{"id":1443,"date":"2011-04-11T16:38:59","date_gmt":"2011-04-11T16:38:59","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1443"},"modified":"2011-04-11T16:38:59","modified_gmt":"2011-04-11T16:38:59","slug":"il-y-50-ans-le-proces-eichmann-par-robert-badinter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/il-y-50-ans-le-proces-eichmann-par-robert-badinter\/","title":{"rendered":"Il y a 50 ans, le proc\u00e8s Eichmann, par Robert Badinter"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"header-article\" sizcache=\"7\" sizset=\"37\">\n<h1>\n\t\tIl y a 50 ans, le proc&egrave;s Eichmann, par Robert Badinter<\/h1>\n<p class=\"heure\">\n\t\tPar par Robert Badinter<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"content-article\" sizcache=\"7\" sizset=\"57\">\n<div class=\"article_container \" sizcache=\"7\" sizset=\"57\">\n<div class=\"entete\">\n<p>\n\t\t\t\tLe 11 avril 1961 &eacute;tait jug&eacute; &agrave; J&eacute;rusalem Adolf Eichmann, l&#39;homme qui organisa la logistique de la &quot;solution finale&quot;. Voici l&#39;analyse de Robert Badinter que L&#39;Express publiait dans ses colonnes quelques jours avant l&#39;ouverture de ce proc&egrave;s historique.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"contenu-article\" sizcache=\"7\" sizset=\"57\">\n<p>\n\t\t\t\tMARDI, s&#39;ouvrira a J&eacute;rusalem, devant le monde attentif, le proc&egrave;s exceptionnel d&#39;Adolf Eichmann. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tL&#39;accusation a retenu, contre l&#39;ancien Hauptsturmf&uuml;hrer S.S., le crime contre l&#39;humanit&eacute;. Le g&eacute;nocide a trouv&eacute; ainsi, en notre temps, qui en demeure marqu&eacute;, son expression juridique. Crime contre l&#39;humanit&eacute;, parce qu&#39;au-del&agrave; des victimes, il atteint tous les hommes en d&eacute;niant a certains d&#39;entre eux le droit le plus &eacute;l&eacute;mentaire : le droit de vivre. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tSix millions de morts juifs anonymes donnent &agrave; ce proc&egrave;s sa terrible dimension. Mais, au-del&agrave; du r&eacute;flexe d&#39;horreur, qui appelle le ch&acirc;timent imm&eacute;diat, le cas d&#39;Eichmann requiert le plus difficile effort de lucidit&eacute; sans lequel cette entreprise de justice se r&eacute;v&eacute;lerait sans port&eacute;e. &nbsp;<\/p>\n<div class=\"citation-200-right\">\n<div class=\"wraper\">\n<p>\n\t\t\t\t\t\tEichmann ex&eacute;cut&eacute;, le monde, aux mains lav&eacute;es, pourrait poursuivre commod&eacute;ment son train&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t\t\tIl est facile, en effet, d&#39;&eacute;crire qu&#39;Eichmann a assassin&eacute; six millions de Juifs. En portant &agrave; son compte ce massacre, les hommes s&#39;en trouveraient lib&eacute;r&eacute;s. Eichmann ex&eacute;cut&eacute;, le monde, aux mains lav&eacute;es, pourrait poursuivre commod&eacute;ment son train. Cette foule immense de mis&eacute;rables et d&#39;enfants dans les chambres &agrave; gaz ne serait plus qu&#39;un fait divers, plus horrible sans doute que ceux quotidiennement relat&eacute;s, mais, par le ch&acirc;timent du coupable, vou&eacute; comme eux &agrave; l&#39;oubli des bonnes consciences. S&#39;il devait en &ecirc;tre ainsi, l&#39;entreprise de justice poursuivie &agrave; J&eacute;rusalem se r&eacute;v&eacute;lerait sans port&eacute;e. Mieux aurait valu alors l&#39;ex&eacute;cution sommaire dans la nuit argentine, mettant un terme au d&eacute;fi d&#39;une existence criminelle plus longtemps poursuivie. Ce que l&#39;on est en droit, au contraire, d&#39;attendre du proc&egrave;s, c&#39;est que, d&eacute;gageant le r&ocirc;le exact d&#39;Eichmann dans ce complexe de haine et de mort, les hommes prennent enfin conscience de l&#39;immensit&eacute; du crime lui-m&ecirc;me &agrave; travers, mais au-del&agrave; de la culpabilit&eacute; du criminel. &nbsp;<\/p>\n<p class=\"title\">\n\t\t\t\tIng&eacute;nieur infatigable<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tCet ing&eacute;nieur de l&#39;extermination, ce pourvoyeur des fours cr&eacute;matoires qui parcourait, infatigable, l&#39;Europe occup&eacute;e, de capitales en camps de concentration, comme un voyageur de commerce, ainsi qu&#39;il se plaisait a le dire ; cet Eichmann de la &quot; Solution Finale &quot; n&#39;est pas, en effet, jailli en l942 tout arm&eacute; de la volont&eacute; de ses chefs : Himmler et Heydrich. Avant le colonel S.S. qui &quot;traitait&quot;, en Hongrie, selon son propos, un demi-million de Juifs convoy&eacute;s &agrave; Auschwitz par trains de mort ou marche forc&eacute;e, un fonctionnaire minutieux avait v&eacute;cu tous les moments de cette entreprise monstrueuse, mais dont la logique est d&eacute;j&agrave; inscrite tout enti&egrave;re dans le choix initial de l&#39;antis&eacute;mite. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tEichmann avait choisi de servir l&#39;antis&eacute;mitisme, raison d&#39;Etat du IIIe Reich. Pas &agrave; pas, d&egrave;s lors, la carri&egrave;re d&#39;Eichmann devait suivre la Passion des Juifs. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLe ma&icirc;tre avait d&eacute;cide que les Juifs devaient &ecirc;tre &eacute;limin&eacute;s de la communaut&eacute; allemande. Les lois de Nuremberg de l935 ont codifi&eacute;, en cons&eacute;quence, l&#39;&eacute;viction des Juifs de toutes les activit&eacute;s du Reich. Eichmann se consacra &agrave; leur bonne ex&eacute;cution. L&#39;&eacute;toile jaune vint marquer &agrave; la poitrine chaque Juif d&#39;Allemagne. C&#39;est Eichmann qui pr&eacute;sida &agrave; la distribution des &eacute;toffes. L&#39;Autriche est annex&eacute;e, l&#39;expulsion des Juifs autrichiens, d&eacute;pouill&eacute;s au pr&eacute;alable de leurs biens, est ordonn&eacute;e : Eichmann, install&eacute; &agrave; Vienne, au palais Rothschild, l&#39;organise, avant de la poursuivre en Allemagne puis en Boh&ecirc;me et Moravie. Sur l&#39; &quot; Exodus &quot;, errant avec sa cargaison de mis&eacute;rables, flotte en r&eacute;alit&eacute; le pavillon noir d&#39;Eichmann. &nbsp;<\/p>\n<p class=\"title\">\n\t\t\t\tLes ordres re&ccedil;us<\/p>\n<div class=\"citation-200-right\">\n<div class=\"wraper\">\n<p>\n\t\t\t\t\t\tPench&eacute; sur ses statistiques, Eichmann, attentif, veillait &agrave; ce que le rythme des convois s&#39;acc&eacute;l&eacute;r&acirc;t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t\t\tLa guerre, qui enferma le Reich dans ses conqu&ecirc;tes, interdit l&#39;&eacute;migration forc&eacute;e vers l&#39;&eacute;tranger d&#39;hier, devenu l&#39;ennemi. Mais le but demeure l&#39;&eacute;limination des Juifs de tout l&#39;empire du Reich. La logique commandait d&egrave;s lors la &quot; Solution Finale&quot;. Le vieux slogan de tous les antis&eacute;mites du monde &quot;Mont aux Juifs&quot;, devenait r&eacute;alit&eacute;. Les Juifs allaient mourir. Par milliers, de tous les pays d&#39;Europe, les trains s&#39;&eacute;branl&egrave;rent &agrave; la nuit. Par millions, les Juifs d&#39;Europe marchaient &agrave; la chambre &agrave; gaz. Pench&eacute; sur ses statistiques, Eichmann, attentif, veillait &agrave; ce que le rythme des convois s&#39;acc&eacute;l&eacute;r&acirc;t. Parfois, en visite &agrave; Auschwitz chez son ami le commandant du camp Hoess, qui l&#39;accueillait avec sa femme et ses enfants dans sa maison meubl&eacute;e de bois clair, style S.S., situ&eacute;e dans l&#39;enceinte m&ecirc;me du camp, Eichmann contemplait le visage apocalyptique de la &quot; Solution Finale &quot;. Le lendemain, il repartait vers Budapest ou Paris, partout o&ugrave; l&#39;appelaient ses devoirs dans l&#39;Europe de la croix gamm&eacute;e. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tDans la carri&egrave;re d&#39;Eichmann, s&#39;inscrit ainsi l&#39;antis&eacute;mitisme en action. De l&#39;&eacute;tude des lois qui mettent les Juifs hors la loi, au r&egrave;glement des convois qui aboutissent &agrave; la chambre &agrave; gaz, pas de discontinuit&eacute;. II s&#39;agit toujours d&#39;&eacute;liminer les Juifs de la communaut&eacute;. Eichmann, serviteur mod&egrave;le de l&#39;antis&eacute;mitisme, devait, de la mise au point des textes raciaux, aboutir au g&eacute;nocide. La voie &eacute;tait trac&eacute;e qu&#39;ouvrait le choix initial. Pour la parcourir, il suffisait d&#39;ob&eacute;ir aux ordres re&ccedil;us. &nbsp;<\/p>\n<p class=\"title\">\n\t\t\t\tBourreau volontaire<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tDe cette ob&eacute;issance m&ecirc;me, Eichmann va sans doute, pour sa d&eacute;fense, se r&eacute;clamer. Comme la nation allemande en sa quasi-unanimit&eacute;, Eichmann ne d&eacute;cidait pas : il ex&eacute;cutait. Et la passion qu&#39;il a mise &agrave; accomplir les ordres re&ccedil;us, loin de l&#39;accabler, marque selon lui le sens rigoureux de ses devoirs. O&ugrave; donc serait le crime pour le citoyen serviteur d&#39;un Etat fond&eacute; sur le racisme ? &nbsp;<\/p>\n<div class=\"citation-400-left\">\n<div class=\"wraper\">\n<p>\n\t\t\t\t\t\tLe crime individuel se manifeste au sein du crime collectif quand l&#39;individu, en connaissance de cause, choisit d&#39;en assumer la responsabilit&eacute; directe en devenant, parmi tous les autres, l&#39;ex&eacute;cuteur efficace&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t\t\tEt, pourtant, le crime d&#39;Eichmann est &eacute;clatant. Nombreux sans doute, et plus qu&#39;ils ne veulent l&#39;avouer, sont les Allemands qui ont connu la &quot; Solution Finale &quot;, tandis qu&#39;elle d&eacute;roulait ses convois. Mais le crime individuel se manifeste au sein du crime collectif quand l&#39;individu, en connaissance de cause, choisit d&#39;en assumer la responsabilit&eacute; directe en devenant, parmi tous les autres, l&#39;ex&eacute;cuteur efficace. Le bourreau volontaire d&#39;un massacre exerc&eacute; par vocation pour le compte d&#39;une soci&eacute;t&eacute; criminelle. Eichmann, fonctionnaire du crime, qui l&#39;a recherch&eacute;, gout&eacute;, accompli, doit aujourd&#39;hui en rendre compte aux hommes. &nbsp;<\/p>\n<p class=\"title\">\n\t\t\t\t&quot; Je n&#39;ai pas voulu cela &quot;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tMais cette d&eacute;l&eacute;gation criminelle d&#39;une soci&eacute;t&eacute; &agrave; un individu ne doit pas faire oublier le crime collectif. L&#39;horreur des camps d&#39;extermination, ces enfants consum&eacute;s avec ces vieillards, un peuple entier marchant dans le martyre vers la mort, que l&#39;antis&eacute;mite ait enfin le courage de regarder en face la vision de l&#39;homme que son choix implique. Devant ces vies &eacute;vanouies dans la for&ecirc;t polonaise, que l?antis&eacute;mite ne dise pas : &quot; Je n&#39;ai pas voulu cela.&quot;. Car cela, c&#39;est-&agrave;-dire l&#39;abjection de la souffrance, la mort des innocents, l&#39;antis&eacute;mite l&#39;a accept&eacute; d&#39;abord, d&egrave;s qu&#39;il d&eacute;nie au Juif la simple qualit&eacute; d&#39;&ecirc;tre, comme lui-m&ecirc;me, un homme. Simplement, dans l&#39;Histoire, I&#39; antis&eacute;mite s&#39;en est remis &agrave; quelques Eichmann du soin monstrueux d&#39;ex&eacute;cuter la besogne. Qu&#39;Eichmann en r&eacute;ponde, c&#39;est justice. Mais invisible et pr&eacute;sent &agrave; ses cot&eacute;s, qu&#39;en comparaisse devant les hommes le racisme tout ruisselant d&#39;orgueil et de sang. Que le monde prenne conscience qu&#39;on juge l&agrave;, au-del&agrave; du bourreau, le crime originel qui l&#39;animait et dont il ne fut que l&#39;instrument. Telle est la raison d&#39;&ecirc;tre de ce proc&egrave;s et pourquoi il fallait qu&#39;il eut lieu. &nbsp;<\/p>\n<div class=\"citation-200-right\">\n<div class=\"wraper\">\n<p>\n\t\t\t\t\t\tPour la premi&egrave;re fois dans l&#39;Histoire, le racisme enfin est, &agrave; J&eacute;rusalem, au banc des accus&eacute;s&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t\t\tPour la premi&egrave;re fois dans l&#39;Histoire, le racisme enfin est, &agrave; J&eacute;rusalem, au banc des accus&eacute;s. Le peuple juif, d&eacute;l&eacute;gataire au long des si&egrave;cles de tant de souffrances et d&#39;injustice, doit maintenant assumer la responsabilit&eacute; de la Justice. L&#39;antis&eacute;mitisme, aujourd&#39;hui apparemment apais&eacute; et comme repu par le carnage r&eacute;cent, n&#39;est qu&#39;un des aspects du crime fondamental de racisme. En lui, l&#39;antis&eacute;mitisme se perd comme les millions de Juifs assassin&eacute;s se fondant dans la masse immense des crimes du racisme qui d&eacute;roulent leur procession tragique dans l&#39;Histoire. Par le Noir lynch&eacute; en Afrique du Sud, le &quot; Raton &quot; tortur&eacute; dans les douars, le Blanc assassin&eacute; au Congo, la cha&icirc;ne des tortures se tend &agrave; travers ces jours que nous vivons et se lie &agrave; celles des ghettos martyris&eacute;s. C&#39;est pourquoi, au-del&agrave; du crime contre le peuple juif, Eichmann r&eacute;pond du crime contre l&#39;humanit&eacute;. Car, en chaque Juif assassin&eacute;, mourait, comme en chaque victime du racisme, l&#39;homme qui est chacun de nous. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tEt parce que le crime est &agrave; la mesure du monde, il eut &eacute;t&eacute; pr&eacute;f&eacute;rable que des hommes de toutes les confessions, issus de tous les pays ravag&eacute;s par le racisme, soient appel&eacute;s comme jur&eacute;s &agrave; ce proc&egrave;s exceptionnel. Qu&#39;enfin ce soit la conscience du monde, prise en la personne de tels juges, qui prononce la condamnation. Mats puisque se d&eacute;robe encore l&#39;organisation judiciaire internationale, pourtant indispensable, il est bon, il est juste que ce proc&egrave;s s&#39;ouvre &agrave; J&eacute;rusalem. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&quot; Accus&eacute; Eichmann, levez-vous. &quot; L&#39;heure est venue ou le d&eacute;l&eacute;gu&eacute; du racisme, ramen&eacute; de l&#39;autre cot&eacute; du monde &agrave; ses juges apr&egrave;s quinze ans r&eacute;volus, va r&eacute;pondre, devant les hommes, du crime mill&eacute;naire, plus charg&eacute; encore en notre temps de larmes et de sang. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Il y a 50 ans, le proc&egrave;s Eichmann, par Robert Badinter Par par Robert Badinter Le 11 avril 1961 &eacute;tait jug&eacute; &agrave; J&eacute;rusalem Adolf Eichmann, l&#39;homme qui organisa la logistique de la &quot;solution finale&quot;. 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