{"id":13299,"date":"2016-08-08T00:26:39","date_gmt":"2016-08-08T00:26:39","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13299"},"modified":"2016-08-07T19:29:40","modified_gmt":"2016-08-07T19:29:40","slug":"massada-le-sang-du-desert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/massada-le-sang-du-desert\/","title":{"rendered":"Massada, le sang du d\u00e9sert"},"content":{"rendered":"<div>\n<header>\n<p>\n\t\tMassada, le sang du d&eacute;sert<\/p>\n<p>\n\t\tPar&nbsp;Romain MEYNIER<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/header>\n<\/div>\n<div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t\tMajestueuse, n&eacute;e de la rudesse des lieux et de celle des hommes, la forteresse de Massada raconte de ruines en ruines une histoire contest&eacute;e du peuple juif. Surplombant d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; le d&eacute;sert de Jud&eacute;e, de l&rsquo;autre la mer Morte et son eau trop sal&eacute;e, huileuse, acide, la forteresse de Massada est &agrave; l&rsquo;image de la Terre sainte. Majestueuse et tragique, belle comme cette terre rude et nue, riche d&rsquo;un pass&eacute; peut-&ecirc;tre trop lourd &agrave; porter, qui trouve encore trop d&rsquo;&eacute;chos des mill&eacute;naires apr&egrave;s.<\/p>\n<p>\n\t\t\tVu d&rsquo;en bas, rien ne distingue aujourd&rsquo;hui de ses montagnes soeurs celle qui fut jadis couronn&eacute;e d&rsquo;une immense forteresse. Toutes ne sont qu&rsquo;ocre, sable et rocaille. Il faut parcourir plusieurs kilom&egrave;tres pour rejoindre la premi&egrave;re oasis, Ein Gedi, ses cascades et ses jardins luxuriants.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Suspendue entre guerre et paix<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tPourtant, il y a longtemps, bien longtemps, en 43 avant J.-C., H&eacute;rode le Grand, roi de Jud&eacute;e, b&acirc;tisseur du temple dont il ne reste qu&rsquo;un mur, s&rsquo;empara de ce plateau perdu et fortifi&eacute; par d&rsquo;autres quelques dizaines d&rsquo;ann&eacute;es plus t&ocirc;t. Comme tous les grands rois, H&eacute;rode avait peur, peur de l&rsquo;ennemi ext&eacute;rieur, des voisins &eacute;gyptiens ; peur d&rsquo;une r&eacute;bellion chez lui, aussi. Alors, &agrave; Massada, Metzuda &#8211; le &laquo;bastion&raquo;, en h&eacute;breu -, il fit b&acirc;tir un palais somptueux qui serait son refuge. Il y fit amasser des armes, &laquo;assez pour &eacute;quiper 10000 soldats&raquo;, rapporte l&rsquo;historien antique Flavius Jos&egrave;phe dans sa Guerre des Juifs. Il ordonna qu&rsquo;on creuse des citernes, immenses, et des canaux pour les relier entre elles. Ainsi, sur cette terre aride o&ugrave;, m&ecirc;me en pleine saison des pluies, les rares &eacute;pineux peinent &agrave; tacher de vert l&rsquo;ocre du d&eacute;sert, H&eacute;rode n&rsquo;aurait plus soif. Il aurait m&ecirc;me des bains, des thermes &agrave; la romaine. A l&rsquo;abri des hauts murs, il fit construire d&rsquo;immenses entrep&ocirc;ts bien compartiment&eacute;s o&ugrave; il stockerait du grain (on vient d&#39;en retrouver en ce d&eacute;but juillet 2016,&nbsp;<a href=\"http:\/\/fr.timesofisrael.com\/6-000-ans-mais-presque-fraiches-les-graines-de-massada-revelent-lorigine-de-lorge\/\">lire l&#39;article<\/a>), de l&rsquo;huile, du vin, des c&eacute;r&eacute;ales et des dattes. Alors, au coeur d&rsquo;une terre s&egrave;che, d&rsquo;une terre de poussi&egrave;re o&ugrave;, loin des oasis et sans goutte-&agrave;-goutte, aucune plante ne pousse, le roi n&rsquo;aurait plus faim. Enfin, &agrave; flanc de montagne, H&eacute;rode accrocha son palais. Des mosa&iuml;ques, des colonnes soutenant trois terrasses qui embrassaient d&rsquo;un seul regard les vagues du d&eacute;sert et celles de la mer Morte. Et puis H&eacute;rode mourut, sans jamais avoir eu &agrave; utiliser son merveilleux refuge.<\/p>\n<p>\n\t\t\tMais si l&rsquo;un meurt en paix, en Terre sainte, la guerre n&rsquo;est jamais loin. Parfois, magnanime, elle se pla&icirc;t &agrave; sauter quelques g&eacute;n&eacute;rations. Mais finalement, toujours, elle revient.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe bastion d&rsquo;H&eacute;rode, ce sont les Z&eacute;lotes, un groupe de Juifs extr&eacute;mistes, qui vont s&rsquo;y r&eacute;fugier. En 66 apr&egrave;s J.-C., les Juifs de Palestine se soul&egrave;vent contre l&rsquo;empire romain. Les Z&eacute;lotes prennent Massada, y accueillent les rebelles en fuite. Ils divisent le palais pour pouvoir tous s&rsquo;y loger, r&eacute;am&eacute;nagent les bains pour qu&rsquo;ils r&eacute;pondent aux crit&egrave;res les plus strictes de leur rite. Quatre ans plus tard, &agrave; J&eacute;rusalem, la r&eacute;volte est &eacute;cras&eacute;e. Les l&eacute;gions se tournent vers le fortin et d&eacute;butent un si&egrave;ge qui durera des mois. La pente est abrupte, alors pour atteindre les murs, 300 m&egrave;tres plus hauts, les Romains font construire une rampe par leurs esclaves h&eacute;breux, certains que les Z&eacute;lotes ne les attaqueront pas. Ils atteignent les remparts et tentent, une premi&egrave;re fois sans succ&egrave;s, de les enflammer. Qu&rsquo;importe, une br&egrave;che sera bient&ocirc;t ouverte, le temps des Z&eacute;lotes est compt&eacute;. Dans la forteresse, ils sont 963 hommes, femmes et enfants. A en croire Flavius Jos&egrave;phe, plut&ocirc;t que de se rendre, ils vont tout br&ucirc;ler&nbsp;: leurs maisons, les r&eacute;serves conserv&eacute;es dans les entrep&ocirc;ts qu&rsquo;avait imagin&eacute;s H&eacute;rode. Puis ils vont se diviser par groupe de dix et, dans chaque groupe, un Z&eacute;lote va tuer tous ses compagnons et ainsi de suite, jusqu&rsquo;au dernier. Quand les Romains p&eacute;n&egrave;trent dans Massada, ils ne trouvent que deux femmes et cinq enfants, cach&eacute;s dans une citerne ; les seuls rescap&eacute;s du suicide collectif. Les Z&eacute;lotes sont morts, et avec eux la Palestine juive.<\/p>\n<p>\n\t\t\tAujourd&rsquo;hui, au pied de la forteresse, un vaste h&ocirc;tel a remplac&eacute; le camp des l&eacute;gions de Rome. Seuls les touristes montent encore &agrave; l&rsquo;assaut du plateau d&eacute;sertique, pr&eacute;f&eacute;rant &agrave; la rampe romaine un t&eacute;l&eacute;ph&eacute;rique pour atteindre les ruines poussi&eacute;reuses du sommet. Quelques-uns tentent de gravir la montagne &agrave; pied, par l&rsquo;abrupt sentier du Serpent et ses 700 marches, qui rappellent &agrave; ceux qui en douteraient encore que Massada ne se laisse pas ais&eacute;ment prendre.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Des corbeaux pour habitants<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tEn haut, le palais est d&eacute;truit, les citernes sont vides, r&eacute;sonnant seulement de l&rsquo;&eacute;cho des voix des visiteurs. Ne reste que des fragments, class&eacute;s par l&rsquo;Unesco, qui se drapent de jaune ou d&rsquo;orang&eacute; selon l&rsquo;humeur du ciel. Sur le long plateau, il ne reste, des entrep&ocirc;ts immenses, des casemates des soldats, des bicoques des Z&eacute;lotes et des pi&egrave;ces somptueuses, que les murets qui en marquent le d&eacute;tour, parfois remont&eacute;s d&rsquo;une ou deux rang&eacute;es de pierres pour bien distinguer l&rsquo;ensemble, ajout contemporain s&eacute;par&eacute; des ruines originelles par une large ligne noire. De ci, de l&agrave;, on a mont&eacute; des caillebotis pour que les touristes s&rsquo;extraient quelques minutes du soleil br&ucirc;lant. Seuls les bains et, au sommet, la tour de garde ont encore leur plafond. Sur le site de l&rsquo;ancien palais ne se dresse qu&rsquo;une rang&eacute;e de colonnes, qui ne soutiennent plus rien, encore peintes de couleurs chatoyantes. Quelques fresques, quelques mosa&iuml;ques se laissent contempler au hasard de ce qui fut les ruelles de cet immense bastion. Pour habitants, on ne compte plus que des nu&eacute;es de corbeaux.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;Pourtant, au petit matin, quand le soleil se l&egrave;ve derri&egrave;re les montagnes de Jordanie, enflammant la mer Morte puis les murs du bastion, on trouve parfois encore des soldats &agrave; Massada. Ce sont ceux de Tsahal qui, venant d&rsquo;achever leurs classes, viennent pr&ecirc;ter serment que non&nbsp;:&laquo;Massada ne tombera pas une nouvelle fois.&raquo;&nbsp;Puis suivent les &eacute;coliers isra&eacute;liens, toujours accompagn&eacute;s d&rsquo;un ou deux parents d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves arm&eacute;s, qui effectuent une visite qui &eacute;tait encore il y a peu obligatoire. Jusqu&rsquo;&agrave; ce que certaines voix questionnent la v&eacute;racit&eacute; de la version historique rapport&eacute;e par Flavius Jos&egrave;phe, et, au-del&agrave;, la pertinence d&rsquo;un suicide collectif comme morale nationale. Indiff&eacute;rents aux pol&eacute;miques, les corbeaux viennent se jucher quelques instants sur les vieilles colonnes du palais d&rsquo;H&eacute;rode. Deux mille ans apr&egrave;s, entre d&eacute;sert et mer Morte, la vue n&rsquo;a pas chang&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/auteur\/10793-romain-meynier\" itemprop=\"name\">Romain MEYNIER<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Massada, le sang du d&eacute;sert Par&nbsp;Romain MEYNIER &nbsp; &nbsp; Majestueuse, n&eacute;e de la rudesse des lieux et de celle des hommes, la forteresse de Massada raconte de ruines en ruines une histoire contest&eacute;e du peuple juif. 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