{"id":1955,"date":"2013-11-05T23:20:12","date_gmt":"2013-11-05T23:20:12","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=1955"},"modified":"2013-11-06T01:03:23","modified_gmt":"2013-11-06T01:03:23","slug":"retour-sur-larcheologie-de-lantisemitisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/retour-sur-larcheologie-de-lantisemitisme\/","title":{"rendered":"Retour sur l\u2019arch\u00e9ologie de l\u2019antis\u00e9mitisme"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div property=\"description\">\n<p>\n\t\tRetour sur l&rsquo;arch&eacute;ologie de l&rsquo;antis&eacute;mitisme<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tToute personne soucieuse de comprendre l&rsquo;inexplicable haine vou&eacute;e aux juifs en Europe &agrave; l&rsquo;&eacute;poque contemporaine est sans doute amen&eacute;e, &agrave; un moment ou &agrave; un autre, &agrave; projeter son regard en direction des profondeurs de l&rsquo;Antiquit&eacute;. &quot;&Eacute;trangers universels&quot;, &quot;meurtriers de Dieu&quot; : nombre de traits de la figure du &quot;juif&quot; honnie par certains courants occidentaux depuis le XIXe si&egrave;cle plongent en effet leurs racines dans l&rsquo;Empire romain, celui du pa&iuml;en Titus qui dispersa le peuple juif en diaspora comme celui de Constantin et de ses successeurs acquis au christianisme qui distingu&egrave;rent une communaut&eacute; au sein du corps civique pour en diminuer les libert&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\tCe retour aux premiers si&egrave;cles de notre &egrave;re, Hannah Arendt en avait partiellement fait l&rsquo;&eacute;conomie dans son enqu&ecirc;te S<em>ur l&rsquo;antis&eacute;mitisme<\/em> qui fait aujourd&rsquo;hui autorit&eacute; sur la question, adoptant pour cette p&eacute;riode recul&eacute;e les conclusions de l&rsquo;historiographie alors dominante repr&eacute;sent&eacute;e par la synth&egrave;se du romaniste Jean Juster <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>), alors d&eacute;j&agrave; ancienne et qui pourtant fait toujours r&eacute;f&eacute;rence. Cet auteur pensait avoir &eacute;tabli qu&rsquo;&agrave; partir de Constantin, les empereurs de l&rsquo;Antiquit&eacute; tardive fortement id&eacute;ologis&eacute;s et &quot;d&eacute;vou&eacute;s &agrave; la cause chr&eacute;tienne&quot; <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a> s&rsquo;&eacute;taient conform&eacute;s aux imp&eacute;ratifs de l&rsquo;Eglise qui &quot;avait besoin que les juifs continuent d&rsquo;exister, mais aussi inconfortablement, et m&ecirc;me mis&eacute;rablement, que possible.&quot; <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>. Le romaniste &eacute;voquait ainsi en renfort de son hypoth&egrave;se un texte de saint Augustin exposant la n&eacute;cessit&eacute; de maintenir les juifs dans une situation &agrave; la fois r&eacute;prim&eacute;e et prot&eacute;g&eacute;e, t&eacute;moignant de leur propre d&eacute;ch&eacute;ance &agrave; la faveur de la nouvelle alliance de Dieu avec les chr&eacute;tiens<a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>. Ce rapport ambivalent du pouvoir politique chr&eacute;tien aux juifs se serait ainsi p&eacute;rennis&eacute; au Moyen-&Acirc;ge, jetant ainsi les bases de l&rsquo;accord extra-politique identifi&eacute; par H. Arendt comme &eacute;tant &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;incapacit&eacute; des juifs &agrave; s&rsquo;inscrire dans les r&egrave;gles du jeu politique &agrave; l&rsquo;&egrave;re de la naissance de la d&eacute;mocratie.<\/p>\n<p>\n\t\tToutefois, comme le rappelle Capucine Nemo-Pekelman, plusieurs travaux d&rsquo;historiens sont venus &eacute;corcher, ces vingt derni&egrave;res ann&eacute;es, l&rsquo;image trop simpliste d&rsquo;empereurs chr&eacute;tiens fanatiques mus par leur seule conviction religieuse ou soumis &agrave; l&rsquo;emprise de l&rsquo;Eglise <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>. La romaniste s&rsquo;inscrit alors &agrave; son tour dans cette vision renouvel&eacute;e de la complexit&eacute; des rapports de l&rsquo;Empire &agrave; ses citoyens juifs &agrave; la fin de l&rsquo;Antiquit&eacute; <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>. Tout l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de cette &eacute;tude r&eacute;side dans la rectification d&rsquo;une erreur m&eacute;thodologique qui a consist&eacute; en quelque sorte &agrave; prendre le codex th&eacute;odosien &ndash; le premier grand recueil de lois imp&eacute;riales se voulant exhaustif &ndash; pour un ensemble syst&eacute;matique et coh&eacute;rent de lois articul&eacute;es en fonction d&rsquo;une volont&eacute; stable et unificatrice <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>. C&rsquo;&eacute;tait oublier que ce recueil met bout &agrave; bout un ensemble de textes qui ne sont autres que des r&eacute;ponses imp&eacute;riales &agrave; des demandes, &agrave; des sollicitations qui s&rsquo;&eacute;talent sur plus d&rsquo;un si&egrave;cle, et qui en tant que telles sont les t&eacute;moins de situations probl&eacute;matiques et &eacute;volutives, ainsi que des strat&eacute;gies variables et diversement mises en &oelig;uvre par le pouvoir confront&eacute; &agrave; ces situations, en fonction du contexte (acteurs en pr&eacute;sence, enjeux du temps, rapports de force, etc.). Le traitement de cette source complexe exigeait donc d&rsquo;analyser au cas par cas chacune des situations et des strat&eacute;gies cristallis&eacute;es dans ces textes : c&rsquo;est &agrave; cette t&acirc;che que s&rsquo;est attel&eacute;e C. Nemo-Pekelman.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Quels <em>privilegia <\/em>pour les juifs ? Une question politique<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tS&rsquo;il est juste de dire que les juifs ont b&eacute;n&eacute;fici&eacute; de &quot;privil&egrave;ges&quot;, c&rsquo;est &agrave; la condition de conserver &agrave; cette notion le sens qu&rsquo;il rev&ecirc;t en droit romain de &quot;disposition l&eacute;gale qui &eacute;carte (&hellip;) la solution normalement applicable en vertu du droit commun.&quot; (p. 21) Les <em>priuilegia <\/em>supposent donc l&rsquo;existence d&rsquo;une loi g&eacute;n&eacute;rale explicite, et d&eacute;pendent du maintien d&rsquo;un pouvoir de n&eacute;gociation &agrave; diverses &eacute;chelles. Sous cette d&eacute;finition, ils furent peu nombreux et &eacute;volu&egrave;rent au gr&eacute; de la situation des juifs dans la soci&eacute;t&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tUne relecture attentive des textes du <em>Code Th&eacute;odosien <\/em>permet d&rsquo;abord d&rsquo;&eacute;tablir que certains membres des &eacute;lites juives exempt&eacute;s par les autorit&eacute;s locales de la participation &agrave; certaines charges gr&acirc;ce &agrave; leur action individuelle &ndash; au m&ecirc;me titre qu&rsquo;en &eacute;taient exempt&eacute;s des pa&iuml;ens &ndash; perdirent le b&eacute;n&eacute;fice de ce privil&egrave;ge sous Constantin. Cette mesure participait d&rsquo;une strat&eacute;gie g&eacute;n&eacute;rale de centralisation dont le but &eacute;tait d&rsquo;&eacute;tablir un contact direct entre toutes sortes de communaut&eacute;s (cit&eacute;s, h&eacute;tairies, etc.) et l&rsquo;empereur, accordant d&eacute;sormais lui-m&ecirc;me ces dispenses &agrave; un nombre restreint de leaders desquels il s&rsquo;assurait ainsi la fid&eacute;lit&eacute;. Lorsque cet empereur &eacute;tendit sa domination &agrave; la moiti&eacute; orientale de l&rsquo;Empire, o&ugrave; les juifs &eacute;taient plus nombreux, il d&eacute;cida d&rsquo;&eacute;largir cette strat&eacute;gie &agrave; l&rsquo;ensemble des cadres (religieux) des communaut&eacute;s juives <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>. C&rsquo;est un m&ecirc;me esprit de fid&eacute;lisation qui leur fit obtenir une comp&eacute;tence juridictionnelle, toutefois assortie de la censure de certaines de leurs coutumes <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>. Les juristes de la chancellerie imp&eacute;riale<a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a> &eacute;tendirent &agrave; ces situations nouvelles les notions pr&eacute;existantes de &quot;clerg&eacute;&quot; et de &quot;religion&quot; en tant qu&rsquo;elles constituaient la base juridique &ndash; n&eacute;cessaire dans un syst&egrave;me l&eacute;galiste &ndash; des immunit&eacute;s ant&eacute;rieurement accord&eacute;es &agrave; la communaut&eacute; chr&eacute;tienne ; ce qui ne revenait donc pas &agrave; reconna&icirc;tre en g&eacute;n&eacute;ral le christianisme et le juda&iuml;sme comme des r&eacute;alit&eacute;s de m&ecirc;me nature.<\/p>\n<p>\n\t\tEn plus d&rsquo;accorder des &quot;privil&egrave;ges&quot; aux chefs juifs afin de s&rsquo;en assurer la fid&eacute;lit&eacute;, les services imp&eacute;riaux sont &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une production juridique destin&eacute;e &agrave; prot&eacute;ger les synagogues contre les assauts de fanatiques chr&eacute;tiens de plus en plus puissants. Tant que les &eacute;lites juives purent s&rsquo;allier &agrave; l&rsquo;aristocratie pa&iuml;enne contre le christianisme conqu&eacute;rant, elles purent obtenir des empereurs des mesures fermes contre les atteintes faites &agrave; leurs biens. Des lois pr&eacute;virent ainsi des mesures compensatoires et r&eacute;pressives en cas d&rsquo;actes de violence commis &agrave; l&rsquo;encontre des synagogues, en vertu du souci de protection des citoyens et non d&rsquo;une quelconque &quot;reconnaissance&quot; d&rsquo;une religion &quot;l&eacute;gale&quot;, le droit se pr&eacute;occupant alors peu de ces questions <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>. Mais au d&eacute;but du Ve si&egrave;cle, alors que le christianisme est devenu religion officielle, la position imp&eacute;riale du reste changeante se montre de moins en moins ferme dans son action contre les violences anti-juives, tandis que les bureaux imp&eacute;riaux organisent de fa&ccedil;on insidieuse mais efficace une strat&eacute;gie d&rsquo;&quot;&eacute;radication &agrave; terme des synagogues&quot; (p. 113) en imposant d&rsquo;abord la saisie des lieux abandonn&eacute;s (parfois avec l&rsquo;aide des chefs juifs confront&eacute;s aux exigences de la fid&eacute;lit&eacute;), puis en interdisant la construction de nouveaux &eacute;difices et l&rsquo;entretien de l&rsquo;existant et, dans l&rsquo;ensemble, en r&eacute;primant peu leur accaparement par les chr&eacute;tiens.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Naissance et m&eacute;tamorphoses d&rsquo;une pers&eacute;cution d&rsquo;Etat dans l&rsquo;Antiquit&eacute;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCette r&eacute;alit&eacute; tr&egrave;s circonscrite des &quot;privil&egrave;ges&quot; des juifs dans l&rsquo;Antiquit&eacute; tardive explique qu&rsquo;ait pu simultan&eacute;ment &ecirc;tre mise en place une s&eacute;rie de mesures de pers&eacute;cution. C&rsquo;est sans doute &agrave; la faveur d&rsquo;un fait divers qu&rsquo;a &eacute;t&eacute; produite une premi&egrave;re loi de Constantin criminalisant la conversion au juda&iuml;sme, dont le ton sugg&egrave;re qu&rsquo;elle fut probablement inspir&eacute;e par des clercs : progressivement, des sanctions de nature &eacute;conomique et patrimoniale incit&egrave;rent &agrave; la d&eacute;nonciation de ces &quot;crimes&quot; et &agrave; la d&eacute;lation jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur des familles, alors m&ecirc;me que le passage au christianisme motivait des protections de m&ecirc;me nature. Les lois contre la circoncision s&rsquo;inscrivent dans une m&ecirc;me logique de lutte contre le pros&eacute;lytisme juif : condamn&eacute;e depuis Hadrien (IIe s.) comme pratique barbare et cruelle, des plaintes &eacute;manant sans doute d&rsquo;esclaves juifs provoqu&egrave;rent sous Constantin une r&eacute;activation de son interdiction. Mais c&rsquo;est finalement parce que ce probl&egrave;me souleva la question du Salut des esclaves chr&eacute;tiens circoncis contre leur volont&eacute; que les juifs furent peu &agrave; peu priv&eacute;s du droit d&rsquo;acqu&eacute;rir des esclaves chr&eacute;tiens. La m&ecirc;me pr&eacute;occupation religieuse et les m&ecirc;mes inspirateurs eccl&eacute;siastiques sont sans doute &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;extr&ecirc;me s&eacute;v&eacute;rit&eacute; des ch&acirc;timents pr&eacute;vus &agrave; l&rsquo;encontre de juifs ayant enlev&eacute; des esclaves imp&eacute;riales chr&eacute;tiennes <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>, avant qu&rsquo;&agrave; la fin du IVe si&egrave;cle ne soient criminalis&eacute;s, &agrave; l&rsquo;image de l&rsquo;&quot;adult&egrave;re&quot; passible de mort, le mariage et le concubinat entre juifs et chr&eacute;tiens.<\/p>\n<p>\n\t\tA partir du d&eacute;but du Ve si&egrave;cle, ces formes de marginalisation &agrave; base religieuse furent doubl&eacute;es de nouvelles formes d&rsquo;exclusion civique et sociale. On comptait jusqu&rsquo;alors nombre de juifs dans les rangs de l&rsquo;arm&eacute;e et des bureaux imp&eacute;riaux et dans les corps de notables en charge de l&rsquo;administration des cit&eacute;s. Or, ici la r&eacute;pression de fraudes de la part de certains d&rsquo;entre eux et l&agrave; des contextes locaux temporaires incit&egrave;rent les empereurs &agrave; les exclure progressivement du service imp&eacute;rial. Par la suite, ces mesures d&rsquo;abord limit&eacute;es &agrave; la partie occidentale de l&rsquo;Empire furent diffus&eacute;es &agrave; sa partie orientale. Dans le m&ecirc;me temps, le l&eacute;gislateur relayait certaines initiatives &eacute;piscopales visant &agrave; amoindrir l&rsquo;acc&egrave;s des juifs aux institutions judiciaires &ndash; aussi bien en tant que justiciables que comme juges &ndash; au nom du risque de voir le sort de chr&eacute;tiens remis &agrave; leur pouvoir. D&rsquo;une certaine mani&egrave;re, comme le souligne C. Nemo-Pekelman, ces mesures visant surtout &agrave; interdire toute vis&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de l&rsquo;Empire aux ambitions des &eacute;lites juives participaient d&rsquo;une s&eacute;rie de dispositions visant l&rsquo;ensemble des &eacute;lites non-catholiques, pa&iuml;ennes et h&eacute;r&eacute;tiques <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>, tandis que les droits des citoyens juifs ordinaires restaient inchang&eacute;s. Pour autant, le pragmatisme du pouvoir imp&eacute;rial qui s&rsquo;appuyait largement sur la n&eacute;gociation de fid&eacute;lit&eacute;s lui dictait de pr&eacute;ciser que ces mesures ne devaient pas &ecirc;tre assimil&eacute;es &agrave; une note d&rsquo;infamie, les citoyens juifs conservant ainsi un statut juridique normal.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Apr&egrave;s l&rsquo;Empire, la pers&eacute;cution sans le droit<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est finalement apr&egrave;s l&rsquo;effacement progressif de l&rsquo;Empire dans la partie occidentale du monde m&eacute;diterran&eacute;en que se d&eacute;ploy&egrave;rent pleinement les effets de cette l&eacute;gislation qui pouvait faire appara&icirc;tre l&rsquo;ensemble des juifs comme des citoyens priv&eacute;s de leur capacit&eacute; juridiques. En effet, les royaumes barbares qui s&rsquo;y substitu&egrave;rent conserv&egrave;rent l&rsquo;h&eacute;ritage de ce droit alors que le fort recul de l&rsquo;alphab&eacute;tisation et de l&rsquo;&eacute;ducation antique imposaient le clerg&eacute; catholique comme son principal d&eacute;positaire. Celui-ci &eacute;tait donc particuli&egrave;rement bien plac&eacute; pour faire valoir ses conceptions. Au VIe et au VIIe si&egrave;cle, le sort des juifs en fut ainsi remis aux relations entretenues par le clerg&eacute; catholique et le pouvoir royal <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>.<\/p>\n<p>\n\t\tDans la Gaule m&eacute;rovingienne, les liens d&rsquo;abord l&acirc;ches entre princes et &eacute;v&ecirc;ques ne permirent &agrave; ces derniers que de mobiliser, dans un premier temps, les leviers spirituels et religieux dont ils avaient la ma&icirc;trise pour faire pr&eacute;valoir leur hostilit&eacute; marqu&eacute;e envers les juifs <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a> et favoriser leur dessein de conversion. Les clercs n&rsquo;avaient d&rsquo;ailleurs d&rsquo;emprise que sur leurs ouailles. C&rsquo;est cette situation nouvelle qui explique l&rsquo;introduction de mesures s&eacute;gr&eacute;gatives destin&eacute;es cette fois-ci aux chr&eacute;tiens et &eacute;trang&egrave;res au droit romain, telles que l&rsquo;interdiction des relations sexuelles et de la commensalit&eacute; avec les juifs<a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a>.<\/p>\n<p>\n\t\tLes choses chang&egrave;rent plus tard au VIe si&egrave;cle lorsque les rois francs d&eacute;cid&egrave;rent de s&rsquo;emparer des questions religieuses et d&rsquo;assumer au moyen de leur bras s&eacute;culier une part de l&rsquo;effort de conversion dans le but s&rsquo;assurer l&rsquo;unit&eacute; spirituelle de leur royaume : c&rsquo;est alors que, main dans la main, &eacute;v&ecirc;ques et princes r&eacute;activ&egrave;rent le droit romain et d&eacute;cid&egrave;rent, par un autoritarisme sans pr&eacute;c&eacute;dents, de conversions forc&eacute;es et d&rsquo;expulsions. S&rsquo;imposant de plus en plus clairement comme l&rsquo;autorit&eacute; religieuse pr&eacute;&eacute;minente, les rois francs se montr&egrave;rent enfin dans un troisi&egrave;me temps comme les plus fervents d&eacute;fenseurs &ndash; et acteurs &ndash; du bapt&ecirc;me forc&eacute; de l&rsquo;ensemble des juifs du royaume, au point de rencontrer l&rsquo;opposition de certains &eacute;v&ecirc;ques aussi g&ecirc;n&eacute;s qu&rsquo;impuissants.<\/p>\n<p>\n\t\tLe d&eacute;bat sur la l&eacute;gitimit&eacute; et l&rsquo;utilit&eacute; de la violence politique a &eacute;t&eacute; formul&eacute; le plus clairement en Italie, o&ugrave; le roi ostrogoth Th&eacute;odoric comme plus tard le pape Gr&eacute;goire le Grand affirm&egrave;rent l&rsquo;insoumission de la croyance &agrave; la force. A contextes et rapports de forces diff&eacute;rents, l&eacute;gislation diff&eacute;rente : les droits des citoyens juifs romains semblent ainsi s&rsquo;&ecirc;tre maintenus sur la p&eacute;ninsule italienne. Les juifs parvenaient encore &agrave; faire jouer &agrave; leur profit le conflit entre autorit&eacute;s militaires et religieuses, tandis que le pape Gr&eacute;goire lui-m&ecirc;me, en h&eacute;ritier des empereurs, s&rsquo;attachait &agrave; poursuivre leur politique d&rsquo;&eacute;radication des synagogues par des voies passives, dans le cadre des normes du <em>Code th&eacute;odosien<\/em>.<\/p>\n<p>\n\t\tDans la lign&eacute;e de Jean Juster, Hannah Arendt l&rsquo;avait bien vu : anti-juda&iuml;ques, l&rsquo;Antiquit&eacute; tardive et le Haut Moyen-&Acirc;ge n&rsquo;&eacute;taient pas antis&eacute;mites. Ce qui ne r&eacute;siste pas &agrave; l&rsquo;analyse serr&eacute;e des sources par C. Nemo-Pekelman, c&rsquo;est l&rsquo;hypoth&egrave;se &ndash; ou le postulat &ndash; d&rsquo;une association sp&eacute;ciale et &quot;hors-syst&egrave;me&quot; du pouvoir et des juifs au moyen d&rsquo;&quot;une charte de droits sui generis exorbitant (les juifs) du droit commun&quot; <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a> fond&eacute;e sur une reconnaissance du juda&iuml;sme comme &quot;religion licite&quot; <a class=\"overlaycall\" target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\"> <\/a> et soustrayant les juifs &quot;&agrave; la rigueur des sanctions frappant les autres groupes non chr&eacute;tiens et h&eacute;r&eacute;tiques, tout en les maintenant dans un statut d&rsquo;irr&eacute;ductible diff&eacute;rence.&quot; Notre interpr&eacute;tation du pass&eacute; souffre souvent d&rsquo;un regard trop rapidement jet&eacute; sur les circonstances pr&eacute;cises de leur &eacute;locution ; trop souvent ses traces sont ench&acirc;ss&eacute;es dans l&rsquo;&eacute;lan irr&eacute;sistible de t&eacute;l&eacute;ologies. Appel&eacute; &agrave; faire date par ses r&eacute;sultats, le livre de C. Nemo-Pekelman s&rsquo;impose donc aussi comme un puissant plaidoyer pour une relecture scientifique, &eacute;rudite et laborieuse de nos convictions civiques et intellectuelles les plus centrales, qui ne sauraient reposer sur des pieds d&rsquo;argiles<br \/>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tTitre du livre : Rome et ses citoyens juifs (IVe-Ve si&egrave;cles)<br \/>\n\t\tAuteur : Capucine Nemo-Pekelman<br \/>\n\t\t&Eacute;diteur : Honor&eacute; Champion<br \/>\n\t\tCollection : Bibliotheque d&#39;&eacute;tudes juives<br \/>\n\t\tDate de publication : 26\/10\/10<br \/>\n\t\tN&deg; ISBN : 2745320270<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Retour sur l&rsquo;arch&eacute;ologie de l&rsquo;antis&eacute;mitisme &nbsp; Toute personne soucieuse de comprendre l&rsquo;inexplicable haine vou&eacute;e aux juifs en Europe &agrave; l&rsquo;&eacute;poque contemporaine est sans doute amen&eacute;e, &agrave; un moment ou &agrave; un autre, &agrave; projeter son regard en direction des profondeurs de l&rsquo;Antiquit&eacute;. &quot;&Eacute;trangers universels&quot;, &quot;meurtriers de Dieu&quot; : nombre de traits de la figure&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15904,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[19,356,16,1],"tags":[],"class_list":["post-1955","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-europe","category-hannah-arendt","category-judaisme","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1955","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1955"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1955\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15904"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1955"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1955"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1955"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}