solidarit&eacute; est administrative(s&eacute;curit&eacute; sociale, RMI, indemnit&eacute;s de ch&ocirc;mage, etc),&nbsp;moins elle est affective et moins elle joue son r&ocirc;le de tranquillisant naturel,&nbsp;qui est la base du sentiment de s&eacute;curit&eacute;. &laquo;&nbsp;Je te connais&nbsp;; quand je suis avec toi, on se raconte des histoires qui nous s&eacute;curisent&nbsp;; tu as de l&#39;exp&eacute;rience, je te fais confiance&nbsp;; tu auras des solutions, parce que je t&#39;attribue un pouvoir.&nbsp;&raquo; C&#39;est incontestable&nbsp;: plus la solidarit&eacute; est administrative, plus le d&eacute;sert affectif se d&eacute;veloppe.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\tSi nous ajoutons &agrave; &ccedil;a le fait que l&#39;am&eacute;lioration de la technologie s&#39;accompagne partout d&#39;une augmentation de l&#39;isolement, de l&#39;angoisse et des d&eacute;pressions, nous nous retrouvons avec un joli casse-t&ecirc;te. Parce que, bien s&ucirc;r, il n&#39;est pas question d&#39;arr&ecirc;ter le progr&egrave;s technologique, ni celui des syst&egrave;mes sociaux de solidarit&eacute;. C&#39;est donc &agrave; chacun de savoir augmenter la communication affective dans sa vie &#8211; prendre le temps de cuisiner lentement, de recevoir des amis, de rire en faisant les andouilles&#8230;&nbsp;Il faut multiplier les rituels de rencontres,&nbsp;les f&ecirc;tes de quartiers, les retrouvailles de toutes sortes, les chorales, les associations de p&eacute;tanque, les tables d&#39;h&ocirc;te&#8230; D&egrave;s que vous rencontrez des gens et que vous buvez un verre avec eux, vos fantasmes agressifs baissent. &Ccedil;a ne r&egrave;gle pas tout, mais vous mettez en place un rituel d&#39;interactions affectives qui a un grand effet tranquillisant. C&#39;est juste vital pour l&#39;humanit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\tA lire<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t&#8211;&nbsp;De chair et d&#39;&acirc;me, Boris Cyrulnik, &eacute;d. Odile Jacob.<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t\t&#8211; La fabuleuse aventure des hommes et des animaux, Boris Cyrulnik, Karine lou Matigon. &eacute;d. Le Ch&ecirc;ne.<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t\t&#8211; Les nourritures affectives, Boris Cyrulnik. &eacute;d. Odile Jacob.<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t\t&#8211;&nbsp;Le murmure des fant&ocirc;mes, Boris cyrulnik. &eacute;d. Odile Jacob.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<a href=\"http:\/\/www.cles.com\/debats-entretiens\/article\/pour-etre-heureux-il-faut-avoir-souffert#.V5m1WKAe2vm.facebook\" style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Source<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/article>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Boris Cyrulnik :&nbsp;Pour &ecirc;tre heureux, il faut avoir souffert par Patrice van Eersel et Marc de Smedt &nbsp; &nbsp; Le bonheur et le malheur ne s&#39;opposent pas, mais se compl&egrave;tent comme le jour et la nuit. L&#39;inverse de leur indissociable couplage est la mort affective, l&#39;indiff&eacute;rence. 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