{"id":1505,"date":"2013-12-30T01:01:21","date_gmt":"2013-12-30T01:01:21","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1505"},"modified":"2013-12-30T01:23:20","modified_gmt":"2013-12-30T01:23:20","slug":"le-askenazi-et-emmanuel-levinas-de-la-distance-a-la-proximite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-askenazi-et-emmanuel-levinas-de-la-distance-a-la-proximite\/","title":{"rendered":"L\u00e9on Askenazi et Emmanuel Levinas, de la distance \u00e0 la proximit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>\n\tL&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas,&nbsp;de la distance &agrave; la proximit&eacute;<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes f&eacute;es qui se sont pench&eacute;es sur les berceaux de L&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas ne devaient pas se conna&icirc;tre ou du moins, si comme je le crois, au royaume des f&eacute;es tout le monde se conna&icirc;t, elle devaient souvent se quereller. Au vu des conditions ext&eacute;rieures, rien n&#39;aurait pu laisser pr&eacute;sager le rapprochement de deux destins initialement aussi dissemblables ne serait-ce que par leur lieu de naissance, l&#39;Alg&eacute;rie, pays chaud, avec sa culture fran&ccedil;aise et son environnement musulman, d&#39;un c&ocirc;t&eacute;, la Lituanie, un pays froid et m&ecirc;me glacial, une culture russe et un environnement chr&eacute;tien.<\/p>\n<p>\n\tLe familles &eacute;galement &eacute;taient bien dissemblables. L&eacute;on Askenazi appartient &agrave; une lign&eacute;e rabbinique, et son existence se d&eacute;roule donc au centre m&ecirc;me d&#39;une communaut&eacute; juive relativement bien structur&eacute;e et unie. Sa culture juive est traditionnelle, avec comme pierre angulaire le Talmud et la halakha, compl&eacute;t&eacute;e par l&#39;enseignement de la kabbale. Par toutes ses fibres, L&eacute;on Askenazi est int&eacute;gr&eacute; &agrave; la communaut&eacute;, au peuple juif, y compris dans ses coutumes et son folklore. J&#39;entends encore la r&eacute;sonance inimitable, la r&eacute;sonance litt&eacute;ralement inou&iuml;e, de la pri&egrave;re Bedil Veiaavor de Kippour cantil&eacute;e par Manitou. Et tous ces chants dont il connaissait les variations les plus infimes.<\/p>\n<p>\n\tEn revanche, la famille d&#39;Emmanuel Levinas a quitt&eacute; le quartier juif de Kovno, son p&egrave;re tient une librairie principalement scolaire. Emmanuel Levinas re&ccedil;oit certes lui aussi un enseignement juif, mais il s&#39;agit seulement de conna&icirc;tre l&#39;h&eacute;breu et de lire la Bible. Ni Talmud, ni philosophie juive, ni &agrave; plus forte raison kabbale. La famille n&#39;est pas assimil&eacute;e, mais ce n&#39;est plus le juda&iuml;sme traditionnel.<\/p>\n<p>\n\tLa distance d&#39;Emmanuel Levinas et du juda&iuml;sme va encore s&#39;approfondir de mani&egrave;re significative. En 1923, &agrave; dix-huit ans, il arrive &agrave; Strasbourg et s&#39;engage dans des &eacute;tudes de philosophie. Il perfectionne sa connaissance du fran&ccedil;ais en lisant Corneille, Racine et Georges Sand. Ses ma&icirc;tres s&#39;appellent Carteron, Blondel et Pradines et la philosophie vivante a pour nom Bergson. Il m&egrave;ne la vie estudiantine d&#39;un Juif assimil&eacute;, devient ami de Maurice Blanchot, un &eacute;trange g&eacute;nie litt&eacute;raire, politiquement d&#39;extr&ecirc;me droite, qui aura par la suite parcours intellectuel fort accident&eacute;. En 1928, Emmanuel Levinas d&eacute;couvre le mouvement ph&eacute;nom&eacute;nologique avec Husserl puis Heidegger et s&#39;y rattache de mani&egrave;re d&eacute;cid&eacute;e. Le juda&iuml;sme est bien loin et les premiers &eacute;crits de Levinas n&#39;y font aucune mention. Selon la formule classique, &agrave; cette &eacute;poque, Levinas est \u00ab\u00a0heureux comme Dieu en France&#39;&#39;.<\/p>\n<p>\n\tSeulement voil&agrave; ! M&ecirc;me au royaume des f&eacute;es, il arrive que le tonnerre &eacute;clate, que le diable fasse irruption. En l&#39;occurrence, ce ne fut pas l&#39;arriv&eacute;e d&#39;un bon petit diable, ni m&ecirc;me celle du tentateur qui d&eacute;tourne du droit chemin, ni m&ecirc;me celle de l&#39;ange de la mort auquel la nature et l&#39;histoire nous ont accoutum&eacute;. Le diable s&#39;est d&eacute;voil&eacute; avec un visage inconnu jusqu&#39;alors, d&#39;une perversit&eacute; et d&#39;une cruaut&eacute; sans pr&eacute;c&eacute;dent. Certains ont m&ecirc;me pu se demander s&#39;il n&#39;avait pas tout simplement pris la place du Bon Dieu. En fait, ce qui &eacute;branla le royaume des f&eacute;es, ce fut pire que le diable, ce fut le Mal, le Mal tout court, ce fut Hitler&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\tChaque ann&eacute;e, au seder, nous r&eacute;citons&nbsp;: <i>m&ecirc;me si nous sommes tous savants et intelligents, m&ecirc;me si nous connaissons la Torah, cela reste une obligation de raconter la Sortie d&#39;Egypte<\/i>. C&#39;est dire que certains &eacute;v&eacute;nements sont &agrave; m&ecirc;me de bouleverser les cadres de la pens&eacute;e la plus solide, la plus s&ucirc;re d&#39;elle-m&ecirc;me. Il y a des exp&eacute;riences pr&eacute;- ou extra-philosophiques qui &eacute;branlent la raison ou la science la plus affermie. Certes sous l&#39;influence de Heidegger, Emmanuel Levinas &eacute;tait d&eacute;j&agrave; attir&eacute; par des recherches plus proches de la vie que celles de Husserl, mais, comme il l&#39;a lui-m&ecirc;me souvent exprim&eacute; par la suite, le s&eacute;isme hitl&eacute;rien fut d&eacute;terminant pour l&#39;orientation de sa pens&eacute;e. J&#39;y reviendrai plus en d&eacute;tail lorsque je me pencherai sur les parcours intellectuels respectifs de L&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas. Je poursuis pour l&#39;instant ma description externe de leurs destins.<\/p>\n<p>\n\tAvec la guerre, ces destins vont progressivement se rapprocher, et, au ciel, les f&eacute;es qui veillent sur eux, font ample connaissance. Elles ont d&eacute;sormais un langage commun. La vie de l&#39;un et l&#39;autre est prise dans la guerre. Ils en sortent miraculeusement vivants, L&eacute;on Askenazi, gri&egrave;vement bless&eacute;, et Emmanuel Levinas, paradoxalement prot&eacute;g&eacute; de la d&eacute;portation par quatre ans de captivit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tAu ciel, une rencontre au sommet a alors lieu. A cette s&eacute;ance m&eacute;morable, les deux f&eacute;es se rencontrent sous la pr&eacute;sidence du Bon Dieu et le d&eacute;cret tombe:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\tCelui qui devait devenir rabbin et celui qui devait devenir professeur de philosophie feront le m&ecirc;me m&eacute;tier. Ils devront l&#39;un et l&#39;autre diriger une &eacute;cole, se consacrer &agrave; la jeunesse, L&eacute;on Askenazi, &agrave; l&#39;Ecole d&#39;Orsay, Emmanuel Levinas, &agrave; l&#39;&eacute;cole normale isra&eacute;lite orientale. Ils devront l&#39;un et l&#39;autre offrir &agrave; une jeunesse juive en voie d&#39;assimilation le visage d&#39;un juda&iuml;sme authentiquement traditionnel mais n&#39;ayant pas peur de penser, un juda&iuml;sme traditionnel de niveau universitaire comme le dira L&eacute;on Askenazi, celui de l&#39;Ecole de Paris, comme le dira Emmanuel Levinas.<\/p>\n<p>\n\t\tToutefois l&#39;un et l&#39;autre doivent encore se rapprocher en compl&eacute;tant leur formation. L&eacute;on Askenazi doit acqu&eacute;rir une solide culture philosophique et th&eacute;ologique, aid&eacute; en cela par Jacob Gordin, ce g&eacute;nie malheureusement destin&eacute; &agrave; dispara&icirc;tre trop t&ocirc;t. Et de son c&ocirc;t&eacute;, Emmanuel Levinas doit se rendre compte de l&#39;extraordinaire richesse et profondeur du Talmud. Comme il lui faut un ma&icirc;tre incontestable, ne l&eacute;sinons pas. Nous lui d&eacute;p&ecirc;cherons Monsieur Chouchani, un homme dont l&#39;&eacute;rudition et la virtuosit&eacute; intellectuelle ont peu d&#39;&eacute;quivalents en ce si&egrave;cle.<\/p>\n<p>\n\t\tBien entendu chacun conservera sa personnalit&eacute;, enseignera le juda&iuml;sme conform&eacute;ment &agrave; sa propre &eacute;quation personnelle. Mais leur convergence sera suffisante pour qu&#39;ils puissent avoir des &eacute;l&egrave;ves communs. Un m&ecirc;me enseignement n&#39;exclut pas la nuance et la vari&eacute;t&eacute; dans l&#39;expression. Il suffit de s&#39;assurer que le rapprochement soit suffisant pour ne pas donner lieu &agrave; une nouvelle division de la communaut&eacute;. Chacun doit pouvoir s&#39;inscrire dans la ligne de ces deux ma&icirc;tres.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tTel fut la conclusion du d&eacute;cret c&eacute;leste et je dois dire que, pour autant que j&#39;ai pu en juger par moi-m&ecirc;me, il a &eacute;t&eacute; fort bien respect&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tLe d&eacute;cret contenait toutefois un post-scriptum. Il y &eacute;tait stipul&eacute; qu&#39;apr&egrave;s une longue p&eacute;riode de rapprochement, les engagements et l&#39;activit&eacute; de Leon Askenazi et d&#39;Emmanuel Levinas pourraient &agrave; nouveau s&#39;&eacute;carter quelque peu. C&#39;est ce qui s&#39;est produit. Devenu sioniste, L&eacute;on Askenazi a adopt&eacute; des positions radicales, tandis qu&#39;Emmanuel Levinas a retrouv&eacute; ce &agrave; quoi il &eacute;tait destin&eacute;. Il est devenu professeur d&#39;universit&eacute; puis, une fois d&eacute;charg&eacute; de ses fonctions de directeur d&#39;&eacute;cole, il s&#39;est enti&egrave;rement consacr&eacute; &agrave; son travail philosophique. Toutefois, si j&#39;en avais le temps, je vous montrerais que cet &eacute;loignement est peut-&ecirc;tre moins profond qu&#39;il appara&icirc;t &agrave; premi&egrave;re vue. Entre distance et proximit&eacute;, je crois que c&#39;est la proximit&eacute; qui l&#39;emporte.<\/p>\n<p>\n\tJe vais maintenant aller plus au fond des choses et examiner dans quelle mesure le mouvement de convergence que j&#39;ai esquiss&eacute; se refl&egrave;te dans les itin&eacute;raires de pens&eacute;e proprement dit de L&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas. Les points de d&eacute;part sont profond&eacute;ment diff&eacute;rents. Comme on l&#39;a vu, Emmanuel Levinas se rattache au mouvement ph&eacute;nom&eacute;nologique initi&eacute; par Husserl. Sans entrer dans les d&eacute;tails, il faut se rendre compte de ce que cela signifie. Depuis des lustres, les philosophes se posent des probl&egrave;mes m&eacute;taphysiques, se divisent en &eacute;cole s&eacute;par&eacute;es. Mat&eacute;rialistes et spiritualistes, r&eacute;alistes et id&eacute;alistes, empiristes et rationalistes, voil&agrave; quelques unes de leurs oppositions classiques avec bien entendu de multiples variations.<\/p>\n<p>\n\tAlors si l&#39;on peut dire, \u00ab\u00a0enfin Husserl vint&#39;&#39;. Oublions les probl&egrave;mes m&eacute;taphysiques. Existe-t-il ou non un monde ext&eacute;rieur&nbsp;? Peu importe. Mettons cette question entre parenth&egrave;ses, abstenons nous de prendre position. C&#39;est alors que la philosophie peut commencer, peut devenir une science rigoureuse. Oublions le monde des causes et des effets, qu&#39;il s&#39;agisse de la r&eacute;alit&eacute; physique, psychologique ou autre. C&#39;est l&agrave; l&#39;affaire des savants de toutes disciplines, ce n&#39;est pas l&#39;affaire du philosophe.<\/p>\n<p>\n\tCette mise entre parenth&egrave;ses &eacute;tant effectu&eacute;e, il s&#39;ouvre alors devant nous un champ immense de recherches pour &eacute;tablir ce qu&#39;est pour nous le sens des choses. Une m&eacute;lodie se d&eacute;roule dans le temps, une couleur suppose l&#39;espace, la perception d&#39;un objet n&#39;est pas v&eacute;cue comme un souvenir, autrui n&#39;est pas une chose, une formule math&eacute;matique n&#39;est pas une image. Un travail infini de description et de d&eacute;termination des structures d&#39;essence de notre exp&eacute;rience, de notre vie, de notre pens&eacute;e doit &ecirc;tre accompli. C&#39;est l&agrave; l&#39;affaire du philosophe.<\/p>\n<p>\n\tEmmanuel Levinas s&#39;est engag&eacute; dans cette voie et lui est rest&eacute; au moins partiellement fid&egrave;le jusqu&#39;au bout. Une plaisanterie qui circulait &agrave; l&#39;Ecole Normale Isra&eacute;lite l&#39;illustrait. S&#39;il n&#39;y avait les pierres du <i>kotel maaravi<\/i>, Levinas aurait dit que le temple de J&eacute;rusalem n&#39;a jamais exist&eacute;. Autrement dit, en sch&eacute;matisant, peu importe qu&#39;il ait ou non exist&eacute;, seul le sens que nous accordons &agrave; cette existence nous concerne. Quels sont les facteurs d&eacute;terminants de l&#39;&eacute;volution naturelle ou historique ne concerne pas le philosophe Levinas. Dans les 28 livres qu&#39;il a publi&eacute;s, pas une fois le nom de Darwin n&#39;appara&icirc;t.<\/p>\n<p>\n\tTournons nous maintenant vers L&eacute;on Askenazi. Nous voici dans un univers compl&egrave;tement diff&eacute;rent. Ce que la Torah nous raconte est peut-&ecirc;tre sch&eacute;matis&eacute; mais ce n&#39;est pas mythique. La cr&eacute;ation du monde, Adam, Ca&iuml;n, Abel, No&eacute; et le d&eacute;luge, la tour de Babel, Abraham, Isaac et Jacob, l&#39;exil et la sortie miraculeuse d&#39;Egypte, la r&eacute;v&eacute;lation du Sina&iuml;, la p&eacute;riode proph&eacute;tique, puis l&#39;arr&ecirc;t de la proph&eacute;tie, sont des &eacute;v&eacute;nements r&eacute;els et d&eacute;terminants. Ce ne sont pas des symboles. La Torah nous enseigne comment &agrave; travers ce devenir historique et tous ses bouleversements s&#39;est constitu&eacute;e notre identit&eacute;. Le peuple juif est r&eacute;ellement constitu&eacute; par les descendants d&#39;Abraham, Isaac et Jacob rejoints par tous les guerim venus se fondre dans l&#39;identit&eacute; de la Communaut&eacute; d&#39;Isra&euml;l. Parlant de la Bible, L&eacute;on Ask&eacute;nazi &eacute;crit<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#29\" name=\"tex2html2\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Car les Juifs n&#39;y trouvent pas seulement le sens &agrave; leur rapport avec les nations, mais aussi une information, la seule vraie par del&agrave; toutes les sociologies et toutes les psychanalyses, sur leur &ecirc;tre intime, la d&eacute;finition finale de leur sp&eacute;cificit&eacute;, la r&eacute;ponse imm&eacute;diate &agrave; leur \u00ab\u00a0Que suis-je?, &agrave; leur \u00ab\u00a0Qui suis-je ?&#39;&#39;. Lisant la Bible, le Juif lit sa propre carte d&#39;identit&eacute;. <\/i><\/p>\n<p>\n\t\t<i>Il se d&eacute;finit par rapport &agrave; l&#39;horizontale du temps, il se r&eacute;ins&egrave;re dans la verticale d&#39;une histoire ininterrompue &#8211; par rapport &agrave; ces H&eacute;breux qui, il y a trois mille cinq cents ans, entendirent la Torah au pied du mont Sina&iuml;. Nulle id&eacute;e de racisme en cela. Le Juif d&#39;aujourd&#39;hui peut descendre par la chair, d&#39;Abraham, d&#39;Isaac et de Jacob&nbsp;; mais plus souvent, il descend de ceux qui, au long des si&egrave;cles, sont venus s&#39;ajouter aux lecteurs h&eacute;breux de la Bible.<\/i><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tL&#39;histoire n&#39;est ni une succession d&#39;&eacute;v&eacute;nements, ni l&#39;accomplissement d&#39;un ordre th&eacute;orique. L&#39;histoire est le processus r&eacute;el de la formation des identit&eacute;s, ou comme le disait L&eacute;on Askenazi, l&#39;histoire est le processus r&eacute;el de l&#39;engendrement du fils de l&#39;homme. Chaque peuple, chaque civilisation repr&eacute;sente un nouveau mod&egrave;le, chaque fois incomplet de l&#39;humain et cela ne saurait nous satisfaire. Gr&acirc;ce &agrave; la Torah, nous savons d&#39;o&ugrave; nous venons et o&ugrave; nous allons. Malachie &eacute;tait le dernier proph&egrave;te, la proph&eacute;tie s&#39;est arr&ecirc;t&eacute;e, mais elle rena&icirc;tra et toute l&#39;humanit&eacute; nous rejoindra.<\/p>\n<p>\n\tLe fondement premier de la pens&eacute;e de L&eacute;on Askenazi est cette vision grandiose de l&#39;histoire qu&#39;il n&#39;a cess&eacute; de d&eacute;velopper et de raffiner. Le moindre &eacute;v&eacute;nement biblique, la moindre page talmudique, la moindre loi, trouve sa place dans ce cadre. Exemple&nbsp;: dans son principe, la barmitzva marque le moment o&ugrave; l&#39;&ecirc;tre engendr&eacute; devient &agrave; son tour capable d&#39;engendrer, va prendre sa place dans la cha&icirc;ne des g&eacute;n&eacute;rations.<\/p>\n<p>\n\tTout oppose donc au d&eacute;part les conceptions de L&eacute;on Askenazi et d&#39;Emmanuel Levinas. En for&ccedil;ant le trait, pour L&eacute;on Askenazi, la primaut&eacute; revient au collectif, &agrave; l&#39;histoire, au peuple. Le sens de notre vie r&eacute;side dans notre relation &agrave; ce que l&#39;on appelle souvent le <i>klal Israel<\/i>, &agrave; l&#39;ensemble d&#39;Isra&euml;l, qui traverse les g&eacute;n&eacute;rations et a pour vocation de rassembler et rendre compatible en son sein, de r&eacute;aliser une synth&egrave;se de toutes les modalit&eacute;s de l&#39;humain. A l&#39;inverse pour Emmanuel Levinas, comme cela est bien connu, la r&eacute;alit&eacute; fondamentale est le sujet humain dans sa relation &agrave; autrui. Son oeuvre est l&#39;approfondissement jusqu&#39;&agrave; la corde et m&ecirc;me au del&agrave; du sens de la subjectivit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tComment des visions aussi dissemblables dans leur principe peuvent-elles se rapprocher&nbsp;? Une observation de logique &eacute;l&eacute;mentaire sera un guide efficace pour le d&eacute;couvrir. Ce rapprochement ne peut s&#39;op&eacute;rer que dans deux directions. Par la r&eacute;apparition de l&#39;histoire au sens r&eacute;el du terme dans la pens&eacute;e d&#39;Emmanuel Levinas et par la construction d&#39;une philosophie en prolongement du sens de l&#39;histoire pour L&eacute;on Askenazi. Ce double mouvement s&#39;est effectivement op&eacute;r&eacute; et c&#39;est ce que je me propose d&eacute;montrer maintenant.<\/p>\n<p>\n\tPour ce qui est d&#39;Emmanuel Levinas, je l&#39;ai d&eacute;j&agrave; annonc&eacute;. L&#39;histoire est entr&eacute;e dans sa pens&eacute;e avec la venue de l&#39;hitl&eacute;risme. Ceux ont connu Emmanuel Levinas savent qu&#39;il avait une facult&eacute; exceptionnelle pour saisir imm&eacute;diatement l&#39;essentiel en toute chose, non seulement dans les livres mais aussi dans les rapports humains. En l&#39;occurrence, c&#39;est avec une quasi-divination qu&#39;il a compris instantan&eacute;ment ce qu&#39;&eacute;tait l&#39;hitl&eacute;risme.<\/p>\n<p>\n\tEn 1934, il a publi&eacute; dans la revue Esprit un article intitul&eacute; <i>Quelques r&eacute;flexions sur la philosophie de l&#39;hitl&eacute;risme<\/i>. Dans ce texte, il n&#39;est plus question de ph&eacute;nom&eacute;nologie, de Husserl ou de Heidegger. Il s&#39;agit de comprendre le sens profond de l&#39;hitl&eacute;risme, ph&eacute;nom&egrave;ne r&eacute;el s&#39;il en est. Levinas montre que l&#39;hitl&eacute;risme n&#39;est pas &agrave; consid&eacute;rer comme une banale folie. Il est fond&eacute; sur une id&eacute;e directrice mettant en cause comme jamais auparavant la civilisation europ&eacute;enne dans son ensemble. En cons&eacute;quence, l&#39;hitl&eacute;risme est, selon expression, &laquo; effroyablement dangereux &raquo;. Je cite&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>L&#39;importance attribu&eacute;e &agrave; ce sentiment du corps, dont l&#39;esprit occidental n&#39;a jamais voulu se contenter, est &agrave; la base d&#39;une nouvelle conception de l&#39;homme. Le biologique avec tout ce qu&#39;il comporte de fatalit&eacute; devient plus qu&#39;un objet de la vie spirituelle, il en devient le coeur. Les myst&eacute;rieuses voix du sang, les appels de l&#39;h&eacute;r&eacute;dit&eacute; et du pass&eacute; auxquels le corps sert d&#39;&eacute;nigmatique v&eacute;hicule perdent leur nature de probl&egrave;mes soumis &agrave; la solution d&#39;un Moi souverainement libre&#8230; Il en est constitu&eacute;. L&#39;essence de l&#39;homme n&#39;est plus dans la libert&eacute;, mais dans une esp&egrave;ce d&#39;encha&icirc;nement.<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tDans une analyse d&eacute;taill&eacute;e, Levinas montre que l&#39;hitl&eacute;risme est une novation absolue. Il y a d&#39;un c&ocirc;t&eacute; tout ce qui constitue la civilisation occidentale, le juda&iuml;sme, le christianisme, le lib&eacute;ralisme politique et le marxisme, et de l&#39;autre l&#39;hitl&eacute;risme. La conclusion est radicale&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Peut-&ecirc;tre avons-nous r&eacute;ussi &agrave; montrer que le racisme ne s&#39;oppose pas seulement &agrave; tel ou tel point particulier de la culture chr&eacute;tienne et lib&eacute;rale. Ce n&#39;est pas tel ou tel dogme de d&eacute;mocratie, de parlementarisme, de r&eacute;gime dictatorial ou de politique religieuse qui est en cause. C&#39;est l&#39;humanit&eacute; m&ecirc;me de l&#39;homme.<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tMais la r&eacute;flexion de Levinas ne s&#39;arr&ecirc;te pas l&agrave;. Avec une pr&eacute;monition surprenante, il va en d&eacute;duire une cons&eacute;quence. Aucune v&eacute;rit&eacute;, nous dit-il, m&ecirc;me la v&eacute;rit&eacute; hitl&eacute;rienne, ne peut renoncer &agrave; l&#39;universalit&eacute;. L&#39;universalit&eacute; est dans la nature formelle de la v&eacute;rit&eacute;. Quel est le type d&#39;universalit&eacute; compatible avec le racisme&nbsp;? Ce ne peut &ecirc;tre la propagation d&#39;une id&eacute;e&nbsp;; ce sera donc l&#39;expansion d&#39;une force. L&#39;hitl&eacute;risme doit n&eacute;cessairement conduire &agrave; la guerre.<\/p>\n<p>\n\tCette intuition et cette lucidit&eacute; de Levinas s&#39;opposent de mani&egrave;re saisissante &agrave; ce qu&#39;ont pu &eacute;crire sur le m&ecirc;me sujet deux philosophes importants, Martin Heidegger du c&ocirc;t&eacute; allemand, Paul Ricoeur du c&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais. Heidegger d&#39;abord&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Que non pas des th&egrave;ses et des id&eacute;es soient les r&egrave;gles de votre &ecirc;tre. Le F&uuml;hrer lui-m&ecirc;me et lui seul <em>est<\/em> le pr&eacute;sent et l&#39;avenir du peuple allemand<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#98\" name=\"tex2html3\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>. <\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tQuant &agrave; Paul Ricoeur, voici comment, en 1939 (!), il justifiait dans une revue munichoise une politique de conciliation avec Hitler. Apr&egrave;s avoir d&eacute;fini les d&eacute;mocraties comme des ploutocraties, il &eacute;crivait&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Cette raison me para&icirc;t plus d&eacute;cisive que la pr&eacute;c&eacute;dente en faveur de la politique de conciliation&nbsp;: je crois que les id&eacute;es allemandes de dynamisme, d&#39;&eacute;nergie vitale des peuples, ont plus de sens que notre id&eacute;e vide et hypocrite du droit<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#49\" name=\"tex2html4\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>. <\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tSi avec le nazisme, l&#39;histoire r&eacute;elle est entr&eacute;e dans la r&eacute;flexion d&#39;Emmanuel Levinas, inversement une philosophie d&eacute;tach&eacute;e de l&#39;encha&icirc;nement empirique des causes et des effets s&#39;est introduite dans la pens&eacute;e de L&eacute;on Askenazi. Je ne saurais d&eacute;terminer la gen&egrave;se exacte de cet infl&eacute;chissement mais il me semble qu&#39;&agrave; cet &eacute;gard l&#39;influence de Jacob Gordin a pu &ecirc;tre d&eacute;terminante. Pour appr&eacute;hender le d&eacute;veloppement intervenu, je partirai tout simplement du commencement, du commencement au sens litt&eacute;ral du terme, je veux dire de la notion de cr&eacute;ation.<\/p>\n<p>\n\tLorsque la th&eacute;ologie classique du juda&iuml;sme traite du probl&egrave;me de la cr&eacute;ation, c&#39;est au sens r&eacute;el, au sens physique du terme. Plus exactement, la cr&eacute;ation est l&#39;un des points d&#39;intersection entre le physique et le m&eacute;taphysique, entre ce que sugg&egrave;re l&#39;observation de la nature et les investigations d&#39;une raison th&eacute;orique qui cherche &agrave; transcender son insertion dans le monde. Ma&iuml;monide ne consacre pas moins d&#39;une vingtaine de chapitres du Guide des Egar&eacute;s &agrave; l&#39;&eacute;tude de ce probl&egrave;me, montrant qu&#39;il y l&agrave; un probl&egrave;me &eacute;chappant <i>a priori<\/i> aux possibilit&eacute;s d&eacute;monstratives de la raison. Comme cela a &eacute;t&eacute; souvent remarqu&eacute;, Ma&iuml;monide anticipe ainsi ce qui sera &eacute;tabli bien plus tard par Kant dans la Critique de la raison pure.<\/p>\n<p>\n\tDans le prolongement de Jacob Gordin, L&eacute;on Ask&eacute;nazi nous conduit dans une toute autre voie. Il interpr&egrave;te l&#39;enseignement kabbaliste du <i>tsimtsoum<\/i>, de la <i>contraction<\/i> de l&#39;Infini divin, pour conclure que la notion de cr&eacute;ation y devient de mani&egrave;re primordiale une cat&eacute;gorie morale. Je cite<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#58\" name=\"tex2html5\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>La Kabbale explique que, pour faire une place &agrave; ce qui sera la conscience humaine, c&#39;est-&agrave;-dire le lieu de l&#39;homme, il fallait que Dieu, qui n&#39;est pas encore le Dieu manifest&eacute; de la R&eacute;v&eacute;lation, mais la racine de l&#39;Etre absolu, se vid&acirc;t sur un point de son Etre, et que s&#39;accomplit un retrait de la personne divine sur elle-m&ecirc;me. C&#39;est pourquoi la notion de Cr&eacute;ation appara&icirc;t d&#39;embl&eacute;e comme une cat&eacute;gorie morale, puisque cr&eacute;er signifie \u00ab\u00a0donner l&#39;&ecirc;tre &agrave; autrui&#39;&#39;. <\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tSi l&#39;on voulait mettre en doute la proximit&eacute; qui appara&icirc;t ici avec la philosophie d&#39;Emmanuel Levinas, voici ce que ce dernier &eacute;crit dans <i>Totalit&eacute; et Infini<\/i><a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#64\" name=\"tex2html6\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>L&#39;Infini se produit en renon&ccedil;ant &agrave; l&#39;envahissement d&#39;une totalit&eacute; dans une contraction laissant une place &agrave; l&#39;&ecirc;tre s&eacute;par&eacute;. Ainsi, se dessinent des relations qui se frayent une voie en dehors de l&#39;&ecirc;tre. Un infini qui ne se ferme pas circulairement sur lui- m&ecirc;me, mais qui se retire de l&#39;&eacute;tendue ontologique pour laisser une place &agrave; un &ecirc;tre s&eacute;par&eacute;, existe divinement. Il inaugure au- dessus de la totalit&eacute; une soci&eacute;t&eacute;<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#66\" name=\"tex2html7\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>. <\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tCette relation intime entre cat&eacute;gorie religieuse et cat&eacute;gorie morale est une constante de la pens&eacute;e, aussi bien de L&eacute;on Ask&eacute;nazi que d&#39;Emmanuel L&eacute;vinas, quelles que soient les diff&eacute;rences de formulations et sur certains points de leurs approches (j&#39;y reviendrai dans un instant).<\/p>\n<p>\n\tAvec les d&eacute;buts de l&#39;hitl&eacute;risme, l&#39;histoire r&eacute;elle est entr&eacute;e dans la r&eacute;flexion d&#39;Emmanuel Levinas. Mais qu&#39;en est-il de l&#39;histoire juive, ou mieux de l&#39;histoire sainte&nbsp;? Pour L&eacute;on Askenazi, c&#39;est d&#39;embl&eacute;e que l&#39;histoire d&#39;Isra&euml;l, h&eacute;bra&iuml;que d&#39;abord, juive ensuite, se d&eacute;finit comme histoire sainte.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Isra&euml;l est cette mani&egrave;re d&#39;&ecirc;tre homme qui, d&egrave;s l&#39;origine, d&egrave;s la mutation humaine en Abraham &#8211; et de fa&ccedil;on irr&eacute;versible -, est le lieu o&ugrave; se jouent le temps, l&#39;&ecirc;tre, le drame de la saintet&eacute;, la saintet&eacute; &eacute;tant, encore une fois, non pas Dieu engag&eacute; dans l&#39;histoire, mais ce que doit &ecirc;tre le fils de l&#39;homme, c&#39;est-&agrave;-dire la cr&eacute;ature advenue, la cr&eacute;ature enfin n&eacute;e au monde &agrave; venir, c&#39;est-&agrave;-dire l&#39;&acirc;me du monde, et non pas Dieu lui-m&ecirc;me. <\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tPour Emmanuel Levinas, les choses sont moins imm&eacute;diates. Le peuple juif et son histoire ne sont pas &eacute;voqu&eacute;s dans ses premiers &eacute;crits. Mais si l&#39;histoire en g&eacute;n&eacute;ral est entr&eacute;e dans sa r&eacute;flexion avec la venue de Hitler, l&#39;histoire juive comme histoire sainte y entre avec la Shoah. Devant ce traumatisme, la philosophie ne perd pas ses droits, mais d&eacute;cid&eacute;ment la r&eacute;duction ph&eacute;nom&eacute;nologique vise trop court.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>La disproportion entre la souffrance et toute th&eacute;odic&eacute;e se montra &agrave; Auschwitz avec une clart&eacute; qui cr&egrave;ve les yeux. Sa possibilit&eacute; met en question la foi traditionnelle multimill&eacute;naire. Le mot de Nietzsche sur la mort de Dieu ne prenait-il pas dans les camps d&#39;extermination la signification d&#39;un fait quasi empirique ? Faut-il s&#39;&eacute;tonner d&egrave;s lors que ce drame de l&#39;Histoire Sainte ait eu parmi ses acteurs principaux un peuple qui, depuis toujours, &eacute;tait associ&eacute; &agrave; cette histoire et dont on aurait tort d&#39;entendre l&#39;&acirc;me collective et le destin comme limit&eacute;s &agrave; un quelconque nationalisme et dont la geste, dans certaines circonstances, appartient encore &agrave; la R&eacute;v&eacute;lation &#8211; f&ucirc;t-ce comme apocalypse &#8211; qui aux philosophes &laquo;donne &agrave; penser&raquo; ou qui les emp&ecirc;che de penser&nbsp;?<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#72\" name=\"tex2html8\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a> <\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tEt, d&egrave;s lors, c&#39;est toute l&#39;histoire juive qui non seulement prend sens mais pour le penseur mais fait corps avec son &ecirc;tre. Il n&#39;y a pas trace de racisme ou de nationalisme dans l&#39;esprit d&#39;Emmanuel Levinas, mais le peuple juif, le peuple juif dans sa r&eacute;alit&eacute; historique, en est devenu ou redevenu une dimension qui ne se contractera plus.<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#74\" name=\"tex2html9\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Quel &eacute;blouissement pour la pens&eacute;e quand elle p&eacute;n&egrave;tre alors dans le jardin de l&#39;Ecriture, m&ecirc;me traduite. Comme ces bergers de l&#39;Orient et les tribus nomades, et les peuples de deux royaumes fraternels d&eacute;sunis, sont proches de nos coeurs dess&eacute;ch&eacute;s&#8230; <\/i><\/p>\n<p>\n\t\t<i>Bonheur de venir de ce monde, de descendre comme fils de ces hommes, en ligne droite, sans recourir &agrave; la m&eacute;diation de quiconque ! Qu&#39;il fait bon d&#39;&ecirc;tre Juif ! <\/i><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tIl me faut maintenant revenir sur le foyer central autour duquel s&#39;ordonnent et en direction duquel convergent les d&eacute;marches de L&eacute;on Askenazi et d&#39;Emmanuel Levinas, montrer en quoi ces d&eacute;marches sont proches, mais aussi en quoi et pourquoi elles se distinguent. D&eacute;crit dans sa plus grande g&eacute;n&eacute;ralit&eacute;, ce foyer est simple. Il se d&eacute;termine par l&#39;indissolubilit&eacute; sans cesse r&eacute;affirm&eacute;e entre religion et morale. Mais il faut ici &ecirc;tre plus pr&eacute;cis.<\/p>\n<p>\n\tDans son expression classique, la morale s&#39;identifie &agrave; une recherche de perfection. Cette recherche peut prendre de multiples formes. Etablissement d&#39;une harmonie ou d&#39;un juste milieu dans son comportement, ma&icirc;trise des pulsions, ob&eacute;issance de l&#39;homme &agrave; une loi que sa propre raison lui impose, acc&egrave;s &agrave; la contemplation ou, au contraire, imp&eacute;ratif d&#39;action et de r&eacute;alisation, en sont quelques mod&egrave;les. Leur point commun est d&#39;avoir pour moteur le sujet lui-m&ecirc;me. Je dois viser &agrave; telle ou telle perfection et par l&agrave; accomplir ma v&eacute;ritable nature. M&ecirc;me la morale existentialiste qui rejette la notion de nature humaine maintient l&#39;exigence d&#39;authenticit&eacute; et la r&eacute;alisation de soi par soi.<\/p>\n<p>\n\tL&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas ont en commun de se d&eacute;marquer de ces sch&eacute;mas. La morale n&#39;est pas primordialement recherche de perfection individuelle. Elle se joue dans la relation &agrave; autrui. L&agrave; est le vrai probl&egrave;me. Pour le marquer, en suivant une indication qui m&#39;avait &eacute;t&eacute; donn&eacute;e par Emmanuel Levinas, convenons d&#39;utiliser ici le terme d&#39;&eacute;thique plut&ocirc;t que celui de morale. C&#39;est inlassablement, &agrave; travers toute son oeuvre, qu&#39;Emmanuel Levinas a explor&eacute; ce champ de l&#39;&eacute;thique dans toutes ses nuances et avec un radicalisme croissant. Visage d&#39;Autrui, all&eacute;geance et obligation envers lui, responsabilit&eacute;, fraternit&eacute;, et ultimement substitution, ces termes scandent d&#39;innombrables analyses s&#39;&eacute;tendant des donn&eacute;es les plus concr&egrave;tes de l&#39;existence jusqu&#39;aux abstractions les plus pures des philosophes.<\/p>\n<p>\n\tCes th&egrave;mes ne sont pas aussi omnipr&eacute;sents dans la pens&eacute;e de L&eacute;on Askenazi dont l&#39;enseignement vise en premier lieu &agrave; &eacute;lucider les structures de l&#39;histoire juive, &agrave; d&eacute;velopper ce qu&#39;il appelle une \u00ab\u00a0historiosophie&#39;&#39;. Le probl&egrave;me &eacute;thique n&#39;en est pas moins toujours sous-jacent. Le drame de Ca&iuml;n et Abel, les oppositions entre Isaac et Isma&euml;l, entre Jacob et Esa&uuml;, entre Joseph et ses fr&egrave;res sont les avatars r&eacute;p&eacute;t&eacute;s d&#39;une fraternit&eacute; &agrave; construire et chaque fois probl&eacute;matique ou en &eacute;chec. Ne pouvant multiplier les citations, je ne choisis qu&#39;un exemple, le conflit entre Joseph et ses fr&egrave;res<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#79\" name=\"tex2html10\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Tout l&#39;objectif de cette histoire est d&#39;arriver &agrave; construire la fraternit&eacute;. Quand cela arrive, l&#39;histoire des enfants d&#39;Isra&euml;l peut commencer, et t&eacute;moigner non seulement, comme les Patriarches, &agrave; l&#39;&eacute;chelle individuelle, mais &eacute;galement &agrave; l&#39;&eacute;chelle de l&#39;identit&eacute; collective d&#39;une soci&eacute;t&eacute;, d&#39;une nation. <\/i><\/p>\n<p>\n\t\t<i>Mais l&#39;histoire d&#39;Isra&euml;l n&#39;est pas encore achev&eacute;e. C&#39;est l&#39;histoire d&#39;une entreprise : fabriquer l&#39;&ecirc;tre-fr&egrave;re, construire la fraternit&eacute;, seule solution au probl&egrave;me du couple, lui-m&ecirc;me v&eacute;hicule du probl&egrave;me de l&#39;histoire. On pourrait reprendre cela de mille mani&egrave;res ; on n&#39;a jamais dit autre chose, dans l&#39;enseignement des Patriarches, des proph&egrave;tes, des rabbins, dans toute la tradition juive. Depuis le d&eacute;but jusqu&#39;&agrave; la fin, c&#39;est toujours cela l&#39;essentiel : comprendre le sens de l&#39;identit&eacute; messianique et en conna&icirc;tre le mode d&#39;emploi afin de savoir fabriquer l&#39;&ecirc;tre-fr&egrave;re, afin que l&#39;histoire s&#39;ach&egrave;ve et que l&#39;on commence vraiment la vie qui vient \u00ab\u00a0apr&egrave;s les jours&#39;&#39;, et pas seulement cet effort d&#39;engendrement o&ugrave; nous sommes, vivant comme un foetus et pas encore comme un &ecirc;tre n&eacute;. <\/i><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tOn ne s&#39;&eacute;tonnera pas si pour L&eacute;on Askenazi, ce probl&egrave;me reste d&#39;actualit&eacute;. reprenat une id&eacute;e du rav Kook, il &eacute;crit<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#83\" name=\"tex2html11\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Le mishkan, l&#39;unit&eacute; de l&#39;ensemble, a &eacute;t&eacute; d&eacute;truit &agrave; cause de la haine gratuite entre les individus, les uns envers les autres, et entre les institutions, les unes envers les autres. Il ne peut &ecirc;tre reconstruit que par l&#39;amour gratuit ; l&#39;amour gratuit, cela veut dire &ecirc;tre capable d&#39;aimer m&ecirc;me celui qui n&#39;est pas aimable. <\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tLe probl&egrave;me &eacute;thique est donc essentiel aussi bien pour L&eacute;on Askenazi que pour Emmanuel Levinas. Il reste cependant entre leurs approches une diff&eacute;rence qu&#39;il faut d&eacute;crire et dont il convient de rendre compte. Pour Emmanuel Levinas, la relation entre le Moi et Autrui est primordialement dissym&eacute;trique. Que l&#39;obligation envers autrui soit post&eacute;rieure &agrave; sa r&eacute;v&eacute;lation comme dans ses premiers &eacute;crits ou qu&#39;elle lui soit pr&eacute;alable et constitutive de la subjectivit&eacute; m&ecirc;me, dans les deux cas la relation &agrave; Autrui ne se retourne pas. Il n&#39;y a pas r&eacute;ciprocit&eacute;, du moins tant que le tiers n&#39;entre pas en sc&egrave;ne et modifie la donne. Je suis l&#39;oblig&eacute; d&#39;Autrui, j&#39;en suis responsable ou m&ecirc;me l&#39;otage, mais je ne peux exiger l&#39;inverse. Tel est en tout cas le point de d&eacute;part de l&#39;analyse, ce qui n&#39;a &eacute;videmment pas manqu&eacute; de troubler de nombreux interpr&egrave;tes qui n&#39;ont pas toujours saisi comment il doit &ecirc;tre imm&eacute;diatement infl&eacute;chi.<\/p>\n<p>\n\tEn revanche, pour L&eacute;on Askenazi, la relation &eacute;thique est essentiellement r&eacute;ciproque. Etablir la fraternit&eacute; est une t&acirc;che commune, &agrave; la limite le probl&egrave;me de la Communaut&eacute; d&#39;Isra&euml;l dans toute ses dimensions pass&eacute;es, pr&eacute;sentes et &agrave; venir. La notion de responsabilit&eacute; n&#39;est pas d&eacute;crite comme responsabilit&eacute; du Moi envers Autrui. La responsabilit&eacute; individuelle s&#39;ins&egrave;re toujours dans celle de la collectivit&eacute;, de la famille ou du couple face &agrave; ce qu&#39;ils doivent r&eacute;aliser. Pour L&eacute;on Ask&eacute;nazi, il peut y avoir une diff&eacute;renciation entre les oeuvres &agrave; accomplir par tel ou tel. Chaque tribu a son r&ocirc;le, l&#39;homme n&#39;est pas la femme, le pr&ecirc;tre n&#39;est pas le roi. Chacun &agrave; sa place peut &ecirc;tre investi d&#39;obligations sp&eacute;cifiques, mais la t&acirc;che reste collective.<\/p>\n<p>\n\tCette diff&eacute;rence d&#39;approche s&#39;explique si l&#39;on n&#39;oublie pas les horizons respectifs dans lesquels s&#39;enracinent les itin&eacute;raires de pens&eacute;e d&#39;Emmanuel L&eacute;vinas et de L&eacute;on Ask&eacute;nazi. En for&ccedil;ant le trait, Emmanuel Levinas part du Moi philosophique enferm&eacute; dans son ips&eacute;it&eacute;, est saisi par la r&eacute;v&eacute;lation d&#39;Autrui, et c&#39;est seulement avec la survenue du troisi&egrave;me homme, du tiers, que le collectif et ses probl&egrave;mes d&#39;organisation prennent leur sens.<\/p>\n<p>\n\tLe trajet de L&eacute;on Ask&eacute;nazi s&#39;effectue en sens inverse. La donn&eacute;e premi&egrave;re est l&#39;histoire humaine dans son parcours infini, l&#39;oeuvre collective de constitution des identit&eacute;s personnelles dont Isra&euml;l est le centre et le lieu de conciliation. C&#39;est dans sa participation &agrave; cette oeuvre incommensurable que l&#39;individualit&eacute; surgit et que chacun trouve sa place irr&eacute;ductible. On comprend donc pourquoi, issus d&#39;horizons aussi &eacute;loign&eacute;s, les routes parcourues par L&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas se rapprochent mais qu&#39;un &eacute;cart dans l&#39;accentuation des th&eacute;matiques subsiste jusqu&#39;au bout. Cependant une &eacute;tude pr&eacute;cise conduit &agrave; la conclusion qu&#39;il n&#39;y a jamais contradiction.<\/p>\n<p>\n\tUn dernier point, l&#39;Etat d&#39;Isra&euml;l. A l&#39;origine, jusque vers 1960, L&eacute;on Askenazi est fort r&eacute;serv&eacute; &agrave; son &eacute;gard, suivant en cela l&#39;enseignement de Jacob Gordin et en accord avec les id&eacute;es du monde orthodoxe dont il est issu. Il n&#39;accorde pas &agrave; l&#39;Etat de signification privil&eacute;gi&eacute;e. Comme on le sait, apr&egrave;s la rencontre avec le Rav Kook, sa position se modifie profond&eacute;ment. Que le peuple juif ait retrouv&eacute; sa terre et sa souverainet&eacute; politique est d&egrave;s lors consid&eacute;r&eacute; comme la premi&egrave;re &eacute;tape d&#39;un processus de r&eacute;demption qui doit conduire bien au del&agrave; de la sph&egrave;re politique initiale.<\/p>\n<p>\n\tMais qu&#39;en est-il pour Emmanuel Levinas&nbsp;? L&#39;existence de l&#39;Etat d&#39;Isra&euml;l est-elle pour lui autre chose qu&#39;un bouclier de protection, la seule mani&egrave;re efficace pour le peuple juif de se d&eacute;fendre dans un monde de violence. Ou au contraire, faut-il y voir une r&eacute;alisation dont le sens transcende ce r&eacute;alisme&nbsp;? Le souci &eacute;thique dont le sol originel est la relation du Moi &agrave; Autrui rejoint-il le collectif&nbsp;? Je lui laisse la parole<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#86\" name=\"tex2html12\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>:<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t<i>Nos trois &eacute;tudes group&eacute;es sous le titre de &laquo; Sionismes &raquo; tendent seulement &agrave; montrer comment l&#39;oeuvre historique de l&#39;Etat, dont il n&#39;est pas possible de se passer dans le monde politis&eacute; &agrave; l&#39;extr&ecirc;me de notre temps, oeuvre de courage et de travail qui se veut la&iuml;que, s&#39;impr&egrave;gne en Isra&euml;l, d&egrave;s le d&eacute;but, et progressivement, des pens&eacute;es jeunes, mais issues de la Bible ; comment la continuation et le d&eacute;veloppement de cette culture biblique se montrait ins&eacute;parable des fins temporelles de l&#39;Etat et d&eacute;bordait ces fins. Imp&eacute;nitente eschatologie d&#39;Isra&euml;l&#8230; <\/i><\/p>\n<p>\n\t\t<i>L&#39;important de l&#39;Etat d&#39;Isra&euml;l ne consiste pas dans la r&eacute;alisation d&#39;une antique promesse, ni dans le d&eacute;but qu&#39;il marquerait d&#39;une &egrave;re de s&eacute;curit&eacute; mat&eacute;rielle &#8211; probl&eacute;matique, h&eacute;las&nbsp;! &#8211; mais dans l&#39;occasion enfin offerte d&#39;accomplir la loi sociale du juda&iuml;sme&#8230; <\/i><\/p>\n<p>\n\t\t<i>La subordination de l&#39;Etat &agrave; ses promesses sociales articule la signification religieuse de la r&eacute;surrection d&#39;Isra&euml;l comme, aux temps anciens, la pratique de la justice justifiait la pr&eacute;sence sur une terre. <\/i><\/p>\n<p>\n\t\t<i>C&#39;est par l&agrave; que l&#39;&eacute;v&eacute;nement politique est d&eacute;j&agrave; d&eacute;bord&eacute;. Et c&#39;est par l&agrave; enfin que l&#39;on peut distinguer les juifs religieux de ceux qui ne le sont pas. L&#39;opposition est entre ceux qui cherchent l&#39;Etat pour la justice et ceux qui cherchent la justice pour la subsistance de l&#39;Etat&#8230;Justice comme raison d&#39;&ecirc;tre de l&#39;Etat &#8211; voil&agrave; la religion<a href=\"http:\/\/ghansel.free.fr\/asklev\/footnode.html#90\" name=\"tex2html13\"><img decoding=\"async\" align=\"bottom\" alt=\"gif\" src=\"http:\/\/cbl.leeds.ac.uk\/nikos\/figs\/foot_motif.gif\" \/><\/a>. <\/i><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tL&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas ont maintenant rejoint leurs f&eacute;es tut&eacute;laires. Mais au firmament de la pens&eacute;e, deux &eacute;toiles suppl&eacute;mentaires, et non des moindres, ont &eacute;t&eacute; fix&eacute;es. Si leur coloration est diff&eacute;rente, les faisceaux de lumi&egrave;re qu&#39;elles &eacute;mettent sont convergents. Par del&agrave; l&#39;existence de ceux qui les ont allum&eacute;es, ces &eacute;toiles sont d&eacute;sormais int&eacute;gr&eacute;es, &agrave; la fois dans leur distance et leur proximit&eacute;, aux sources authentiques des traditions de notre peuple. Elles &eacute;clairent les premiers pas du chemin encore &agrave; parcourir qui, dans une nouvelle &eacute;tape, apr&egrave;s la souverainet&eacute; politique reconquise, verra in&eacute;luctablement r&eacute;appara&icirc;tre le juge, le <i>shofet<\/i>, verra in&eacute;luctablement rena&icirc;tre le droit juif, les <i>michpetei Isra&euml;l<\/i>, actuellement encore occult&eacute;s par une &eacute;trange amn&eacute;sie collective.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tGeorges Hansel &nbsp;&quot;La Bible au Talmud&quot; publie chez Odile Jacob en 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas,&nbsp;de la distance &agrave; la proximit&eacute; &nbsp; &nbsp; Les f&eacute;es qui se sont pench&eacute;es sur les berceaux de L&eacute;on Askenazi et Emmanuel Levinas ne devaient pas se conna&icirc;tre ou du moins, si comme je le crois, au royaume des f&eacute;es tout le monde se conna&icirc;t, elle devaient souvent se quereller. 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