{"id":1799,"date":"2011-05-30T03:14:28","date_gmt":"2011-05-30T03:14:28","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1799"},"modified":"2011-05-30T03:14:28","modified_gmt":"2011-05-30T03:14:28","slug":"tataouine-la-ville-des-invisibles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tataouine-la-ville-des-invisibles\/","title":{"rendered":"Tataouine, la ville des invisibles"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"article-header\">\n<h1>\n\t\tTataouine, la ville des invisibles<\/h1>\n<p class=\"size-10\">\n\t\tEn deux mois, 30.000 Libyens ont trouv&eacute; refuge de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute; de la fronti&egrave;re, en Tunisie. Seules quelques centaines vivent dans un camp ; les autres se sont fond&eacute;s dans la population tant bien que mal.<\/p>\n<\/div>\n<p><!-- \/article-header --><\/p>\n<div id=\"article-body\">\n<div id=\"article-content\">\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tIls sont l&agrave; mais on ne les voit pas. Ou si peu. M&ecirc;me le Haut Commissariat aux r&eacute;fugi&eacute;s des Nations unies (HCR) a failli passer &agrave; c&ocirc;t&eacute;. Pourtant, le HCR sait bien que depuis un mois et demi, 55.000 Libyens ont pass&eacute; le poste fronti&egrave;re de Baouaba pour fuir les combats qui s&rsquo;intensifient dans l&rsquo;ouest de leur pays. Presque 800 se sont install&eacute;s dans le camp de r&eacute;fugi&eacute;s de Dehiba, premi&egrave;re ville tunisienne apr&egrave;s la fronti&egrave;re. Pr&egrave;s de 800 autres ont poursuivi la route jusqu&rsquo;au camp de Remada. Mais tous les autres? &quot;Ils passent la fronti&egrave;re et c&rsquo;est comme s&rsquo;ils disparaissaient&quot;, reconna&icirc;t Kamel Deriche, chef d&rsquo;op&eacute;rations au HCR. Cet humanitaire alg&eacute;rien est arriv&eacute; vendredi soir &agrave; Tataouine, pr&eacute;fecture du gouvernorat du m&ecirc;me nom, un gouvernorat pauvre qui s&rsquo;&eacute;tend comme un entonnoir vers le Sahara, coinc&eacute; entre la Libye et l&rsquo;Alg&eacute;rie.<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tAlors o&ugrave; sont-elles, ces familles qui ont charg&eacute; leur pick-up &agrave; la h&acirc;te du peu qu&rsquo;elles pouvaient avant de tout abandonner devant l&rsquo;avanc&eacute;e des forces de Kadhafi? La grande majorit&eacute; est l&agrave;, &agrave; Tataouine, une ville de 75.000 habitants, &eacute;tendue et &eacute;cras&eacute;e de chaleur. Elles sont l&agrave;, tellement discr&egrave;tes que leur nombre exact &eacute;chappe &agrave; toute rigueur. Les chiffres varient de 22.000 &agrave; 32.000. Tout a commenc&eacute; d&eacute;but avril. Sa&iuml;d Benghayed s&rsquo;en souvient bien. Sa&iuml;d sortait de chez lui, dans la route principale de la ville, celle qui vient de la fronti&egrave;re et file vers le nord-ouest du pays. La jambe dans le pl&acirc;tre, un homme est sorti d&rsquo;une voiture immatricul&eacute;e en Libye et lui a demand&eacute; s&rsquo;il connaissait une maison &agrave; louer. Aytham Sa&iuml;d, un rebelle bless&eacute;, venait mettre sa famille &agrave; l&rsquo;abri. Ils &eacute;taient sept. Le Tunisien leur a offert l&rsquo;un des deux appartements vides au-dessus de son magasin de meubles. Aujourd&rsquo;hui, il h&eacute;berge cinq familles libyennes dans ses deux appartements et une maison.<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tL&rsquo;histoire s&rsquo;est r&eacute;p&eacute;t&eacute;e des dizaines de fois dans la ville. Avec toujours ce m&ecirc;me &eacute;lan de solidarit&eacute;. En voyant des voitures libyennes gar&eacute;es devant le magasin de meubles, d&rsquo;autres se sont arr&ecirc;t&eacute;es, chaque jour plus nombreuses. &quot;J&rsquo;ai alors d&eacute;cid&eacute; de cr&eacute;er une association, explique Sa&iuml;d Benghayed. Cela faisait longtemps que je voulais aider des personnes. Sous le r&eacute;gime de Ben Ali, on ne pouvait rien faire. Depuis la r&eacute;volution, on peut agir spontan&eacute;ment.&quot; L&rsquo;association Ihsan [charit&eacute;] n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs toujours pas re&ccedil;u d&rsquo;autorisation officielle mais elle fonctionne. Des appels ont &eacute;t&eacute; pass&eacute;s sur les ondes de radios locales et nationales pour demander de l&rsquo;aide. Ihsan met ainsi en relation des r&eacute;fugi&eacute;s libyens avec des Tunisiens propri&eacute;taires de maison ou d&rsquo;appartement vides. Elle distribue aussi des colis alimentaires. Tous les week-ends, des camions de Tunis, Sfax, Monastir&hellip; apportent de la nourriture donn&eacute;e par des habitants de ces villes.<\/p>\n<p>\t\t<a id=\"eztoc5156461_1\" name=\"eztoc5156461_1\"><\/a><\/p>\n<h2>\n\t\t\tDans la crainte d&rsquo;attaques de miliciens de Kadhafi<\/h2>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tLa famille de Salah Youssef n&rsquo;est pas pass&eacute;e par Ihsan pour trouver la villa o&ugrave; elle est aujourd&rsquo;hui install&eacute;e avec deux autres familles. Dix-sept personnes vivent ici. Salah Youssef, un fonctionnaire de 52 ans de Nalut, en Libye, conna&icirc;t depuis longtemps les Boutabba de Tataouine. En arrivant dans la ville, il est all&eacute; voir un des hommes de la famille. Spontan&eacute;ment, celui-ci lui a ouvert la villa de son fr&egrave;re, Moustapha, boulanger dans le 5e arrondissement de Paris.<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tCet &eacute;t&eacute;, Moustapha voudra peut-&ecirc;tre venir passer ses vacances au pays. Que vont-ils faire? &quot;On sera oblig&eacute;s de retourner &agrave; Nalut sous les bombardements&quot;, craint le p&egrave;re. &quot;Peut-&ecirc;tre que Moustapha restera &agrave; Tunis&hellip;&quot;, esp&egrave;re la m&egrave;re, Warda. &quot;Kadhadi aura d&eacute;gag&eacute; d&rsquo;ici l&agrave;!&quot;, lance la fille, Reba, 27 ans, un dipl&ocirc;me de m&eacute;decin mais qui est rest&eacute; dans la maison abandonn&eacute;e et se r&eacute;v&egrave;le d&eacute;sormais inutile.<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tDans le salon, assise sur un des matelas qui font le tour de la pi&egrave;ce, Warda parle d&rsquo;une voix mal assur&eacute;e. Elle s&rsquo;inqui&egrave;te pour son fr&egrave;re qui se bat &agrave; Nalut. Elle s&rsquo;inqui&egrave;te pour sa maison qui risque d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;truite. &quot;Je ne dors plus, reconna&icirc;t cette femme de 45 ans, le visage alourdi par l&rsquo;anxi&eacute;t&eacute;. Je ne sors jamais. Il y a des hommes &eacute;trangers. Je ne peux pas marcher dans la rue comme &ccedil;a. &Agrave; Nalut, il y avait la famille, c&rsquo;&eacute;tait plus facile d&rsquo;aller chez eux.&quot;<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\t&quot;Je ne sais pas combien de temps va durer cette cohabitation, s&rsquo;interroge Sa&iuml;d Benghayed. On a beau &ecirc;tre proches, on n&rsquo;a pas les m&ecirc;mes mentalit&eacute;s. Les Libyens ne sont pas habitu&eacute;s &agrave; travailler comme nous, ils avaient leurs employ&eacute;s &eacute;gyptiens, pakistanais&hellip; Un peu comme les p&eacute;tromonarchies. Leurs femmes ne sortent pas. Les hommes sont fiers et nous ont souvent regard&eacute;s de haut. D&rsquo;ailleurs, ils ne veulent pas aller dans des camps.&quot; Ici, aucun Tunisien ne prononce le mot de r&eacute;fugi&eacute; en parlant des Libyens. Ce sont des &quot;fr&egrave;res&quot;, des &quot;invit&eacute;s&quot;.<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tIl y a une semaine, un camp a tout de m&ecirc;me ouvert &agrave; la sortie de Tataouine, sous la responsabilit&eacute; du Qatar. Il n&rsquo;y aurait plus de maison libre dans la ville et le Qatar a mis le paquet pour le confort&hellip; &Eacute;lectricit&eacute;, et bient&ocirc;t climatisation, sous les tentes, aire de jeux pour les enfants, salle d&rsquo;op&eacute;ration : 580 personnes vivent l&agrave;. Devant l&rsquo;entr&eacute;e, un cerb&egrave;re avec l&rsquo;uniforme de l&rsquo;arm&eacute;e tunisienne aboie sur tout ce qui bouge, d&eacute;tecteur de m&eacute;taux &agrave; la main. Les hommes d&rsquo;une compagnie de s&eacute;curit&eacute; qatarie fouillent les sacs que portent ceux qui entrent.<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tLa crainte d&rsquo;attaques de miliciens de Kadhafi plane. Le 9 mai, deux Libyens avec deux grenades ont &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;s &agrave; l&rsquo;h&ocirc;tel M&eacute;dina du centre-ville, qui h&eacute;berge des r&eacute;fugi&eacute;s. Le 15 mai, un Alg&eacute;rien et un Libyen avec des ceintures d&rsquo;explosifs ont &eacute;t&eacute; intercept&eacute;s &agrave; Nekrif, entre Tataouine et la fronti&egrave;re. Trois jours plus tard, une voiture sans plaque, conduite par un Libyen, &eacute;tait contr&ocirc;l&eacute;e avec des GPS et t&eacute;lescopes dans le coffre. Ces hommes seraient des membres d&rsquo;Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique) affirment les autorit&eacute;s tunisiennes. Des miliciens de Kadhafi, r&eacute;pondent certains habitants de Tataouine.<\/p>\n<p>\t\t<a id=\"eztoc5156461_2\" name=\"eztoc5156461_2\"><\/a><\/p>\n<h2>\n\t\t\tL&rsquo;aide de la communaut&eacute; internationale se fait attendre<\/h2>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tLa ville est devenue la base arri&egrave;re des rebelles libyens et pourrait devenir une cible. Depuis que les insurg&eacute;s ont pris le poste fronti&egrave;re de Baouaba aux forces de Kadhafi, le 21 avril, les allers et retours entre le djebel libyen et Tataouine se multiplient. Certains rebelles restent quelques heures, d&rsquo;autres plusieurs jours. &quot;On laisse un homme dans chaque famille pour prot&eacute;ger les femmes et les enfants, explique Abdel Hamid. Les autres se battent.&quot; Le jeune homme de 25 ans, pantalon militaire, regard franc, sait de quoi il parle. Il est arriv&eacute; il y a deux semaines pour voir sa femme et son fr&egrave;re handicap&eacute;, et faire des radios apr&egrave;s une blessure &agrave; la t&ecirc;te lors d&rsquo;un bombardement. Il repart demain matin pour Zenten avec du ravitaillement pour la r&eacute;bellion. C&rsquo;est un ami de Yassin Nouri, commer&ccedil;ant de Tataouine, qui lui aussi fait la navette entre Tataouine et Nalut, parfois Zenten. Pain, jus de fruit, eau, lait, fromage, orange. Mais aussi jumelles professionnelles, bidon d&rsquo;essence&hellip;<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\tAssis sur des nattes sous un olivier, dans le quartier de Reqba, les deux hommes parlent peu. Abdel Hamid est press&eacute;. Il a des &quot;affaires&quot; &agrave; r&eacute;gler. Des r&eacute;unions se tiennent r&eacute;guli&egrave;rement dans la ville entre les rebelles de passage et ceux qui restent. Yassin Nouri laisse partir son ami avant de parler de ses appr&eacute;hensions si la guerre se prolonge. La solidarit&eacute; des Tunisiens a &eacute;t&eacute; spontan&eacute;e, &eacute;vidente. Une dizaine d&rsquo;associations ont vu le jour pour distribuer vivres, logements&hellip; &quot;Un jour, on ne pourra peut-&ecirc;tre plus les aider, l&acirc;che Yassin Nouri. Nous ne sommes pas riches ici, m&ecirc;me si les habitants du reste du pays nous aident.&quot; La pr&eacute;sence des r&eacute;fugi&eacute;s a d&eacute;j&agrave; multipli&eacute; le prix des tomates par trois, de 0,35 &agrave; 1,3 dinar (70 centimes d&rsquo;euros), l&rsquo;essence se fait rare. &Agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital, une trentaine de malades venaient chaque jour pour une consultation d&rsquo;urgence. Ils sont aujourd&rsquo;hui 200.<\/p>\n<p class=\"size-10\">\n\t\t\t&quot;O&ugrave; est l&rsquo;aide de la communaut&eacute; internationale?, s&rsquo;emporte le docteur Moncef Derza, chef du service des urgences &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital. Les Libyens doivent pouvoir faire leur r&eacute;volution mais pas en mena&ccedil;ant la n&ocirc;tre ni en d&eacute;stabilisant notre r&eacute;gion. Nous devons aider ces gens mais l&agrave;, la ville arrive &agrave; saturation.&quot; Hier encore, une bagarre est intervenue dans un h&ocirc;tel du centre, impliquant quatre ou cinq hommes, des Tunisiens et des Libyens. Des miliciens de Kadhafi, selon la rumeur.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Tataouine, la ville des invisibles En deux mois, 30.000 Libyens ont trouv&eacute; refuge de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute; de la fronti&egrave;re, en Tunisie. Seules quelques centaines vivent dans un camp ; les autres se sont fond&eacute;s dans la population tant bien que mal. Ils sont l&agrave; mais on ne les voit pas. Ou si peu. M&ecirc;me&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15845,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[24,369,36,191,9,1],"tags":[],"class_list":["post-1799","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ben-ali","category-bless","category-libye","category-sahara","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1799","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1799"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1799\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15845"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1799"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1799"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1799"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}