{"id":1841,"date":"2011-06-03T17:03:12","date_gmt":"2011-06-03T17:03:12","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1841"},"modified":"2011-06-03T17:07:38","modified_gmt":"2011-06-03T17:07:38","slug":"joann-sfar-jadore-les-arabes-les-juifs-mais-la-religion-c-memmerde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/joann-sfar-jadore-les-arabes-les-juifs-mais-la-religion-c-memmerde\/","title":{"rendered":"Joann Sfar : J\u2019adore les Arabes, les Juifs, mais la religion, \u00e7a m\u2019emmerde"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h1 class=\"v2008\">\n\tJoann Sfar : J&#39;adore les Arabes, les Juifs, mais la religion, &ccedil;a m&#39;emmerde<\/h1>\n<p>\n\t<btn_impr> <\/btn_impr><\/p>\n<div class=\"etaussi\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h1 class=\"v2008\">\n\tJoann Sfar : J&#39;adore les Arabes, les Juifs, mais la religion, &ccedil;a m&#39;emmerde<\/h1>\n<p>\n\t<btn_impr> <\/btn_impr><\/p>\n<div class=\"etaussi\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p><!--etaussi--><\/p>\n<div class=\"texte-v2008\">\n<p>\n\t\t<font size=\"2\">C&#39;est l&#39;histoire d&#39;un chat qui, dans les ann&eacute;es 1920, avale un perroquet. Du coup, il parle (beaucoup) et veut (encore plus) faire sa bar-mitsva. Dieu fr&eacute;mit, et les lecteurs se pr&eacute;cipitent : ils ont d&eacute;vor&eacute; <em>Le Chat du rabbin<\/em> (en neuf ans, 900 000 exemplaires et cinq tomes). Un triomphe pour son &laquo; ma&icirc;tre &raquo;, Joann Sfar, qui a croul&eacute; sous les propositions d&#39;adaptation. Il en a refus&eacute; sept, avant de se d&eacute;cider &agrave; porter lui-m&ecirc;me &agrave; l&#39;&eacute;cran son &eacute;pop&eacute;e caustique, romanesque et chatoyante, de la casbah d&#39;Alger au c&oelig;ur du d&eacute;sert africain. Avec l&#39;aide de sa compagne Sandrina Jardel, au sc&eacute;nario, et d&#39;Antoine Delesvaux, &agrave; la r&eacute;alisation, il livre un dessin anim&eacute; qui lui ressemble : original et incroyablement fertile. A 40 ans &agrave; peine, Joann Sfar a crayonn&eacute;, peint et &eacute;crit plus d&#39;&oelig;uvres que s&#39;il avait le triple de son &acirc;ge : plus de cent cinquante albums, des romans, des livres d&#39;art, des commentaires philosophiques (il a une ma&icirc;trise en la mati&egrave;re, obtenue &agrave; la fac de Nice). Et son premier long m&eacute;trage, avec de vrais acteurs (et une marionnette), est sorti il y a un an. <em>Gainsbourg (vie h&eacute;ro&iuml;que)<\/em>, bio fantasmagorique de l&#39;Homme &agrave; la t&ecirc;te de chou, a obtenu le c&eacute;sar du meilleur premier film. Quand dort-il ? A-t-on le droit d&#39;&ecirc;tre jaloux ? Rencontre avec un &laquo; menteur &raquo; autoproclam&eacute;, raconteur d&#39;histoires, fou de culture et nettement moins de religion, aussi bavard, charmeur et piquant que son irr&eacute;v&eacute;rencieux f&eacute;lin&#8230; <\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Est-il vrai que vous vous &ecirc;tes inspir&eacute; de votre propre animal pour dessiner <em>Le Chat du rabbin<\/em> ?<\/strong><br \/>\n\t\t<span style=\"FONT-WEIGHT: bold\">Joann Sfar :<\/span> Oui, c&#39;est mon &laquo; vrai &raquo; chat ! Il s&#39;appelle Imhotep, comme l&#39;architecte des pyramides. En fait, il n&#39;est pas seul : j&#39;ai trois chats, un chien&#8230; et deux enfants ! D&#39;ailleurs, ma femme dit que je suis hypocrite parce que je ne m&#39;occupe jamais de lui, sauf quand les journalistes arrivent : je pose avec &laquo; le chat du rabbin &raquo; ! Pendant la pr&eacute;paration du dessin anim&eacute;, on l&#39;a film&eacute; pendant des heures, avec son air de se foutre de tout, de ne penser qu&#39;&agrave; sa gueule&#8230; C&#39;&eacute;tait vraiment le Candide de Voltaire que je voulais pour mon histoire.<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Le film repose sur une m&eacute;thode originale, puisque vous avez aussi commenc&eacute; par faire tourner de &laquo; vrais &raquo; com&eacute;diens, pour pouvoir les dessiner ensuite&#8230;<\/strong><br \/>\n\t\tA la base, il y a en effet un &laquo; vrai &raquo; tournage d&#39;un mois. Au d&eacute;part du projet, j&#39;&eacute;tais tr&egrave;s angoiss&eacute;. Ce sont les com&eacute;diens qui m&#39;ont rassur&eacute;. Avec eux, les ressorts narratifs m&#39;ont tout &agrave; coup paru tr&egrave;s simples : d&egrave;s qu&#39;ils sont arriv&eacute;s, maquill&eacute;s et costum&eacute;s, j&#39;ai eu des souvenirs de mes lectures enfantines de Moli&egrave;re : Hafsia Herzi, qui joue Zlabya, la ma&icirc;tresse du chat, c&#39;est la jeune fille &agrave; marier du th&eacute;&acirc;tre classique. Son p&egrave;re le rabbin, Maurice B&eacute;nichou, on pourrait le trouver dans <em>Tartuffe,<\/em> en plus tendre. Quant &agrave; Fran&ccedil;ois Morel, on s&#39;est rencontr&eacute;s pendant une lecture du <em>Petit Prince<\/em>. Il faisait toutes les voix, et en particulier celle du renard : ultra s&eacute;duisant, un peu salaud, &eacute;go&iuml;ste&#8230; Personne, mieux que lui, n&#39;aurait pu donner sa voix au chat, en faire un vrai valet de Moli&egrave;re, un Scapin ou un Sganarelle. Apr&egrave;s, j&#39;ai choisi de faire un film d&#39;animation, et non un &laquo; live &raquo;, parce que je voulais qu&#39;il y ait une homog&eacute;n&eacute;it&eacute; entre le chat et les autres personnages, je ne voulais pas le faire tout seul en animation, donc il fallait que tout soit dessin&eacute;.<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Pourquoi avoir choisi la technique de la 3D ?<\/strong><br \/>\n\t\tPas pour chercher plus de r&eacute;alisme. Au contraire, je cherchais un aspect &laquo; papier d&eacute;coup&eacute; &raquo; qui mette en avant ce que je voulais tour &agrave; tour privil&eacute;gier dans le r&eacute;cit : le chat, le d&eacute;cor&#8230; Le r&eacute;sultat, ce sont des images tendres et color&eacute;es, qui &eacute;voquent un peu Matisse, entre autres. Et puis le relief permet de toucher les gamins, les familles. Si on me disait que j&#39;ai fait un long m&eacute;trage intello pour adultes, je serais tr&egrave;s d&eacute;&ccedil;u.<\/font><\/p>\n<p align=\"right\">\n\t\t<font size=\"3\"><em><font color=\"#800000\">&ldquo;Une gamine m&#39;a dit : &ldquo;&Ccedil;a nous a plu, finalement, ton bouquin, parce qu&#39;on a vu que les Juifs et les Arabes sont aussi cons les uns que les autres&rdquo;<\/font><\/em><\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Cette histoire pleine d&#39;imams, de rabbins et de d&eacute;bats th&eacute;ologiques, c&#39;est une parabole sur la religion ?<\/strong><br \/>\n\t\tPour &ecirc;tre honn&ecirc;te, j&#39;ai fait la bande dessin&eacute;e pour des motifs intimes et &eacute;go&iuml;stes, sans la moindre intention didactique. Mais depuis, dix ans ont pass&eacute;, pendant lesquels j&#39;ai tourn&eacute; en ZEP, dans les coll&egrave;ges et les lyc&eacute;es, avec la BD. &Ccedil;a m&#39;a permis de mesurer les effets du livre. Un jour, une gamine est venue me dire : <em>&laquo; Ton bouquin, on voulait pas l&#39;ouvrir, mais &ccedil;a nous a plu, finalement, parce qu&#39;on a vu que les Juifs et les Arabes sont aussi cons les uns que les autres. &raquo;<\/em> C&#39;est exactement ce que je voulais : d&eacute;dramatiser la relation entre les musulmans, les juifs, les chr&eacute;tiens&#8230; Quand j&#39;ai commenc&eacute; la pr&eacute;paration du dessin anim&eacute;, j&#39;&eacute;tais devenu tr&egrave;s conscient de cette dimension p&eacute;dagogique. &Ccedil;a m&#39;angoissait, parce que les &laquo; messages &raquo; peuvent alourdir un film, voire le foutre en l&#39;air. Par exemple, lorsque le vieil imam regarde le spectateur droit dans les yeux et dit : <em>&laquo; Notre Dieu n&#39;est pas haineux, il aime la science. &raquo;<\/em> C&#39;est trop direct, mais je ne pouvais pas laisser la moindre ambigu&iuml;t&eacute;, risquer, sur un tel sujet, de ne pas &ecirc;tre compris. Il y a quelques jours, en pleine tourn&eacute;e de promo du film, j&#39;ai laiss&eacute; &eacute;chapper : <em>&laquo;<\/em> <em>Il faudrait arr&ecirc;ter de faire comme si la religion c&#39;&eacute;tait sacr&eacute;. &raquo;<\/em> Brassens disait qu&#39;il faut critiquer les uniformes, mais pas les gens qui les portent. J&#39;adore les Arabes, les Juifs, mais par contre, la religion, &ccedil;a m&#39;emmerde.<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">\n\t\t<font size=\"2\"><img decoding=\"async\" alt=\"&lt;p&gt;Le chat du rabbin dans les bras de Zlabya, la fille du rabbin.&lt;\/p&gt;\" border=\"0\" src=\"http:\/\/images.telerama.fr\/medias\/2011\/05\/media_69560\/joann-sfar-j-adore-les-arabes-les-juifs-mais-la-religion-ca-m-emmerde,M54259.jpg\" title=\"&lt;p&gt;Le chat du rabbin dans les bras de Zlabya, la fille du rabbin.&lt;\/p&gt;\" \/> <\/font><\/p>\n<div class=\"leg-v2008\">\n<p>\n\t\t\t\t<font size=\"2\">Le chat du rabbin dans les bras de Zlabya, la fille du rabbin.<\/font><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>&Ccedil;a ne doit pas plaire &agrave; tout le monde&#8230;<\/strong><br \/>\n\t\tOn n&#39;a encore choqu&eacute; personne dans les salles ! J&#39;ai m&ecirc;me vu des gens ultra religieux se tordre de rire. Ce que j&#39;essaye de montrer, c&#39;est que, dans les familles juives ou musulmanes, il y a beaucoup plus de d&eacute;connade sur la question qu&#39;on ne l&#39;imagine. Ma critique, elle vient de l&#39;int&eacute;rieur, puisque je suis moi-m&ecirc;me juif.<\/font><\/p>\n<p align=\"right\">\n\t\t<em><font color=\"#800000\" size=\"3\">&ldquo;Le vrai courage politique aujourd&#39;hui, c&#39;est de refuser le d&eacute;bat d&#39;id&eacute;es et de foncer dans la promiscuit&eacute;. Avant d&#39;avoir un d&eacute;bat sur la la&iuml;cit&eacute;, on va manger ensemble.&rdquo;<\/font><\/em><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Vous avez situ&eacute; le d&eacute;but de votre r&eacute;cit en Alg&eacute;rie, dont une partie de votre famille est originaire&#8230;<\/strong><br \/>\n\t\tJ&#39;ai surtout choisi le Maghreb parce que ce n&#39;est ni une Terre promise, ni une terre de nostalgie. C&#39;&eacute;tait le m&ecirc;me m&eacute;lange, le m&ecirc;me bordel, il y a soixante-dix ans qu&#39;aujourd&#39;hui. Cette constatation permet d&#39;&ecirc;tre pragmatique. Le vrai courage politique aujourd&#39;hui, c&#39;est de refuser le d&eacute;bat d&#39;id&eacute;es et de foncer dans la promiscuit&eacute;. Avant d&#39;avoir un d&eacute;bat sur la la&iuml;cit&eacute;, on va manger ensemble. Ma R&eacute;publique id&eacute;ale, c&#39;est Nice o&ugrave; j&#39;ai grandi : on &eacute;tait toujours fourr&eacute;s ensemble, Blancs, Noirs, juifs, musulmans, on se sortait les pires vannes racistes du monde, mais il ne nous serait pas venu &agrave; l&#39;id&eacute;e de ne pas se fr&eacute;quenter !<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Sinon, vous vous en prenez sans ambigu&iuml;t&eacute; au colonialisme, &agrave; travers une apparition tr&egrave;s parodique de Tintin&#8230;<\/strong><br \/>\n\t\tA trois semaines de la sortie du film, mon entourage s&#39;inqui&egrave;te pour ma pomme, mais plus &agrave; cause des h&eacute;ritiers d&#39;Herg&eacute; que des islamistes. La terreur n&#39;est pas forc&eacute;ment l&agrave; o&ugrave; l&#39;on croit ! J&#39;ai appris &agrave; lire dans les albums de <em>Tintin,<\/em> et j&#39;ai beaucoup de tendresse pour lui. J&#39;esp&egrave;re qu&#39;on le sent. Ce n&#39;est pas le personnage en soi qui est en jeu, c&#39;est l&#39;&eacute;tat d&#39;esprit dominant des ann&eacute;es 1930 : une mani&egrave;re d&#39;arriver en Afrique en disant des conneries plus grosses que soi. Tintin se moque des Noirs et des Juifs depuis soixante ans. Si moi, pendant quelques secondes, je lui rends la pareille, on devrait survivre.<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Et cette &laquo; J&eacute;rusalem d&#39;Afrique &raquo; que cherchent vos h&eacute;ros dans le d&eacute;sert, c&#39;est une r&eacute;f&eacute;rence au sionisme ?<\/strong><br \/>\n\t\tJe ne suis pas manich&eacute;en, sur ces questions-l&agrave;. Si j&#39;&eacute;tais en Isra&euml;l, je serais sans doute d&#39;extr&ecirc;me gauche. En revanche, j&#39;ai du mal &agrave; comprendre la mani&egrave;re dont ce pays est d&eacute;cri&eacute; ici. La cr&eacute;ation de l&#39;Etat d&#39;Isra&euml;l apr&egrave;s la Seconde Guerre mondiale, c&#39;est le constat que l&#39;Europe n&#39;arrivait pas &agrave; prot&eacute;ger les Juifs. Je d&eacute;borde d&#39;amour pour les populations qui habitent l&agrave;-bas, j&#39;y vais souvent. C&#39;est inextricable comme dans beaucoup d&#39;autres coins du globe. Mais la qu&ecirc;te que m&egrave;nent mes personnages est surtout une r&eacute;flexion sur les racines, sur l&#39;illusion que tout &eacute;tait mieux avant. La Terre promise pour le futur ou l&#39;&acirc;ge d&#39;or pour le pass&eacute;, &ccedil;a m&#39;emmerde. Seul le pr&eacute;sent m&#39;int&eacute;resse.<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>En d&eacute;marrant vous-m&ecirc;me l&#39;adaptation, vous avez dit : <em>&laquo; Au moins, si le film est rat&eacute;, ce sera de ma faute ! &raquo;<\/em> Maintenant qu&#39;il est termin&eacute;, qu&#39;en pensez-vous ?<\/strong><br \/>\n\t\tIl est plein de d&eacute;fauts ! Comme la BD, comme <em>Gainsbourg (vie h&eacute;ro&iuml;que)<\/em>&#8230; Mais j&#39;aime essayer des choses in&eacute;dites, que je ne ma&icirc;trise pas forc&eacute;ment. C&#39;est la maladresse qui est &eacute;mouvante. Le point faible de mes r&eacute;cits, c&#39;est leur structure. Ils ont quelque chose d&#39;organique, de dilat&eacute;&#8230; Autant j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;avec mes livres j&#39;ai ouvert une petite blessure qui me ressemble, autant je ne sais absolument pas si mes films sont int&eacute;ressants. Je n&#39;ai aucun recul. J&#39;ai presque h&acirc;te d&#39;en avoir quatre ou cinq derri&egrave;re moi pour y voir un peu plus clair&#8230;<\/font><\/p>\n<p align=\"right\">\n\t\t<font color=\"#800000\" size=\"3\"><em>&ldquo;Tintin se moque des Noirs et des Juifs depuis soixante ans. Si moi, pendant quelques secondes, je lui rends la pareille, on devrait survivre.&rdquo;<\/em><\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Vous avez d&eacute;j&agrave; un nouveau projet ?<\/strong><br \/>\n\t\tJe me suis lanc&eacute; dans l&#39;&eacute;criture d&#39;un long m&eacute;trage sur l&#39;esclavage, qui se d&eacute;roulera au XVIIIe si&egrave;cle. L&#39;histoire d&#39;un type dont le pognon vient de l&#39;esclavage, mais qui est contre la traite n&eacute;gri&egrave;re. Il se dit que ce n&#39;est pas un acte individuel qui va changer les choses. Ce film ne serait pas seulement contre l&#39;esclavage, mais aussi un peu contre la bonne conscience de gauche. Je sens qu&#39;on va m&#39;attendre au tournant ! Je peux balancer sur les juifs parce que je suis moi-m&ecirc;me juif, mais l&agrave;&#8230; c&#39;est une autre affaire.<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>On dirait que vous avez toujours un nombre incalculable de fers au feu en m&ecirc;me temps. Qu&#39;est-ce qui vous rend si prolifique ?<\/strong><br \/>\n\t\tMon anxi&eacute;t&eacute;. Je suis incapable de m&#39;&eacute;valuer : j&#39;oscille mille fois par jour entre des moments extr&ecirc;mement pr&eacute;tentieux et des moments de d&eacute;pr&eacute;ciation absolue. J&#39;ai le complexe de Sh&eacute;h&eacute;razade : je gagne ma vie en &eacute;crivant, et si je ne le fais pas, on me coupe la t&ecirc;te. Je suis perp&eacute;tuellement insatisfait du travail que je viens de terminer, &ccedil;a me pousse &agrave; d&eacute;sirer le suivant, encore et encore. Je ne veux surtout pas tomber dans une caricature de moi-m&ecirc;me. L&agrave;, par exemple, je suis en train de terminer un genre de roman-photo semi-porno pour Dargaud, avec des nanas en ska&iuml; et des tigres gigantesques qui se bagarrent. On a beaucoup dit que j&#39;&eacute;tais un touche-&agrave;-tout, mais c&#39;est faux ! La preuve, il y a certains domaines dans lesquels je ne m&#39;aventure vraiment pas, par exemple la musique. Je joue du ukul&eacute;l&eacute; pour rigoler, avec mes potes, mais je reste lucide ! En fait, je n&#39;ai jamais rien fait d&#39;autre que de raconter des histoires !<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>O&ugrave; en est cette fameuse &laquo; nouvelle bande dessin&eacute;e &raquo; que vous avez contribu&eacute; &agrave; cr&eacute;er dans les ann&eacute;es 1990 ?<\/strong><br \/>\n\t\tJe n&#39;aime pas beaucoup cette formule. Elle &eacute;voque la Nouvelle Vague, &agrave; laquelle on ne ressemble pas du tout ! Mais c&#39;est vrai qu&#39;il y a un effet de g&eacute;n&eacute;ration avec l&#39;arriv&eacute;e de Christophe Blain, Marjane Satrapi, Lewis Trondheim, David B., qu&#39;on travaillait dans le m&ecirc;me atelier, qu&#39;on a amen&eacute; un style, un go&ucirc;t un peu neuf. Mais &ccedil;a ne correspond pas &agrave; une &laquo; &eacute;cole &raquo; artistique ! On est tous trop individualistes, trop diff&eacute;rents. M&ecirc;me quand on a collabor&eacute; pour des albums, c&#39;&eacute;tait pour le plaisir, pas pour r&eacute;diger des manifestes. On n&#39;a jamais pr&eacute;tendu &ecirc;tre &laquo; alternatifs &raquo;. Moi pas, en tout cas. J&#39;ai juste demand&eacute; autant de s&eacute;rieux pour la bande dessin&eacute;e que pour la litt&eacute;rature. C&#39;est r&eacute;ussi, puisqu&#39;on a maintenant les m&ecirc;mes maladies que la litt&eacute;rature : surproduction, critique indigente&#8230; En ce moment, la BD ne va pas tr&egrave;s bien, les gros &eacute;diteurs ont perdu une partie de leur identit&eacute;, l&#39;&eacute;dition ind&eacute;pendante s&#39;est tu&eacute;e elle-m&ecirc;me en coupant les branches qui poussaient le mieux&#8230;<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\">[[54282]]<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Vous dirigez vous-m&ecirc;me la collection BD Bayou chez Gallimard jeunesse. Et comme si vous n&#39;&eacute;tiez pas encore assez occup&eacute;, vous venez de concevoir l&#39;exposition sur Brassens, &agrave; la Cit&eacute; de la musique&#8230;<\/strong><br \/>\n\t\tJe m&#39;&eacute;tais d&eacute;guis&eacute; en Brassens dans<em> Gainsbourg (vie h&eacute;ro&iuml;que)<\/em> et, pour ce faire, il avait fallu demander la permission aux ayants droit du chanteur. Du coup, quand on leur a propos&eacute; de monter une exposition sur lui, ils ont dit : &laquo; <em>Demandez &agrave; ce couillon-l&agrave; de la pr&eacute;parer ! &raquo;<\/em> C&#39;&eacute;tait tr&egrave;s amusant &agrave; faire, d&#39;autant que si Gainsbourg est un po&egrave;te qui me fascine, Brassens est une sorte de ma&icirc;tre. Sa vision de la vie me convient.<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<strong><font size=\"2\">On sent son influence dans vos &oelig;uvres. Quelle est celle de votre histoire familiale ?<\/font><\/strong><br \/>\n\t\t<font size=\"2\">Ma maman, qui &eacute;tait chanteuse pop, est d&eacute;c&eacute;d&eacute;e quand j&#39;&eacute;tais tout petit. J&#39;ai donc grandi entre deux m&acirc;les dominants, mon grand-p&egrave;re maternel et mon p&egrave;re, qui avaient une vision oppos&eacute;e de l&#39;existence. Toute la famille juive ukrainienne de grand-p&egrave;re a &eacute;t&eacute; d&eacute;port&eacute;e. Pendant la guerre, il &eacute;tait le m&eacute;decin de la brigade Alsace-Lorraine. Son titre de gloire, c&#39;est d&#39;avoir sauv&eacute; la main droite d&#39;Andr&eacute; Malraux, qui, pour le remercier, lui a accord&eacute; la nationalit&eacute; fran&ccedil;aise. C&#39;&eacute;tait un type tr&egrave;s cultiv&eacute;, tr&egrave;s caustique, qui, dans son enfance, avait fait des &eacute;tudes pour &ecirc;tre rabbin mais &eacute;tait d&#39;un anticl&eacute;ricalisme total. Les seules choses qui l&#39;int&eacute;ressaient dans l&#39;existence &eacute;taient l&#39;amour, la science et la litt&eacute;rature. Quand j&#39;&eacute;tais petit, il disait une phrase que j&#39;aimais beaucoup : <em>&laquo; Quand on voit ce qui s&#39;est pass&eacute;, soit Dieu n&#39;existe pas, soit c&#39;est un sale con. &raquo;<\/em> Mon c&ocirc;t&eacute; fouteur de merde, je le tiens de lui.<\/font><\/p>\n<p>\n\t\t<font size=\"2\"><strong>Et votre p&egrave;re ?<\/strong><br \/>\n\t\tLui, c&#39;est un juif m&eacute;diterran&eacute;en, tr&egrave;s beau, excellent pianiste, champion de ski nautique, brillant avocat ni&ccedil;ois, aujourd&#39;hui &agrave; la retraite. Un s&eacute;ducteur, mais en m&ecirc;me temps un homme tr&egrave;s traditionaliste, tr&egrave;s attach&eacute; &agrave; la religion. Son exploit &agrave; lui est d&#39;avoir &eacute;t&eacute; le premier &agrave; faire mettre en prison des n&eacute;onazis, dans les ann&eacute;es 1970. Ce qui m&#39;a valu pendant mon ann&eacute;e de CM2 d&#39;aller &agrave; l&#39;&eacute;cole entre deux gendarmes, parce que ma classe avait &eacute;t&eacute; saccag&eacute;e par les gens qui voulaient l&#39;intimider. On avait des coups de fil la nuit, on recevait des cercueils&#8230; &Ccedil;a ne l&#39;impressionnait pas, au contraire.<br \/>\n\t\tA 13 ans, le jour de ma bar-mitsva, je me suis fait attaquer et voler dans la rue. Mon p&egrave;re m&#39;a engueul&eacute; parce que je n&#39;avais pas &eacute;t&eacute; capable de frapper mes agresseurs, et mon grand-p&egrave;re m&#39;a f&eacute;licit&eacute; de ne pas avoir pris de risques. &Ccedil;a r&eacute;sume beaucoup de choses sur mon enfance. Je les aimais tout autant tous les deux, mais je n&#39;ai jamais choisi entre l&#39;ironie et le coup de poing dans la figure. Je suis capable des deux.<\/font><\/p>\n<\/div>\n<p><!-- texte --><\/p>\n<div class=\"clear\">\n\t.<\/div>\n<h4 class=\"v2008\">\n\tPropos recueillis par C&eacute;cile Mury<\/h4>\n<h5 class=\"v2008\">\n\tT&eacute;l&eacute;rama n&deg; 3203<\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Joann Sfar : J&#39;adore les Arabes, les Juifs, mais la religion, &ccedil;a m&#39;emmerde &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15863,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[77,33,113,1],"tags":[],"class_list":["post-1841","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-alger","category-cinema","category-nice","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1841","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1841"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1841\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15863"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1841"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1841"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1841"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}