{"id":1659,"date":"2011-05-10T16:19:25","date_gmt":"2011-05-10T16:19:25","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1659"},"modified":"2011-05-10T16:24:32","modified_gmt":"2011-05-10T16:24:32","slug":"serge-moati-la-tunisie-de-2011-me-fait-penser-a-la-france-de-1981","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/serge-moati-la-tunisie-de-2011-me-fait-penser-a-la-france-de-1981\/","title":{"rendered":"Serge Moati : La Tunisie de 2011 me fait penser \u00e0 la France de 1981"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"conteneurBoiteOutil\">\n<h1>\n\t\tSerge Moati : La Tunisie de 2011 me fait penser &agrave; la France de 1981<\/h1>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"texteModifiable\" id=\"texte\">\n<p class=\"chapo\">\n\t\tFid&egrave;le du pr&eacute;sident fran&ccedil;ais Fran&ccedil;ois Mitterrand, le documentariste Serge Moati revient sur son parcours, trente ans apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;lection de mai&nbsp;1981. Pour lui, un m&ecirc;me vent de libert&eacute; souffle aujourd&rsquo;hui sur son pays de naissance, la Tunisie.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;&eacute;tait il y a trente ans. Le 10&nbsp;mai 1981. La gauche arrivait au pouvoir et r&ecirc;vait de &laquo;&nbsp;changer le monde&nbsp;&raquo;. <em>Trente ans apr&egrave;s<\/em> (Le Seuil, 330 pages, 19,50&nbsp;euros) est la chronique all&egrave;gre de cette &eacute;poque, une splendide r&eacute;trospective de cette France o&ugrave; tout semblait possible et paraissait devoir &ecirc;tre invent&eacute;. C&rsquo;est aussi le portrait en creux d&rsquo;un jeune homme id&eacute;aliste et ambitieux. Du fils d&rsquo;un notable tunisien, juif, socialiste, militant pour l&rsquo;ind&eacute;pendance. Serge Moati n&rsquo;a que 11 ans quand il se retrouve orphelin. Ce sont de ces drames qui marquent une vie, aussi accomplie soit-elle. On comprend mieux d&egrave;s lors sa fascination pour Fran&ccedil;ois Mitterrand, incarnation d&rsquo;une figure paternelle absente. Son ascension sera film&eacute;e par Moati depuis le congr&egrave;s d&rsquo;&Eacute;pinay (1971), au cours duquel il prend la t&ecirc;te du Parti socialiste (PS), jusqu&rsquo;&agrave; la kitschissime c&eacute;r&eacute;monie du Panth&eacute;on de 1981, en passant par les duels t&eacute;l&eacute;vis&eacute;s des &eacute;lections pr&eacute;sidentielles et ses derniers v&oelig;ux aux Fran&ccedil;ais. Aujourd&rsquo;hui, le documentariste, qui, &laquo;&nbsp;&agrave; 64 ans, n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de devenir un mec de droite&nbsp;&raquo;, s&rsquo;appr&ecirc;te &agrave; filmer les coulisses de la campagne pr&eacute;sidentielle de 2012 et &agrave; publier un essai &eacute;crit &laquo;&nbsp;&agrave; chaud, avec &eacute;motion&nbsp;&raquo; sur <a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/revolution-tunisienne.php\" target=\"_blank\">les &eacute;v&eacute;nements de Tunisie<\/a>, sa seconde patrie.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Jeune Afrique&thinsp;: Quel regard portez-vous sur la r&eacute;volution tunisienne&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Serge Moati&thinsp;<\/strong>: Je suis de ceux qui pensent, peut-&ecirc;tre &agrave; tort, que le 14&nbsp;janvier [jour de la fuite de Ben Ali, NDLR] marque le d&eacute;but de l&rsquo;ind&eacute;pendance. Je souhaite de tout mon c&oelig;ur que <a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/pays\/tunisie\/tunisie.asp\" target=\"_blank\">la Tunisie<\/a> connaisse la d&eacute;mocratie qui lui a &eacute;t&eacute; confisqu&eacute;e depuis fort longtemps et qui n&rsquo;est pas un luxe de bourgeois fran&ccedil;ais interdit aux pays arabes. Il faut tordre le cou &agrave; ceux qui parient avec un air sup&eacute;rieur que les pays arabes ou africains ne sont pas capables d&rsquo;y acc&eacute;der.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Vous &ecirc;tes donc optimiste&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe suis un pessimiste actif. Je veux que &ccedil;a marche&thinsp;; que, pour une fois, l&rsquo;utopie gagne. On peut me traiter de gogo, mais je pr&eacute;f&egrave;re &ecirc;tre gogo avec <a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Articles\/Dossier\/ARTJAJA2623p030-033.xml0\/algerie-maroc-libye-mauritanierevolutions-vers-un-nouveau-monde-arabe.html\" target=\"_blank\">ceux qui font bouger le monde<\/a> que r&eacute;aliste avec ceux qui ne font que le freiner.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Aviez-vous senti venir cette r&eacute;volution&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tOui, juste apr&egrave;s la mort de Mohamed Bouazizi [dont le suicide a d&eacute;clench&eacute; les premiers mouvements de r&eacute;volte, NDLR]. Une anecdote m&rsquo;a marqu&eacute;. Je loue une maison &agrave; l&rsquo;ann&eacute;e &agrave; La Marsa, au bord de la plage. Des amoureux flirtaient tranquillement quand des flics sont arriv&eacute;s comme des sauvages et les ont fait d&eacute;guerpir. Un de mes amis leur a dit&thinsp;: &laquo;&nbsp;Arr&ecirc;tez, que vous ont-ils fait&thinsp;?&nbsp;&raquo; Quelques semaines plus t&ocirc;t, il n&rsquo;aurait jamais agi ainsi, car il savait que &ccedil;a pouvait tourner au vinaigre. La plupart des gens avaient tr&egrave;s peur, parce qu&rsquo;ils avaient un appartement ou un emploi &agrave; d&eacute;fendre. Je suis de ceux qui avaient peur aussi. Je ne poss&egrave;de rien en Tunisie, mais je fais partie de la communaut&eacute; juive et je n&rsquo;avais pas envie qu&rsquo;indirectement cela lui attire des ennuis.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Aviez-vous des contacts avec Ben Ali&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe l&rsquo;ai vu une fois, juste apr&egrave;s qu&rsquo;il a pris le pouvoir, en 1987. Il m&rsquo;a dit&thinsp;: &laquo;&nbsp;Vous &ecirc;tes un fils de Tunis et un conseiller de Mitterrand, aidez-moi &agrave; lib&eacute;raliser la t&eacute;l&eacute;vision.&nbsp;&raquo; Moi, na&iuml;f, je passe un week-end aupr&egrave;s de lui et, un mois plus tard, je lui remets un rapport&thinsp;: t&eacute;l&eacute;vision ind&eacute;pendante du pouvoir politique, cr&eacute;ation d&rsquo;un Conseil sup&eacute;rieur de l&rsquo;audiovisuel, organisation de d&eacute;bats&hellip; Ce rapport a d&ucirc; &ecirc;tre enterr&eacute; dans les sables de Foum Tataouine&thinsp;!<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Vous quittez la Tunisie pour la France, en 1957. Puis, en 1965, vous r&eacute;pondez &agrave; une petite annonce et c&rsquo;est au Niger que vous apprenez votre m&eacute;tier de cin&eacute;aste&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;ai ador&eacute; ce pays. Je m&rsquo;y suis fait des fr&egrave;res et s&oelig;urs &ndash; des lyc&eacute;ens de mon &acirc;ge, puisque je m&rsquo;occupais d&rsquo;une t&eacute;l&eacute; scolaire et du cin&eacute;club. J&rsquo;ai d&eacute;couvert les danses de possession, la tradition africaine, la franc-ma&ccedil;onnerie &agrave; laquelle j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; initi&eacute;. J&rsquo;&eacute;tais un jeune homme ardent qui voulait changer le monde. <a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/pays\/niger\/niger.asp\" target=\"_blank\">Le Niger<\/a> m&rsquo;a offert l&rsquo;espace et la fraternit&eacute;. J&rsquo;avais l&rsquo;impression de sortir de l&rsquo;orphelinat. L&rsquo;immense savane africaine, la virginit&eacute; du monde&hellip; C&rsquo;&eacute;tait beau.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Vous y retournez&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDe temps en temps. J&rsquo;ai fait plein de films en Afrique. J&rsquo;aime beaucoup ce continent mais, par moments, il m&rsquo;effraie. Il y avait plus de gentillesse avant, parce qu&rsquo;il y avait plus de traditions, des soci&eacute;t&eacute;s initiatiques qui cr&eacute;aient un vrai ordre&nbsp;&ndash;&nbsp;qui ne reposait pas sur l&rsquo;argent.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Vous rencontrez Mitterrand en 1970. Comment vous est-il apparu&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tImpressionnant. Il &eacute;tait beau, d&rsquo;abord. Tr&egrave;s cultiv&eacute;, extr&ecirc;mement attentif. C&rsquo;&eacute;tait un homme en pleine possession de sa vie&thinsp;: il aimait les femmes &ndash; vous riez, mais cela compte&thinsp;: ce n&rsquo;&eacute;tait pas un politique classique. Ce n&rsquo;est pas un hasard s&rsquo;il a dit&thinsp;: &laquo;&nbsp;Apr&egrave;s moi, il n&rsquo;y aura plus que des comptables.&nbsp;&raquo; Nous parlions po&eacute;sie, cin&eacute;ma, femmes&hellip; C&rsquo;&eacute;tait un homme dr&ocirc;le, &agrave; l&rsquo;humour distanci&eacute; et qui, pour moi, avait le m&eacute;rite inou&iuml; de conna&icirc;tre la France des chemins vicinaux, des collines et des d&eacute;partements&hellip; Voyager avec lui &eacute;tait d&eacute;licieux. Il m&rsquo;a appris la France.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970, vous avez d&eacute;jeun&eacute; chez lui avec Ren&eacute; Bousquet, qui organisa la rafle des Juifs au v&eacute;lodrome d&rsquo;Hiver, en 1942. Cela ne vous a pas choqu&eacute;&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe ne sais pas qui c&rsquo;est, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque&thinsp;; c&rsquo;est Jacques Attali &ndash; pr&eacute;sent lui aussi &agrave; ce d&eacute;jeuner &ndash; qui m&rsquo;explique. &Ccedil;a a gliss&eacute; sur moi, je ne mesurais pas&hellip; Quand Mitterrand a dit &agrave; Attali&thinsp;: &laquo;&nbsp;Bousquet a sauv&eacute; notre r&eacute;seau de r&eacute;sistants pendant la guerre&nbsp;&raquo;, je n&rsquo;avais pas de raison de douter de lui. Quel droit avais-je, moi, trente ans apr&egrave;s, de condamner un type qui avait &eacute;t&eacute; blanchi &agrave; la Lib&eacute;ration&thinsp;? Je pr&eacute;f&egrave;re me souvenir du Mitterrand jeune r&eacute;sistant, tr&egrave;s courageux, qui f&eacute;d&eacute;rait les mouvements de prisonniers. Et puis, j&rsquo;aime la complexit&eacute; chez les gens. Notre seul moment de s&eacute;paration s&rsquo;est produit en 1986, au moment de la cohabitation. J&rsquo;ai d&eacute;missionn&eacute; de la direction de FR3 [la cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision r&eacute;gionale], car cela me d&eacute;plaisait de d&eacute;coudre sous la droite la politique que j&rsquo;avais mise en &oelig;uvre sous la gauche. &laquo;&nbsp;On ne d&eacute;serte pas&nbsp;&raquo;, m&rsquo;a-t-il engueul&eacute;. On n&rsquo;a plus &eacute;chang&eacute; un mot jusqu&rsquo;en 1988. Et l&agrave;, grand seigneur, il m&rsquo;appelle pour m&rsquo;occuper de sa campagne&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Vous &ecirc;tes de ceux qui l&rsquo;ont fait r&eacute;p&eacute;ter pour son d&eacute;bat du second tour face &agrave; Chirac, en 1988. Qui a eu l&rsquo;id&eacute;e de lui faire appeler son adversaire &laquo;&nbsp;monsieur le Premier ministre&nbsp;&raquo;&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tB&eacute;r&eacute;govoy ou Fabius, je ne sais plus. Mais l&agrave; o&ugrave; Mitterrand est fort, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne se trompe pas une seule fois, lors du d&eacute;bat. Il avait une ma&icirc;trise extraordinaire. C&rsquo;est pour cela que je l&rsquo;adorais, moi qui suis impatient, &eacute;motif&hellip; Mitterrand m&rsquo;a appris des choses qui n&rsquo;ont aucun rapport avec la politique. &Agrave; se battre sur ce qu&rsquo;on croit &ecirc;tre essentiel et &agrave; ne pas d&eacute;vier. L&rsquo;opini&acirc;tret&eacute;, l&rsquo;acharnement. Et il l&rsquo;a fait&thinsp;: en quatorze ans, rien de capital n&rsquo;a &eacute;t&eacute; entach&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Les socialistes voulaient &laquo;&nbsp;changer la vie&nbsp;&raquo;. L&rsquo;avez-vous chang&eacute;e&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tVous savez bien que non. Mais on a fait des choses concr&egrave;tes, doubl&eacute; les allocations familiales, le salaire minimum&hellip; On ne savait d&rsquo;ailleurs pas tr&egrave;s bien ce qu&rsquo;on entendait par cette injonction rimbaldienne. Je croyais qu&rsquo;on allait tous s&rsquo;aimer, qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait plus jamais de m&eacute;chancet&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>C&rsquo;&eacute;tait merveilleux&thinsp;!<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tOui, mais on en &eacute;tait l&agrave;, il y avait cette m&ecirc;me na&iuml;vet&eacute;, ce m&ecirc;me enthousiasme qui, aujourd&rsquo;hui, me poussent &agrave; croire que tout va bien se passer en Tunisie.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Allez-vous filmer la campagne pr&eacute;sidentielle de 2012&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tOui, j&rsquo;adore filmer les coulisses de la politique. Je suis alors extraordinairement neutre. Ce qui m&rsquo;int&eacute;resse, c&rsquo;est le c&ocirc;t&eacute; romanesque des choses. Je filme d&rsquo;ailleurs plus facilement la droite que la gauche parce que, pour moi, c&rsquo;est plus exotique. Je voudrais, aussi, que la gauche r&eacute;invente un peu de lyrisme. <a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/ARTJAJA2611p062-064.xml0\/\" target=\"_blank\">Le programme du PS<\/a> est sage, raisonnable.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Cela vous d&eacute;&ccedil;oit&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe pense que ce n&rsquo;est plus de mon temps. C&rsquo;est pour cela que ce livre est important pour moi&thinsp;: il parle d&rsquo;une &eacute;poque pas si lointaine o&ugrave; la gauche r&ecirc;vait et savait faire r&ecirc;ver. On ne peut pas faire de politique r&eacute;elle sans faire r&ecirc;ver.<\/p>\n<p>\n\t\t__<\/p>\n<p>\n\t\tPropos recueillis par<strong> Jos&eacute;phine Dedet<\/strong><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Serge Moati : La Tunisie de 2011 me fait penser &agrave; la France de 1981 &nbsp; Fid&egrave;le du pr&eacute;sident fran&ccedil;ais Fran&ccedil;ois Mitterrand, le documentariste Serge Moati revient sur son parcours, trente ans apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;lection de mai&nbsp;1981. Pour lui, un m&ecirc;me vent de libert&eacute; souffle aujourd&rsquo;hui sur son pays de naissance, la Tunisie. 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