{"id":13319,"date":"2016-08-09T23:28:38","date_gmt":"2016-08-09T23:28:38","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13319"},"modified":"2016-08-09T23:28:38","modified_gmt":"2016-08-09T23:28:38","slug":"albert-memmi-un-regard-biographique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/albert-memmi-un-regard-biographique\/","title":{"rendered":"Albert Memmi \u2013 un regard biographique"},"content":{"rendered":"<p>\n\tAlbert Memmi &ndash; un regard biographique<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\tUn regard biographique sur Albert Memmi, c&rsquo;est &eacute;videmment un regard personnel &agrave; travers certaines &eacute;tapes de sa vie et de son &oelig;uvre, pour tenter de cerner sa personnalit&eacute; et sa riche exp&eacute;rience. Voil&agrave; bient&ocirc;t pr&egrave;s d&rsquo;un si&egrave;cle qu&rsquo;Albert Memmi, un des grands &eacute;crivains francophones du 20&egrave;me&nbsp;si&egrave;cle, est n&eacute; &agrave; Tunis, en 1920, dans une famille et un milieu dont les composantes seront un facteur important dans son &oelig;uvre ainsi que dans &eacute;volution personnelle et intellectuelle. Son p&egrave;re Fran&ccedil;ois &eacute;tait bourrelier, install&eacute; &agrave; la lisi&egrave;re du ghetto juif de Tunis, la Hara. Ce lieu n&rsquo;&eacute;tait pas le fruit du hasard, mais plut&ocirc;t celui d&rsquo;attaches communautaires et d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts commerciaux. Les licols que fabriquait Fran&ccedil;ois avec son ouvrier italien Peppino, &eacute;taient vendus &agrave; des cochers maltais ou &agrave; des charretiers de Gab&egrave;s. Son &eacute;pouse &eacute;tait une Berb&egrave;re de pure souche qui ne parlait que le jud&eacute;o-arabe; quant &agrave; Fran&ccedil;ois, il pratiquait l&rsquo;arabe, le maltais et l&rsquo;italien et il poss&eacute;dait &eacute;galement quelques notions de fran&ccedil;ais. Les odeurs du cuir, les artisans juifs et arabes, les traditions familiales ainsi que le milieu linguistique seront pour Memmi tant une source d&rsquo;inspiration que des sujets &agrave; r&eacute;flexion.<\/p>\n<p>\n\t\tAlbert &eacute;tudiera au&nbsp;Koutab&nbsp;(&eacute;cole juive) o&ugrave; il apprendra aussi le fran&ccedil;ais, qui deviendra sa langue d&rsquo;&eacute;criture. El&egrave;ve brillant, il parvint &agrave; d&eacute;crocher une bourse qui lui ouvrira les portes du lyc&eacute;e. Cet &eacute;v&egrave;nement, dira Memmi,&nbsp;&laquo;&nbsp;sera l&rsquo;&eacute;v&egrave;nement majeur de ma vie&nbsp;&raquo;,&nbsp;puisque le voil&agrave; en possession de la cl&eacute; qui l&rsquo;aidera dans la maitrise de la langue fran&ccedil;aise, l&rsquo;instrument essentiel de son p&eacute;riple d&rsquo;intellectuel et d&rsquo;&eacute;crivain fran&ccedil;ais.<br \/>\n\t\tIl adh&eacute;ra au mouvement de jeunesse sioniste&nbsp;Hachomer Hatsair&nbsp;dont la finalit&eacute; &eacute;tait d&rsquo;aller vivre au&nbsp;<a href=\"http:\/\/kefisrael.com\/2010\/09\/20\/100-ans-de-kibboutz\/#.UontyWQpYZc\">kibboutz<\/a>. Or Memmi voulait &eacute;crire des livres et devenir un grand philosophe, m&ecirc;me si dit-il&nbsp;&laquo;&nbsp;j&rsquo;en ai rabattu depuis&nbsp;&raquo;. Il va donc &eacute;tudier la philosophie &agrave; Paris et c&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;il rencontre le chef du D&eacute;partement de Fran&ccedil;ais de l&rsquo;Universit&eacute; H&eacute;bra&iuml;que de J&eacute;rusalem, Monsieur Duff, lequel &eacute;tait venu en France pour constituer une &eacute;quipe de Juifs universitaires, charg&eacute;s d&rsquo;enseigner &agrave;&nbsp;<a href=\"http:\/\/kefisrael.com\/2013\/08\/26\/jerusalem-le-film\/#.UonuFGQpYZc\">J&eacute;rusalem<\/a>&nbsp;la langue et la litt&eacute;rature fran&ccedil;aises; Memmi me racontera que le projet l&rsquo;int&eacute;ressait vraiment mais il ajoutera aussi combien il &eacute;tait difficile de changer de langue pour &eacute;crire. Il pensait qu&rsquo;enseigner et continuer &agrave; &eacute;crire en fran&ccedil;ais &agrave; J&eacute;rusalem &laquo;&nbsp;pouvaient concilier ces deux tendances contradictoires en moi&hellip;.. Monsieur Duff me demanda si j&rsquo;&eacute;tais sioniste, je dis que oui; la conversation glissa sur le c&ocirc;t&eacute; social et brusquement il se r&eacute;v&eacute;la anti-Hachomer Hatsair et anti-d&eacute;mocratique. Je m&rsquo;&eacute;nerve, je lui r&eacute;ponds, il s&rsquo;&eacute;nerve aussi et voil&agrave; mon engagement par terre&hellip;. J&rsquo;ai rat&eacute; une des meilleures occasions de ma carri&egrave;re et m&ecirc;me de ma vie&nbsp;&raquo;.&nbsp;Avec le recul, on peut dire que l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l a perdu un nouvel immigrant de qualit&eacute; et que le monde litt&eacute;raire a gagn&eacute; un grand &eacute;crivain.<br \/>\n\t\tA Paris, il &eacute;pousa Germaine, une Lorraine, catholique, agr&eacute;g&eacute;e d&rsquo;Allemand et retourna &agrave; Tunis avec elle pour enseigner la philosophie. Le choc des cultures s&rsquo;impose &ndash; Germaine doit se fondre dans un milieu partag&eacute; entre juda&iuml;sme et islam; nous avons l&agrave; la trame de son second roman&nbsp;Agar, dont le pivot sera le mariage mixte.<\/p>\n<p>\n\t\tSon premier roman&nbsp;La statue de Sel&nbsp;est d&eacute;j&agrave; en gestation et Jean Paul Sartre le publiera, par &eacute;pisodes dans&nbsp;Les Temps modernes. Ce premier roman est en fait comme la matrice de toute l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Albert Memmi. En r&eacute;alit&eacute;, il a d&eacute;j&agrave; d&eacute;cid&eacute; de prendre sa vie comme exemple et d&rsquo;en faire les sujets de ses ouvrages et de sa r&eacute;flexion.<\/p>\n<p>\n\t\tQuand&nbsp;La statue de Sel&nbsp;paraitra &agrave; Tunis, les r&eacute;actions furent des plus mitig&eacute;es; en effet, quelle communaut&eacute; aimerait que l&rsquo;on porte sur elle un regard acerbe et critique de la part d&rsquo;un de ses fils? Memmi n&rsquo;avait, tout compte fait, que dispos&eacute; un miroir, implacable certes, mais fid&egrave;le. Avec le temps, ce sera un des livres majeurs dans l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Albert Memmi, ainsi que sa carte d&rsquo;identit&eacute;; ces lignes si claires et si transparentes dans le roman en sont l&rsquo;expression la plus sinc&egrave;re:<br \/>\n\t\tDescendrais-je d&rsquo;une tribu berb&egrave;re que les Berb&egrave;res ne me reconnaitraient pas, car je suis Juif et non Musulman, citadin et non montagnard; porterais-je le nom exact du peintre que les Italiens ne m&rsquo;accueilleraient pas, car je suis Africain et non Europ&eacute;en. Toujours je me retrouverai Mordekha&iuml;, Alexandre B&eacute;nillouche, indig&egrave;ne dans un pays de&nbsp;colonisation, Juif dans un univers antis&eacute;mite, Africain dans un monde o&ugrave; triomphe l&rsquo;Europe.<br \/>\n\t\tEcrire cela &ndash; quand on a &agrave; peine 30 ans et quand la d&eacute;colonisation en est &agrave; ses premiers balbutiements &ndash; c&rsquo;est malgr&eacute; tout faire preuve d&rsquo;une grande lucidit&eacute; et d&rsquo;un d&eacute;sir profond de se d&eacute;finir et de comprendre la colonisation et la condition du colonis&eacute;, qui seront le th&egrave;me de son troisi&egrave;me ouvrage,&nbsp;Portrait du colonis&eacute;, pr&eacute;fac&eacute; par Jean Paul Sartre, traduit dans plusieurs dizaines de langues, dont l&rsquo;h&eacute;breu, aux Editions Carmel. Rappelons qu&rsquo;au m&ecirc;me moment parurent trois ouvrages qui servirent de livre de chevet &agrave; tous les combattants pour l&rsquo;ind&eacute;pendance &ndash;&nbsp;Peaux noires, masques blancs&nbsp;de Frantz Fanon,Discours sur le colonialisme&nbsp;d&rsquo;Aim&eacute; C&eacute;saire et&nbsp;Le Portrait du colonis&eacute;&nbsp;d&rsquo;Albert Memmi. Le sujet &eacute;tait dans l&rsquo;air et Sartre ajoutera que l&rsquo;ouvrage de Memmi&laquo;&nbsp;&eacute;tait une g&eacute;om&eacute;trie passionn&eacute;e&nbsp;&raquo;&nbsp;dans laquelle rien n&rsquo;&eacute;tait laiss&eacute; au hasard et toutes les cartes &eacute;taient mises au grand jour avec fougue. Ind&eacute;niablement cet ouvrage fait date dans l&rsquo;histoire de la sociologie de la colonisation, puisque Memmi y analyse avec rigueur les rapports qui, dans un duo &eacute;tonnant, unissent le colonisateur au colonis&eacute;, imposant &agrave; chacun attitudes et r&eacute;actions.<\/p>\n<p>\n\t\tLors de mes nombreuses visites chez Memmi, dans son antre parisienne de la rue Saint Merri, entre la Seine et le Centre Pompidou, et d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;on peut voir les toits de Paris,&nbsp; je d&eacute;couvris dans ce coquet bureau de travail, deux objets qui m&rsquo;interpel&egrave;rent &ndash; l&rsquo;un, un bout de parchemin de&nbsp;Sefer Thora&nbsp;jauni, l&rsquo;autre, une m&eacute;daille. L&rsquo;histoire qui se cache derri&egrave;re ces deux objets, gard&eacute;s pr&eacute;cieusement par l&rsquo;&eacute;crivain, nous &eacute;claire tant sur la personnalit&eacute; de Memmi que sur les sujets qui lui tenaient &agrave; c&oelig;ur. En effet, le p&egrave;re de Memmi &ndash; bourrelier rappelons-le &ndash; re&ccedil;ut un jour de l&rsquo;ann&eacute;e 1943,&nbsp; &lsquo;la visite&rsquo; d&rsquo;un officier nazi &ndash; c&rsquo;&eacute;tait pendant les &laquo;&nbsp;six mois sous la botte&nbsp;&raquo; que connut la Tunisie &ndash; lequel, sous la menace d&rsquo;un r&eacute;volver, lui tendit un&nbsp;Sefer Thora&nbsp;et l&rsquo;obligea &agrave; y tailler un sac pour sa femme. Albert Memmi gardait ce qu&rsquo;il en restait, en souvenir de son p&egrave;re mais aussi en souvenir des travaux obligatoires qu&rsquo;il d&ucirc;t accomplir, dans un des camps de travail &eacute;tablis par les occupants allemands en Tunisie. Cette pi&egrave;ce se trouve aujourd&rsquo;hui au Mus&eacute;e de&nbsp;<a href=\"http:\/\/kefisrael.com\/tag\/yad-vashem\/\">Yad Vachem<\/a>, &agrave; J&eacute;rusalem, apr&egrave;s que je le convainquis que c&rsquo;&eacute;tait sa place naturelle.<\/p>\n<p>\n\t\tPour ce qui est de la &lsquo;m&eacute;daille&rsquo;, l&rsquo;histoire est aussi tr&egrave;s int&eacute;ressante et nous laisserons parler Memmi lui-m&ecirc;me: &laquo;&nbsp;un jour, amassant des mat&eacute;riaux pour un roman familial &ndash;&nbsp;Le Scorpion&nbsp;&ndash; je re&ccedil;us un message du conservateur de la Grande Biblioth&egrave;que de Tunis&hellip; il me remit un minuscule paquet que j&rsquo;ouvris aussit&ocirc;t; il contenait justement cette petite et fort jolie m&eacute;daille, qu&rsquo;il avait trouv&eacute;e lui-m&ecirc;me dans les ruines de Carthage. C&ocirc;t&eacute; face, j&rsquo;y vis, en relief, une t&ecirc;te de Numide, couronn&eacute;e de lauriers; c&ocirc;t&eacute; pile, deux cavaliers, &eacute;galement couronn&eacute;s, tenant chacun les brides de son cheval; sous les cavaliers, cette inscription extraordinaire, fort visible: L. Memmi. Stupeur! Vertige! Ainsi le pass&eacute; de la famille, celui de la communaut&eacute;, dont je recherchais les jalons dans les archives des comptoirs coloniaux, reculait prodigieusement: deux mill&eacute;naires ! Donc nous f&ucirc;mes au Maghreb, avant les Chr&eacute;tiens et bien avant&nbsp; les Arabo-Musulmans; le monoth&eacute;isme juif a pr&eacute;par&eacute; les gens au christianisme et &agrave; l&rsquo;islam.&nbsp;&raquo;&nbsp;Dans une certaine mesure, cette histoire sera l&rsquo;un des jalons de son roman historique &ndash;&nbsp;Le Pharaon&nbsp;&ndash;&nbsp;qui raconte l&rsquo;histoire de l&rsquo;ind&eacute;pendance de la Tunisie et la place que certains Juifs y ont tenue.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s avoir tent&eacute; l&rsquo;exp&eacute;rience tunisienne, Memmi quittera la Tunisie pour Paris, car &ndash; il avouera lui-m&ecirc;me &ndash;&nbsp;&laquo;&nbsp;j&rsquo;ai aid&eacute; les nationalistes en sachant que je n&rsquo;aurai pas ma place dans cette aventure&nbsp;&raquo;. Tunisien certes, mais Juif, ses chances de s&rsquo;int&eacute;grer dans une nation nouvelle &eacute;taient pratiquement nulles. Ses aspirations intellectuelles ainsi que son profond d&eacute;sir de faire une carri&egrave;re litt&eacute;raire lui feront choisir la France, ce pays o&ugrave; il continuera aussi de s&rsquo;interroger sur sa condition de Juif. C&rsquo;est ainsi que quelques ann&eacute;es plus tard, il publiera&nbsp;Portrait d&rsquo;un Juif,un ouvrage o&ugrave; la condition juive est d&eacute;crite comme un malaise, et o&ugrave; la prise de conscience et l&rsquo;analyse qu&rsquo;il en fait sont d&rsquo;un rigorisme que Memmi reconnait comme n&eacute;cessaire, puisqu&rsquo;il n&rsquo;avait pas pour dessein de tracer seulement un autoportrait. En fait, dans ce livre &ndash; que d&rsquo;aucuns consid&egrave;reront comme pessimiste &ndash; il utilisera la m&ecirc;me d&eacute;marche d&rsquo;analyse que l&rsquo;on avait rencontr&eacute;e dans&nbsp;Portrait d&rsquo;un colonis&eacute;:&nbsp;les deux &ndash; le Juif et le colonis&eacute; &ndash; sont des opprim&eacute;s et comme il le dira si clairement&nbsp;&laquo;&nbsp;si je me crois diff&eacute;rent? Oui je le crois: sur de tr&egrave;s nombreux points, le Juif est diff&eacute;rent du non-Juif&hellip;..Je ne vois m&ecirc;me plus pourquoi je chercherai &agrave; l&rsquo;att&eacute;nuer (la diff&eacute;rence) comme je me suis efforc&eacute; si longtemps de le faire. Je suis au contraire persuad&eacute; aujourd&rsquo;hui que cette h&eacute;sitation, ces r&eacute;ticences inqui&egrave;tes &agrave; propos d&rsquo;une telle &eacute;vidence sont l&rsquo;un des signes de l&rsquo;oppression juive&hellip; dans la bouche d&rsquo;un opprim&eacute;, l&rsquo;affirmation de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; et de la fraternit&eacute; d&eacute;j&agrave; r&eacute;alis&eacute;e a toujours ce m&ecirc;me ton d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;, humble et non convaincu&nbsp;&raquo;. A la parution de ce livre, certains critiques l&rsquo;ont compar&eacute; au livret Auto-&eacute;mancipation du grand penseur sioniste L&eacute;o Pinsker, publi&eacute; en 1882; si pour Pinsker, l&rsquo;antis&eacute;mitisme &eacute;tait une maladie incurable et le Juif devait donc s&rsquo;en lib&eacute;rer, &lsquo;s&rsquo;&eacute;manciper&rsquo; en choisissant la solution nationale, pour Memmi, la condition de Juif est une condition d&rsquo;opprim&eacute; et que l&agrave; aussi la lib&eacute;ration ne peut s&rsquo;op&eacute;rer qu&rsquo;au mode national. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs cette th&egrave;se qu&rsquo;il d&eacute;veloppera dans un autre ouvrage&nbsp;Lib&eacute;ration du Juif.<br \/>\n\t\tUne facette peu connue dans l&rsquo;&oelig;uvre de Memmi, ce sont ses po&egrave;mes dont certains sont rassembl&eacute;s dans&nbsp;Le Mirliton du ciel. Parlant de l&rsquo;acte po&eacute;tique, Memmi dira de mani&egrave;re suggestive&nbsp;&laquo;&nbsp;la po&eacute;sie, c&rsquo;est l&rsquo;amande, le reste, c&rsquo;est du commentaire&nbsp;&raquo;&nbsp;et il est vrai que quand on parcourt ses po&eacute;sies, on retrouve les images et l&rsquo;ambiance o&ugrave; baigna son enfance:<\/p>\n<p>\n\t\tUne poign&eacute;e de sel<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;pour aveugler le mal<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;Un morceau de charbon<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;contre les regards noirs &hellip;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEt sur le parchemin&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tles sept b&eacute;n&eacute;dictions&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;Tu peux partir en paix<\/p>\n<p>\n\t\tTe voil&agrave; prot&eacute;g&eacute;<\/p>\n<p>\n\t\tMais reviens au plus vite<\/p>\n<p>\n\t\tPour que vive ta m&egrave;re<\/p>\n<p>\n\t\tOu encore les dialogues m&eacute;taphysiques qu&rsquo;il entame dans&nbsp;Pourquoi le Seigneur Dieu n&rsquo;aurait pas un adjoint.&nbsp;Arriv&eacute; sur le tard &agrave; la po&eacute;sie, Memmi a su aller jusqu&rsquo;au fond de ses &eacute;motions &ndash; fort maitris&eacute;es toutefois &ndash; et, comme il le dit lui-m&ecirc;me&nbsp;&laquo;&nbsp;l&rsquo;acte po&eacute;tique est l&rsquo;acte litt&eacute;raire r&eacute;duit &agrave; l&rsquo;essentiel, au sens o&ugrave; l&rsquo;on dit d&rsquo;un bouillon qu&rsquo;il est r&eacute;duit, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;on en prend le meilleur, par &eacute;vaporation et condensation&nbsp;&raquo;.&nbsp;Quel d&eacute;lice!<\/p>\n<p>\n\t\tEn 2003, conscient&nbsp; que le temps lui est d&eacute;sormais mesur&eacute;, Memmi publie un livre-bilan,&nbsp;Le Nomade immobile&nbsp;qui apparait comme la clef de vo&ucirc;te des quelques trente ouvrages qu&rsquo;il a &eacute;crits. Ce livre est d&rsquo;abord le r&eacute;cit d&rsquo;une vie, celle de l&rsquo;auteur, mais constamment accompagn&eacute;e des le&ccedil;ons qu&rsquo;il a cru pouvoir en tirer, pour vivre au mieux. Albert Memmi en est convaincu &ndash; d&eacute;couvrir comment vivre, tel est le but implicite ou explicite de la plupart des religions et des philosophies. Homme d&rsquo;ouverture, Memmi revendique sa triple appartenance de Juif, Tunisien et Fran&ccedil;ais, et d&rsquo;ailleurs il rapporte cette prise de conscience dans un entretien qu&rsquo;il eut, &agrave; son arriv&eacute;e &agrave; Paris, avec le po&egrave;te Juif, Edmond Fleg, &agrave; qui il confie sa perplexit&eacute; devant son identit&eacute; multiple; la r&eacute;ponse de Fleg ne se fit pas attendre&nbsp;&laquo;&nbsp;Gardez tout, soyez tout cela &agrave; la fois&nbsp;&raquo;.&nbsp; De plus, Memmi s&rsquo;exprime sur les nationalismes arabes; il r&eacute;affirme ses amiti&eacute;s, mais sans complaisance pour le fr&eacute;quent mutisme des intellectuels arabes, leur solidarit&eacute; inconditionnelles. La symbiose entre les Arabes et les Juifs est, &agrave; ses yeux, inesquivable pour les uns et pour les autres; toutefois, affirme-t-il, il est n&eacute;cessaire de d&eacute;sacraliser le conflit isra&eacute;lo-arabe. C&rsquo;est une analyse pr&eacute;monitoire et on peut avancer que Memmi a eu un seul tort, celui d&rsquo;avoir eu raison trop t&ocirc;t.<br \/>\n\t\tNous laisserons &agrave; Albert Memmi le soin de conclure :<br \/>\n\t\tJe souhaite que&nbsp; l&rsquo;on mette sur ma tombe: &lsquo;Il a tent&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre sage et r&eacute;ussi, quelquefois &agrave; &ecirc;tre heureux.&rsquo;<br \/>\n\t\tC&rsquo;est pourquoi j&rsquo;aimerais bien disposer encore de quelques ann&eacute;es pour vivre plus compl&egrave;tement, sans regrets ni remords. Si le bonheur n&rsquo;est jamais qu&rsquo;&agrave; moiti&eacute; atteint, je me serai r&eacute;joui au moins de cette bonne moiti&eacute; de ma vie.<\/p>\n<p>\n\t\t&copy;Claude Sitbon<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Albert Memmi &ndash; un regard biographique &nbsp; &nbsp; &nbsp; Un regard biographique sur Albert Memmi, c&rsquo;est &eacute;videmment un regard personnel &agrave; travers certaines &eacute;tapes de sa vie et de son &oelig;uvre, pour tenter de cerner sa personnalit&eacute; et sa riche exp&eacute;rience. Voil&agrave; bient&ocirc;t pr&egrave;s d&rsquo;un si&egrave;cle qu&rsquo;Albert Memmi, un des grands &eacute;crivains francophones du 20&egrave;me&nbsp;si&egrave;cle,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":20861,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[23,1],"tags":[],"class_list":["post-13319","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13319","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13319"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13319\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20861"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}