{"id":1437,"date":"2016-08-05T13:35:05","date_gmt":"2016-08-05T13:35:05","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1437"},"modified":"2016-08-07T19:43:33","modified_gmt":"2016-08-07T19:43:33","slug":"mon-tgm-par-monique-zetlaoui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/mon-tgm-par-monique-zetlaoui\/","title":{"rendered":"Mon TGM, par Monique Zetlaoui"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMon TGM<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Entre r&ecirc;ve et Histoire, il chemine le petit train et nous aussi avons le droit de r&ecirc;ver&nbsp; et de prendre quelques libert&eacute;s avec l&rsquo;Histoire, si erreurs il y a elles sont voulues<\/em>.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\">\n\t&nbsp;&nbsp;<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/tgm1.JPG\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMon TGM<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Entre r&ecirc;ve et Histoire, il chemine le petit train et nous aussi avons le droit de r&ecirc;ver&nbsp; et de prendre quelques libert&eacute;s avec l&rsquo;Histoire, si erreurs il y a elles sont voulues<\/em>.<\/p>\n<p class=\"rtecenter\">\n\t&nbsp;&nbsp;<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/tgm1.JPG\" \/><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous les matins &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; les <em>fta&iuml;ri<\/em> alimentent leur feu, o&ugrave; les &eacute;toiles s&rsquo;&eacute;teignent doucement, laissant &agrave;&nbsp; la lune et au&nbsp; soleil un tout petit instant&nbsp; pour une tendre et furtive&nbsp; &eacute;treinte,&nbsp; un petit train&nbsp; reconnaissant l&egrave;ve les yeux vers le ciel.&nbsp; Il&nbsp; remercia le <em>mektoub<\/em> pour cette&nbsp; si jolie vie. Elle n&rsquo;avait pas si bien commenc&eacute; son existence, &agrave; peine venu peine&nbsp; au monde qu&rsquo;on l&rsquo;exp&eacute;diait sous terre &agrave; cheminer dans les sous-sols parisiens.&nbsp; De Paris, il ne connaissait que d&rsquo;interminables kilom&egrave;tres de tunnels gris, noirs, poussi&eacute;reux o&ugrave; seules de petites souris qui couraient sur les voies s&rsquo;amusaient parfois avec lui. De temps &agrave; autre &agrave; Bir-Hakeim il apercevait la tour Eiffel, son petit c&oelig;ur palpitait,&nbsp; bouff&eacute;e d&rsquo;air, de libert&eacute; de bonheur et cette grande dame de fer qui conversait avec le ciel comme il aimerait la courtiser.&nbsp; Pas le temps, bien vite les rails rectilignes,&nbsp; autoritaires,&nbsp; sans la moindre fantaisie le ramenaient sous terre, lui &ocirc;taient ses r&ecirc;ves.&nbsp; Il avait le destin d&rsquo;un mineur, le bout du nez charbonneux, le ciel, les oiseaux, le soleil, ce n&rsquo;&eacute;tait pas pour lui.&nbsp; Et, un beau jour, d&rsquo;&eacute;l&eacute;gants fonctionnaires d&eacute;cid&egrave;rent qu&rsquo;il devait partir ailleurs, loin, tr&egrave;s loin, si loin.&nbsp; Peu aventurier, il eut peur et se mit tout &agrave; coup &agrave; les aimer ces galeries souterraines, les petites souris qui se faufilaient entre les rails &eacute;taient devenues ses amies, il ne voulait pas les quitter. Mais, les ronds-de-cuir, binocles sur le nez et&nbsp;&nbsp; montres au gousset ne lui demand&egrave;rent pas son avis. Il embarqua &agrave; Marseille et clo&icirc;tr&eacute; au fond d&rsquo;une cale, il ne vit jamais la mer dont il ne connut que roulis et tangage, naus&eacute;es et vertiges. Il ignorait quel destin fabuleux l&rsquo;attendait.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tTunis<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un joli&nbsp; matin de 1905, il est d&eacute;pos&eacute; &agrave; l&rsquo;Avenue de la Marine&nbsp; &agrave; Tunis, c&rsquo;est ici que d&eacute;bute sa vraie vie. Oubli&eacute; les tunnels, la grisaille, la poussi&egrave;re,&nbsp; et les train&eacute;es noir&acirc;tres, &eacute;bloui, il d&eacute;couvre la mer. Il hume&nbsp; &agrave; pleins poumons les embruns marins, il laisse portes et fen&ecirc;tres ouvertes pour que le vent circule dans ces wagons,&nbsp; ce vent qui lui conte l&rsquo;Histoire de cette terre qui devient sienne. Il ne se doute pas encore que lui aussi fera partie de cette Histoire, qu&rsquo;&agrave; son tour comme les conteurs de la plus pure tradition, il dira &laquo;&nbsp;<em>kan ya maqam fi kadim el zamman&hellip;&nbsp;&raquo;<\/em> (Il &eacute;tait une fois au temps jadis), Ouvre tes yeux voyageur, ouvre tes oreilles, regarde, &eacute;coute&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"rtecenter\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/tgm2.JPG\" \/><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au bout d&rsquo;une longue avenue bord&eacute;e de ficus o&ugrave; tous les soirs &agrave;&nbsp; dix huit&nbsp; heures sonnantes des milliers d&rsquo;oiseaux, nich&eacute;s dans les branches, jouaient une joyeuse symphonie, se trouvait la gare du TGM.&nbsp; La gare&nbsp;? Juste un auvent bleu et blanc d&rsquo;o&ugrave; un petit train de bois s&rsquo;en allait courir sur une trentaine de kilom&egrave;tres le long de la mer, ma mer, ma M&eacute;diterran&eacute;e. Court-t-il&nbsp;&nbsp; vraiment&nbsp;? Bien s&ucirc;r que non, d&rsquo;ailleurs comment le pourrait-il, la distance entre deux gares est si courte. A peine l&rsquo;&eacute;lan pris, que retentit le sifflet du contr&ocirc;leur, annon&ccedil;ant la prochaine station. Il musarde, fl&acirc;ne, s&rsquo;arr&ecirc;te parfois de fa&ccedil;on inopin&eacute;e,&nbsp; pour laisser passer un &acirc;ne au regard&nbsp;&nbsp; doux et triste ou&nbsp; une grappe d&rsquo;enfants joyeux et indisciplin&eacute;s&nbsp; qui traversent&nbsp; la voie ferr&eacute;e.&nbsp; Plus d&rsquo;un demi-si&egrave;cle s&rsquo;est &eacute;coul&eacute; depuis son arriv&eacute;e sur cette terre qu&rsquo;il aime passionn&eacute;ment, dont il sait&nbsp; les joies, les souffrances, les besoins, les r&ecirc;ves et les rumeurs. Il n&rsquo;en veut jamais aux passagers, pour le moins dissip&eacute;s, qui p&eacute;n&egrave;trent dans ses wagons sans&nbsp; demander la permission,&nbsp; c&rsquo;est qu&rsquo;en &eacute;change ces voyageurs lui ont ouvert leur c&oelig;ur depuis l&rsquo;enfance, son &acirc;me se niche au plus profond de chacun d&rsquo;entre eux et il devine que ces petits gar&ccedil;ons aux genoux &eacute;corch&eacute;s qui galopent d&rsquo;un wagon &agrave; l&rsquo;autre laissant derri&egrave;re eux,&nbsp; des p&eacute;pites blanches&nbsp;&nbsp; sal&eacute;es comme la mer, ces patriotes&nbsp; enthousiastes au regard fi&eacute;vreux, coiff&eacute;s de la ch&eacute;chia, ces papas au costume d&rsquo;alpaga, ces petites filles aux nattes impeccables, ces b&eacute;douines imp&eacute;riales, la m&eacute;lia retenue par l&rsquo;antique fibule diront tous un jour &laquo;&nbsp; <em>tu te souviens du TGM&nbsp;<\/em>&raquo; Il sait qu&rsquo;&agrave; jamais il demeure un morceau de leur enfance, de leur jeunesse, cet &acirc;ge d&rsquo;or mythique que chacun trimbale et embellit&nbsp; tout au long de la vie.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ses wagons, recouvertes, d&rsquo;un <em>sefsari<\/em> d&rsquo;un blanc immacul&eacute; qu&rsquo;un Pr&eacute;sident progressiste, au regard azur va bient&ocirc;t leur &ocirc;ter, les belles Arabes ne laissaient voir que leurs yeux ourl&eacute;s de kh&ocirc;l.&nbsp; A cot&eacute;, la nonna sicilienne toute de noir v&ecirc;tue, elle qui fut si pulpeuse autrefois avant tous le spaghetti, tortellini et rigatoni, (mamma mia&nbsp;!&#8230;.) et les jeunes filles juives timides et aguicheuses qui fredonnaient d&eacute;j&agrave; les premi&egrave;res chansons d&rsquo;Elvis. Il en a de la chance le petit train, qu&rsquo;elles sont belles ces femmes qui s&rsquo;installent dans les wagons, ces jupes coquines qui virevoltent, ces peaux mates et soyeuses,&nbsp; . Et puis ces hommes au regard fier, br&ucirc;lant, qui oscillent entre courtoisie et d&eacute;sir.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il ne veut pas les ennuyer comme un vieux professeur imbu de son savoir. Il est malin, le petit train, il&nbsp; sait que pour les int&eacute;resser, les &eacute;blouir,&nbsp; il faut les faire r&ecirc;ver, quoi de mieux que le septi&egrave;me art pour cela. Il &eacute;tait n&eacute; en 1900, avec la premi&egrave;re ligne de m&eacute;tro, cinq ans apr&egrave;s la premi&egrave;re projection des fr&egrave;res Lumi&egrave;re Avec talent, avec g&eacute;nie, il se fait cin&eacute;aste et fait d&eacute;filer, sur l&rsquo;&eacute;cran- fen&ecirc;tre,&nbsp; des paysages doux et &eacute;corch&eacute;s, de bougainvilliers aux fleurs insolentes de couleurs, des cactus croulant sous des fruits piquants et&hellip; des pans de civilisations, le cin&eacute;ma peut faire remonter et temps et se t&eacute;lescoper les &eacute;poques.Tout &agrave; coup, toi voyageur &eacute;berlu&eacute;, tu&nbsp; tu regardes l&rsquo;alti&egrave;re mais gourmande Tanit&nbsp; qui d&eacute;guste une brick &agrave; l&rsquo;&oelig;uf &agrave; la Goulette sous l&rsquo;&oelig;il effar&eacute; de Baal&nbsp; et rend une visite de courtoisie, &agrave; la Madone recluse dans son &eacute;glise de la petite Sicile.&nbsp; Tu aper&ccedil;ois Caton, &eacute;baudi et jaloux&nbsp; de&nbsp; la richesse des verges ph&eacute;niciens,&nbsp; ivre de rage il&nbsp; pense d&eacute;j&agrave;&nbsp;&laquo;&nbsp;Carthago delanda est&nbsp;&raquo; il d&eacute;shabille&nbsp; une granatum punica dont il&nbsp; croque les graines rubis en pensant au sang qu&rsquo;il fera couler pour la troisi&egrave;me guerre punique.&nbsp;&nbsp; Zina et Aziza ondulent des hanches au Festival de Carthage avant de laisser la place aux gladiateurs. Les Siciliens d&eacute;barquent en masse au XIX&deg;si&egrave;cle dans l&rsquo;espoir d&rsquo;une vie meilleure, attendris et&nbsp; &eacute;tonn&eacute;s et &eacute;mus les premiers gouverneurs Banu Khorassan hument les effluves de <em>pkaila <\/em>qui s&rsquo;&eacute;chappent des demeures&nbsp; juives, en&nbsp; r&ecirc;vant de <em>khorresh &ndash;e esfenaj<\/em><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et du bleu, du bleu &agrave; n&rsquo;en plus finir, celui du ciel, celui des persiennes qui s&rsquo;ouvrent aux heures fra&icirc;ches, et les scintillants lapis-lazulis de la mer. Il laisse derri&egrave;re lui l&rsquo;avenue, devenue l&rsquo;avenue de la Marine devenue&nbsp; Jules Ferry puis Habib Bourguiba, il tourne le dos &agrave; Bal el Bhar,&nbsp;&nbsp;&nbsp; et&nbsp; s&rsquo;engage sur une &eacute;troite bande de terre. A sa droite, du bleu, &agrave; sa gauche du bleu. A gauche, un lac, r&eacute;sidence de royaux flamants roses, hautains et indiff&eacute;rents &agrave; l&rsquo;odeur putride qui &eacute;mane des eaux. Comme souvent les pauvres, elles sont dignes ces eaux et cachent leur mis&egrave;re derri&egrave;re une c&eacute;leste robe bleue, alors qu&rsquo;ailleurs les eaux croupies ont pour tout v&ecirc;tement une hideuse robe verd&acirc;tre. A droite, l&rsquo;&eacute;troit goulot de mer, Halq al Oued. Voyageur, le sais-tu que ce chenal fut perc&eacute; d&egrave;s le Moyen-&acirc;ge&nbsp;? Bien vite, il s&rsquo;av&eacute;ra inutilisable pour les bateaux &agrave; fort tirant d&rsquo;eau. Plus tard, un nouveau canal reliera la Goulette et Tunis et les paquebots qui glissent sur l&rsquo;eau salueront respectueusement &agrave; grands coups de sir&egrave;nes le petit train. Les&nbsp; voyageurs &eacute;coutent d&rsquo;une oreille distraite car un spectacle les captive. Suspendus aux fen&ecirc;tres, accroch&eacute;s aux portes, ils regardent fascin&eacute;s la chor&eacute;graphie des dauphins et cachalots, ils en oublient de l&eacute;cher le <em>frigolo<\/em> qui fond dans leurs mains. Sur les ponts des paquebots s&rsquo;agitent mouchoirs et foulards.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<u>Goulette Vieille<\/u>indique le panneau, de nouveau un auvent bleu, des murs &eacute;clabouss&eacute;s de blanc sur lesquels s&rsquo;&eacute;crasent au plus fort de l&rsquo;&eacute;t&eacute;d&rsquo;ind&eacute;centes et violettes figues &agrave;la robe fendue , un ent&ecirc;tant parfum de jasmin et le vent, ce nomade caressant ou violent, glacial ou br&ucirc;lant demeure itin&eacute;rante des esprits de la mer et du d&eacute;sert. C&rsquo;est ici, voyageur que tu aimes d&eacute;guster un sandwich au thon d&eacute;goulinant d&rsquo;huile et l&eacute;cher voluptueusement une granite de citron glac&eacute;.&nbsp; A la fin de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, tu t&rsquo;achemineras lentement vers le port o&ugrave;&nbsp; rentrent les chalutiers qui d&eacute;versent &agrave;quai leur moisson marine. Joyeux brouhaha de vente &agrave;la cri&eacute;e, filets d&eacute;ploy&eacute;s et ravaud&eacute;s, f&ecirc;te du retour. Ce soir dans les riches demeures, on se r&eacute;galera du royal m&eacute;rou, du mulet au ventre noir et &agrave;l&rsquo;&oelig;il brillant, de crevettes g&eacute;antes que guettent avec impatience ail, tomates et persil. Les plus modestes d&eacute;gusteront avec autant&nbsp; de bonheur&nbsp; rougets et autres petites fritures. Pour tous, une seule fa&ccedil;on d&rsquo;accommoder le poisson, chaque Goulettois, le sait&nbsp;; <em>un poisson &ccedil;a na&icirc;t dans l&rsquo;eau et &ccedil;a meurt dans l&rsquo;huile<\/em>&nbsp;; tomates, poivrons et &oelig;ufs eux aussi plong&eacute;s dans l&rsquo;huile bouillante les accompagneront. Tard dans la nuit, ce sera au tour des chats, voyous imp&eacute;riaux de festoyer. D&rsquo;un &eacute;l&eacute;gant coup de patte, ils &eacute;ventreront les poubelles pour savourer avec une distinction toute f&eacute;line les reliefs des d&icirc;ners, croquant majestueusement t&ecirc;tes et ar&ecirc;tes. Repus, ils n&rsquo;oublient pas de faire leur toilette avant d&rsquo;aller faire hurler de plaisir les chattes des alentours, qui quelques semaines plus tard mettront bas. &nbsp;Le 15 ao&ucirc;t,&nbsp; toi le musulman, toi le juif,&nbsp; tu suivras la procession de la Madone qui part de la petite Sicile. Furtivement et secr&egrave;tement, tu invoqueras la Vierge Marie, sais-t-on jamais&nbsp;?&nbsp; Et le Fort balay&eacute;par les vagues, fouett&eacute;par les vents, &eacute;cras&eacute;par le soleil demeure le t&eacute;moin d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements que tu as oubli&eacute;.&nbsp; Pourquoi le&nbsp; vent fait-il autant de vacarme&nbsp;? Ce n&rsquo;est pas le vent te souffle le petit train, &eacute;coute, entends-tu Saint Louis&nbsp; qui d&eacute;barque le 17 juillet, il ignore que &eacute;pid&eacute;mie de typhus d&eacute;cimera une partie de son arm&eacute;e et que lui-m&ecirc;me rendra l&rsquo;&acirc;me &agrave;Carthage. Entends-tu les ordres hurl&eacute;s du terrifiant corsaire Khayr el Din que les Occidentaux appellent Barberousse, les cris des soldats turcs et espagnols qui s&rsquo;&eacute;tripent et vois-tu les flaques de sang&nbsp; qui rougissent les eaux du port&nbsp;? Les g&eacute;missements se taisent, des clameurs joyeuses montent vers le ciel. C&rsquo;est quoi cette liesse, ces youyous&nbsp;? Mais souviens toi, regarde le &laquo;&nbsp;Ville d&rsquo;Alger&nbsp;&raquo;glisser sur les eaux et le voil&agrave;le Lib&eacute;rateur, et la foule chante, danse la joie, le printemps est ti&egrave;de. Il est beau, radieux, il croit si fort &agrave;ses r&ecirc;ves et le peuple entier y croit avec lui. Le temps du culte de la personnalit&eacute;n&rsquo;est pas encore arriv&eacute;. Il enfourche un cheval et la petite fille &eacute;merveill&eacute;e croit qu&rsquo;il est&nbsp; le prince charmant. Couper, couper hurle le machiniste, un long sifflement, et red&eacute;marre le petit train.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<u>Goulette Neuve, Goulette Casino<\/u>, deux autres stations pour la m&ecirc;me ville qui s&rsquo;&eacute;tire indolente le long de la mer, il est loin le temps des Crois&eacute;s, des pirates et autres envahisseurs. Ici un gros g&acirc;teau blanc pos&eacute; sur le sable, pompeusement baptis&eacute; casino,&nbsp; l&agrave; quelques maisons aux z&eacute;ligs d&eacute;lav&eacute;s&nbsp; t&eacute;moignent d&rsquo;une opulence d&rsquo;antan.&nbsp; Stations baln&eacute;aires mis&eacute;rables et gaies, aux sols par&eacute;s de pelures de <em>glibettes<\/em> qui se prennent pour des mosa&iuml;ques romaines, aux grands-m&egrave;res &eacute;normes, felliniennes,&nbsp; aux hommes orgueilleux et tellement humili&eacute;s. Les embruns puissamment iod&eacute;s et les odeurs de friture et de grillade de viandes&nbsp; se c&ocirc;toient &eacute;tonn&eacute;s. Nonchalamment, la rouille&nbsp; et les embruns marins grignotent&nbsp; les v&eacute;los.&nbsp; Les bouchers, bourreaux des temps modernes suspendent a des crochets des b&ecirc;tes sacrifi&eacute;es et&nbsp; les mouches y&nbsp; &eacute;lisent joyeusement domicile .&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n&rsquo;y a pas de librairies ici demande la petite fille. On d&eacute;marre, pas question de fermetures de portes, les petites jambes brunes se balancent sur le marchepied, les petits gar&ccedil;ons comptent et recomptent les noyaux d&rsquo;abricots&nbsp; et le petit train enjambe un canal et filme inlassable la mer jusqu&rsquo;&agrave;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<u>Kherredine,<\/u>petite bourgade du nom d&rsquo;un pacha turc, si loin des fastes&nbsp; de la Sublime Porte. Rues align&eacute;es, demeures sans charmes, architecture b&acirc;tarde, village assoupi presque toute l&rsquo;ann&eacute;e qui tout &agrave; coup l&rsquo;&eacute;t&eacute; venu se r&eacute;veille, village sans gr&acirc;ce et pourtant &hellip;..&nbsp; C&rsquo;est ici que sont les souvenirs, les &eacute;mois, les &eacute;motions de quatre g&eacute;n&eacute;rations de juifs tunisois.&nbsp; Amours licites et amours clandestines,&nbsp; matchs de foot pieds-nus sur le sol br&ucirc;lant, parties de cartes pagnolesques et p&ecirc;ches miraculeuses, v&eacute;los rouill&eacute;s et grin&ccedil;ants, guerre de Bizerte et lointains &eacute;chos de la guerre d&rsquo;Alg&eacute;rie, guirlandes parfum&eacute;es de jasmin au cou des femmes et odeurs de grillades, persiflages et jacasseries, cornets de frites et beignets br&ucirc;lants mais curieux qui lisent les journaux qui les enveloppent. Ventres mous et peaux fan&eacute;es et la r&eacute;verb&eacute;ration qui renvoie de jeunes poitrines effront&eacute;es, des corps lisses et fermes, coup de soleil et griffures au c&oelig;ur, premiers effleurements, baisers vol&eacute;s. Petits rien de la vie, souvenirs sans importance qui se muent un jour en nostalgie, nostalgie d&rsquo;une innocence voulue et na&iuml;ve. Kherredine&nbsp;&nbsp; Maisons ouvertes et&#8230;. c&oelig;urs m&eacute;fiants&hellip; Attention au d&eacute;part.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;A&eacute;roport<\/p>\n<p>\n\tPas tr&egrave;s loin, sur le lac se posaient d&egrave;s&nbsp; 1926, les premiers hydravions &eacute;tablissant la premi&egrave;re liaison avec la France, Antibes-Ajaccio- Tunis. L&rsquo;amerrissage, sur la base dite de Kherr&eacute;dine, attirait badauds et curieux et bien de petits gar&ccedil;ons p&eacute;dalaient depuis la Goulette pour voir le grand oiseau de poser. Rien, il ne reste rien de cette excitation. Timide, introvertie, mutique la station&nbsp;? La vie ne palpite que devant la boutique d&rsquo;Alfredo le glacier italien &agrave; la divine <em>zuppa inglese<\/em>, il s&rsquo;applique d&rsquo;autant plus qu&rsquo;&agrave; la halte suivant un rival&nbsp; tout aussi dou&eacute; officie. Sur le bord de la route nationale, un imposant bureau de poste, lointain souvenir de l&rsquo;a&eacute;ropostale au temps b&eacute;ni des hydravions bien avant qu&rsquo;El Aouina ne lui ravisse sa place<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<u>Le Kram<\/u><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;Le petit train cin&eacute;aste aper&ccedil;oit&nbsp; l&rsquo;&eacute;cran d&rsquo;un cin&eacute;ma aux si&egrave;ges branlants, au ciel &eacute;toil&eacute; pour seul plafond o&ugrave; &agrave; la nuit tomb&eacute;e Ben Hur, certains soirs, fait courir ses chars et,&nbsp; d&rsquo;autres soirs, Rett Buttler embrasse fougueusement et langoureusement la s&eacute;duisante et coquette&nbsp; Scarlett O&rsquo;hara sous les sifflets du public. Les adolescentes&nbsp; au c&oelig;ur chavir&eacute; aimeraient bien avoir son audace et se contentent de l&eacute;cher un onctueux nougat glac&eacute;&nbsp; chez Cacciola et les gar&ccedil;ons cheveux raidis par le brushing et &nbsp;sexe tout aussi raide ne r&ecirc;vent que de rencontrer une coquine effront&eacute;e. Agha el Kram dont les vergers de figuiers parfum&eacute;s donnaient les meilleurs fruits du monde est oubli&eacute; de tous, pourtant la localit&eacute; doit son nom au fruit (kerm&acirc;,&nbsp; d&eacute;signe le figuier et signifie b&eacute;n&eacute;diction don de Dieu) peut-on r&ecirc;ver de plus joli nom&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe ciel n&rsquo;a pas chang&eacute;, l&rsquo;horizon est toujours de mer, les gares chaul&eacute;es se ressemblent, se confondent mais&nbsp; la petites fille aux nattes disciplin&eacute;es, &agrave;la jupe bleue marine sagement pliss&eacute;e a tout &agrave;coup le sentiment d&rsquo;entrer dans l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<u>Salammb&ocirc;, Dermech, Douar Chott<\/u>, moins ardent, le soleil, plus l&eacute;ger le souffle du gr&eacute;gal&nbsp; et du sirocco, paisibles et sereines, les rues frang&eacute;es d&rsquo;odorants eucalyptus. Les petites stations ombrag&eacute;es s&rsquo;allongent sur une m&eacute;ridienne de sable et de mer dans la torpeur d&rsquo;une interminable sieste. Partie de Tyr,&nbsp; entour&eacute;e de ses suivantes et&nbsp; de valeureux marins,&nbsp; d&eacute;barque une belle princesse. Elyssa est audacieuse, courageuse et assez maligne pour leurrer un roi qui s&rsquo;embrouille,&nbsp; penaud ou &eacute;bloui par sa beaut&eacute;, dans ses d&eacute;coupages de lani&egrave;res de peau de b&oelig;uf. C&rsquo;est ici qu&rsquo;elle fondera sa nouvelle ville, ce grand Empire que Rome jalousera tant. Dans ses bagages la ph&eacute;nicienne am&egrave;ne l&rsquo;olivier et la&nbsp; grenade.<\/p>\n<p>\n\tQue reste-t-il des faubourgs de Megara&nbsp;, des ports puniques&nbsp;? Des criques miniatures, des ruines de ruines. Une petite fille imagi-na&iuml;ve qui passe ici les vacances de sa petite enfance, frotte entre ses mains de tr&egrave;s vielles pierres magiques. Qui a dit que les pierres &eacute;taient muettes&nbsp;? Devant elle, tout &agrave;coup l&rsquo;arm&eacute;e des 29 &eacute;l&eacute;phants d&rsquo;Hannibal embarque. Les &eacute;l&eacute;phants&nbsp; ignorent qu&rsquo;ils se pr&eacute;parent &agrave;franchir les Alpes, mais d&rsquo;instinct, ils savent qu&rsquo;ils ne reviendront pas. L&rsquo;&oelig;il triste, ils disent adieu &agrave;leurs amis les chats qui bien qu&rsquo;amateurs de poissons d&eacute;testent l&rsquo;eau,&nbsp; eux ne&nbsp; partiront pas. Le TGM roule plus lentement, pr&eacute;cautionneusement, ne pas commettre de sacril&egrave;ge. Sous les rails, une chapelle, plus loin un tophet. Tout &agrave;coup les stations s&rsquo;&eacute;brouent, sortent de leur sommeil, un vacarme assourdissant, c&rsquo;est celui des quais, les bateaux aux cales pleines qui livreront tout le pourtour m&eacute;diterran&eacute;en, les dockers&nbsp;&nbsp; puniques&nbsp; ploient sous leur fardeau des amphores ventrues, pleine de vin, d&rsquo;huile et de ce puissant garum.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<u>Carthage<\/u>, la locomotive fr&eacute;mit palpite&nbsp;; c&rsquo;est qu&rsquo;elle est &eacute;mue en d&eacute;pit de la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; des avenues, des nonchalantes cal&egrave;ches align&eacute;es pr&egrave;s de la gare, des violettes belles de nuit qui attendent la tomb&eacute;e du jour pour &eacute;taler en corolles les soies de leurs p&eacute;tales, robes de bal d&rsquo;un soir, un nuit, une seul nuit pour s&eacute;duire.&nbsp; D&rsquo;&eacute;l&eacute;gantes jeunes femmes &agrave; la taille serr&eacute;e, &eacute;tole de soie n&eacute;gligemment jet&eacute;e sur les &eacute;paules,&nbsp; suspendus au bras de faux Gary Grant, se dirigent vers le Neptune pour d&eacute;guster dans une atmosph&egrave;re surann&eacute;e et d&eacute;su&egrave;te des crevettes&nbsp; du bout des l&egrave;vres et pi&eacute;tinent all&eacute;grement de leurs talons aiguilles le sommeil de ces Carthaginois victimes du premier g&eacute;nocide de l&rsquo;Histoire. Entendent-elles ces jolies futiles&nbsp; le discours haineux qu&rsquo;un vieux s&eacute;nateur prononce &agrave; Rome et que l&rsquo;&eacute;cho r&eacute;percute&nbsp;: &laquo;&nbsp;Carthago delanda est&hellip;Carthago delenda est&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp; Au dessert d&rsquo;une moue gourmande, les belles&nbsp; redemandent une figue oubliant que ce fruit si sensuel est celui utilis&eacute; par le vieux Caton pour d&eacute;clencher la troisi&egrave;me guerre punique. Sur la table un grand agronome, &agrave; jamais enferm&eacute; dans une bouteille est devenu un vin prestigieux, Magon. Le petit train m&eacute;dus&eacute; voit ses wagons se vider &agrave; la nuit tombante la jeunesse dor&eacute; se dirige vers le Bey-Palladium pour se tr&eacute;mousser sur une musique fr&eacute;n&eacute;tique, qui offense Dame Tanit et le Seigneur Baal. Le contr&ocirc;leur v&eacute;rifie distraitement les tickets et r&ecirc;ve d&rsquo;un boga glac&eacute;. En bas de la pente, ma mer&hellip;&nbsp; Rieurs et chamailleurs les enfants courent pieds-nus sur la gr&egrave;ve ramassant coquillages&nbsp; et tout &agrave; coup le petit train&nbsp; aper&ccedil;oit les premiers<em>petits,&nbsp; petits<\/em> <em>bikini, <\/em>&nbsp;Attention au d&eacute;part.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<u>Carthage&nbsp; Pr&eacute;sidence<\/u>. (ex Sainte Monique) Exit Sainte Monique, l&rsquo;autoritaire m&egrave;re de Saint Augustin qui avait elle-m&ecirc;me d&eacute;log&eacute; Tanit.&nbsp; Il fallait reconstruire ici, il fallait redonner orgueil et assurance &agrave; cette terre et, pos&eacute; sur les eaux bleues un palais. Tel une sentinelle des antiques ports puniques, un pr&eacute;sident veille sur le pays&nbsp; non loin de l&rsquo;endroit o&ugrave; quais et loges pouvaient contenir jusqu&rsquo;&agrave; deux cent vingt vaisseaux. Sur la colline de Byrsa, Dame Tanit et le seigneur Baal, scrutent l&rsquo;horizon, guettant un improbable adorateur venu les c&eacute;l&eacute;brer.&nbsp; Du sang d&rsquo;Hamilcar et d&rsquo;Hannibal, un 6 ao&ucirc;t 1967, un valeureux pr&eacute;sident roule en trombe vers Tunis d&eacute;fendre&nbsp; en pleine guerre des six jours ses concitoyens juifs victime de la vindicte populaire. Le petit train aurait tant aim&eacute; qu&rsquo;il embarqua dans un de ses wagons et pas dans cette arrogante automobile.&nbsp; Respectueux il s&rsquo;incline du&nbsp; choix du Pr&eacute;sident,&nbsp; qui sans doute commettra parfois des injustices mais c&rsquo;est le sort des grands hommes n&rsquo;est-ce pas, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;?&nbsp; Roule, roule petit train jusqu&rsquo;&agrave;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<u>Hamilcar. <\/u>La terre est rouge, rouge comme les &eacute;toffes teintes en pourpre dont les Ph&eacute;niciens avaient le secret. Les touristes romains qui s&rsquo;&eacute;battent joyeusement dans l&rsquo;eau ont oubli&eacute; depuis longtemps l&rsquo;implacable inimiti&eacute; que leur vouait la famille Barca. Le train cam&eacute;raman s&rsquo;attarde sur la roche rouge, la mer turquoise, indigo, jade, azur, il voudrait tant la rejoindre, se couler en elle, alors elle lui envoie ses embruns. Il &eacute;vite le disgracieux h&ocirc;tel qui tel un soudard&nbsp; a assailli la blonde plage. Il prolonge son temps de quelques secondes pour attendre le petit marchand d&rsquo;oursins qui panier vide et bourse pleine sans retourne &agrave; la Marsa et offre au&nbsp; TGM un panier de senteurs marines, de sel et de varech. La petite fille sage est interdite de frigolos glac&eacute;s, d&rsquo;oursins avec une unique cuill&egrave;re pour tout le monde,&nbsp; c&rsquo;est une question d&rsquo;hygi&egrave;ne mart&egrave;lent les parents. C&rsquo;est sur cette plage que devenu adolescente&nbsp; elle d&eacute;vorera quantit&eacute;s d&rsquo;oursins sans passer de vie &agrave; tr&eacute;pas et des frigolos bien glac&eacute;s qui ne tuent que de plaisir, ses premi&egrave;res transgressions. Plus tard, &agrave; la nuit tomb&eacute;e elle &ocirc;tera son petit bikini pour ne faire qu&rsquo;une avec sa mer, mais cela ce n&rsquo;est pas ton histoire petit train, c&rsquo;est la mienne.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSifflet, sifflet, un si court trajet&nbsp; le petit l&egrave;ve le nez pour apercevoir l&rsquo;exquis petit village de&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSidi Bou Said, parfois, m&ecirc;me un vaillant petit train ne peut d&eacute;passer ses limites, impossible de grimper la douce colline aux senteurs de fleurs d&rsquo;orangers. Ici, les r&ocirc;les s&rsquo;inversent&nbsp;; &laquo;&nbsp;tu&nbsp; as fait d&eacute;filer le ruban bleu de la mer, tu nous as cont&eacute; de si belles histoires, pr&ecirc;te nous la cam&eacute;ra, petit train, on t&rsquo;a vu enregistrer, cadrer, m&eacute;moriser, ne n&rsquo;inqui&egrave;te pas on va le filmer pour toi le village et toi raconte, raconte&nbsp;&raquo; Et devant le petit train &eacute;merveill&eacute;, la pellicule d&eacute;file. Suspendu entre ciel et ondes, le village laisse courir ses murs chaul&eacute;s, blancs jusqu&rsquo;&agrave; aveugler, &eacute;blouissant m&ecirc;me la mer. Dress&eacute;s vers le firmament, avec les eaux pour berceau, les murs lui volent, lui captent son bleu pour colorer lourds portails de bois clout&eacute;s et &nbsp;moucharabiehs. Jebel Manar o&ugrave; brillait le feu qui rassurait les navigateurs puniques et romains. Point de f&eacute;e sur le berceau du petit village, point de sorci&egrave;res mais deux hommes bienveillants, s&eacute;par&eacute;s par des si&egrave;cles mais unis par le m&ecirc;me amour de la beaut&eacute;. Abou Said Khalafa ben Yahia el Beji&nbsp;&nbsp; et Rodolphe d&rsquo;Erlanger suspendus aux &eacute;toiles devisent&nbsp;&nbsp; doucement et s&rsquo;offusquent&nbsp; avec la m&ecirc;me&nbsp;&nbsp; des hordes de touristes d&eacute;penaill&eacute;s,&nbsp; des transistors&nbsp;&nbsp; et autre ipods qui hurlent. Eux, l&agrave; haut,&nbsp; entrem&ecirc;lent avec bonheur chants soufis et musique andalouse. Bougainvilliers, jasmins s&rsquo;accrochent aux&nbsp; murs, y d&eacute;ploient parfums et couleurs. Les chats colportent rumeurs et ragots se faufilant d&rsquo;un air princier d&rsquo;une demeure &agrave; l&rsquo;autre, il y a belle lurette qu&rsquo;ils ne guettent plus ni souris ni oiseau,&nbsp; r&eacute;galiens, ils pr&eacute;l&egrave;vent leur imp&ocirc;t &agrave; chaque table. Le th&eacute; br&ucirc;lant a oubli&eacute; La Chine et courtise assid&ucirc;ment <em>bendoq <\/em>et <em>n&acirc;n&acirc;<\/em>. Les nuits d&rsquo;&eacute;t&eacute;, &eacute;clair&eacute;es par des rayons de lune, le long des murs blancs, d&rsquo;effront&eacute;es belles de nuits aux p&eacute;tales mauves et violettes murmurent au&nbsp; vent&nbsp;; elles se savent belles mais jalousent les&nbsp; jasmins dont le parfum<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSidi Dhrif (l&rsquo;Archev&ecirc;ch&eacute;)&nbsp;: Monsieur l&rsquo;Archev&ecirc;que, je&nbsp; reviens chez moi&nbsp; murmure courtoisement Sidi Dhrif, mais je vous en prie prenez votre temps, n&rsquo;oubliez pas votre missel, venez allons faire une promenade le long de la mer, pr&egrave;s du cimeti&egrave;re marin o&ugrave; reposent mes restes. Voyez vous il y a tr&egrave;s longtemps, ici m&ecirc;me j&rsquo;ai dissert&eacute; avec un roumi comme vous,&nbsp; venu nous envahir, j&rsquo;ai essay&eacute; de l&rsquo;initier au soufisme, vous l&rsquo;appelez Saint Louis. Notre confr&eacute;rie aimait le chant&nbsp; et la musique&nbsp;&nbsp; qui montent vers Allah et quelques si&egrave;cles plus tard c&rsquo;est un &eacute;tranger qu&rsquo;il a envoy&eacute;, sur la colline tout pr&egrave;s, le baron d&rsquo;Erlanger pour que vers Lui s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve la musique. Cela fait un moment que nous marchons, sur cette terre le temps prends son temps, nous sommes d&eacute;j&agrave; &agrave;&#8230;..&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa Corniche, avant derni&egrave;re station avant le terminus avant &hellip;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<u>La Marsa,<\/u>la petite station baln&eacute;aire se r&ecirc;ve sans doute en port, mais le TGM&nbsp; sait parfaitement ce qu&rsquo;elle lui doit. Sans lui et ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs qui la reliaient&nbsp; au Bardo, serait-elle ce qu&rsquo;elle est aujourd&rsquo;hui&nbsp;? Lorsque les petits gar&ccedil;ons&nbsp; font courir des trains entre les meubles du salon, le Bey, gr&acirc;ce &agrave;son jouet grandeur nature&nbsp; se faisait construire une r&eacute;sidence d&rsquo;&eacute;t&eacute;dans l&rsquo;ancienne A&hellip;les Bledi s&rsquo;empressent de le suivre et la station s&rsquo;enorgueillit de cette aristocratie. Mais Le petit tain&nbsp; aime avec autant de tendresse, les beldi et le petit peuple. C&rsquo;est dans ses wagons qu&rsquo;ils&nbsp; se c&ocirc;toient, &agrave;peine s&eacute;par&eacute;s par une premi&egrave;re classe dont la porte claque au premier coup de vent.&nbsp; Mais c&rsquo;est au Terminus qu&rsquo;ils se rencontrent vraiment. Creuset de la vie sociale, de notion d&rsquo;appartenance &agrave;une m&ecirc;me cit&eacute;, Salem et le Hafsi. Au Hafsi, les hommes &agrave;la djellaba blanche, fra&icirc;chement repass&eacute;e ou&nbsp; au costume de lin,&nbsp; mechmoum &agrave;l&rsquo;oreille discourent&nbsp; avec les chauffeurs de taxis ou les petits artisans. Ici plus de barri&egrave;re sociale, et puis&nbsp; quel d&eacute;lice que ces apr&egrave;s-midi entre hommes, qu&rsquo;elles sont loin les m&egrave;res, les &eacute;pouses, les filles et m&ecirc;me les ma&icirc;tresses. Des apr&egrave;s-midi sur&nbsp; la plan&egrave;te homme, ils redeviennent les petits gar&ccedil;ons aux yeux pleins de r&ecirc;ves. Ils sirotent, tous avec le m&ecirc;me plaisir, un th&eacute;br&ucirc;lant ou une Celtia bien fra&icirc;che, d&eacute;gustent force glaces et granites chez Salem et en catimini iront au Saf-Saf juste avant de renter d&icirc;ner. Leur app&eacute;tit d&rsquo;oiseau &eacute;tonne la ma&icirc;tresse de maison, mais l&rsquo;&oelig;il narquois de la <em>petite bonne<\/em> a devin&eacute;bricks et sandwichs. Elle ram&egrave;ne &agrave;la cuisine le plat de <em>ganaouiya <\/em>&agrave;peine effleur&eacute;, y trempe sa miche de pain , sans le moindre d&eacute;gout, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a longtemps qu&rsquo;elle et Monsieur sont intimes, &agrave;l&#39;insu de Madame et ils peuvent bien manger dans le m&ecirc;me plat m&ecirc;me si ce n&rsquo;est pas &agrave;la m&ecirc;me table.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/Monique.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMonique Zetlaoui<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Mon TGM &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entre r&ecirc;ve et Histoire, il chemine le petit train et nous aussi avons le droit de r&ecirc;ver&nbsp; et de prendre quelques libert&eacute;s avec l&rsquo;Histoire, si erreurs il y a elles sont voulues. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15689,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[69,334,84,14,17,13,1],"tags":[],"class_list":["post-1437","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-habib-bourguiba","category-jules-ferry","category-marseille","category-paris","category-souvenirs","category-tunis","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1437","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1437"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1437\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15689"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1437"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1437"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1437"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}