{"id":13483,"date":"2016-09-01T00:46:02","date_gmt":"2016-09-01T00:46:02","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13483"},"modified":"2016-09-01T00:46:02","modified_gmt":"2016-09-01T00:46:02","slug":"pourquoi-des-jeunes-francais-issus-de-familles-musulmanes-ou-convertis-nourissent-tant-de-ha","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/pourquoi-des-jeunes-francais-issus-de-familles-musulmanes-ou-convertis-nourissent-tant-de-ha\/","title":{"rendered":"Pourquoi des jeunes Fran\u00e7ais issus de familles musulmanes ou convertis nourissent tant de haine?"},"content":{"rendered":"<p>\n\tPourquoi des jeunes Fran&ccedil;ais issus de familles musulmanes ou convertis nourissent tant de haine?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tTexte de&nbsp;<a href=\"http:\/\/bit.ly\/1GUCDin\">Dominique Schnapper sociologue.<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tPourquoi des jeunes Fran&ccedil;ais issus de familles musulmanes ou convertis nourissent tant de haine?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tTexte de&nbsp;<a href=\"http:\/\/bit.ly\/1GUCDin\">Dominique Schnapper sociologue.<\/a><\/p>\n<p>\n\tPOURQUOI de jeunes Fran&ccedil;ais &ndash; les uns, issus de familles traditionnelles musulmanes et les autres, convertis &ndash; nourrissent-ils &agrave; l&#39;&eacute;gard des institutions qui les ont prot&eacute;g&eacute;s et des valeurs d&eacute;mocratiques une d&eacute;testation radicale, que les membres des r&eacute;seaux islamistes mondiaux entendent &ndash; et r&eacute;ussissent &agrave; &ndash; manipuler au profit de leur ambition ?<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le voile d&#39;ignorance<\/strong><\/p>\n<p>\n\tOn le savait depuis des ann&eacute;es. La haine de la France et la haine des juifs s&#39;est d&eacute;velopp&eacute;e dans certains quartiers dits &laquo; sensibles &raquo;. Les sociologues, les travailleurs sociaux, souvent d&#39;origine musulmane, les enseignants des coll&egrave;ges et des lyc&eacute;es en t&eacute;moignaient. Nombre de politiques l&#39;avait d&eacute;nonc&eacute;e. En 2005, au cours de plusieurs jours d&#39;&eacute;meutes, des jeunes s&#39;&eacute;taient attaqu&eacute;s aux b&acirc;timents les plus proches, &eacute;coles, biblioth&egrave;ques ou cabinets m&eacute;dicaux. Il ne s&#39;agissait pas alors d&#39;une r&eacute;volte ethnique portant des revendications particularistes, m&ecirc;me si la plupart des jeunes &eacute;meutiers &eacute;taient originaires de l&#39;Afrique sub-saharienne. Les observateurs d&eacute;crivaient des violences sans but manifeste, produit de la mis&egrave;re sociale, des frustrations et du ressentiment. Depuis des ann&eacute;es, des enfants juifs quittent l&#39;enseignement public o&ugrave; ils ne se sentent plus en s&eacute;curit&eacute;. Pourtant, de crainte de stigmatiser les musulmans r&eacute;publicains &ndash; il ne faut pas oublier que le ph&eacute;nom&egrave;ne massif est celui de l&#39;int&eacute;gration progressive de la majorit&eacute; de la population descendante des immigr&eacute;s maghr&eacute;bins &ndash;, faute aussi de savoir quoi faire contre le mal, un silence g&ecirc;n&eacute; et bien-pensant couvrait ces faits d&#39;un voile d&#39;ignorance. Par faiblesse, par l&acirc;chet&eacute;, par souci l&eacute;gitime de ne pas stigmatiser l&#39;ensemble des musulmans, les intellectuels setaisaient, d&eacute;non&ccedil;aient l&#39;islamophobie plut&ocirc;t que l&#39;antis&eacute;mitisme, sans oublier d&#39;accuser le &laquo; r&eacute;publicanisme &raquo; dont la rigidit&eacute; et le refus d&#39;admettre les &laquo; diff&eacute;rences &raquo; auraient &eacute;t&eacute; responsables des &eacute;v&eacute;nements. Pour se r&eacute;conforter, on rappelait que les casseurs n&#39;&eacute;taient qu&#39;une tr&egrave;s faible minorit&eacute; &ndash; comme si les ph&eacute;nom&egrave;nes minoritaires ne pouvaient pas avoir une signification politique et symbolique sans rapport avec leur nombre. Depuis le 79 janvier dernier, il est devenu plus difficile de se voiler la face.<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; la suite des &eacute;meutes de 2005, les sociologues avaient soulign&eacute; que ces jeunes d&eacute;socialis&eacute;s &eacute;taient le produit de la mis&egrave;re sociale et des blocages de la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise (1). Aujourd&#39;hui, la mis&egrave;re n&#39;a pas disparu et la soci&eacute;t&eacute; reste sur beaucoup de points bloqu&eacute;e, mais l&#39;explication est devenue insuffisante. Il faut aussi prendre la mesure de l&#39;extr&eacute;misme qui se r&eacute;clame de l&#39;islam dans sa dimension politique et id&eacute;ologique, dans son extension internationale. D&#39;ailleurs, ce ne sont plus seulement des marginaux ou des laiss&eacute;s-pour-compte, mais aussi des dipl&ocirc;m&eacute;s et des convertis, convenablement form&eacute;s et issus de familles stables, qui c&egrave;dent &agrave; la tentation de l&#39;extr&eacute;misme.<\/p>\n<p>\n\t<strong>La mis&egrave;re sociale<\/strong><\/p>\n<p>\n\tLa mis&egrave;re sociale de certains jeunes descendants de migrants n&#39;en reste pas moins un terreau favorable. D&eacute;pourvus de tradition culturelle h&eacute;rit&eacute;e, ils n&#39;ont acquis ni la culture scolaire transmise par l&#39;&Eacute;cole ni la socialisation qu&#39;elle implique. On retrouve chez eux les traits classiques de la d&eacute;linquance juv&eacute;nile analys&eacute;s par les sociologues des ann&eacute;es 1970 :<br \/>\n\t(1) Voir &agrave; ce propos les articles r&eacute;unis par la revue Annales. Histoire, Sciences sociales, juillet-ao&ucirc;t 2006, dans lequel j&#39;ai contribu&eacute;, avec d&#39;autres, &agrave; d&eacute;velopper ce th&egrave;me.<\/p>\n<p>\n\tune sous-culture d&#39;adolescents, non utilitaire, n&eacute;gativiste, agressive, marqu&eacute;e par un h&eacute;donisme &agrave; court terme, qui retourne volontairement le sens de la culture dominante. Leur violence traduit la frustration des enfants des milieux populaires. Anim&eacute;s des m&ecirc;mes aspirations et des m&ecirc;mes ambitions que les autres, ils ne disposent pas des moyens mat&eacute;riels ou intellectuels n&eacute;cessaires pour les r&eacute;aliser de mani&egrave;re licite. Ils r&eacute;agissent d&#39;autant plus fortement qu&#39;ils sont devenus des enfants de la d&eacute;mocratie et qu&#39;ils en ont les revendications. Ils aspirent, comme les autres, &agrave; toujours plus de bien-&ecirc;tre et d&#39;&eacute;galit&eacute;. Ils sont exigeants. La t&eacute;l&eacute;vision ne leur permet pas d&#39;ignorer d&#39;autres modes de vie que ceux auxquels ils se sentent condamn&eacute;s. Hugues Lagrange avait fait remarquer que les violences de 2005 avaient &eacute;t&eacute; particuli&egrave;rement nombreuses dans les zones o&ugrave; l&#39;habitat &eacute;tait particuli&egrave;rement d&eacute;grad&eacute; et dans les territoires pauvres des villes plus riches, l&agrave; o&ugrave; le contraste entre riches et pauvres est v&eacute;cu au quotidien. &Eacute;lev&eacute;s dans une soci&eacute;t&eacute; globalement riche, nourrissant la passion de l&#39;&eacute;galit&eacute;, les enfants des migrants acceptent mal les in&eacute;galit&eacute;s mat&eacute;rielles ; ils sont fascin&eacute;s par l&#39;argent facile, ils r&eacute;clament des r&eacute;sultats imm&eacute;diats. La dynamique d&eacute;mocratique s&#39;impose &agrave; tous, aux descendants des migrants comme aux autres, elle rend imp&eacute;rative la r&eacute;alisation instantan&eacute;e du bien-&ecirc;tre.<\/p>\n<p>\n\tDe plus, ils sont n&eacute;s dans un milieu o&ugrave; r&egrave;gne l&#39;antis&eacute;mitisme, &agrave; la fois celui qui est h&eacute;rit&eacute; d&#39;une tradition solidement ancr&eacute;e dans les repr&eacute;sentations collectives des pays du Maghreb-Machrek, et celui des pauvres anim&eacute;s par l&#39;amertume et le ressentiment. La vigueur en est renforc&eacute;e par ce qu&#39;ils per&ccedil;oivent comme la r&eacute;ussite de la &laquo; communaut&eacute; juive &raquo;, dont ils surestiment, sur le mode du fantasme, le nombre, la solidarit&eacute; et la recherche du pouvoir en mobilisant les clich&eacute;s antis&eacute;mites les plus traditionnels : l&#39;argent et le pouvoir&#8230; On se souvient que le malheureux Ilan Halimi, employ&eacute; d&#39;une modeste boutique, devait, selon ses bourreaux, &ecirc;tre riche, puisqu&#39;il &eacute;tait juif. Le ph&eacute;nom&egrave;ne se ressource lors de chaque &eacute;pisode du conflit isra&eacute;lo-palestinien, d&#39;autant plus fortement que certains d&#39;entre eux, pour redonner du lustre &agrave; leur destin, s&#39;identifient au sort des Palestiniens.<\/p>\n<p>\n\tLe mal fran&ccedil;ais<\/p>\n<p>\n\tLa part d&eacute;socialis&eacute;e des descendants des immigr&eacute;s renvoie aux dysfonctionnements de la soci&eacute;t&eacute; nationale, dont le destin des descendants des migrants r&eacute;v&egrave;le les &eacute;checs et les contradictions. Les &eacute;meutes de 2005 en avaient &eacute;t&eacute; tout &agrave; la fois un r&eacute;v&eacute;lateur et un acc&eacute;l&eacute;rateur. Les descendants des migrants sont les enfants de la crise &eacute;conomique, sociale et politique de la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise. Ils appartiennent aux cat&eacute;gories qui en sont les premi&egrave;res victimes, les jeunes des classes populaires. Depuis plus de trois d&eacute;cennies, des choix collectifs implicites ont favoris&eacute; les plus &acirc;g&eacute;s aux d&eacute;pens des plus jeunes et les salari&eacute;s du service public aux d&eacute;pens des salari&eacute;s du priv&eacute;. Tout se passe comme si la France s&#39;&eacute;tait caract&eacute;ris&eacute;e, selon la formule percutante de Denis Olivennes, par sa pr&eacute;f&eacute;rence pour le ch&ocirc;mage. Le ch&ocirc;mage, et en particulier le ch&ocirc;mage des jeunes, a servi de variable d&#39;ajustement. Le contrat social de fait a abouti &agrave; un consensus implicite d&eacute;favorable &agrave; l&#39;emploi : les syndicats repr&eacute;sentent les int&eacute;r&ecirc;ts des actifs occup&eacute;s, le patronat g&egrave;re la paix sociale &agrave; l&#39;int&eacute;rieur des entreprises, le gouvernement dialogue avec les partenaires sociaux et son &eacute;lectorat est form&eacute; des actifs occup&eacute;s et des assur&eacute;s sociaux. La protection apport&eacute;e par un &Eacute;tat providence &eacute;tendu, en amortissant, au moins &agrave; court terme, les effets les plus dramatiques du ch&ocirc;mage, donne bonne conscience &agrave; tous.<\/p>\n<p>\n\tOr, dans des soci&eacute;t&eacute;s organis&eacute;es autour de la production des richesses et des &eacute;changes de biens et de services, le travail est essentiel. L&#39;absence d&#39;emploi touche &agrave; la dignit&eacute; de la personne. Les individus construisent leur identit&eacute; personnelle et &eacute;laborent leur estime de soi dans et par le travail ; c&#39;est l&agrave; qu&#39;ils font l&#39;apprentissage des contraintes et des limites de la vie collective, c&#39;est &agrave; l&#39;occasion de la vie professionnelle qu&#39;ils apprennent &agrave; &eacute;changer avec les autres. Les p&egrave;res immigr&eacute;s qui travaillaient imposaient un ordre et donnaient un sens &agrave; la vie familiale &mdash; m&ecirc;me si, le temps passant, beaucoup ont &eacute;t&eacute; ensuite &laquo; absents &raquo;. Ceux de leurs enfants qui ont r&eacute;ussi &agrave; obtenir des dipl&ocirc;mes &eacute;lev&eacute;s pour leur milieu, mais modestes sur le march&eacute; du travail (bac + 2), au prix d&#39;efforts consid&eacute;rables, sont nombreux &agrave; ne pas trouver l&#39;emploi auquel ils pensaient que leur dipl&ocirc;me leur donnerait l&#39;acc&egrave;s.<\/p>\n<p>\n\tSi le d&eacute;classement social &ndash; soit le d&eacute;calage entre les attentes suscit&eacute;es par les dipl&ocirc;mes et les emplois effectivement obtenus &ndash; d&eacute;passe le cas des descendants des migrants, il concerne nombre d&#39;entre eux. L&eacute;chec a plus de retentissement dans ce milieu fragile et il contraste cruellement avec la r&eacute;ussite mat&eacute;rielle des ca&iuml;ds des banlieues.<\/p>\n<p>\n\tSans doute, l&#39;&Eacute;tat providence continue-t-il &agrave; compenser les formes extr&ecirc;mes de la mis&egrave;re sociale. Mais il ne fournit que des moyens d&#39;assistance. Or, l&#39;assistance humilie ses destinataires, elle renforce leur identit&eacute; n&eacute;gative, elle les disqualifie. Elle consacre in&eacute;vitablement l&#39;&eacute;chec de ceux qui ne peuvent mobiliser les seuls moyens dignes &ndash; l&#39;emploi, le &laquo;v&eacute;ritable emploi &raquo;, comme disent les jeunes ch&ocirc;meurs dans les enqu&ecirc;tes sociologiques &ndash; pour assurer leur existence. L&#39;action des agents de l&#39;&Eacute;tat providence, quelles que soient leur activit&eacute; et leur bonne volont&eacute;, sera toujours moins efficace pour int&eacute;grer les ch&ocirc;meurs que l&#39;exp&eacute;rience d&#39;un emploi. Le lien social cr&eacute;&eacute; par l&#39;&Eacute;tat providence, dont la n&eacute;cessit&eacute; s&#39;impose &eacute;videmment, a pour effet pervers de ne donner qu&#39;une int&eacute;gration humiliante et d&#39;entretenir chez les b&eacute;n&eacute;ficiaires le sentiment d&#39;&ecirc;tre des victimes.<\/p>\n<p>\n\tLa s&eacute;gr&eacute;gation spatiale est devenue l&#39;indice et la source de la mise &agrave; l&#39;&eacute;cart de populations pour lesquelles se conjuguent les effets de la marginalisation professionnelle et des origines ethniques. Le rassemblement des descendants des immigr&eacute;s d&eacute;socialis&eacute;s nourrit les processus d&#39;enfermement dans le quartier. La langue et les mani&egrave;res deviennent des marqueurs qui leur rendent de plus en plus difficile de participer &agrave; la vie sociale en dehors de la cit&eacute;. La r&eacute;clusion dans un espace disqualifi&eacute; se trouve ensuite renforc&eacute;e par les discriminations devant l&#39;emploi et le logement dont beaucoup d&#39;enfants de migrants font l&#39;exp&eacute;rience. Ainsi s&#39;enclenche le cercle vicieux du processus de mise &agrave; l&#39;&eacute;cart &ndash; ou de d&eacute;s-int&eacute;gration &ndash; et du ressentiment.<\/p>\n<p>\n\t<strong>La double crise identitaire<\/strong><\/p>\n<p>\n\tLa marginalit&eacute; sociale, le ch&ocirc;mage end&eacute;mique et les effets pervers de l&#39;assistance n&#39;expliquent pas tout. L&#39;humiliation des jeunes d&eacute;socialis&eacute;s a &eacute;t&eacute; renforc&eacute;e par la fermeture du monde politique et l&#39;affaiblissementg&eacute;n&eacute;ral des valeurs civiques. Alors que la &laquo; marche des Beurs &raquo;, en d&eacute;cembre 1983, portait une revendication qui s&#39;inscrivait directement dans la tradition r&eacute;publicaine &ndash; l&#39;&eacute;galit&eacute; des droits ind&eacute;pendamment des origines ethniques &ndash;, les hommes politiques ont r&eacute;pondu en manipulant le mouvement &agrave; leur profit imm&eacute;diat. Beaucoup des militants de cette g&eacute;n&eacute;ration, ayant le sentiment d&#39;avoir &eacute;t&eacute; tromp&eacute;s aussi bien par les politiques que par les organisations nationales cens&eacute;es porter leurs revendications (SOS racisme), ont cess&eacute; de croire aux vertus de la R&eacute;publique.<\/p>\n<p>\n\tLe blocage du syst&egrave;me politique ne concerne pas seulement les descendants des migrants, mais aussi les jeunes, les femmes et ceux qui exercent une profession du secteur priv&eacute;. Mais, dans le cas des descendants des migrants, la signification symbolique a une port&eacute;e identitaire plus grave. La marginalisation des cat&eacute;gories modestes est rendue plus dramatique quand elle peut &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute;e en termes ethniques ou raciaux et que peuvent &ecirc;tre invoqu&eacute;s, &agrave; cette occasion, le pass&eacute; colonial, l&#39;imp&eacute;rialisme occidental, la souffrance des p&egrave;res arrach&eacute;s &agrave; la terre natale et l&#39;humiliation qu&#39;ils ont connue en &eacute;tant r&eacute;duits au travail en miettes dans les usines des &laquo; Trente Glorieuses &raquo;. Les humiliations subies ne s&#39;oublient pas. Elles se transmettent de g&eacute;n&eacute;ration en g&eacute;n&eacute;ration.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;affaiblissement du sentiment national contribue, de son c&ocirc;t&eacute;, &agrave; rendre plus difficiles les processus d&#39;int&eacute;gration. La France nationaliste croyait &agrave; sa grandeur et &agrave; sa sup&eacute;riorit&eacute;. Le nationalisme pass&eacute; est aujourd&#39;hui condamn&eacute; au nom des valeurs d&eacute;mocratiques et des vertus de l&#39;ouverture aux Autres. Le patriotisme pr&ecirc;te &agrave; sourire, remplac&eacute; par l&#39;interrogation sur l&#39;identit&eacute; nationale. Le patriotisme du pass&eacute; pourtant suscitait un r&eacute;cit commun. L&#39;&Eacute;cole se donnait alors pour t&acirc;che d&#39;imposer &agrave; tous les &eacute;l&egrave;ves, quelles que fussent leurs origines, le sentiment qu&#39;ils &eacute;taient fran&ccedil;ais, m&ecirc;me s&#39;ils n&#39;avaient pas eu &laquo; la chance de na&icirc;tre fran&ccedil;ais &raquo; selon la formule de L&eacute;on Blum. Aujourd&#39;hui, historiens et journalistes rivalisent pour condamner la nation autant que l&#39;histoire nationale, qualifi&eacute;e de nationaliste. Ils d&eacute;noncent l&#39;imp&eacute;rialisme, la colonisation et l&#39;esclavage. La repentance g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e emp&ecirc;che le gouvernement de c&eacute;l&eacute;brer les moments du pass&eacute; collectif qui furent longtemps jug&eacute;s glorieux.<\/p>\n<p>\n\tAusterlitz n&#39;est plus que le nom d&#39;une gare. M&ecirc;me l&#39;enseignement de la shoah devient un moyen de d&eacute;montrer les manquements dramatiques de la R&eacute;publique. Quelle que soit la v&eacute;rit&eacute; historique, cette autofiagellation est moins efficace pour int&eacute;grer des populations d&#39;origine &eacute;trang&egrave;re, qui sont conduites &agrave; adopter le seul r&ocirc;le de victimes, que l&#39;enseignement du pass&eacute; qui se donnait pour objectif d&#39;enseigner que &laquo; La France est la plus juste, la plus libre, la plus humaine des patries &raquo;, pour reprendre les termes d&#39;un manuel d&#39;instruction civique de la fin du xixe si&egrave;cle. Quelle identit&eacute; transmettre aux jeunes g&eacute;n&eacute;rations, qu&#39;elles soient descendantes de migrants ou non, s&#39;il n&#39;existe pas de projet politique et d&#39;id&eacute;al commun &mdash; m&ecirc;me si cet id&eacute;al comporte une large part de r&ecirc;ve et de mensonge ?<\/p>\n<p>\n\tPlus que d&#39;autres nations europ&eacute;ennes, l&#39;int&eacute;gration nationale en France a &eacute;t&eacute; de nature politique. C&#39;est autour du mythe r&eacute;publicain et du patriotisme que les immigr&eacute;s, comme les autres populations, formaient soci&eacute;t&eacute; : l&#39;affirmation du principe de la citoyennet&eacute;, suscit&eacute;e par la fr&eacute;quentation de l&#39;&eacute;cole et entretenue par la participation au monde du travail, transformait tous les enfants n&eacute;s en France en nationaux. L&#39;id&eacute;e de &laquo; l&#39;&eacute;chec du mod&egrave;le r&eacute;publicain &raquo;, souvent &eacute;voqu&eacute;e aujourd&#39;hui, est ambigu&euml;. Les descendants des migrants sont plus proches des autres jeunes Fran&ccedil;ais que les descendants des immigr&eacute;s turcs des autres jeunes Allemands ou les descendants des migrants indiens et pakistanais des autres jeunes Britanniques, comme l&#39;a montr&eacute; une enqu&ecirc;te europ&eacute;enne. Les descendants des migrants sont plus accultur&eacute;s en France qu&#39;en Allemagne ou en Grande-Bretagne. En ce sens, il n&#39;y a pas d&#39;&eacute;chec. En revanche, ils sont nettement moins bien ins&eacute;r&eacute;s dans le monde du travail. Ce d&eacute;calage est une source continue de tension et d&#39;humiliation. Ce n&#39;est donc pas dans son principe que le &laquo; mod&egrave;le r&eacute;publicain &raquo; est obsol&egrave;te. La politique d&#39;int&eacute;gration par la citoyennet&eacute; et la pratique professionnelle est conforme &agrave; la vocation des soci&eacute;t&eacute;s d&eacute;mocratiques et prolonge la tradition nationale. Le d&eacute;bat ne devrait pas porter sur le principe, mais sur les modalit&eacute;s de son application. Ce sont les manquements au mod&egrave;le r&eacute;publicain, &eacute;l&eacute;ment de l&#39;ensemble de la crise de la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise, qui cr&eacute;ent l&#39;&eacute;chec partiel de la politique d&#39;int&eacute;gration etle sentiment plus g&eacute;n&eacute;ral du d&eacute;clin national. Le mod&egrave;le r&eacute;publicain d&#39;int&eacute;gration, qui assure l&#39;&eacute;gale participation de tous &agrave; la vie collective, ne peut &ecirc;tre efficace que s&#39;il est effectivement respect&eacute;. Or, beaucoup de nos intellectuels et de nos politiques ont progressivement c&eacute;d&eacute; aux sir&egrave;nes d&#39;un &laquo; multiculturalisme &raquo; sans contenu concret et sans signification pr&eacute;cise, en d&eacute;non&ccedil;ant les int&eacute;grationnistes &raquo; ringards&#8230;<\/p>\n<p>\n\tIl est vrai qu&#39;&agrave; court terme, la reconnaissance sociale &mdash; mais non politique &mdash; des sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles et des communaut&eacute;s particuli&egrave;res rend les processus d&#39;int&eacute;gration moins brutaux. L&#39;existence d&#39;une communaut&eacute; pakistano-britannique install&eacute;e dans les &icirc;les Britanniques offre probablement une forme de protection &agrave; des populations fragilis&eacute;es par la migration, m&ecirc;me si elle se paie d&#39;un contr&ocirc;le qui peut devenir tyrannique sur les comportements des individus, en particulier ceux des jeunes femmes. Pourtant les modalit&eacute;s de l&#39;int&eacute;gration sont trop sp&eacute;cifiques pour qu&#39;on puisse emprunter le mod&egrave;le d&#39;un pays voisin, elles sont li&eacute;es &agrave; l&#39;histoire de la soci&eacute;t&eacute; nationale, &agrave; la reconnaissance publique des particularismes, aux relations entre le politique et le religieux, aux formes de solidarit&eacute; h&eacute;rit&eacute;es du pass&eacute;. Les convergences entre les nations europ&eacute;ennes n&#39;ont pas effac&eacute; les singularit&eacute;s de l&#39;int&eacute;gration de chaque nation. D&#39;ailleurs aucune politique ne met &agrave; l&#39;abri des ambigu&iuml;t&eacute;s des processus d&#39;int&eacute;gration. La Grande-Bretagne, &agrave; plusieurs reprises, a connu des violences urbaines et les terroristes qui ont fait exploser des bombes &agrave; Londres en juillet 2005, de nationalit&eacute; britannique, jouaient au cricket et participaient &agrave; la vie collective. Par-del&agrave; les politiques suivies, les conditions de la d&eacute;mocratie providentielle, les espoirs et les exigences qu&#39;elle suscite, et, par ailleurs, les relations mondialis&eacute;es entre l&#39;Europe et les pays d&#39;&eacute;migration contribuent &agrave; ce que les processus de l&#39;int&eacute;gration des enfants des migrants soient susceptibles de comporter des avanc&eacute;es diff&eacute;rentes selon les domaines et des retournements spectaculaires.<\/p>\n<p>\n\tLe vide de la d&eacute;mocratie &laquo; extr&ecirc;me &raquo;<\/p>\n<p>\n\tLa d&eacute;mocratie contemporaine est moins efficace pour int&eacute;grer les populations marginales que la nation politique du pass&eacute;. Une<br \/>\n\tcollectivit&eacute; constitu&eacute;e autour de la production et la redistribution des richesses ne contribue que de mani&egrave;re indirecte &agrave; cette int&eacute;gration. Les seules satisfactions mat&eacute;rielles ne suffisent pas pour constituer une collectivit&eacute; consciente d&#39;elle-m&ecirc;me, de ses valeurs et de la volont&eacute; d&#39;avoir un destin commun. Dans l&#39;ordre &eacute;conomique, ce qui est donn&eacute; aux uns est enlev&eacute; aux autres. La concurrence &eacute;conomique divise les hommes, nourrit les rivalit&eacute;s entre les groupes que le projet politique tend &agrave; unir. Des soci&eacute;t&eacute;s d&eacute;politis&eacute;es sont moins int&eacute;gratrices &ndash; par le partage des biens &ndash; que des soci&eacute;t&eacute;s entretenant une forte conscience d&#39;elle-m&ecirc;me, dont les membres partagent des valeurs communes et un projet politique clair. Les &laquo; ayants droit &raquo; ne sont pas des citoyens.<\/p>\n<p>\n\tIl est de bon ton de souligner que l&#39;individualisme ne dissout pas les liens sociaux, que c&#39;est d&eacute;sormais l&#39;individualisme lui-m&ecirc;me qui cr&eacute;e un lien choisi et profond&eacute;ment int&eacute;rioris&eacute;, qui serait donc plus solide que celui du pass&eacute;, impos&eacute; par la tradition et les contraintes collectives. Mais ces analyses concernent les cat&eacute;gories moyennes et intellectuelles. Le lien n&eacute; de l&#39;individualisme n&#39;est efficace que pour ceux qui ont h&eacute;rit&eacute; d&#39;une socialisation assur&eacute;e, qui ont acquis l&#39;assurance des &laquo; bien n&eacute;s &raquo;, des plus cultiv&eacute;s et des plus forts. Il n&#39;est positif que pour ceux qui ont d&eacute;j&agrave; int&eacute;rioris&eacute;, par leur h&eacute;ritage social et leur &eacute;ducation, les normes d&#39;une soci&eacute;t&eacute; dont les contr&ocirc;les ext&eacute;rieurs sont faibles. Les autres font l&#39;exp&eacute;rience d&#39;un individualisme qu&#39;on peut qualifier de n&eacute;gatif, celui auquel est contraint l&#39;individu dont les ressources personnelles et sociales sont inadapt&eacute;es aux exigences de la vie collective. Comme les lois fortes prot&egrave;gent les plus faibles, l&#39;affaiblissement du r&egrave;gne de la loi favorise les plus forts et les soci&eacute;t&eacute;s o&ugrave; le contr&ocirc;le social est d&eacute;faillant fragilisent les plus vuln&eacute;rables.<\/p>\n<p>\n\tLa relativit&eacute; des valeurs qui impr&egrave;gne l&#39;esprit du temps agit dans le m&ecirc;me sens. L&#39;in-distinction &agrave; laquelle tend le monde d&eacute;mocratique constitue un choc pour les h&eacute;ritiers des cultures traditionnelles. La libert&eacute; sexuelle, la multiplication des familles monoparentales et des enfants n&eacute;s hors mariage, l&#39;adoption du mariage pour tous, c&#39;est-&agrave;-dire du mariage homosexuel, heurtent des populations dont les traditions &eacute;taient organis&eacute;es autour des valeurs familiales. Toute notion de limite, d&#39;interdit et de morale leur sembledispara&icirc;tre. On observe chez tous les migrants le repli sur la sph&egrave;re et les valeurs de la famille. C&#39;est &agrave; partir des valeurs traditionnelles, des relations stabilis&eacute;es entre les g&eacute;n&eacute;rations et les sexes qu&#39;ils maintiennent des &eacute;l&eacute;ments culturels qui donnent un sens &agrave; leur existence, alors qu&#39;ils sont confront&eacute;s au choc de la transplantation et &agrave; la rupture de nombreux autres liens sociaux. Ce qui leur appara&icirc;t comme le laxisme des moeurs modernes est particuli&egrave;rement difficile &agrave; int&eacute;grer dans la culture h&eacute;rit&eacute;e. Les enfants &eacute;lev&eacute;s par des parents dont les rep&egrave;res moraux ont &eacute;t&eacute; bouscul&eacute;s risquent, &agrave; leur tour, de c&eacute;der soit &agrave; l&#39;abandon de toute r&eacute;f&eacute;rence en sombrant dans la d&eacute;socialisation, soit &agrave; un traditionalisme exacerb&eacute; et inutile, dont le machisme brutal qui r&egrave;gne dans les cit&eacute;s est un indicateur, soit &agrave; une conjugaison particuli&egrave;rement redoutable de ces deux attitudes. M&ecirc;me si ces r&eacute;actions sont, sans doute, minoritaires, et si beaucoup de familles immigr&eacute;es font preuve d&#39;une grande capacit&eacute; d&#39;adaptation, on trouve dans ces r&eacute;ponses aux valeurs ambiantes l&#39;une des sources de la non-socialisation de certains des enfants de migrants.<\/p>\n<p>\n\tPlus fondamentalement encore, la soci&eacute;t&eacute; d&eacute;mocratique laisse &agrave; chacun la charge de donner un sens &agrave; sa vie, de l&#39;inscrire dans une croyance h&eacute;rit&eacute;e et dans une vision du monde et de l&#39;au-del&agrave;. Mais ce qui est v&eacute;cu comme une libert&eacute; et une responsabilit&eacute; pr&eacute;cieuses par les uns peut &ecirc;tre v&eacute;cu par les autres &ndash; selon leur condition sociale et leur histoire &ndash; comme une absence de sens. Le dogmatisme le plus fanatique et le plus simple vient alors combler le vide et donner un sens &agrave; leur vie, et d&#39;autant mieux qu&#39;il est plus dogmatique et plus simpliste. De plus, les extr&eacute;mistes mobilisent tr&egrave;s efficacement les proc&eacute;d&eacute;s modernes de diffusion, qui sont par&eacute;s du prestige de la facilit&eacute; et de la modernit&eacute;. Dans certaines mosqu&eacute;es et surtout sur les r&eacute;seaux sociaux, les chefs et les militants des r&eacute;seaux islamistes peuvent alors recruter les futurs martyrs parmi ces jeunes d&eacute;sempar&eacute;s en leur imposant une interpr&eacute;tation du monde et des normes de conduite qui constituent autant de contraintes radicales &ndash; ces contraintes qui leur ont manqu&eacute; au cours de leur &eacute;ducation. M&ecirc;me s&#39;ils ont fr&eacute;quent&eacute; des &eacute;coles d&#39;ing&eacute;nieurs ou des &eacute;coles de commerce, celles-ci leur ont permis d&#39;acqu&eacute;rir une formation technique, mais elles n&#39;ont pas pour raison d&#39;&ecirc;tre de donner un sens &agrave; leur existence. Ayant compris que toute attaque contre des personnes et des institutions juives rencontre un &eacute;cho politique et m&eacute;diatique d&#39;une extraordinaire puissance, les recruteurs peuvent alors conduire ces jeunes qu&#39;ils ont fanatis&eacute;s &agrave; s&#39;attaquer aux synagogues et aux enfants des &eacute;coles juives. Les victimes sont choisies avec un grand sens politique : les juifs tout d&#39;abord, ensuite les journalistes qui symbolisent la libert&eacute; d&#39;expression, donc la libert&eacute; politique, les musulmans &laquo; int&eacute;gr&eacute;s &raquo;, condamn&eacute;s pour apostasie, les militaires et les policiers, garants de l&#39;ordre r&eacute;publicain. Les pratiques du marketing contemporain se conjuguent efficacement avec les pr&eacute;jug&eacute;s ancestraux et le retour &agrave; la barbarie.<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&#39;espoir<\/strong><\/p>\n<p>\n\tSi l&#39;islamisme n&#39;est pas l&#39;islam comme on l&#39;a si souvent, et &agrave; juste titre, r&eacute;p&eacute;t&eacute;, il n&#39;en reste pas moins que c&#39;est au nom de l&#39;islam qu&#39;agissent des terroristes d&#39;une particuli&egrave;re barbarie et qu&#39;ils pr&eacute;tendent trouver dans les textes sacr&eacute;s de l&#39;islam des justifications &agrave; leurs actions. Le projet de ces terroristes est mondial &ndash; de Boko Haram au Niger &agrave; l&#39;&icirc;le de Jolo. Ils s&#39;opposent radicalement aux nations d&eacute;mocratiques, &agrave; leurs valeurs et &agrave; leur projet. Ils veulent leur mort et ils le disent. L&#39;islam n&#39;est pas en tant que tel incompatible avec la d&eacute;mocratie, mais &agrave; certaines conditions. Il faudrait que les musulmans renouent avec l&#39;ouverture et la f&eacute;condit&eacute; intellectuelles des premiers si&egrave;cles et qu&#39;ils admettent que les traditions peuvent &ecirc;tre critiqu&eacute;es, qu&#39;elles peuvent &ecirc;tre soumises &agrave; l&#39;ordre de la raison. La critique, dans tous les sens du terme, est inh&eacute;rente au projet d&eacute;mocratique. La d&eacute;mocratie n&#39;est pas seulement un ensemble d&#39;institutions, c&#39;est un projet politique fond&eacute; sur une conception du monde et un syst&egrave;me de valeurs.<br \/>\n\tDes intellectuels musulmans ont d&eacute;cid&eacute; de prendre en charge cette t&acirc;che essentielle. Eux seuls, dans les circonstances actuelles, ont la comp&eacute;tence et la l&eacute;gitimit&eacute; n&eacute;cessaires pour l&#39;entreprendre et faire entendre une autre voix de l&#39;islam, mais elle est vitale pour tous. Cette r&eacute;interpr&eacute;tation des traditions n&#39;aura pas de r&eacute;sultat imm&eacute;diat mais elle est, &agrave; long terme, la seule qui permette de faire sortir d&#39;un des cercles de l&#39;enfer des jeunes gens, &eacute;duqu&eacute;s dans la d&eacute;mocratie, qui ont sombr&eacute; dans la haine et la barbarie. C&#39;est de la responsabilit&eacute; des pouvoirs publics de soutenir ces intellectuels et de reconna&icirc;tre le sens de leur d&eacute;marche. Ils peuvent d&#39;ailleurs donner un exemple &agrave; nous tous qui avons trop longtemps laiss&eacute; faire et aider tous les d&eacute;mocrates &agrave; avoir, enfin, le courage de d&eacute;fendre leurs propres valeurs.<\/p>\n<p>\n\tC&#39;est &agrave; Ghaleb Bencheik (et &agrave; la m&eacute;moire d&#39;Abdelwahab Meddeb) que je laisse le dernier mot : C&#39;est &agrave; une refondation de la pens&eacute;e th&eacute;ologique islamique qu&#39;il faut en appeler, je ne cesse pour ma part de le requ&eacute;rir et je m&#39;&eacute;tais &eacute;gosill&eacute; &agrave; l&#39;exprimer. En finir avec la &laquo; raison religieuse &raquo; et la &laquo;pens&eacute;e magique &raquo;, se soustraire &agrave; l&#39;argument d&#39;autorit&eacute;, d&eacute;placer les pr&eacute;occupations de l&#39;assise de la croyance vers les probl&eacute;matiques de l&#39;objectivit&eacute; de la connaissance, rel&egrave;vent d&#39;une n&eacute;cessit&eacute; imp&eacute;rieuse et d&#39;un besoin vital. L&#39;on n&#39;aura plus &agrave; infantiliser des esprits ni &agrave; culpabiliser des consciences. Les chantiers sont titanesques et il faut les entreprendre d&#39;urgence : le pluralisme, la la&iuml;cit&eacute;, la d&eacute;sintrication de la politique d&#39;avec la religion, l&#39;&eacute;galit&eacute; fonci&egrave;re entre les &ecirc;tres, la libert&eacute; d&#39;expression et de croyance, la garantie de pouvoir changer de croyance, la d&eacute;sacralisation de la violence, l&#39;&Eacute;tat de droit sont des r&eacute;ponses essentielles et des antidotes primordiaux exig&eacute;s. Ce n&#39;est plus suffisant de clamer que ces crimes n&#39;ont rien &agrave; voir avec l&#39;islam [&#8230;]. Il est temps de sortir des enfermements doctrinaux et de s&#39;affranchir des cl&ocirc;tures dogmatiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi des jeunes Fran&ccedil;ais issus de familles musulmanes ou convertis nourissent tant de haine? &nbsp; &nbsp; Texte de&nbsp;Dominique Schnapper sociologue.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":20935,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10,1],"tags":[],"class_list":["post-13483","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-france","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13483","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13483"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13483\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20935"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13483"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13483"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}