{"id":1587,"date":"2011-05-02T16:54:42","date_gmt":"2011-05-02T16:54:42","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1587"},"modified":"2011-05-03T16:42:46","modified_gmt":"2011-05-03T16:42:46","slug":"le-printemps-arabe-un-pur-fantasme-occidental-par-patricia-mamou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-printemps-arabe-un-pur-fantasme-occidental-par-patricia-mamou\/","title":{"rendered":"Le printemps arabe : un pur fantasme occidental, Par Patricia Mamou"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p class=\"Mna\">\n\t<b><u><span lang=\"FR\">Le printemps arabe&nbsp;: un pur fantasme occidental<\/span><\/u><\/b><b><u><span lang=\"FR\"> <\/span><\/u><\/b><u><span>(info # 010205\/11) <\/span><\/u><b><u><span>[Analyse]<\/span><\/u><\/b><span> <\/span><b><u><span><o p=\"\"><\/o><\/span><\/u><\/b><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span lang=\"EN-US\">Par Patricia Mamou <\/span><b><span lang=\"EN-US\">&copy;<\/span><\/b><b><span lang=\"EN-US\"> <\/span><\/b><b><span lang=\"EN-US\">Me<\/span><\/b><b><span lang=\"EN-US\">tula <\/span><\/b><b><span lang=\"EN-US\">N<\/span><\/b><b><span lang=\"EN-US\">ews <\/span><\/b><b><span lang=\"EN-US\">A<\/span><\/b><b><span lang=\"EN-US\">gency<\/span><\/b><span lang=\"EN-US\"><o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span lang=\"EN-US\"><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<i><span>Patricia Mamou est n&eacute;e &agrave; Tunis au d&eacute;but des ann&eacute;es soixante. Elle &eacute;tudiera la litt&eacute;rature, la philosophie et le droit &agrave; Paris, o&ugrave; elle demeurera jusqu&rsquo;en 2004. La majeure partie de son parcours professionnel se fera dans la communication, o&ugrave; elle occupera divers postes de relations publiques et d&#39;attach&eacute;e de presse. Son installation en Floride, en 2004, l&#39;a men&eacute;e &agrave; collaborer &agrave; divers magazines isra&eacute;liens, dont elle fut la correspondante aux Etats-Unis.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/i><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>&nbsp;&nbsp; <\/span><span><span>&nbsp;&nbsp;<\/span><o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Lorsqu&rsquo;en janvier la &quot;R&eacute;volution du Jasmin&quot; battait son plein en Tunisie, elle faisait vibrer des journalistes, politologues et philosophes europ&eacute;ens et am&eacute;ricains, qui r&ecirc;vaient qu&rsquo;un vent d&eacute;mocratique souffl&acirc;t enfin sur ce pays. A longueurs d&rsquo;articles, les donneurs de le&ccedil;ons libertaires et &eacute;galitaires, en particulier les Fran&ccedil;ais parmi eux, ont tent&eacute; de d&eacute;montrer qu&rsquo;une &egrave;re nouvelle de libert&eacute; s&rsquo;&eacute;tait mise en marche dans le monde arabe, et que la Tunisie avait ouvert la voie du changement tant attendu et tant esp&eacute;r&eacute;. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Bien cal&eacute;s dans leurs convictions, et n&rsquo;envisageant ce mouvement populaire arabe qu&rsquo;au travers du prisme de leurs certitudes et de leur propre culture, ces commentateurs magistraux expliquaient sur tous les plateaux de t&eacute;l&eacute;vision, que <i>les forces vives de la jeunesse tunisienne ne sauraient laisser passer cette occasion unique de tourner le dos &agrave; plus de soixante ans de dictature et de privations de toutes sortes<\/i>. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Mais, en r&eacute;alit&eacute;, qui donc attendait et esp&eacute;rait ce changement ? La fam&eacute;lique jeunesse tunisienne,&nbsp;ou ces bienpensants nantis, grands amoureux de la dialectique et de l&rsquo;ethnocentrisme&nbsp;? <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Sont-ils jamais all&eacute;s &agrave; la rencontre de cette jeunesse&nbsp;afin, pour d&eacute;buter une authentique r&eacute;flexion, de l&rsquo;&eacute;couter ? Poss&egrave;dent-ils seulement quelque notion concr&egrave;te des aspirations profondes ou des r&ecirc;ves&nbsp;authentiques de cette g&eacute;n&eacute;ration tunisienne ? <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Les soci&eacute;t&eacute;s occidentales et d&eacute;mocratiques lui laissent-elles le choix d&rsquo;adh&eacute;rer &agrave; autre chose que ce qu&rsquo;elles ont d&eacute;cid&eacute; et d&eacute;fini comme &eacute;tant <i>ce qui est bien pour elle<\/i>&nbsp;? <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Il suffit pourtant d&rsquo;avoir visit&eacute; le Maghreb ailleurs que dans les avalent-touristes, pour &ecirc;tre au courant de ce que les principes philosophiques, politiques et religieux de mise en Occident ne sauraient &ecirc;tre calqu&eacute;s &agrave; aucun pays arabe, fut-ce la douce Tunisie. S&rsquo;obstiner dans la voie de l&rsquo;humanisme impos&eacute;, participe d&rsquo;une erreur monumentale. Plus que cela&nbsp;: d&rsquo;une approche strat&eacute;gique, politico-&eacute;conomique, simplement contre-productive.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Nous ne partageons pas les m&ecirc;mes valeurs&nbsp;! Une &eacute;vidence qui m&rsquo;est r&eacute;apparue, criarde, tout au long des interviews que j&rsquo;ai men&eacute;es, cette semaine en France, &agrave; Nice, pr&eacute;cis&eacute;ment, aupr&egrave;s de jeunes Tunisiens. Des migrants, qui se vivent exclusivement comme des &quot;rescap&eacute;s de l&rsquo;enfer&quot;, et ne se reconnaissent pas en &quot;r&eacute;volutionnaires embl&eacute;matiques&quot;, au risque d&rsquo;y perdre en romantisme. Ce, m&ecirc;me si cela doit peiner les media qui remplacent, par trop syst&eacute;matiquement, le sens de la r&eacute;alit&eacute; par celui de la formule, et qui ont, sans se soucier des attentes des principaux int&eacute;ress&eacute;s, baptis&eacute; leur aventure de l&rsquo;titre, po&eacute;tique mais controuv&eacute;,&nbsp;de <i>Printemps tunisien<\/i>.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Tandis que vingt mille visas temporaires ont &eacute;t&eacute; d&eacute;livr&eacute;s par les autorit&eacute;s italiennes depuis le mois de f&eacute;vrier (c&rsquo;est la seule estimation &agrave; peu pr&egrave;s fiable dont nous disposons), ce sont quelques deux &agrave; trois cents Tunisiens qui arrivent chaque jour &agrave; la gare centrale de Nice, en provenance de la ville frontali&egrave;re italienne de Vintimille. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>C&rsquo;est donc naturellement aux abords de la gare que je les ai attendus. Depuis quelques jours, la police fran&ccedil;aise a modifi&eacute; son attitude &#8211; facilitant ainsi mon enqu&ecirc;te &#8211; qui est pass&eacute;e de vigilante et s&eacute;v&egrave;re &agrave; carr&eacute;ment d&eacute;bonnaire. Les forces de l&rsquo;ordre ayant lev&eacute; le si&egrave;ge de ce quartier populaire du centre-ville, elles laissent ces faux-vrais immigrants libres de se rendre o&ugrave; bon leur semble. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>J&rsquo;aborde trois <i>jeunes<\/i> qui acceptent de se confier &agrave; moi, ce, avec d&rsquo;autant plus de facilit&eacute; que je m&rsquo;adresse &agrave; eux en arabe dialectal. Refusant poliment mais obstin&eacute;ment la nourriture que je leur propose &ndash; ils viennent de recevoir du pain et du fromage d&rsquo;une autre Ni&ccedil;oise -, ils me racontent par le d&eacute;tail leurs &eacute;pop&eacute;es dramatiques. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Comme les mille sept cents personnes ayant voyag&eacute; en m&ecirc;me temps qu&rsquo;eux jusqu&#39;&agrave; l&rsquo;&icirc;le italienne de Lampedusa, ils ont tous bien moins de trente ans. La plupart ne vivait pas &agrave; Tunis, mais dans les villes et les villages se situant &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du pays. L&agrave; o&ugrave; la mis&egrave;re et la faim font gargouiller les estomacs chaque jour un peu davantage. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>J&rsquo;ai h&acirc;te de leur poser la question qui taraude ma curiosit&eacute; depuis que je m&rsquo;int&eacute;resse au sujet&nbsp;: pourquoi ne sont-ils pas partis pendant le r&eacute;gime de Ben Ali&nbsp;? Leurs r&eacute;ponses se chevauchent les unes les autres, mais elles disent toutes pareil&nbsp;: &quot;En ces temps-l&agrave; nous mangions tous les jours&nbsp;! On arrivait encore &agrave; gagner nos dix dinars quotidiens (cinq euros par jour, soit cent cinquante euros par mois), en travaillant comme ma&ccedil;on ou gar&ccedil;on de caf&eacute;&nbsp;; aujourd&rsquo;hui m&ecirc;me cela est impossible&nbsp;! Nous, nous venons de Kairouan (dans la zone orientale de l&rsquo;Atlas tunisien), et il n&rsquo;y a plus rien l&agrave; o&ugrave; nous vivions&nbsp;; pas de travail, pas de nourriture dans les magasins et, d&rsquo;ailleurs, qui ach&egrave;terait quoi&nbsp;? Avec quel argent&nbsp;? D&rsquo;autres, originaires des grandes villes de Gab&egrave;s ou de Sfax, me confieront exactement la m&ecirc;me constatation.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Je rebondis instinctivement&nbsp;: mais Ben Ali d&eacute;chu et parti, c&rsquo;est ce que vous vouliez non&nbsp;?<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Prenez bonne note de leur r&eacute;ponse, c&rsquo;est celle qui courait dans toutes les bouches des centaines de Tunisiens d&eacute;friqu&eacute;s qui arpentaient ce week-end la Promenade des Anglais. Elle m&rsquo;en a plus appris en dix minutes que tout ce que j&rsquo;avais vu ou lu sur leur sort en France auparavant&nbsp;:<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>&quot;Oui nous voulions voir Ben Ali quitter le pouvoir, c&rsquo;est un voleur, un voyou&nbsp;; mais on n&rsquo;est pas fou&nbsp;: lui ou un autre c&rsquo;est pareil&hellip; Une fois au pouvoir, leur but, c&rsquo;est leur propre fortune, pas la n&ocirc;tre&nbsp;! Pour les gens aux commandes du pays, nous, les pauvres, nous n&rsquo;existons pas. Ils ne s&rsquo;int&eacute;ressent pas &agrave; nous. Avant et apr&egrave;s Ben Ali, cela s&rsquo;est toujours pass&eacute; ainsi et cela se passera toujours comme cela.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Cela ne changera jamais pour nous. Nous le savons, nous l&rsquo;avons toujours su. Nous n&rsquo;attendions rien de pr&eacute;cis de cette r&eacute;volution. Nous savions qu&rsquo;elle serait sans cons&eacute;quences positives pour nous. Alors nous, la r&eacute;volution, on s&rsquo;en fiche aussi. Ce que l&rsquo;on veut c&rsquo;est travailler, gagner de l&rsquo;argent, nourrir nos familles, vivre&hellip; normalement. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>En France, en Italie, ailleurs, on s&rsquo;en fiche de savoir o&ugrave; on ira, mais l&agrave;-bas, on sait qu&rsquo;on aura un travail qui nous rapportera beaucoup d&rsquo;argent !&quot;.&nbsp;<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Je me dois de pr&eacute;ciser, qu&rsquo;au cours de nos entretiens, qui ont dur&eacute; plusieurs heures et ont impliqu&eacute; des dizaines de migrants, pas une seule fois n&rsquo;auront &eacute;t&eacute; prononc&eacute;s les mots de d&eacute;mocratie ou de libert&eacute;. Les jeunes gens &eacute;chou&eacute;s sur notre plage n&rsquo;ont pas de conscience politique ou id&eacute;ologique, du moins pas dans le sens o&ugrave; nous l&rsquo;entendons.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Car ils ne peuvent pas s&rsquo;en permettre le luxe, eux, dont l&rsquo;unique pr&eacute;occupation, en Tunisie et en France, consiste &agrave; manger tous les jours&nbsp;! <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>A l&rsquo;&eacute;vocation de l&rsquo;argent, je leur demande o&ugrave; ils ont trouv&eacute; la petite fortune que leur a co&ucirc;t&eacute; leur travers&eacute;e. Mes interlocuteurs me signalent que les sept-cent-cinquante euros par personne ont &eacute;t&eacute; r&eacute;unis par les m&egrave;res, les cousines et les s&oelig;urs. Toutes ont &eacute;t&eacute; r&eacute;quisitionn&eacute;es pour vendre leurs bijoux en or. Une &eacute;norme somme, l&rsquo;&eacute;quivalent de cinq mois de salaire sous Ben Ali, remis &agrave; des patrons p&eacute;cheurs sans vergogne, qui les ont hiss&eacute;s sur des barques d&eacute;labr&eacute;es et dangereuses, au p&eacute;ril de leurs vies. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>&quot;Passeur&quot; aura finalement &eacute;t&eacute; l&rsquo;unique activit&eacute; lucrative de la R&eacute;volution tunisienne. Soixante-douze heures d&rsquo;une travers&eacute;e apocalyptique, avec des barques, qui, lorsqu&rsquo;elles ne coulent pas, sont r&eacute;duites &agrave; l&rsquo;&eacute;tat de radeaux, &agrave; l&rsquo;approche de l&rsquo;&icirc;le italienne. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Trois jours &agrave; affronter les vents et les pluies glaciales, les vagues immenses et mena&ccedil;antes, la promiscuit&eacute;, la faim, la soif et la hantise de mourir &agrave; chaque instant. Pourtant, ils ne regrettent rien. Ni l&rsquo;argent miraculeusement ramass&eacute; et enti&egrave;rement englouti, ni la peur affront&eacute;e lors du voyage en haute mer, ni les transferts d&rsquo;un camp de r&eacute;tention &agrave; celui de Trapani, &agrave; Catane, en passant par Naples&nbsp;; ni les errances interminables entre Rome et Milan, ni les jours sans manger, ni les nuits pass&eacute;es dehors, sur le bitume et dans le froid .<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Tout cela, ces privations et ces sacrifices, a &eacute;t&eacute;, selon les jeunes maghr&eacute;bins &agrave; l&rsquo;unisson, mille fois pay&eacute; de retour par le titre provisoire de circulation, valable dans toute l&rsquo;Europe, qui leur a &eacute;t&eacute; d&eacute;livr&eacute; par les autorit&eacute;s italiennes. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>&quot;Partir, il nous fallait partir et quitter la Tunisie et nous ne voulons plus y retourner&quot;. Cette id&eacute;e revient comme une obsession. Comment expliquer que cette r&eacute;volte populaire, qui, th&eacute;oriquement, devait aboutir &agrave; mieux ou au meilleur, s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e concr&egrave;tement engendrer le pire&nbsp;? <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Il est urgentissime, pour nous, d&rsquo;admettre que cette R&eacute;volution du jasmin a &eacute;t&eacute; inspir&eacute;e et soutenue par des cat&eacute;gories tr&egrave;s minoritaires et particuli&egrave;res de la population tunisienne. A savoir&nbsp;: la petite bourgeoisie industrielle, qui ne supportait plus de travailler pour enrichir Ben Ali et le clan Trabelsi, qui les mena&ccedil;aient syst&eacute;matiquement de leurs terribles foudres. Les intellectuels, qui passent le plus clair de leur temps hors de Tunisie, et, enfin, les islamistes, brim&eacute;s et frustr&eacute;s sous l&rsquo;ancien r&eacute;gime, qui, lib&eacute;r&eacute;s d&eacute;sormais du tyran anticl&eacute;rical, esp&egrave;rent pouvoir installer leurs lois coraniques, et, pourquoi pas, un jour, instaurer un pouvoir th&eacute;ocratique ! <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Hors de ces microcosmes, ne s&rsquo;offre plus que la solution de l&rsquo;exode aux classes pauvres, hyper majoritaires, et hyper majoritairement compos&eacute;es de jeunes. Tous veulent fuir cette Tunisie, terre &agrave; jamais sans avenir, o&ugrave; la vie est d&eacute;sormais pire, pour eux, que du temps de Ben Ali et de sa clique. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Par ailleurs, ces hommes, dans la force de l&rsquo;&acirc;ge, sans pourtant renier leur appartenance &agrave; l&rsquo;islam, rejettent, une fois en Europe, les interdits qu&rsquo;il leur impose. Sans le sou, mais toujours une bouteille de bi&egrave;re &agrave; la main, entre les cigarettes, qu&rsquo;ils grillent l&rsquo;une apr&egrave;s l&rsquo;autre.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>C&rsquo;est l&agrave; que se situe l&rsquo;essentiel pour cette jeunesse d&eacute;munie, que personne ne prend en compte ! A l&rsquo;instar de l&rsquo;importance qu&rsquo;ils conf&egrave;rent &agrave; leurs t&eacute;l&eacute;phones portables&nbsp;; ils en poss&egrave;dent chacun un, objet magique et salvateur, cordon ombilical virtuel, qui leur permet de garder le contact avec leurs familles rest&eacute;es au bled, en composant un myst&eacute;rieux num&eacute;ro, sp&eacute;cial et gratuit&nbsp;! Cela n&rsquo;a pas de prix pour eux, et fait partie de leur &eacute;quipement de campagne. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Comme souvent, la France est coup&eacute;e en deux au sujet de ces faux-vrais immigr&eacute;s. Avec, d&rsquo;une part, les b&eacute;n&eacute;voles, qui font preuve de compassion exemplaire et vont &agrave; leur recherche afin de les aider et de les nourrir. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Il y a, d&rsquo;autre part, des gens comme certains de mes voisins d&rsquo;immeuble, qui, lorsque je leur demande leur avis sur ces centaines de Tunisiens qui circulent dans les rues de Nice, appellent cela l&rsquo;&quot;envahissement&quot;. Parlant des migrants, ils n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; &eacute;voquer des &quot;taches&quot; ou, en plus imag&eacute; encore, des &quot;furoncles qui nuisent &agrave; notre si belle ville&quot;. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Comment, sur la c&eacute;l&egrave;bre Promenade des Anglais, ne pas &ecirc;tre saisi par le contraste entre des centaines de Tunisiens, errant sans but et les poches vides, les sportifs &agrave; fi&egrave;re allure, et les touristes, Nikon en bandouli&egrave;re qui offrent sodas et cr&egrave;mes glac&eacute;es &agrave; leur prog&eacute;niture d&eacute;j&agrave; blas&eacute;e par tant d&rsquo;opulence. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>&quot;La France fout le camp &agrave; force d&rsquo;accueillir toute la mis&egrave;re du monde&quot;, m&rsquo;explique la tr&egrave;s en col&egrave;re madame Gloria B., du troisi&egrave;me. Si la France doit un jour se perdre, ce sera plut&ocirc;t &agrave; cause du double jeu, ind&eacute;cis et dangereux, que pratique l&rsquo;actuel gouvernement. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Apr&egrave;s avoir essay&eacute; de se soustraire des accords de Schengen, s&rsquo;&ecirc;tre emport&eacute; contre l&rsquo;Italie, pourvoyeuse de laisser-passer, il n&rsquo;est ni anodin ni innocent que le gouvernement fran&ccedil;ais d&eacute;cide, faute d&rsquo;avoir trouv&eacute; d&rsquo;autre solution, de &quot;l&acirc;cher dans la nature&quot; cette population, qui affole et effraye tant de patriciens. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Les responsables fran&ccedil;ais feignent na&iuml;vement d&rsquo;attendre l&rsquo;expiration des six mois figurant sur les visas d&eacute;livr&eacute;s, d&eacute;sireux de s&rsquo;imaginer que nos h&ocirc;tes infortun&eacute;s retourneront dans leurs bleds une fois leur autorisation de s&eacute;jour p&eacute;rim&eacute;e.<\/span><\/p>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Mais c&rsquo;est ignorer la volont&eacute; farouche et la d&eacute;termination de ces hommes &agrave; rester en France, apr&egrave;s qu&rsquo;ils y soient arriv&eacute;s au risque de leurs vies. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Pris de court, priv&eacute; d&rsquo;imagination et de moyens, le gouvernement pr&eacute;pare un mauvais remake de l&rsquo;apr&egrave;s-guerre d&rsquo;Alg&eacute;rie, &agrave; la suite de laquelle ont &eacute;t&eacute; engendr&eacute;es des g&eacute;n&eacute;rations d&rsquo;immigr&eacute;s, d&eacute;&ccedil;us, amers et vindicatifs, au point de se sentir aujourd&rsquo;hui libres et l&eacute;gitimes de siffler la Marseillaise lors de grandes comp&eacute;titions sportives. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>Si l&rsquo;Italie fut la premi&egrave;re &agrave; &quot;l&acirc;cher dans la nature&quot;, sans aucun encadrement, ces Tunisiens, les laissant humer (<i>per motivi umani<\/i>, pour des raisons humaines, comme c&rsquo;est indiqu&eacute; sur leur visa), six mois de style de vie &agrave; l&rsquo;europ&eacute;enne, dont ils sont d&eacute;j&agrave; devenus friands.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>La France, quant &agrave; elle, forte de son exp&eacute;rience alg&eacute;rienne, est coupable, &agrave; mon sens, de ne pas avoir pris rapidement l&rsquo;une des trois solutions qui s&rsquo;imposaient &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence&nbsp;: soit, purement et simplement, d&eacute;p&ecirc;cher des b&acirc;timents de guerre face aux c&ocirc;tes maghr&eacute;bines, afin d&rsquo;interdire aux embarcations de fortune d&rsquo;atteindre Lampedusa et de les renvoyer chez elles&nbsp;; soit int&eacute;grer ces nouvelles populations, s&rsquo;en occuper en leur offrant une v&eacute;ritable structure&nbsp;d&rsquo;accueil, des services et des soins ; soit, et c&rsquo;est la solution que je pr&eacute;f&egrave;re, intervenir en Tunisie &agrave; des fins de d&eacute;veloppement et d&rsquo;investissement. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>N&rsquo;&eacute;tait-ce pas l&agrave; l&rsquo;un des objectifs principaux du projet d&rsquo;association des pays du pourtour m&eacute;diterran&eacute;en&nbsp;de Nicolas Sarkozy ? Un grand bluff, qui, au contact de la r&eacute;alit&eacute;, d&eacute;montre &agrave; quel point il en &eacute;tait &eacute;loign&eacute;. De plus, c&rsquo;est, &eacute;videmment, &agrave; l&rsquo;&eacute;chelon europ&eacute;en que les d&eacute;cisions doivent &ecirc;tre prises, sachant que tout investissement sur place, en Afrique, sera plus &eacute;conomique, et moins p&eacute;rilleux pour l&rsquo;ordre social europ&eacute;en, que la gestion, sur le vieux continent, de migrants pour lesquels nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;emplois &agrave; offrir.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>L&rsquo;incapacit&eacute; &agrave; r&eacute;agir rapidement et de fa&ccedil;on efficace, &agrave; en croire les nombreux &eacute;chos racistes qui grincent sur la France, fera le jeu du Front National. Depuis les violences dans les banlieues, c&rsquo;est &agrave; croire que l&rsquo;actuel pr&eacute;sident a d&eacute;cid&eacute; de se saborder en faveur de Marine Le Pen.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><span>&nbsp;<\/span><o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>&quot;C&rsquo;est loin Paris de Nice&nbsp;?&quot;, me demande Ali. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>&quot;Mille kilom&egrave;tres, cela fait cinq heures en train, pourquoi&nbsp;?&quot;. <o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>&quot;A Paris, il y aura du travail pour nous c&rsquo;est s&ucirc;r&nbsp;! Paris ou aussi la Su&egrave;de, des copains qui ont des cousins l&agrave;-bas m&rsquo;ont dit que c&rsquo;&eacute;tait bien, et Bordeaux aussi c&rsquo;est bien. C&rsquo;est loin la ville de Su&egrave;de..?&quot;.<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span><o p=\"\">&nbsp;<\/o><\/span><\/p>\n<p class=\"Mena\">\n\t<span>A la fois perdus, d&eacute;termin&eacute;s et bourr&eacute;s d&rsquo;&eacute;nergie, ces jeunes maghr&eacute;bins veulent une nouvelle vie, mais pas celle que les Occidentaux se plaisent &agrave; imaginer pour eux, sans pour autant apporter la moindre solution &agrave;&hellip; <span>&nbsp;<\/span>leurs carences en g&eacute;ographie.&nbsp;<o p=\"\"><\/o><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le printemps arabe&nbsp;: un pur fantasme occidental (info # 010205\/11) [Analyse] Par Patricia Mamou &copy; Metula News Agency &nbsp; Patricia Mamou est n&eacute;e &agrave; Tunis au d&eacute;but des ann&eacute;es soixante. Elle &eacute;tudiera la litt&eacute;rature, la philosophie et le droit &agrave; Paris, o&ugrave; elle demeurera jusqu&rsquo;en 2004. 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