{"id":13763,"date":"2016-10-16T04:19:31","date_gmt":"2016-10-16T04:19:31","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=13763"},"modified":"2016-10-16T04:19:31","modified_gmt":"2016-10-16T04:19:31","slug":"bob-dylan-le-juif-errant-prix-nobel-de-litterature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/bob-dylan-le-juif-errant-prix-nobel-de-litterature\/","title":{"rendered":"Bob Dylan, le juif errant prix Nobel de litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<p>\n\tBob Dylan, le juif errant prix Nobel de litt&eacute;rature<\/p>\n<p>\n\tPar Jonathan Aleksandrowicz&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEnorme surprise ! Bob Dylan, l&rsquo;auteur-compositeur-interpr&egrave;te qui a travers&eacute; la musique populaire de la seconde moiti&eacute; du XX&egrave; si&egrave;cle, vient d&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;compens&eacute; par le prix Nobel de litt&eacute;rature.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tBob Dylan, le juif errant prix Nobel de litt&eacute;rature<\/p>\n<p>\n\tPar Jonathan Aleksandrowicz&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEnorme surprise ! Bob Dylan, l&rsquo;auteur-compositeur-interpr&egrave;te qui a travers&eacute; la musique populaire de la seconde moiti&eacute; du XX&egrave; si&egrave;cle, vient d&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;compens&eacute; par le prix Nobel de litt&eacute;rature.<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tOn attendait le Syrien Adonis, le Japonais Murakami, voire le Norv&eacute;gien Jon Fosse. Le jury du prix Nobel de litt&eacute;rature a choisi de prendre tout son monde &agrave; contrepied pour 2016 en faisant d&rsquo;un chanteur populaire mais grand po&egrave;te le r&eacute;cipiendaire de la distinction. Bien s&ucirc;r, certain regretteront avec justesse que Philip Roth n&rsquo;ait encore une fois pas &eacute;t&eacute; r&eacute;compens&eacute;, mais la retraite du vieux patron des lettres am&eacute;ricaines l&rsquo;a probablement &eacute;cart&eacute; pour toujours des d&eacute;bats tenus secrets durant 50 ans des jur&eacute;s du Nobel. Quant au tr&egrave;s vendeur Murakami, la r&eacute;putation de &laquo;&nbsp;superficialit&eacute;&nbsp;&raquo; de ses textes selon le petit monde du livre remet aux calendes grecques la figuration de son nom au palmar&egrave;s, m&ecirc;me s&rsquo;il est chaque ann&eacute;e le grandissime favori des bookmakers.<\/p>\n<p>\n\t\tBob Dylan, donc. Le sale gosse de la folk-music, celui qui donne d&eacute;sormais des concerts o&ugrave; il assure le strict minimum, limitant ses interactions avec le public. Un choix fort pour le jury du Nobel, le d&eacute;signant &laquo;&nbsp;pour avoir cr&eacute;&eacute; dans le cadre de la grande tradition de la musique am&eacute;ricaine de nouveaux modes d&rsquo;expression po&eacute;tique&nbsp;&raquo;. Plus que la tradition de la musique am&eacute;ricaine, c&rsquo;est celle des troubadours et trouv&egrave;res, ces po&egrave;tes-conteurs-chanteurs du Moyen-&Acirc;ge que Bob Dylan a d&rsquo;abord incarn&eacute;. N&eacute; dans le Minnesota en 1941 &agrave; deux pas de la route 61 qui inspirera l&rsquo;un de ses albums les plus embl&eacute;matiques &laquo;&nbsp;Highway 61 revisited&nbsp;&raquo;, celui qui est d&rsquo;abord Robert Zimmerman&nbsp; pour l&rsquo;&eacute;tat-civil et Shabbta&iuml; &agrave; sa circoncision, vient d&rsquo;une famille juive d&rsquo;Odessa qui a fui les pogroms du d&eacute;but du XX&egrave; si&egrave;cle. La petite communaut&eacute; juive locale est dit-on, tr&egrave;s unie par les &eacute;preuves v&eacute;cues en Europe de l&rsquo;Est. Le signe de l&rsquo;errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l&rsquo;assume &agrave; la premi&egrave;re occasion en filant &agrave; New York &agrave; la premi&egrave;re occasion, abandonnant ses &eacute;tudes &agrave; l&rsquo;universit&eacute; d&egrave;s la premi&egrave;re ann&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Hobboes<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tL&agrave;-bas, &agrave; Greenwich Village, il n&rsquo;est pas le plus dou&eacute; de tous les folkeux qui &eacute;cument le quartier, mais il est le plus assidu. &laquo;&nbsp;Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus r&eacute;sistants&nbsp;&raquo; dit le Talmud. Pour ce faire, il fr&eacute;quente de longues heures les biblioth&egrave;ques afin de d&eacute;nicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Les Etats-Unis sortent peu de la Seconde guerre mondiale et la crise des ann&eacute;es 1930 est derri&egrave;re elle, mais son imaginaire collectif est encore tributaire des Hobboes, ces vagabonds, clochards c&eacute;lestes, que le &laquo;&nbsp;Jeudi noir&nbsp;&raquo; a mis sur les routes et les rails en qu&ecirc;te d&rsquo;un travail plus &agrave; l&rsquo;ouest. La conqu&ecirc;te de l&rsquo;ouest au XIX&egrave; si&egrave;cle s&rsquo;est poursuivie avec l&rsquo;espoir &agrave; l&rsquo;ouest. Les lecteurs de John Steinbeck se souviendront des &laquo;&nbsp;Raisins de la col&egrave;re&nbsp;&raquo;. Ces Hobboes, donc, figures mythiques du r&ecirc;ve am&eacute;ricain, sans le sou mais les yeux dans les &eacute;toiles, affam&eacute;s mais libres, ont souvent une guitare &agrave; la main et la bouche pleine de chansons pour rythmer les nuits de leur infortune. Ils deviennent la source d&rsquo;inspiration principale de Bob Dylan qui &agrave; l&rsquo;origine chante des reprises. Suivre cette tradition, la d&eacute;poussi&eacute;rer, mais rien n&rsquo;y ajouter.<\/p>\n<p>\n\t\tPourtant, le jeune homme &eacute;crit d&eacute;j&agrave; des po&egrave;mes, de longs po&egrave;mes qu&rsquo;il met en musique. Ecrite dix minutes dans un caf&eacute;, &laquo;&nbsp;Blowin&rsquo; in the wind&nbsp;&raquo; devient l&rsquo;une des premi&egrave;res Protest Song qui portent les luttes d&rsquo;&eacute;mancipation aux Etats-Unis. Car Bob Dylan, c&rsquo;est d&rsquo;abord la figure de la contre-culture am&eacute;ricaine. Avant Woodstock, son Flower Power et son Summer of Love, Bob Dylan est le chantre des Beatniks&nbsp;: un artiste engag&eacute;, le &laquo;&nbsp;proph&egrave;te-po&egrave;te&nbsp;&raquo; de cette jeune g&eacute;n&eacute;ration d&rsquo;apr&egrave;s-guerre, chantant m&ecirc;me avec sa grande complice de l&rsquo;&eacute;poque Joan Baez &agrave; la Marche de Washington. Encore cette id&eacute;e de mouvement, la marche, cette impossibilit&eacute; de tenir en place qui force &agrave; l&rsquo;errance. Mais &laquo;&nbsp;The times they are a changin&rsquo;&nbsp;&raquo;, car il op&egrave;re d&egrave;s 1965 un tournant plus rock, que le monde Folk dont il est issu ne lui pardonne pas. Exit la guitare s&egrave;che et l&rsquo;harmonica, &laquo;&nbsp;Highway 61 revisited&nbsp;&raquo;, plus muscl&eacute;, r&eacute;sonne de guitares &eacute;lectriques, et comporte notamment la c&eacute;l&eacute;brissime &laquo;&nbsp;Like a rolling stone&nbsp;&raquo;, &eacute;lue morceau rock du XX&egrave; si&egrave;cle&nbsp;! D&rsquo;une dur&eacute;e de presque sept minutes, Bob Dylan raconte dans ses &laquo;&nbsp;Chroniques&nbsp;&raquo; qu&rsquo;elle comportait bien plus de strophes &agrave; l&rsquo;origine. Situation identique pour l&rsquo;ultra-repris &laquo;&nbsp;Knocking on heaven&rsquo;s door&nbsp;&raquo; qui fait partie de la bande-originale du film de Sam Peckinpah &laquo;&nbsp;Pat Garrett and Billy the Kid&nbsp;&raquo; dans lequel il tient un r&ocirc;le muet de lanceur de couteaux pas malhabile de ses mains.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Audace<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDes chansons &agrave; rallonge, des po&egrave;mes aux strophes sans fin, Bob Dylan pourtant admet lui-m&ecirc;me que l&rsquo;inspiration a tendance &agrave; se tarir et qu&rsquo;il lui faut user de moyens intenses pour la faire jaillir du rocher. Ses &laquo;&nbsp;Chroniques&nbsp;&raquo; &eacute;voquent d&rsquo;ailleurs avec intensit&eacute; son errance lorsqu&rsquo;il dut enregistrer deux albums &agrave; Nashville. Une v&eacute;ritable travers&eacute;e du d&eacute;sert, d&rsquo;autant que le &laquo;&nbsp;po&egrave;te-proph&egrave;te&nbsp;&raquo; est bient&ocirc;t surnomm&eacute; le &laquo;&nbsp;po&egrave;te-profit&nbsp;&raquo; &agrave; cause d&rsquo;un style jug&eacute; commercial. Qu&rsquo;importe, encore un contrepieds&nbsp;: sa voix us&eacute;e le pousse &agrave; chaque fois &agrave; r&eacute;interpr&eacute;ter ses chansons et le fan distrait serait bien incapable de reconna&icirc;tre ses titres pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s lors d&rsquo;un concert s&rsquo;il n&rsquo;est pas capable d&rsquo;attention. Les strophes qui s&rsquo;&eacute;tiraient en longueur se brisent en m&ecirc;me temps que sa voix comme si chaque nouvelle sc&egrave;ne portait la possibilit&eacute; d&rsquo;errer autour d&rsquo;une chanson comme autour d&rsquo;un id&eacute;al que l&rsquo;on n&rsquo;atteint jamais. D&eacute;tresse &agrave; cause d&rsquo;un horizon de sens&nbsp;toujours fuyant&nbsp;? Une r&eacute;ponse peut-&ecirc;tre, dans la conversion au christianisme &eacute;vang&eacute;lique &agrave; la fin des ann&eacute;es 1970&nbsp;: le beatnik assagi par la gr&acirc;ce d&rsquo;une nouvelle naissance&nbsp;! Les fans sont d&eacute;&ccedil;us, les musiciens le raillent&nbsp;? Lui n&rsquo;en a cure&nbsp;! Que les filles et &laquo;&nbsp;les gar&ccedil;ons ne pleurent pas&nbsp;&raquo;, parce que m&ecirc;me le chant demeure pour lui une aventure personnelle, et la Bible abonde en proph&egrave;tes qui se mirent le peuple &agrave; dos. L&rsquo;errance ne s&rsquo;ach&egrave;ve pas l&agrave;, puisqu&rsquo;il fait son retour au juda&iuml;sme. Enfin la terre promise&nbsp;? Pas s&ucirc;r, tant pour lui, tout vient &agrave; se faner&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tLe choix des jur&eacute;s du Nobel est donc extr&ecirc;mement audacieux. C&rsquo;est une ic&ocirc;ne populaire qui se trouve r&eacute;compens&eacute;e, un chanteur avant que d&rsquo;&ecirc;tre un po&egrave;te, un homme qui a su sans cesse se poser des questions. On a d&eacute;sormais h&acirc;te d&rsquo;entendre son discours de r&eacute;ception du prix qui sera sans nul doute la curiosit&eacute; des soir&eacute;es de remise.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bob Dylan, le juif errant prix Nobel de litt&eacute;rature Par Jonathan Aleksandrowicz&nbsp; &nbsp; &nbsp; Enorme surprise ! Bob Dylan, l&rsquo;auteur-compositeur-interpr&egrave;te qui a travers&eacute; la musique populaire de la seconde moiti&eacute; du XX&egrave; si&egrave;cle, vient d&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;compens&eacute; par le prix Nobel de litt&eacute;rature.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[23,1],"tags":[],"class_list":["post-13763","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13763","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13763"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13763\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13763"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13763"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13763"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}