{"id":1577,"date":"2012-10-04T04:29:06","date_gmt":"2012-10-04T04:29:06","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1577"},"modified":"2012-10-05T00:00:58","modified_gmt":"2012-10-05T00:00:58","slug":"hubert-haddad-je-ne-suis-pas-un-ecrivain-maudit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/hubert-haddad-je-ne-suis-pas-un-ecrivain-maudit\/","title":{"rendered":"Hubert Haddad : Je ne suis pas un \u00e9crivain maudit"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<h1>\n\t\tHubert Haddad : &quot;Je ne suis pas un &eacute;crivain maudit&quot;<\/h1>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\tAuteur de plus de trente livres, <b>Hubert Haddad<\/b> vient de publier &quot;Nouvelles du jour et de la nuit&quot; (Zulma). Rencontre avec un &eacute;crivain aussi discret qu&#39;authentique.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"col_article\" sizcache=\"1314\" sizset=\"0\">\n<script><\/script>\t<\/p>\n<div id=\"pub_190x60\">\n<script><\/script><script><\/script>\t\t<a href=\"http:\/\/ad.fr.doubleclick.net\/click;h=v8\/3afa\/0\/0\/%2a\/x;44306;0-0;0;28136112;1007-190\/60;0\/0\/0;;~sscs=%3f\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" alt=\"Click here to find out more!\" border=\"0\" src=\"http:\/\/s0.2mdn.net\/viewad\/817-grey.gif\" \/><\/a><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"article zoomable\">\n<div class=\"signature_article\">\n\t\tPropos recueillis par <strong>Val&eacute;rie Marin La Mesl&eacute;e.<\/strong><\/div>\n<div class=\"signature_article\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\tPo&egrave;te et romancier, juif de Tunis &eacute;migr&eacute; &agrave; Paris, il a exerc&eacute; les m&eacute;tiers d&#39;instituteur et d&#39;&eacute;ducateur de rue parmi bien d&#39;autres, tout en construisant une oeuvre impressionnante. Hubert Haddad, l&#39;auteur des <i>Nouvelles du jour et de la nuit<\/i>, &eacute;crit depuis pr&egrave;s de quarante ans &agrave; la lisi&egrave;re de bien des mondes, &eacute;treignant le r&eacute;el par le songe et l&#39;actualit&eacute; par la fiction. De <i>L&#39;univers<\/i> au <i>Nouveau magasin d&#39;&eacute;criture<\/i>, il a brass&eacute; tous les genres. <i>Palestine<\/i>, roman d&#39;une terre d&eacute;chir&eacute;e, a fait sortir d&#39;une trop grande discr&eacute;tion cet &eacute;crivain de l&#39;absolu, aux allures de &quot;maudit&quot;, qui &eacute;crit pour retrouver la profondeur du monde.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Le Point : Vous avez publi&eacute; plus de trente livres, deux coffrets de vos nouvelles viennent de para&icirc;tre, et pourtant on ne vous voit gu&egrave;re dans les m&eacute;dias, comme si vous oeuvriez dans l&#39;ombre. Vous consid&eacute;rez-vous comme un &quot;&eacute;crivain maudit&quot; ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\t<b>Hubert Haddad :<\/b> On m&#39;a class&eacute; tout vif parmi eux quelquefois. Sans doute est-ce parce que j&#39;ai longtemps &eacute;t&eacute; insituable, on m&#39;a rang&eacute; parmi les &eacute;crivains maghr&eacute;bins en librairie, mais la Tunisie ne m&#39;a jamais revendiqu&eacute;, ni la France du terroir, ni personne. D&#39;ailleurs, je ne me suis sp&eacute;cialis&eacute; dans aucun folklore. J&#39;ai consacr&eacute; ma vie &agrave; l&#39;amour exclusif de la langue fran&ccedil;aise, aux d&eacute;pens, certes, des relations mondaines. Mais je n&#39;ai qu&#39;une vie, ne suis pas un &eacute;crivain maudit et refuse comme un beau diable cette mal&eacute;diction.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Vous &ecirc;tes n&eacute; &agrave; Tunis, o&ugrave; le &quot;printemps arabe&quot; a commenc&eacute;. Comment le regardez-vous ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tAvec l&#39;all&eacute;gresse pensive de l&#39;exil&eacute;. Cette aspiration &agrave; l&#39;&eacute;galit&eacute; des droits de tout un peuple, femmes et jeunes en t&ecirc;te, laisse r&ecirc;ver aux belles mosa&iuml;ques identitaires du cosmopolitisme. Et que pensez-vous du r&ocirc;le de la France ? La France, qui essaie de rattraper en Libye son assistance aveugle &agrave; la dictature tunisienne et ses petits arrangements avec les affairistes, devrait prendre la mesure des aspirations sp&eacute;cifiques de l&#39;homme arabe et de l&#39;homme africain. Au Rwanda, o&ugrave; je me suis rendu l&#39;an pass&eacute;, comme en Alg&eacute;rie, on rejette aujourd&#39;hui la francophonie &agrave; cause d&#39;une sorte d&#39;obstination coloniale r&eacute;currente, sous des dehors protecteurs. En Tunisie, comme partout ailleurs en Afrique francophone, c&#39;est d&#39;un vrai &eacute;change &eacute;galitaire qu&#39;on a besoin, lequel passe par la reconnaissance de nos fautes historiques, et certainement pas de cette condescendance des &eacute;lites qui entra&icirc;ne un aveuglement parfois criminel aux heures de crise, tant ces &eacute;lites se compromettent avec les pouvoirs circonstanciels qu&#39;elles servent ou ran&ccedil;onnent pour assurer cahin-caha leurs privil&egrave;ges.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Vous avez re&ccedil;u le prix des Cinq Continents de la francophonie pour <i>Palestine<\/i>. Qu&#39;est-ce que la francophonie ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tC&#39;est au moins 200 millions de locuteurs dans le monde, et bien plus d&#39;interlocuteurs. C&#39;est une richesse extraordinaire, parce qu&#39;une voix qui franchit la barri&egrave;re du silence aux Cara&iuml;bes, au Maghreb ou en Afrique ressuscite la langue fran&ccedil;aise hors de toute appartenance. Et c&#39;est le devoir de l&#39;&Eacute;tat fran&ccedil;ais de maintenir et m&ecirc;me de d&eacute;velopper la vitalit&eacute; de la langue fran&ccedil;aise partout dans le monde. Comment p&eacute;renniser autrement la culture et la litt&eacute;rature francophones, qui ne sont pas sa propri&eacute;t&eacute;, mais le plus beau legs fait au monde, un espace d&#39;invention universel et libre d&#39;o&ugrave; surgit &agrave; tout moment cette nouveaut&eacute; m&eacute;tiss&eacute;e, critique, vivante qui nous &eacute;chappe et par l&agrave; m&ecirc;me nous sauve ?<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Quel r&ocirc;le tient dans votre vision du monde et votre oeuvre la double appartenance jud&eacute;o-berb&egrave;re, et plus g&eacute;n&eacute;ralement la question de l&#39;identit&eacute; ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tIl n&#39;y a que des identit&eacute;s hybrides, r&ecirc;v&eacute;es, erratiques comme les nuages. J&#39;&eacute;cris en Janus, avec deux visages reli&eacute;s par la nuque, l&#39;un tourn&eacute; vers la M&eacute;diterran&eacute;e, l&#39;autre vers l&#39;Occident. Et cette dualit&eacute; est un dialogue infini qui ne cesse de m&#39;interroger.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Vous avez racont&eacute; votre arriv&eacute;e en France &agrave; l&#39;&acirc;ge de cinq ans, et l&#39;accueil fait &agrave; l&#39;immigr&eacute;. Aujourd&#39;hui, l&#39;immigr&eacute; fait peur. D&#39;o&ugrave; vient cette peur de l&#39;autre, parfois fantasmatique ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tJe me souviens de mes parents pauvres et illettr&eacute;s, de la famille d&eacute;barqu&eacute;e avec deux valises et trois gosses en bas &acirc;ge dans un taudis minuscule de M&eacute;nilmontant. Les enfants sont devenus libraire, artiste peintre, &eacute;crivains. L&#39;immigration, c&#39;est d&#39;abord cela, elle ne prend aucune place ; elle en cr&eacute;e, au contraire. Ce n&#39;est pas l&#39;immigration en soi qu&#39;il faut craindre, mais les conditions qui lui sont faites, l&#39;exclusion et le m&eacute;pris, ces camps de r&eacute;fugi&eacute;s forc&eacute;ment pathog&egrave;nes que sont devenues les banlieues populaires.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Vous avez tant &eacute;crit qu&#39;on vous imagine riv&eacute; &agrave; votre table. Or, vous l&#39;avez quitt&eacute;e pour gagner votre vie en animant des ateliers d&#39;&eacute;criture (voir <i>Le nouveau magasin d&#39;&eacute;criture<\/i>) et aussi comme travailleur social. De votre exp&eacute;rience pass&eacute;e et pr&eacute;sente, que repr&eacute;sente en 2011 l&#39;&quot;&eacute;crivain&quot; dans la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tJ&#39;ai &eacute;t&eacute; instituteur puis &eacute;ducateur de rue, avec les jeunes immigr&eacute;s albanais, turcs et autres, on a invent&eacute; l&#39;atelier d&#39;&eacute;criture, et tout nous a sembl&eacute; soudain plein de promesses. Un &eacute;crivain doit &agrave; la fois se mettre en r&eacute;serve, pour t&eacute;moigner de l&#39;envers des choses et &ecirc;tre aux avant-postes. En constatant l&#39;impuissance et le d&eacute;sarroi des technocrates et des politiques devant les catastrophes du golfe du Mexique ou de Fukushima, par exemple, on se dit que la plupart des d&eacute;sastres proc&egrave;dent d&#39;un manque cruel d&#39;imagination. Celles et ceux qui inventent des mondes ont bien des choses &agrave; dire sur le monde.<\/p>\n<p>\n\t\t<b><i>Palestine<\/i> est le roman o&ugrave; la litt&eacute;rature de l&#39;imaginaire, qui est la v&ocirc;tre, a fait place au r&eacute;el de l&#39;actualit&eacute;. Pourquoi vous fallait-il &eacute;crire sur le conflit isra&eacute;lo-palestinien ? Et que vous inspire l&#39;invention du nom &quot;Palestinisra&euml;l&quot;? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tJe suis d&eacute;chir&eacute; depuis si longtemps par la haine et le d&eacute;ni qui aveuglent juifs et musulmans dans cet endroit du monde ! Mon fr&egrave;re Michael, qui s&#39;est suicid&eacute; en 1979, aura v&eacute;cu de plein fouet cette d&eacute;chirure. Les crispations identitaires rendent improbable aujourd&#39;hui un Palestinisra&euml;l. On esp&egrave;re deux &Eacute;tats souverains li&eacute;s par un exemplaire et tr&egrave;s concret projet de r&eacute;conciliation. Quant aux colons, s&#39;ils veulent rester, qu&#39;ils oeuvrent citoyennement pour la Palestine, pour une humanit&eacute; r&eacute;concili&eacute;e ! Tout comme les Palestiniens d&#39;Isra&euml;l au sein de leur &Eacute;tat.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Jusqu&#39;&agrave; quel point le romancier peut-il librement faire avec l&#39;histoire, avec l&#39;actualit&eacute;, et dans quel but s&#39;en empare-t-il ? Je pense &agrave; votre prochain roman, qui se situera, je crois, en Afghanistan ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tLe romancier a tous les droits et devoirs que lui octroie la fiction. La fiction est une mise en question insondable de ladite r&eacute;alit&eacute;, et le romancier, lui, brave les interdits. Il sait bien que la libert&eacute; n&#39;existe qu&#39;en conscience. Mon prochain roman,<i> Opium Poppy<\/i>, la fleur de pavot, ira plus avant encore que <i>Palestine<\/i> dans cette interrogation.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Il ne se passe pas un an sans qu&#39;un livre de vous paraisse. Haddad veut dire &quot;forgeron&quot;, en arabe. Que forgez-vous, un livre apr&egrave;s l&#39;autre, depuis plus de trente ans ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\t&Eacute;crire me sauve &agrave; chaque instant d&#39;une sacr&eacute;e m&eacute;lancolie. C&#39;est dr&ocirc;le, un forgeron en qu&ecirc;te d&#39;une teinte, d&#39;une nuance. Chaque livre serait une riposte contre l&#39;impossible. &Agrave; 20 ans, j&#39;ai manqu&eacute; mourir parce que je cherchais la v&eacute;rit&eacute;. J&#39;ai us&eacute; de tous les exp&eacute;dients pour une travers&eacute;e des apparences, et miraculeusement j&#39;en suis revenu apr&egrave;s une exp&eacute;rience fondamentale qui m&#39;a mis en contact avec ce qui rend sa profondeur au monde. Depuis, je tente par l&#39;&eacute;criture de retrouver cette r&eacute;v&eacute;lation sans commune mesure, d&#39;une foudroyante beaut&eacute;. Je sais d&#39;intuition que les &eacute;crivains qui me font battre le coeur sont pass&eacute;s par l&agrave; : Dante, Edgar Poe, G&eacute;rard de Nerval, Ren&eacute; Daumal, Malcolm Lowry&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Le recueil de po&egrave;mes n&#39;est pas le genre que vous pratiquez le plus, mais la po&eacute;sie, elle, est pr&eacute;sente. O&ugrave; est la po&eacute;sie ? Et la mettez-vous au-dessus de tout ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tLa po&eacute;sie est bien l&#39;origine de la parole, son myst&egrave;re. M&ecirc;me un discours de ministre, du point de vue de ce myst&egrave;re, tient fortuitement du po&egrave;me. Dans le r&eacute;cit, j&#39;aimerais ouvrir le po&egrave;me &agrave; l&#39;histoire commune, aux mille r&eacute;alit&eacute;s, comme un palimpseste. Mais rien n&#39;&eacute;gale Rimbaud ou Mallarm&eacute; en beaut&eacute;, &agrave; part Bach ou Couperin, &agrave; part la musique.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Votre univers est presque toujours &agrave; la lisi&egrave;re. De la peur et du d&eacute;sir, notamment, si proches dans toute rencontre. De quoi avez-vous peur, Hubert Haddad ? Et que d&eacute;sire aujourd&#39;hui l&#39;&eacute;crivain que vous &ecirc;tes ? <\/b><\/p>\n<p>\n\t\tLa peur et le d&eacute;sir anticipent toute rencontre. Les personnages de mes nouvelles sont des saltimbanques, des errants guid&eacute;s par une dr&ocirc;le de fatalit&eacute;. Sans doute ont-ils peur de leur d&eacute;sir et d&eacute;sirent-ils ce qui leur fait le plus peur. La foudre les accompagne en zigzag sur un fragile chemin de v&eacute;rit&eacute;. L&#39;&eacute;crivain que je suis aimerait croire &agrave; ce qu&#39;il fabrique et n&#39;&ecirc;tre pas toujours le plus perdu de ses personnages.<\/p>\n<div class=\"focus\">\n<h3>\n\t\t\tRep&egrave;res<\/h3>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t1947 : Naissance &agrave; Tunis.<\/p>\n<p>\n\t\t\t1951 : Arriv&eacute;e en France.<\/p>\n<p>\n\t\t\t1967 : <i>Le charnier d&eacute;ductif<\/i>, premier recueil de po&egrave;mes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t1974 :<i> Un r&ecirc;ve de glace<\/i>, premier roman.<\/p>\n<p>\n\t\t\t1979 : Suicide de Michael Haddad, son fr&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t\t\t1999 : <i>L&#39;univers<\/i>, roman.<\/p>\n<p>\n\t\t\t2006 : <i>Le nouveau magasin d&#39;&eacute;criture<\/i>, manuel encyclop&eacute;dique tir&eacute; des ateliers d&#39;&eacute;criture qu&#39;il anime.<\/p>\n<p>\n\t\t\t2007 : <i>Palestine<\/i>&quot;, roman, prix des Cinq Continents de la francophonie et prix Renaudot poche.<\/p>\n<p>\n\t\t\t2011 : <i>Nouvelles du jour et de la nuit<\/i>, en deux coffrets, pour le 20e anniversaire de son &eacute;diteur, Zulma.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Hubert Haddad : &quot;Je ne suis pas un &eacute;crivain maudit&quot; Auteur de plus de trente livres, Hubert Haddad vient de publier &quot;Nouvelles du jour et de la nuit&quot; (Zulma). 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