{"id":1397,"date":"2016-04-26T00:24:59","date_gmt":"2016-04-26T00:24:59","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1397"},"modified":"2016-04-25T23:32:31","modified_gmt":"2016-04-25T23:32:31","slug":"les-petits-metiers-au-kram-de-lepoque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-petits-metiers-au-kram-de-lepoque\/","title":{"rendered":"LES  PETITS METIERS AU KRAM DE L\u2019EPOQUE"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLES &nbsp;PETITS METIERS AU KRAM DE&nbsp;L&rsquo;EPOQUE<\/p>\n<div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\t\t<strong>Le Marchand de &nbsp;Granite<\/strong><br \/>\n\t\tAu kram , le &nbsp;marchand de granite avait devant lui un baquet de bois a l&rsquo;interieur &nbsp;duquel se trouvait un cylindre en laiton. Entre les deux, il mettait de la &nbsp;glace en morceaux qu&rsquo;il salait de temps en temps avec du gros sel afin de &nbsp;la conserver aussi longtemps que possible. Il versait dans le recipient &nbsp;une sorte de citronnade l&eacute;g&egrave;rement blanc-verd&acirc;tre pour la granite au &nbsp;citron ou rouge pour la granite a la fraise naturelle. Il faisait tourner &nbsp;le cylindre toujours dans le m&ecirc;me sens, celui des aiguilles d&rsquo;une montre. &nbsp;Apres un certain temps, le liquide projet&eacute; sur les parois du cylindre de &nbsp;laiton, d&eacute;posait une pellicule glac&eacute;e et une l&eacute;g&egrave;re bu&eacute;e se formait. &nbsp;Ensuite avec sa palette, le vendeur remplissait, au choix du client, soit &nbsp;des verres soit des cornets de tailles diff&eacute;rentes. Souvent, avant de &nbsp;retourner l&rsquo;apr&egrave;s-midi &agrave; l&rsquo;&eacute;cole ou au lyc&eacute;e, je me payais, pour 5 ou 10 &nbsp;centimes, le kif de savourer une granite.<\/p>\n<p>\t\tMais ce qui &nbsp;diff&eacute;renciait ces marchands de granites, c&rsquo;&eacute;tait leurs efforts pour &nbsp;attirer les clients. Tous les moyens &eacute;taient bons : pitreries ou parfois &nbsp;tenue vestimentaire extravagante. Je me souviens particuli&egrave;rement de l&rsquo;un &nbsp;d&rsquo;entre eux qui portait un n&oelig;ud papillon avec une petite lampe qu&rsquo;il &nbsp;arrivait a allum&eacute; en faisant des contorsions des plus comiques avec sa &nbsp;t&egrave;te et tout cela accompagne de : &laquo; Sers pour Monsieur, Sers ! Sers pour &nbsp;Madame, Sers ! &raquo;<br \/>\n\t\tUn autre marchand qui se trouvait avenue de Paris, &nbsp;face au square de Verdun, se distinguait aussi par ses pitreries, ses &nbsp;contorsions, ses gestes et ses cris.<\/p>\n<p>\t\tLe nom &nbsp;&raquo; la &nbsp;granite&nbsp;&raquo; est certainement d&rsquo;origine sicilienne (de l&rsquo;italien &nbsp;granita). Cependant &laquo;&nbsp;la granite&nbsp;&raquo; est l&eacute;g&egrave;rement diff&eacute;rente de &nbsp;la granita, aussi appel&eacute;e granita siciliana en italien, qui est un mets &nbsp;rafra&icirc;chissant typique de la Sicile. Elle se pr&eacute;sente sous une consistance &nbsp;d&rsquo;un sorbet &agrave; base de glace pil&eacute;e<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le Marchand de &nbsp;Frigolos<\/strong><br \/>\n\t\tSOUVENT DANS LES &nbsp;APRES-MIDI, EN FIN DE SIESTE, DANS LES RUES OU SUR LA PLAGE, ON ENTENDAIT &nbsp;LE MARCHAND DE FRIGOLOS S&rsquo;ANNONCER PAR SON CRI &laquo; FRIGOLOS ! FRIGOLOS BIEN &nbsp;GLACES &raquo; PARFOIS ACCOMPAGNES PAR &laquo; FRIGOLOS, D&rsquo;CHEZ BEBERT ! LE VENTRE EN &nbsp;L&rsquo;AIR ! Ou &laquo; FRIGOLOOO bien Glac&eacute; ! Chez BEBEERT bien Frapp&eacute; ! &nbsp;&raquo;<br \/>\n\t\t&laquo; LI FRRRIGOULOUS BIEN GLACI &nbsp;FRRRIGOULOUOOOO CHI BIBERT LE RROI DI GLACES. &nbsp;&raquo;<br \/>\n\t\tEn pleine canicule, il &eacute;tait &nbsp;difficile de ne pas c&eacute;der a la tentation de savourer ces petits rectangles &nbsp;de glace enrobes de chocolat et recouverts d&rsquo;un papier argente. Le &nbsp;marchand de frigolo ouvrait sa boite isotherme et nous offrait un choix de &nbsp;parfums : pistache, vanille, noisette, chocolat. On les savourait avec &nbsp;bonheur en les su&ccedil;ant jusqu&rsquo;au b&acirc;tonnet servant de support a la &nbsp;glace.<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le Marchant de &nbsp;Caramel<\/strong><br \/>\n\t\tLe marchand de &nbsp;Caramel et de gaufrettes parcourait les rues en faisant claquer une sorte &nbsp;de sabot (qui faisait un bruit &eacute;quivalent &agrave; celui des castagnettes) : &laquo; &nbsp;CARAMELS GAUFRETTES GAUFRETTES CARAMELS &raquo;. On le rencontrait souvent &nbsp;lorsqu&rsquo;on allait se promener.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tIl portait en &nbsp;bandouli&egrave;re un cylindre en m&eacute;tal au-dessus duquel se trouvait une &nbsp;mini-roulette afin de participer &agrave; une loterie. On faisait tourner cette &nbsp;roulette et une languette de cuir marron pointait finalement sur le num&eacute;ro &nbsp;qui permettait parfois de gagner &hellip;. Un ou deux autres de ces caramels &nbsp;marrons enrobes en partie d&rsquo;un papier blanc !<br \/>\n\t\tPar leur sens de la &laquo; &nbsp;promo &raquo;, il attirait les enfants qui n&rsquo;avaient aucun mal &agrave; persuader les &nbsp;parents de profiter de la &laquo; bonne affaire &raquo;.<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le marchand de &nbsp;figues de barbarie<\/strong><br \/>\n\t\tJe me souviens du &nbsp;marchand de &laquo; indi &raquo; ou Guergu&egrave;b &raquo; &ndash; figues de barbarie. &ndash; qui souvent, a &nbsp;l&rsquo;approche de l&rsquo;&eacute;t&eacute;, s&rsquo;installait en face de chez nous, au Passage ou &nbsp;ailleurs.<\/p>\n<p>\t\t&laquo; Guergueb &ndash; &nbsp;Guergueb &ndash; Hara b&rsquo;dourou &ndash; Hara b&rsquo;dourou &ndash; (Figues de barbarie &hellip; ! Les 4 &nbsp;pour 5 sous) &raquo;<\/p>\n<p>\t\tLe marchand avait &nbsp;une simple brouette ou s&rsquo;amoncelait une pyramide de ces fruits (mis au &nbsp;frais) de tailles diff&eacute;rentes dont &laquo; les teintes pouvaient avoir des &nbsp;nuances allant du rouge vermillon au vert le plus &eacute;clatant en passant par &nbsp;celles du jaune &raquo;. D&rsquo;un gout succulent, leur seul d&eacute;faut &eacute;tait qu&rsquo;ils &nbsp;&eacute;taient recouverts de piquants &agrave; peine visibles. Aussi le marchand, avec &nbsp;dext&eacute;rit&eacute;, les coupait a l&rsquo;aide d&rsquo;un canif bien aiguise : &laquo; Il coupait &nbsp;l&eacute;g&egrave;rement l&rsquo;&eacute;corce &eacute;paisse une premi&egrave;re fois en son milieu, en prenant &nbsp;soin de ne pas &eacute;gratigner la pulpe puis, tranchait les deux extr&eacute;mit&eacute;s &nbsp;pour laisser appara&icirc;tre la pulpe de couleur jaune (ou rouge\/violet), avec &nbsp;les &lsquo;p&eacute;pins&rsquo; &raquo;. Il nous les pr&eacute;sentait &laquo; comme dans un &eacute;crin &raquo;. Il n&rsquo;y &nbsp;avait plus qu&rsquo;&agrave; les &laquo; cueillir &raquo; et les d&eacute;guster. Mais il fallait mod&eacute;rer &nbsp;la consommation afin d&rsquo;&eacute;viter la constipation !<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le R&eacute;mouleur &nbsp;(L&rsquo;aiguiseur de couteaux)<\/strong><br \/>\n\t\tExer&ccedil;ant &nbsp;g&eacute;n&eacute;ralement son activit&eacute; dans les rues des villes et villages, le &nbsp;r&eacute;mouleur proposait ses services pour aiguiser couteaux, ciseaux et autres &nbsp;rasoirs<br \/>\n\t\tOn pouvait entendre &nbsp;dans les rues du kram&nbsp;la &laquo;&nbsp;m&eacute;lodie&nbsp;&raquo; caract&eacute;ristique du &nbsp;r&eacute;mouleur :&raquo; A liguiser &nbsp;les couteaux A liguiser li ciseaux, Vl&agrave; le r&eacute;mouleur ! &nbsp;&raquo; &nbsp;ou<\/p>\n<p>\t\t&laquo; A-la-guise-les &nbsp;couteaux, A-la-guise &ndash;les ciseaux&hellip;&hellip;Remouleeeur &raquo; ou<\/p>\n<p>\t\t&laquo; Riiimouleurrrr!!! &nbsp;Aiguisez les couteaux, aiguisez les ciseaux!!! &raquo; (A dire en &nbsp;chantant)<\/p>\n<p>\t\t<strong>Robavecchia &nbsp;(brocanteur)<\/strong><br \/>\n\t\tDans les rues du &nbsp;kram, retentissait assez souvent le cri du robavecchia (brocanteur) &nbsp;:<br \/>\n\t\t&laquo; roobavecchia ! &nbsp;roobavecchia !, Marchand des habits &raquo; ou<br \/>\n\t\t&laquo; E&Iuml;!!&hellip;. E&Iuml;!!&hellip;. E&Iuml;ROBAVEKIA!!! &nbsp;E&Iuml; RRRBAVEC RRRBAVEC RRRBAVEKIAAAA!!! &raquo;.<br \/>\n\t\tou &laquo; ROBA VIECHA MARCHAND DE &nbsp;BOUTEIILES. &raquo;<\/p>\n<p>\t\t&laquo;&nbsp;En fait, le &nbsp;&laquo;&nbsp;robavec&nbsp;&raquo;, comme certains l&rsquo;appelaient, achetaient les vieux &nbsp;habits, les bouteilles de verre et tous les objets dont on voulait se &nbsp;d&eacute;barrasser.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\t\tDe l&rsquo;italien &laquo; &nbsp;vieilles choses, vieilleries, vieux v&ecirc;tements &raquo; (en fait le dialecte &nbsp;populaire &eacute;tait un m&eacute;lange d&rsquo;arabe, de fran&ccedil;ais, d&rsquo;italien et de &nbsp;jud&eacute;o-arabe). Le &laquo; robavec &raquo; faisait des affaires surtout durant la &nbsp;p&eacute;riode pr&eacute;c&eacute;dant le&laquo; grand m&eacute;nage &raquo; ou on essayait de se d&eacute;barrasser de &nbsp;vieux habits et autres objets inutiles.. Ses affaires ont prosp&egrave;re lors du &nbsp;d&eacute;part d&eacute;finitif des nombreuses familles qui ont du c&eacute;der a des prix &nbsp;d&eacute;risoires (parfois pour une &laquo; bouch&eacute;e de pain &raquo;) des objets qu&rsquo;ils ne &nbsp;pouvaient pas transporter (meubles, cristallerie, les objets fragiles &nbsp;intransportables&hellip;&hellip;). On l&rsquo;appelait par la fen&ecirc;tre : &laquo;&nbsp;ROUBAVEKIA! &nbsp;ETLA, IJAI CHOUF !&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\t\t<strong>Marchand de Melha &nbsp;ou Bnina<\/strong><br \/>\n\t\tLe marchand de &nbsp;melha ou bnina portait un plateau d&rsquo;osier sur la t&egrave;te et vantait sa &nbsp;marchandise : Melha bnina ! Melha bnina !. En fait ces graines de lin &nbsp;sal&eacute;es et grill&eacute;es&nbsp; &eacute;taient vendues dans de petits cornets en &nbsp;papier.<\/p>\n<p>\t\tEn Tunisie, ce sont &nbsp;grill&eacute;es et sal&eacute;es que les graines de lin sont consomm&eacute;es, habituellement &nbsp;apr&egrave;s la sieste. Le sel aide le corps &agrave; garder son eau sous les &nbsp;temp&eacute;ratures tr&egrave;s chaudes. Les&nbsp;kramistes nomment cette collation &nbsp;&laquo;&nbsp;melhaoubnina&nbsp;&raquo; qui veut dire &laquo;&nbsp;sal&eacute;es et &nbsp;bonnes&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\t\tCes graines dont &nbsp;nous &eacute;tions si friands ont la propri&eacute;t&eacute; de r&eacute;gulariser le transit &nbsp;intestinal et avaient &eacute;t&eacute; utilis&eacute;es aussi pour la pr&eacute;paration d&rsquo;un &nbsp;empl&acirc;tre&nbsp; qui servait &agrave; soigner certaines affections pulmonaires &nbsp;saisonni&egrave;res. Gr&acirc;ce &agrave; son taux &eacute;lev&eacute; d&rsquo;om&eacute;ga-3, elles r&eacute;duisent les &nbsp;risques de souffrir d&rsquo;ath&eacute;roscl&eacute;rose. Elles r&eacute;gulent les rythmes &nbsp;cardiaques ce qui diminuent directement les risques &nbsp;d&rsquo;arythmie;<\/p>\n<p>\t\tSem&eacute;es, ces graines &nbsp;donnent de belles fleurs bleues.<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le marchand de &nbsp;Beignets &ndash; Le Ftairi<\/strong><br \/>\n\t\tAu kram, se &nbsp;trouvait le marchand de beignets. Juche a un m&egrave;tre de hauteur sur un b&acirc;ti &nbsp;carr&egrave;le, assis en tailleur devant sa bassine d&rsquo;huile bouillante, il &nbsp;confectionnait des beignets chauds Il &eacute;tait habille d&rsquo;un large saroual &nbsp;noir et d&rsquo;une chemise claire. Il &eacute;tait coiffe de la ch&eacute;chia rouge &nbsp;traditionnelle, il portait une moustache &agrave; la fois abondante et bien &nbsp;taill&eacute;e.<\/p>\n<p>\t\t&laquo;&nbsp;Le ftairi &nbsp;tr&ocirc;nait au-dessus d&rsquo;un immense bac a huile circulaire encastre dans ce &nbsp;b&acirc;ti. &laquo; Des clients mangeaient debout leur beignet a l&rsquo;huile, tout chaud, &nbsp;dans des assiettes de fer-blanc. A l&rsquo;ext&eacute;rieur, d&rsquo;autres clients &nbsp;attendaient d&rsquo;&ecirc;tre servis. Ils devaient ramener des beignets pour toute la &nbsp;famille.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\t\t&laquo; Ce qui &nbsp;m&rsquo;impressionnait le plus&hellip;<\/p>\n<p>\t\t&laquo;&nbsp;Le beignet &nbsp;prenait forme, la croute occupait le centre, les contours se &nbsp;boursouflaient.<br \/>\n\t\tL&rsquo;aide, quant a lui, enfilait les beignets &laquo; a emporter &nbsp;&raquo; dans quelques brins d&rsquo;alfa afin de nous faciliter le transport jusqu&rsquo;&agrave; &nbsp;la maison. Tout &eacute;tait minut&eacute;.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\t\tLes marchands de &nbsp;beignets viennent traditionnellement de l&rsquo;extr&ecirc;me-sud, des oasis &nbsp;lointains. Leur boutique est aussi logis : le &laquo;&nbsp;ftairi&nbsp;&raquo; et ses &nbsp;aides dorment dans la soupente attenante &agrave; l&rsquo;&eacute;choppe. Un gros r&eacute;veil tr&ocirc;ne &nbsp;derri&egrave;re le ftairi : car il se l&egrave;ve avant le jour pour allumer son feu et &nbsp;mettre en train sa po&ecirc;le. Assis en tailleur, le ma&icirc;tre tr&ocirc;ne derri&egrave;re ses &nbsp;instruments. Debout, respectueusement, de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; de la po&ecirc;le, le &nbsp;premier assistant r&ecirc;ve du jour lointain o&ugrave;, devenu patron, il aide &agrave; la &nbsp;friture, encaisse l&rsquo;argent, rend la monnaie, arbitre le conflit entre deux &nbsp;gamins qui, chacun, pr&eacute;tendent &ecirc;tre le premier.<br \/>\n\t\tLe second assistant est &nbsp;plus effac&eacute;. Il se dissimule au fond de la boutique. Son r&ocirc;le consiste &agrave; &nbsp;jeter une poign&eacute;e de copeaux dans le feu chaque fois que le ma&icirc;tre lui &nbsp;fait signe. C&rsquo;est la vestale des beignets. Le ftairi en est le ma&icirc;tre, et &nbsp;le premier assistant le &nbsp;&raquo; charg&eacute; des relations &nbsp;publiques&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le &laquo; Breikeji &nbsp;&raquo;<\/strong><br \/>\n\t\tIl &eacute;tait assis &nbsp;derri&egrave;re sa table (parfois recouverte d&rsquo;un marbre), avec &agrave; cote de lui un &nbsp;grand r&eacute;cipient rempli d&rsquo;huile bien chauff&eacute;e. Apres avoir huile sa table, &nbsp;il prenait une petite boule de la pate, qu&rsquo;il avait pr&eacute;par&eacute;e &nbsp;pr&eacute;alablement, et l&rsquo;&eacute;talait avec un rouleau a p&acirc;tisserie ; puis apr&egrave;s &nbsp;avoir ouvert un &oelig;uf cru sur la pate, il ajoutait du persil et de l&rsquo;oignon &nbsp;(haches finement et &laquo; revenus &raquo; sur le feu) ; parfois, a la demande, il &nbsp;ajoutait un peu de thon (et de la pur&eacute;e de pomme de terre), et finalement &nbsp;une pinc&eacute;e de sel et de poivre. D&rsquo;un tour de main, il refermait la pate &nbsp;par-dessus et envoyait la brick &laquo; faite a la main &raquo; dans le r&eacute;cipient bien &nbsp;chauffe et il en ressortait une brick dor&eacute;e et craquante. &nbsp;<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le Marchand de &nbsp;Jasmin<\/strong><br \/>\n\t\t&laquo;&nbsp;Il tient dans sa main son &nbsp;fond de commerce, son revenu, son capital et notre plaisir. Il vend des &nbsp;fleurs pour s&rsquo;acheter du pain. Il offre des parfums pour permettre de &nbsp;survivre. C&rsquo;est le marchand de po&eacute;sie qui passe &laquo;&nbsp;Yasmin, yesminnne &nbsp;!&nbsp;&raquo;. Qui refuserait d&rsquo;embaumer celle qu&rsquo;il aime, ou de se donner un &nbsp;instant le plaisir de humer le petit bouquet rond qui exhale une odeur de &nbsp;Paradis ? Qui voudrait rabrouer le pauvre marchand vagabond, le jasmin &agrave; &nbsp;la main ? Il est pauvre et modeste. Mais c&rsquo;est pourtant un buisson embaum&eacute; &nbsp;qui se prom&egrave;ne et nous tente. &laquo;&nbsp;Jasmin, le beau jasmin!&nbsp;&raquo;. Il va &nbsp;des terrasses de caf&eacute; aux plages de l&rsquo;&eacute;t&eacute;, de l&rsquo;ombre des ficus de &nbsp;L&rsquo;avenue Habib Bourguiba aux ruelles de la M&eacute;dina. Il est le printemps en &nbsp;balade et l&rsquo;&eacute;t&eacute; en &eacute;cole buissonni&egrave;re, il est l&rsquo;ambassadeur des jardins en &nbsp;fleurs, il est la fra&icirc;cheur qui passe. &laquo;&nbsp;Jasmin, joli Jasmin!&nbsp;&raquo;. &nbsp;Il sait &eacute;lire la table o&ugrave; r&egrave;gne la bonne humeur et o&ugrave; on lui fera f&ecirc;te. Il &nbsp;tient entre cinq doigts son petit commerce. Mais, ne vous y trompez pas : &nbsp;c&rsquo;est aussi pour l&rsquo;amour de l&rsquo;art et le plaisir des fleurs qu&rsquo;il court les &nbsp;rues en r&eacute;p&eacute;tant : &laquo;&nbsp;yasmine, &nbsp;yasminne&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le marchand de &nbsp;glibettes et de cacahu&egrave;tes<\/strong><br \/>\n\t\tLe marchand de &nbsp;cacahu&egrave;tes, muni d&rsquo;un plateau en osier, garni de cornets de graines, qu&rsquo;il &nbsp;portait au bout de son bras tendu ou pos&eacute; sur sa t&ecirc;te sur un coussinet, &nbsp;s&rsquo;annon&ccedil;ait de loin en criant dans un sabir franco-italo-arabe &nbsp;&laquo;&nbsp;cacaou&iuml;a, gloub, simens, glibettes, &nbsp;pistaches&hellip;&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\t\t&ldquo;Cacahuiette vala &nbsp;vala vala vala ah oui oui&rdquo;<\/p>\n<p>\t\t&laquo;&nbsp;C&rsquo;est bien &nbsp;s&ucirc;r notre fameux Ravaillac.. Cacahuetes, &nbsp;glibettes!!<br \/>\n\t\tCela se passait &nbsp;comme &ccedil;a &agrave; la plage de la Goulette; OUI-OUI (je l&rsquo;appelle ainsi, mais on &nbsp;pourrait l&rsquo;appeler Ravaillac suivant la plage) distribuait ses cacahuetes &nbsp;et avec une m&eacute;moire ph&eacute;nom&eacute;nale, r&eacute;cup&eacute;rait ses millimes le soir dans les &nbsp;diff&eacute;rents caf&eacute;s de la Goulette: caf&eacute; AMOR, caf&eacute; VERT, caf&eacute; Miled ou caf&eacute; &nbsp;Jilani..<\/p>\n<p>\t\tglibette, &nbsp;glib&egrave;te (de l&rsquo;arabe galbe &nbsp;&ldquo; coeur &rdquo;, &ldquo; p&eacute;pin &rdquo;, &ldquo; noyau &rdquo;). Grain de tournesol et parfois de courge &nbsp;grill&eacute; et sal&eacute;, passe au four, qui se consomme &agrave; tout moment de la &nbsp;journ&eacute;e.<\/p>\n<p>\t\tDans les salles de &nbsp;cin&eacute;ma, par rang&eacute;es enti&egrave;res, les mangeurs imp&eacute;nitents de &ldquo; glibettes &rdquo; ne &nbsp;respectent personne : dans le noir de la salle, non contents de jouer leur &nbsp;affreux concert, ils ne cessent &ldquo; innocemment &rdquo; de cracher leurs &nbsp;&eacute;pluchures sur leurs voisins de devant, lesquels font la m&ecirc;me chose encore &nbsp;devant, etc.<br \/>\n\t\tDans les &nbsp;principales art&egrave;res de la ville, des vendeurs de &ldquo;glibettes&rdquo; s&rsquo;installent &nbsp;parfois avec leur plateau en osier devant les salles de cin&eacute;ma. Ce qui a &nbsp;fini par exasp&eacute;rer certains directeurs de salle de cin&eacute;ma qui ont d&eacute;cide &nbsp;d&rsquo;afficher a l&rsquo;entr&eacute;e de leur salle : &nbsp;&raquo; Interdit chewing-gum et &nbsp;glibettes<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le Marchand de &nbsp;kakis<\/strong><br \/>\n\t\t&laquo; BIAN FRAIS LI KAKIEEEE. &nbsp;&raquo;<br \/>\n\t\tLe marchand de &nbsp;kakis (une sorte de gressin sal&eacute;, nature ou au s&eacute;same), avec son panier &nbsp;d&rsquo;osier, qui &eacute;tait toujours l&agrave; en cas de petite faim apr&egrave;s une partie de &nbsp;volley, de raquettes de plages&hellip;on le servait aussi pour &nbsp;l&rsquo;ap&eacute;ritif<\/p>\n<p>\t\t<strong>&nbsp;Fahem..Le &nbsp;charbonnier.<\/strong><br \/>\n\t\t-Sa marchandise &nbsp;noire &eacute;tait contenue derri&egrave;re une charrette tir&eacute;e par un &acirc;ne ou une mule. &nbsp;Une bascule &agrave; main qu&rsquo;il tenait en &eacute;quilibre par son milieu, repos&eacute;e sur &nbsp;son tas de noirceur. Un plateau pour les poids et un autre plus large et &nbsp;plus grand pour peser son charbon souvent mouill&eacute;, une astuce malhonn&ecirc;te &nbsp;qui lui faisait gagner du poids et de l&rsquo;argent. Il commen&ccedil;ait d&rsquo;abord &agrave; &nbsp;poser de gros petits blocs puis &agrave; mesure qu&rsquo;il avan&ccedil;ait dans sa pes&eacute;e les &nbsp;morceaux devenaient de moindres importances pour finir par quelques &nbsp;pogn&eacute;es de &lsquo;shak&rsquo;, poussi&egrave;re. Tout &eacute;tait question de choix dans la &nbsp;marchandise; pour un kilo la cliente ne r&eacute;coltait que des menus morceaux &nbsp;d&rsquo;importance, des brindilles calcin&eacute;es, pour plus volumineux elle avait &nbsp;droit &agrave; de bons morceaux qui se consumaient moins vite dans le canoun. &nbsp;Mais m&ecirc;me dans ce cas l&agrave;, le &lsquo;shak&rsquo; &eacute;tait obligatoire &nbsp;&hellip;<br \/>\n\t\t-&rsquo;Melle &eacute;hd&egrave;k&egrave; l&eacute;z&egrave;m, y&egrave; l&eacute;ll&egrave;&hellip;!&rsquo; &nbsp;(&lsquo;Il en faut madame&hellip;!&rsquo;)<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le Vitrier &nbsp;ambulant<\/strong><br \/>\n\t\tUne sp&eacute;cialit&eacute; &nbsp;plut&ocirc;t tenue par des italiens ou des maltais, rares &eacute;taient les juifs qui &nbsp;colportaient derri&egrave;re eux une sorte d&rsquo;&eacute;chelle, sans &eacute;chelon, adoss&eacute; &agrave; sa &nbsp;vo&ucirc;te lombaire. Il criait souvent son m&eacute;tier comme tous les vendeurs &nbsp;ambulants&hellip;Une fois invit&eacute; &agrave; r&eacute;parer, il &lsquo;pesait&rsquo; &lsquo; youzen&rsquo; d&rsquo;un simple &nbsp;coup d&rsquo;&oelig;il le travail puis annon&ccedil;ait son prix souvent amplifi&eacute; pour &nbsp;arriver &agrave; un compromis assez convenable. Une fois, le marchandage termine, &nbsp;il prenait la mesure du&rsquo; foss&rsquo; ( carreau de vitre) et allait l&rsquo;acheter &nbsp;chez le droguiste.<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le &lsquo;Tonsseur&rsquo; de &nbsp;chien &nbsp;<\/strong><br \/>\n\t\tSp&eacute;cialit&eacute; des &nbsp;gitans, des gens du voyage ou des maltais. Il faut savoir qu&rsquo;&agrave; la &nbsp;Goulette, rares &eacute;taient les personnes qui avaient un chien dans leur &nbsp;appartement sauf celles qui avaient une villa. Quoique, nous en avions, un &nbsp;de Bobby, c&rsquo;&eacute;tait son nom. Le plus souvent, ils couchaient dans les &nbsp;balcons quand le temps le permettait ou dans les terrasses. La tonte se &nbsp;faisait souvent &agrave; l&rsquo;approche du printemps, le tondeur muni d&rsquo;une tondeuse &nbsp;&agrave; main, taillait dans la masse chevelue, souvent court &agrave; la limite de la &nbsp;&lsquo;calvitie&rsquo;. Parfois quelques &lsquo;tiques&rsquo; dormantes, d&eacute;rang&eacute;es par le &nbsp;&lsquo;bourreau&rsquo;, se retrouvaient coinc&eacute;es d&rsquo;entre les lames. Tr&egrave;s adroits et &nbsp;vifs, ils &eacute;taient pay&eacute;s au forfait. Et suivant la taille du chien. Ils &nbsp;tondaient aussi les moutons dans les &eacute;curies. Toujours &agrave; la m&ecirc;me &nbsp;p&eacute;riode.<\/p>\n<p>\t\t<strong>Le Plombier ou &nbsp;&lsquo;lahem&rsquo; ( soudeur)&nbsp;<\/strong> &nbsp;<br \/>\n\t\tIl accumulait &nbsp;parfois les deux fonctions; une grosse boite &agrave; outils derri&egrave;re son dos ou &nbsp;en bandouli&egrave;re, il arpentait les rues au son de sa voix &lsquo; Plombierrrr&rsquo; &nbsp;&lsquo;Hlakmi&rsquo; &lsquo;Lah&egrave;m&rsquo;. Dans sa boite, toute sorte d&rsquo;outils pour ce faire. Il &nbsp;r&eacute;parait ind&eacute;pendamment les fuites et les robinets, les cuvettes en zinc &nbsp;trou&eacute;es et us&eacute;es avec de la brasure en baguette sp&eacute;cialement faite &agrave; cet &nbsp;usage. Il frottait d&rsquo;abord les abords du trou avec une sorte de graisse &nbsp;blanche ensuite il posait un peu de &lsquo;tungst&egrave;ne&nbsp;&raquo; en baguette qu&rsquo;il &nbsp;chauffait avec un outil &agrave; bec. Une fois la pointe de son instrument rougie &nbsp;sur un primus, il apposait sur la mati&egrave;re &agrave; souder, autant de fois qu&rsquo;il &nbsp;le fallait, le bec chauff&eacute;, pour &eacute;taler sa &lsquo;mixture&rsquo; toujours en y &nbsp;ajoutant un peu de cette graisse dont je ne me rappelle plus le nom. Bref, &nbsp;sa soudure finie, il versait de l&rsquo;eau pour bien se rendre compte de sa &nbsp;bonne finition. Ou alors, si le r&eacute;cipient &eacute;tait trop &eacute;troit, il soufflait &nbsp;dedans pour sentir si son souffle s&rsquo;&eacute;chappait ou &eacute;tait rest&eacute; emprisonn&eacute; &nbsp;dans la fiole. Son prix &eacute;tait assez variable, bref il y avait toujours &nbsp;palabre &agrave; la fin des travaux.<\/p>\n<p>\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t&nbsp; C&#39;&eacute;tait le bon vieux temps de notre jeunesse &#8230;&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tMichel Khayat<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LES &nbsp;PETITS METIERS AU KRAM DE&nbsp;L&rsquo;EPOQUE &nbsp; Le Marchand de &nbsp;Granite Au kram , le &nbsp;marchand de granite avait devant lui un baquet de bois a l&rsquo;interieur &nbsp;duquel se trouvait un cylindre en laiton. Entre les deux, il mettait de la &nbsp;glace en morceaux qu&rsquo;il salait de temps en temps avec du gros sel afin&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15671,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[14,17,1],"tags":[],"class_list":["post-1397","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-paris","category-souvenirs","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1397","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1397"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1397\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15671"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1397"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1397"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1397"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}