{"id":13385,"date":"2016-08-21T17:59:50","date_gmt":"2016-08-21T17:59:50","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13385"},"modified":"2016-08-21T17:59:50","modified_gmt":"2016-08-21T17:59:50","slug":"tunisie-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunisie-aujourdhui\/","title":{"rendered":"Tunisie Aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"<p>\n\tTunisie Aujourd&#39;hui<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tOn met souvent en avant les difficult&eacute;s de la transition d&eacute;mocratique tunisienne, en insistant davantage sur ses difficult&eacute;s ou ses exc&egrave;s que sur les promesses qu&rsquo;elle rec&egrave;le. Les Tunisiens n&rsquo;ont plus le sens de la mesure, ils sont devenus trop nihilistes, trop &laquo;n&eacute;gativistes&raquo; apr&egrave;s un demi- si&egrave;cle de mutisme collectif. Ils voient le mal partout dans leur courte transition. Pourtant, les bienfaits de leur d&eacute;mocratie ne sont pas si invisibles que cela. On est m&ecirc;me tent&eacute; de dire que la d&eacute;mocratie commence &agrave; marcher,m&ecirc;me dans la douleur, cinq ans apr&egrave;s la chute du dictateur.<\/p>\n<p>\n\tLes Tunisiens ont obtenu leur libert&eacute; d&rsquo;expression et de pens&eacute;e depuis la R&eacute;volution. Ils en usent et abusent largement depuis. Ils ont voulu une Constitution d&eacute;mocratique, ils l&rsquo;ont eue, malgr&eacute; ses d&eacute;fauts, qui commencent &agrave; para&icirc;tre, il est vrai, &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve des faits. Ils ont voulu sanctionner les d&eacute;rives d&rsquo;Ennahdha, &eacute;carter les islamistes du pouvoir, ils l&rsquo;ont fait &agrave; travers les pressions de la soci&eacute;t&eacute; civile et par un parti moderniste. Ils l&rsquo;ont fait surtout de mani&egrave;re pacifique, en &eacute;vitant le recours &agrave; la violence. Ils ont eu des &eacute;lections d&eacute;mocratiques, constituantes, l&eacute;gislatives et pr&eacute;sidentielles, tant en 2011 qu&rsquo;en 2014, ils ont respect&eacute; les usages et les proc&eacute;d&eacute;s &eacute;lectoraux ainsi que les r&eacute;sultats des urnes. Face aux blocages et crises politiques, les acteurs politiques et les organisations professionnelles ont r&eacute;ussi &agrave; r&eacute;guler les conflits par le compromis et la transaction, comme pour le processus du dialogue national apr&egrave;s l&rsquo;assassinat de Brahmi en juillet 2013; comme encore apr&egrave;s les &eacute;lections de 2014 par l&rsquo;in&eacute;vitable coalition entre Nida et autres partis la&iuml;cs et les islamistes d&rsquo;Ennahdha; comme aujourd&rsquo;hui enfin avec &laquo;l&rsquo;accord de Carthage&raquo; et l&rsquo;initiative pr&eacute;sidentielle du gouvernement d&rsquo;union nationale. Le compromis est l&rsquo;essence m&ecirc;me de la d&eacute;mocratie. Mieux encore, le parti Ennahdha lui-m&ecirc;me est en train de proc&eacute;der,non sans difficult&eacute;, &agrave; sa mutation vers la &laquo;sp&eacute;cialisation&raquo; politique, impos&eacute;e il est vrai par son leader Ghannouchi. La volont&eacute; de transformation du parti islamiste vers moins de th&eacute;ocratie, et d&rsquo;insertion dans le jeu d&eacute;mocratique existe bel et bien. Les faits sont l&agrave;. Mais, que la chose soit faisable ou pas faisable pour les islamistes, cela, c&rsquo;est une autre histoire que seul l&rsquo;avenir pourra &eacute;crire avec exactitude.<\/p>\n<p>\n\tAujourd&rsquo;hui encore, quoi de plus normal en politique, et en d&eacute;mocratie, qu&rsquo;un chef de gouvernement d&eacute;cide de se plier, non &agrave; la volont&eacute; du chef de l&rsquo;Etat qui l&rsquo;a nomm&eacute;, mais &agrave; la volont&eacute; des &eacute;lecteurs et de leurs repr&eacute;sentants au parlement, comme l&rsquo;exige la Constitution? Quoi de plus d&eacute;mocratique qu&rsquo;un chef de gouvernement en mal de popularit&eacute; d&eacute;cide de poser la question de confiance au parlement? En France, on ne cesse de critiquer le chef du gouvernement Manuel Valls, et m&ecirc;me le pr&eacute;sident Hollande, qui ne veulent pas d&eacute;missionner, alors qu&rsquo;ils sont rejet&eacute;s par l&rsquo;opinion et les sondages, voire contest&eacute;s au sein de leur propre majorit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tLa Constitution tunisienne pr&eacute;voit que le gouvernement soit responsable devant le parlement, m&ecirc;me s&rsquo;il est d&eacute;sign&eacute; par le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique (article 95). Mais le pr&eacute;sident ne peut, toujours selon la m&ecirc;me Constitution, nommer que le repr&eacute;sentant du parti ou de la coalition majoritaire, vainqueur aux &eacute;lections (article 89). Chose qui fut faite de mani&egrave;re forc&eacute;e, puisque Habib Essid a &eacute;t&eacute; &laquo;accept&eacute;&raquo; formellement,mais non sans r&eacute;sistance, par Nida Toun&egrave;s lors de sa d&eacute;signation.<br clear=\"none\" \/><br \/>\n\tCe qui est tout &agrave; fait logique sur le plan d&eacute;mocratique. Le pr&eacute;sident nomme, comme chef du gouvernement, le repr&eacute;sentant du parti majoritaire au parlement, il est en retour normal que le chef du gouvernement se pr&eacute;sente devant le parlement pour v&eacute;rifier si la m&ecirc;me majorit&eacute; lui fait toujours confiance, pour pouvoir poursuivre son action politique. On est l&agrave; dans l&rsquo;esprit du r&eacute;gime parlementaire. Si le chef du gouvernement Essid avait accept&eacute; sa d&eacute;mission, comme le lui demandait le pr&eacute;sident Essebsi, il aurait fait une lecture pr&eacute;sidentialiste du r&eacute;gime. Une lecture qu&rsquo;Essebsi voulait imposer &agrave; tout prix en tant que chef de la majorit&eacute; politique. Ainsi Essid a respect&eacute; la lettre et l&rsquo;esprit du r&eacute;gime parlementaire, tel qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; d&eacute;crit par la Constitution. La lecture institutionnelle n&rsquo;est pas incorrecte.<\/p>\n<p>\n\tMaintenant que la confiance a &eacute;t&eacute; retir&eacute;e au gouvernement Essid, le pr&eacute;sident a nomm&eacute; &agrave; la t&ecirc;te du gouvernement d&rsquo;union nationale, dont le principe a &eacute;t&eacute; ent&eacute;rin&eacute; par neuf partis et trois organisations syndicales et professionnelles repr&eacute;sentant la soci&eacute;t&eacute; civile, Youssef Chahed (41 ans), membre dirigeant de Nida Toun&egrave;s et actuel ministre des collectivit&eacute;s locales, au poste de chef de gouvernement. L&agrave; aussi, le pr&eacute;sident use de son bon droit. Il peut encore le faire en tenant compte des rapports de force, de la conjoncture politique et des exigences du compromis.A travers un fid&egrave;le &agrave; la t&ecirc;te du parti, le pr&eacute;sident sera en mesure d&rsquo;avoir une certaine empreinte sur un gouvernement compos&eacute; par un grand nombre de partis. C&rsquo;est le chef de gouvernement qui donne le ton politique du syst&egrave;me. La majorit&eacute; des signataires de &laquo;l&rsquo;accord de Carthage&raquo; a b&eacute;ni cette nomination et les tractations pour la d&eacute;signation des membres du gouvernement sont en cours.<br clear=\"none\" \/><br \/>\n\tQue l&rsquo;ancien chef du gouvernement Habib Essid, qui dirige maintenant les affaires courantes, ou son successeur, Youssef Chahed, plaisent ou d&eacute;plaisent &agrave; l&rsquo;opinion et aux partis, c&rsquo;est une chose; que le syst&egrave;me d&eacute;mocratique fonctionne ou pas, c&rsquo;est une autre chose. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;opinion qui, en d&eacute;mocratie, d&eacute;signe les chefs des gouvernements, elle l&rsquo;a d&eacute;j&agrave; fait indirectement en &eacute;lisant le parlement et le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique. Elle a toujours de surcro&icirc;t la possibilit&eacute; de sanctionner les partis et les majorit&eacute;s aux prochaines &eacute;lections. Et puis l&rsquo;opinion garde sa libert&eacute; de critique.<\/p>\n<p>\n\tOn voit bien que non seulement la d&eacute;mocratie tunisienne survit aux &eacute;preuves et aux difficult&eacute;s (terrorisme,jihadisme, crise &eacute;conomique, march&eacute; parall&egrave;le, corruption, ch&ocirc;mage, d&eacute;s&eacute;quilibre r&eacute;gional, tourisme&hellip;), mais les institutions, aussi tordues soient-elles, fonctionnent aussi normalement &agrave; leur tour, selon des lectures diff&eacute;rentes, tributaires de la personnalit&eacute; des hommes qui les dirigent, les font mouvoir et leur donnent vie. C&rsquo;est dans la nature des choses. Le pays n&rsquo;est pas tomb&eacute; dans la violence ou la guerre civile, les changements politiques se font de mani&egrave;re pacifique, les adversaires politiques se reconnaissent mutuellement. Partis et acteurs s&rsquo;inclinent devant le suffrage universel. Les m&eacute;dias et la presse sont libres. L&rsquo;apprentissage de la d&eacute;mocratie poursuit sa route, la d&eacute;mocratie survit aux obstacles et tente parfois de les contourner.<\/p>\n<p>\n\tNe soyons ni trop pessimistes, ni trop optimistes sur la vie politique et d&eacute;mocratique tunisienne. Reconnaissons humblement et objectivement les faits, qui ne doivent &ecirc;tre d&eacute;natur&eacute;s ni dans un sens ni dans un autre.<\/p>\n<p>\n\tHatem M&rsquo;rad<br clear=\"none\" \/><br \/>\n\tProfesseur de science politique &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Carthage. Pr&eacute;sident-fondateur de l&rsquo;Association Tunisienne d&rsquo;Etudes Politiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tunisie Aujourd&#39;hui &nbsp; &nbsp; On met souvent en avant les difficult&eacute;s de la transition d&eacute;mocratique tunisienne, en insistant davantage sur ses difficult&eacute;s ou ses exc&egrave;s que sur les promesses qu&rsquo;elle rec&egrave;le. Les Tunisiens n&rsquo;ont plus le sens de la mesure, ils sont devenus trop nihilistes, trop &laquo;n&eacute;gativistes&raquo; apr&egrave;s un demi- si&egrave;cle de mutisme collectif. 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