{"id":1385,"date":"2013-11-05T23:43:59","date_gmt":"2013-11-05T23:43:59","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1385"},"modified":"2013-11-06T00:37:26","modified_gmt":"2013-11-06T00:37:26","slug":"de-zarzis-a-lampedusa-moi-bilal-clandestin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/de-zarzis-a-lampedusa-moi-bilal-clandestin\/","title":{"rendered":"De Zarzis \u00e0 Lampedusa : Moi, Bilal, clandestin"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h1>\n\tDe Zarzis &agrave; Lampedusa :<br \/>\n\tMoi, Bilal, clandestin<\/h1>\n<p><!-- photo --><\/p>\n<h2>\n\t&nbsp;<\/h2>\n<div class=\"texte\">\n\t<img decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/icones\/coeur-.gif\" \/><\/p>\n<p>\n\t\tLa troisi&egrave;me tentative aura &eacute;t&eacute; la bonne. &Agrave; 23 ans, Bilal Zairi a finalement r&eacute;ussi &agrave; quitter Zarzis, ce petit port tunisien sur la M&eacute;diterran&eacute;e, face &agrave; l&#39;&icirc;le de Djerba, o&ugrave; il est n&eacute; et o&ugrave; il a grandi sous <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/revoltes-arabes\/tunisie.php\" target=\"\">l&#39;&eacute;touffant r&eacute;gime de Ben Ali<\/a>. Il est aujourd&#39;hui sur le sol europ&eacute;en. Chaque fois qu&#39;il trouvait un peu d&#39;argent pour son passage, un bateau, un passeur, son obsession grandissait. Il r&eacute;p&eacute;tait les m&ecirc;mes formules: &laquo;Je sens l&#39;air de l&#39;Italie&raquo;, &laquo;Je sens la France&raquo;. Bilal dilatait ses narines, &eacute;carquillait les yeux, respirait profond&eacute;ment. Il mimait ce qu&#39;il avait &eacute;prouv&eacute; les deux premi&egrave;res fois o&ugrave; il avait fr&ocirc;l&eacute; les eaux italiennes, presque arriv&eacute; &agrave; l&#39;&icirc;le de <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/revoltes-arabes\/refugies.php\" target=\"\">Lampedusa, l&#39;actuelle porte d&#39;entr&eacute;e en Europe<\/a> des clandestins tunisiens.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tFils unique demeur&eacute; avec sa m&egrave;re divorc&eacute;e, Bilal s&#39;est jet&eacute; &agrave; corps perdu dans la r&eacute;volution de jasmin. Sur la place de la Jeunesse, au centre-ville de Zarzis, comme tous ses copains qui ont, depuis, pris le large, il a d&eacute;fi&eacute; et insult&eacute; la police qui assurait l&#39;ordre du dictateur tunisien. &laquo;Les premiers soirs, raconte-t-il, je regardais s&#39;il n&#39;y avait pas de policiers qui m&#39;attendaient quand je rentrais chez moi. Apr&egrave;s, on est all&eacute;s chez eux, on est entr&eacute;s dans leurs appartements.&raquo; Ces cerb&egrave;res, qui contr&ocirc;laient la population, et donc l&#39;&eacute;migration, ont fui et ne sont toujours pas revenus dans les rues de Zarzis. La voie maritime pour l&#39;Europe s&#39;est ouverte, b&eacute;ante.<\/p>\n<p>\n\t\tAux premiers jours de f&eacute;vrier, un mois o&ugrave; quelque 5000 Tunisiens sont arriv&eacute;s &agrave; Lampedusa, Bilal a une premi&egrave;re fois embarqu&eacute; pour l&#39;&icirc;le italienne. C&#39;&eacute;tait la cohue sur la jet&eacute;e au bout du port de Zarzis.<\/p>\n<p>\n\t\tLes gardes-c&ocirc;tes sont rest&eacute;s sur leur navire. &laquo;De toute fa&ccedil;on, ils ont un seul bateau pour surveiller 160kilom&egrave;tres de rivage!&raquo;, s&#39;exclame Ahmed Faouzi Khenissi, le maire de la ville. Les militaires, seuls d&eacute;positaires de l&#39;autorit&eacute; publique, ont pr&eacute;f&eacute;r&eacute; organiser les d&eacute;parts, plut&ocirc;t que de s&#39;y opposer. &laquo;&Agrave; l&#39;&eacute;poque, on voulait &eacute;viter les affrontements avec la population&raquo;, rappelle l&#39;&eacute;lu. &laquo;Trop de monde voulait quitter Zarzis, se souvient Bilal. Mais les militaires ne laissaient partir que les bateaux en bon &eacute;tat. Moi, je leur ai donn&eacute; mon nom. Il &eacute;tait sur la liste: ils ont contr&ocirc;l&eacute;, et ils m&#39;ont laiss&eacute; passer.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLe chalutier sur lequel avait pris place Bilal s&#39;est cependant fait rattraper dans les eaux internationales par un navire de guerre tunisien. Retour &agrave; Sfax, puis &agrave; Zarzis. Bilal a r&eacute;cup&eacute;r&eacute; la plus grande partie des 2000 dinars (un peu moins de 1000 euros) qu&#39;il avait donn&eacute;s pour son passage. C&#39;est l&#39;usage. Il a aussit&ocirc;t retent&eacute; sa chance. Le 11 f&eacute;vrier dernier, il &eacute;tait sur l&#39;embarcation heurt&eacute;e et coul&eacute;e par le navire de guerre tunisien &laquo;Horria 302&raquo;. &laquo;Ils l&#39;ont fait expr&egrave;s, assure Bilal. Ils ont recul&eacute;, et ils ont coup&eacute; notre bateau en deux. Heureusement, un h&eacute;licopt&egrave;re italien est arriv&eacute;. Sinon, on serait tous morts. Les militaires ne voulaient pas nous sauver.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tCette affaire dramatique, dans laquelle une trentaine de clandestins ont sans doute p&eacute;ri, a fait grand bruit &agrave; Zarzis et dans toute la Tunisie. &laquo;Mais c&#39;est comme avant, le pouvoir dit n&#39;importe quoi, on se moque des gens&raquo;, s&#39;insurge Farouk Lehiba, qui a perdu son fils de 17 ans et se bat pour que la v&eacute;rit&eacute; &eacute;clate. Ce naufrage n&#39;a port&eacute; aucun coup &agrave; l&#39;&eacute;migration. Le sentiment d&#39;injustice aurait plut&ocirc;t renforc&eacute; la d&eacute;termination des candidats au d&eacute;part. &laquo;Non, j&#39;ai pas peur. Tous mes copains sont d&eacute;j&agrave; partis&raquo;, r&eacute;p&egrave;te Bilal, qui ne voit pas ce qui pourrait le retenir. Dans les h&ocirc;tels et clubs de vacances o&ugrave; il a travaill&eacute;, &agrave; Zarzis et &agrave; Djerba, il gagnait 350 dinars par mois. &laquo;Qu&#39;est-ce que tu veux faire avec?&raquo;, questionne le jeune homme, qui pr&eacute;f&egrave;re &eacute;voquer ces touristes fran&ccedil;aises, g&eacute;n&eacute;ralement plus &acirc;g&eacute;es, qu&#39;il a s&eacute;duites. Parmi toutes ses conqu&ecirc;tes, seule Christine trouve gr&acirc;ce &agrave; ses yeux. Il s&#39;est promis de lui rendre prochainement visite dans la r&eacute;gion parisienne.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<h3>\n\t\t100 clandestins payant chacun 2000 dinars<\/h3>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEn voyant tous ces jeunes fuir leur ville, plusieurs internautes, sur la page Facebook &laquo;Zarzis TV&raquo; qui a particip&eacute; &agrave; la mobilisation contre le r&eacute;gime de Ben Ali, ont critiqu&eacute; ces &laquo;tra&icirc;tres&raquo; &agrave; la r&eacute;volution de jasmin. &laquo;Ce sont plut&ocirc;t des victimes&raquo;, corrige Walid Fellah, responsable de ce site. Il fait observer que les nouveaux &eacute;migr&eacute;s ne sont pas des &eacute;tudiants, mais des jeunes sans formation, comme Bilal, qui ne veulent pas attendre l&#39;instauration d&#39;une Tunisie d&eacute;mocratique pour commencer &agrave; vivre.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tPour l&#39;instant, le parfum de la libert&eacute; europ&eacute;enne est plus ent&ecirc;tant que les promesses de la r&eacute;volution. &Agrave; Zarzis, nombre de gar&ccedil;ons entre 17 et 25 ans sont d&eacute;j&agrave; partis. Mais il reste des candidats au d&eacute;part &agrave; Tataouine, Medenine et Tunis, o&ugrave; les passeurs vont d&eacute;sormais d&eacute;marcher leur client&egrave;le. Si le trafic baisse demain, ce ne sera que par manque de bateaux !<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;Italie d&eacute;truit toutes les embarcations transportant des clandestins. &laquo;Un p&ecirc;cheur peut vendre son bateau 100000dinars &agrave; un passeur&raquo;, explique Mohamed, qui g&egrave;re quatre navires pour le compte d&#39;un patron invisible. L&#39;homme poursuit : &laquo;Un filet pour le thon, &ccedil;a vaut 70000dinars. Le p&ecirc;cheur retire tout ce qu&#39;il y a sur son bateau. Il le d&eacute;clare vol&eacute;. Apr&egrave;s, il peut s&#39;en racheter un autre.&raquo; Le passeur aura, lui, entass&eacute; sur le chalutier plus de 100 clandestins ayant chacun pay&eacute; 2 000 dinars. Sur les 100 000 dinars gagn&eacute;s, il faudra payer le capitaine, les rabatteurs, les chauffeurs&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tDans la maison o&ugrave; Bilal a finalement atterri, ce dimanche soir vers 21 heures, ils sont plus d&#39;une cinquantaine &agrave; attendre, comme lui, le signal du d&eacute;part. Ils sont autant dans une maison attenante, pr&egrave;s de la plage, derri&egrave;re le club Sangho, o&ugrave; jadis &eacute;taient invit&eacute;s les h&ocirc;tes du r&eacute;gime. Deux trentenaires originaires de Zarzis, mais vivant d&eacute;sormais en Europe, dirigent les op&eacute;rations. Une femme ramasse l&#39;argent. Elle donne &agrave; chaque jeune un ticket, o&ugrave; est inscrit son nom et son num&eacute;ro de t&eacute;l&eacute;phone. Elle garde le double sur la souche de son carnet. Ce billet garantit d&#39;&ecirc;tre en partie rembours&eacute; si le passage vers Lampedusa &eacute;choue.<\/p>\n<p>\n\t\tAutour de Bilal, ils sont peu &agrave; parler fran&ccedil;ais. Nombre d&#39;entre eux sont mineurs. Ils viennent de loin, de Tunis parfois. Ils fument quasiment tous du haschisch, pour tromper l&#39;attente, se donner du courage. Certains montrent sur leurs &eacute;paules et leurs dos des impacts de balles, souvenirs de la r&eacute;volution de jasmin. Bilal dit qu&#39;il a d&eacute;j&agrave; particip&eacute; &agrave; deux voyages pour Lampedusa. Il y a un jeune de Tataouine qui, plusieurs fois renvoy&eacute; du sol europ&eacute;en, en est &agrave; sa sixi&egrave;me tentative !<\/p>\n<p>\n\t\tLe signal du d&eacute;part est finalement donn&eacute; &agrave; 5 heures du matin. Par groupe de sept, ils sortent de la maison, montent dans des voitures jusqu&#39;&agrave; la plage. Une dizaine d&#39;hommes, certain munis de hachoirs &agrave; viande, surveillent les man&oelig;uvres. Des bateaux &agrave; moteur font l&#39;aller et retour jusqu&#39;au navire au large, qui donne par intermittence des coups de phares dans la nuit, au loin sur la mer.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<h3>\n\t\tSerr&eacute;s flanc contre flanc, assourdis par le mart&egrave;lement des pistons<\/h3>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tA bord, les bonnes places sont rares. Le bateau a embarqu&eacute; 112 candidats &agrave; l&#39;exil. Plus de 120 passages avaient &eacute;t&eacute; vendus mais une dizaine ont &eacute;t&eacute; renvoy&eacute;s &agrave; terre : le &laquo; chargement &raquo; &eacute;tait trop lourd. Bilal conna&icirc;t les coins &agrave; &eacute;viter : la proue, o&ugrave; l&#39;on re&ccedil;oit des paquets de mer, et le bastingage, que la g&icirc;te peut rendre dangereux. En deux tentatives avort&eacute;es, il a appris &agrave; se prot&eacute;ger. Il file vers la cale et s&#39;installe &agrave; c&ocirc;t&eacute; du moteur. &laquo;&Ccedil;a pue le gasoil, il fait chaud et &ccedil;a fait du bruit, dit-il. Mais tu es bien &agrave; l&#39;abri.&raquo; Ils sont une douzaine, serr&eacute;s flanc contre flanc, dans les entrailles du bateau, assourdis par le mart&egrave;lement des pistons. Ils s&#39;&eacute;clairent &agrave; la lampe de poche. Avec quelques fruits secs et une petite bouteille d&#39;eau en plastique gliss&eacute;s dans sa veste de cuir noir, Bilal va tromper sa faim et sa soif.<\/p>\n<p>\n\t\tCe matin-l&agrave;, la M&eacute;diterran&eacute;e accorde sa cl&eacute;mence aux jeunes Tunisiens. Le coup de sirocco de la veille, qui avait gonfl&eacute; les vagues du canal de Sicile et noy&eacute; 35 clandestins naufrag&eacute;s, s&#39;est arr&ecirc;t&eacute; comme par miracle. Le bateau glisse doucement d&#39;un creux &agrave; l&#39;autre vers la terre promise de Lampedusa. Bilal est rassur&eacute;. D&#39;autant que celui qui tient la barre a d&eacute;j&agrave; effectu&eacute; le voyage plusieurs fois &#8211; &laquo;un bon marin&raquo;-, juge Bilal. Sous un soleil au z&eacute;nith, les heures s&#39;&eacute;coulent. La travers&eacute;e s&#39;&eacute;ternise. A bord, un diab&eacute;tique commence &agrave; se sentir mal : il manque de sucre. A l&#39;arri&egrave;re du bateau, un autre clandestin s&#39;agite. Celui-l&agrave; souffre d&#39;une maladie mentale. &laquo;Vous me voulez du mal, crie le gars. Vous &ecirc;tes tous mes ennemis!&raquo; Son compagnon de voyage a le plus grand mal &agrave; le calmer. Il explique que la &laquo; pilule &raquo; qu&#39;il prend chaque jour ne fait plus effet&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tVers 19 heures, un bourdonnement lointain sort tout le monde de la torpeur. Un h&eacute;licopt&egrave;re des gardes-c&ocirc;tes italiens approche. &Ccedil;a y est : les clandestins comprennent que le salut n&#39;est plus tr&egrave;s loin. L&#39;&eacute;quipage va signaler leur position &agrave; la capitainerie de Lampedusa, qui d&eacute;p&ecirc;chera une vedette &agrave; leur secours. A bord du bateau, l&#39;ambiance se d&eacute;tend. On entend le bruit de canettes de bi&egrave;re d&eacute;capsul&eacute;es. Ils vont bient&ocirc;t fouler le sol italien.<\/p>\n<p>\n\t\tQuatre heures plus tard, la silhouette grise d&#39;un navire de la guardia di finanza &#8211; les douanes italiennes &#8211; surgit de la p&eacute;nombre. Le faisceau d&#39;un puissant projecteur balaie le pont du bateau de p&ecirc;che tunisien. Il jette une lumi&egrave;re crue sur les visages fatigu&eacute;s des clandestins. Sur le journal de bord de la vedette, l&#39;embarcation bleue devient &laquo; num&eacute;ro 4 &raquo;, la quatri&egrave;me barcasse charg&eacute;e de Tunisiens r&eacute;pertori&eacute;e ce jour-l&agrave; par les gabelous de Lampedusa &#8211; le chiffre montera &agrave; 22. Remorqu&eacute; vers le port, le rafiot est conduit jusqu&#39;au m&ocirc;le, o&ugrave; une bonne dizaine de bateaux de Zarzis sont d&eacute;j&agrave; amarr&eacute;s les uns contre les autres. Bient&ocirc;t, ils finiront tous sur le terrain vague qui jouxte le stade de football local. Un v&eacute;ritable cimeti&egrave;re marin.<\/p>\n<p>\n\t\tLa travers&eacute;e s&#39;ach&egrave;ve sur le quai, o&ugrave; les policiers font aligner les jeunes gens en colonne par deux pour les compter. Bilal remarque &agrave; peine la froideur professionnelle de l&#39;accueil. &laquo;Les gens de la Croix-Rouge nous ont donn&eacute; du caf&eacute; et des couvertures pour nous r&eacute;chauffer. Et ils se sont occup&eacute;s des malades.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<h3>\n\t\tLe nombre de r&eacute;fugi&eacute;s d&eacute;passe la capacit&eacute; d&#39;accueil<\/h3>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDes cars franchissent ensuite le portail du port pour emmener les clandestins vers leur premier domicile italien : le centre de secours et d&#39;accueil. Situ&eacute;e dans un vallon au c&oelig;ur de la petite &icirc;le P&eacute;lage, la structure g&eacute;r&eacute;e par le minist&egrave;re italien de l&#39;Int&eacute;rieur d&eacute;borde d&eacute;j&agrave;. Elle h&eacute;berge plus de 1 500 immigr&eacute;s clandestins pour 850 places. L&#39;afflux de Tunisiens qui ont profit&eacute; de la chute de Ben Ali pour filer a submerg&eacute; cette structure con&ccedil;ue comme un lieu de transit. En plus des dortoirs, la direction a r&eacute;quisitionn&eacute; salles de r&eacute;union et salles communes pour y installer des matelas. Arriv&eacute;s au milieu de la nuit, Bilal et ses compagnons s&#39;affalent sur les bancs en ciment d&#39;un pr&eacute;au. Le lendemain, il retrouve ses copains de Zarzis et s&#39;ajoute &agrave; leur chambr&eacute;e. Ils sont d&eacute;j&agrave;&#8230; 130.<\/p>\n<p>\n\t\tAccoud&eacute; au bar d&#39;un caf&eacute; de Lampedusa, Bilal savoure ses premi&egrave;res heures en Europe. Rigolard, il a r&eacute;ussi &agrave; tromper la vigilance des carabiniers qui verrouillent les alentours du centre d&#39;accueil pour gagner le village. &laquo;Les Italiens sont gentils, dit-il. Ils nous donnent des spaghettis et des cigarettes.&raquo; Gr&acirc;ce &agrave; une pratique tr&egrave;s correcte de la langue, il est d&eacute;j&agrave; &agrave; son aise sur le confetti le plus m&eacute;ridional d&#39;Italie, m&ecirc;me quand certains le regardent de travers. Optimiste en diable, il envisage une suite sans encombre &agrave; son voyage. &laquo;D&egrave;s qu&#39;ils auront pris mes empreintes digitales, ils vont m&#39;emmener sur le continent italien. Et apr&egrave;s, la France.&raquo; Voil&agrave; des semaines qu&#39;ils ont &eacute;chafaud&eacute; le sc&eacute;nario entre copains, &agrave; Zarzis. &laquo;A la fronti&egrave;re avec la France, tu prends le petit train local. Mais seulement le samedi ou le dimanche, quand il y a moins de policiers. C&#39;est s&ucirc;r &agrave; 100%!&raquo; Et apr&egrave;s ? &laquo;Apr&egrave;s, je rejoindrai ma tante, qui vit dans l&#39;Essonne. A Morangis!&raquo; Bilal donne m&ecirc;me rendez-vous sous la tour Eiffel. &laquo;Pour une derni&egrave;re photo.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tPar&nbsp;<a class=\"journaliste\" href=\"http:\/\/plus.lefigaro.fr\/page\/jean-marc-gonin\" title=\"La page de Jean-Marc Gonin\">Jean-Marc Gonin<\/a>,&nbsp;<a class=\"journaliste\" href=\"http:\/\/plus.lefigaro.fr\/page\/thierry-portes\" title=\"La page de Thierry Portes\">Thierry Portes<\/a>&nbsp;Lefigaro.fr<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; De Zarzis &agrave; Lampedusa : Moi, Bilal, clandestin &nbsp; La troisi&egrave;me tentative aura &eacute;t&eacute; la bonne. &Agrave; 23 ans, Bilal Zairi a finalement r&eacute;ussi &agrave; quitter Zarzis, ce petit port tunisien sur la M&eacute;diterran&eacute;e, face &agrave; l&#39;&icirc;le de Djerba, o&ugrave; il est n&eacute; et o&ugrave; il a grandi sous l&#39;&eacute;touffant r&eacute;gime de Ben Ali.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15666,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[24,19,10,56,9,1],"tags":[],"class_list":["post-1385","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ben-ali","category-europe","category-france","category-italie","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1385","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1385"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1385\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15666"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1385"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1385"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1385"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}