{"id":2011,"date":"2013-11-06T01:01:40","date_gmt":"2013-11-06T01:01:40","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2011"},"modified":"2013-11-06T01:01:29","modified_gmt":"2013-11-06T01:01:29","slug":"israel-la-tomate-est-dor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/israel-la-tomate-est-dor\/","title":{"rendered":"ISRA\u00cbL- La tomate est d\u2019or"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div property=\"description\">\n<p>\n\t\tISRA&Euml;L- La tomate est d&#39;or<\/p>\n<p>\n\t\tLe 28 septembre 1820, &agrave; Salem, New Jersey (Etats-Unis), une foule de plusieurs milliers de personnes s&#39;est assembl&eacute;e sur la place principale.<br \/>\n\t\tCinq fanfares de pompiers jouent une marche fun&egrave;bre.<br \/>\n\t\tLe colonel Robert Gibbon Johnson apparait sur le perron de la mairie, avec &agrave; la main un panier de tomates.<\/p>\n<p>\n\t\tLe colonel a annonc&eacute; qu&#39;il allait ing&eacute;rer le fruit de cette plante ornementale, interdit &agrave; la consommation car l&#39;Acad&eacute;mie consid&egrave;re qu&#39;il provoque appendicites et cancers de l&#39;estomac &#8211; m&ecirc;me si le pr&eacute;sident Thomas Jefferson semble l&#39;avoir servi &agrave; sa table.<br \/>\n\t\tLa foule est venue assister &agrave; ce suicide annonc&eacute;. Le colonel mange son panier sans tr&eacute;passer.<\/p>\n<p>\n\t\t&quot;Et moins de deux si&egrave;cles plus tard, le march&eacute; mondial de la tomate est presque &eacute;quivalent &agrave; celui de la pomme de terre !&quot;, s&#39;exclame Haim Rabinowitch.<\/p>\n<p>\n\t\tR&eacute;cipiendaire, mardi 21 juin &agrave; J&eacute;rusalem, du prix de l&#39;innovation Kaye pour sa contribution &agrave; l&#39;am&eacute;lioration de l&eacute;gumineuses et de la tomate, ce chercheur de l&#39;Universit&eacute; h&eacute;bra&iuml;que de J&eacute;rusalem est intarissable sur l&#39;histoire, ancienne et actuelle, de la &quot;pomme d&#39;or&quot; rapport&eacute;e du Mexique en Europe en 1560 par les conquistadors.<\/p>\n<p>\n\t\tIl raconte les visions &eacute;rotog&egrave;nes suscit&eacute;es par ce que les Fran&ccedil;ais avaient nomm&eacute; &quot;pomme d&#39;amour&quot;, sans doute engendr&eacute;es par les alcalo&iuml;des pr&eacute;sents dans le fruit. Il rappelle les illustrations des XVIe et XVIIe si&egrave;cles montrant des humains chang&eacute;s en loups apr&egrave;s avoir ing&eacute;r&eacute;, les nuits de pleine lune, ce fruit d&eacute;fendu parfois appel&eacute; en Allemagne &quot;la p&ecirc;che des loups&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\tMais si le colonel Johnson a beaucoup fait pour r&eacute;habiliter la tomate mal&eacute;fique, Haim Rabinowitch et ses coll&egrave;gues de la facult&eacute; d&#39;agriculture de Rehovot, d&eacute;pendant de l&#39;Universit&eacute; h&eacute;bra&iuml;que de J&eacute;rusalem, ont &eacute;t&eacute; &agrave; l&#39;origine d&#39;une &quot;r&eacute;volution rouge&quot; dans sa production au cours des derni&egrave;res d&eacute;cennies. Et ils continuent &agrave; croiser des milliers de vari&eacute;t&eacute;s chaque ann&eacute;e pour am&eacute;liorer les rendements.<\/p>\n<p>\n\t\t&quot;Notre objectif est d&#39;atteindre un millier de tonnes par hectare et par an&quot;, indique le chercheur septuag&eacute;naire, pr&eacute;cisant que le niveau actuel est de 800 tonnes en France. &quot;Il &eacute;tait seulement de 15 tonnes quand j&#39;ai commenc&eacute;&quot;, se souvient Haim Rabinowitch.<\/p>\n<p>\n\t\tCette r&eacute;volution n&#39;a bien s&ucirc;r pas eu lieu dans un seul pays. Les Etats-Unis et les Pays-Bas ont une grande tradition de s&eacute;lection de vari&eacute;t&eacute;s de plus en plus productives, et la France compte une industrie semenci&egrave;re elle aussi tr&egrave;s active &#8211; la Montfavet de 1963 de l&#39;INRA est toujours vendue chez les p&eacute;pini&eacute;ristes.<br \/>\n\t\tMais l&#39;&eacute;quipe constitu&eacute;e &agrave; l&#39;origine autour de Nachum Kedar, &acirc;g&eacute; aujourd&#39;hui de 91 ans, a su faire la diff&eacute;rence &agrave; plusieurs reprises.<\/p>\n<p>\n\t\t&quot;Dans les pays chauds, la tomate traditionnelle ne conserve sa fermet&eacute; qu&#39;un ou deux jours apr&egrave;s m&ucirc;rissement, ce qui contraint &agrave; r&eacute;colter et &agrave; vendre tr&egrave;s rapidement, avec un circuit commercial tr&egrave;s court&quot;, rappelle Haim Rabinowitch. La solution a d&#39;abord &eacute;t&eacute; de s&eacute;lectionner des fruits plus fermes, mais ligneux, qui ne flattent gu&egrave;re le palais, donc.<\/p>\n<p>\n\t\tPuis deux plants mutants sont apparus, l&#39;un au d&eacute;but des ann&eacute;es 1960 au Canada, l&#39;autre en Californie, quelques ann&eacute;es plus tard, qui produisaient des tomates vertes, ne m&ucirc;rissant pas. Les g&egrave;nes rin et nor devinrent des curiosit&eacute;s de laboratoire.<\/p>\n<p>\n\t\t&quot;Les scientifiques consid&eacute;raient que ces deux g&egrave;nes n&#39;&eacute;taient pas exploitables hors du domaine de la recherche, se souvient Haim Rabinowitch.<\/p>\n<p>\n\t\tNous avons voulu tester ce dogme.&quot; &quot;L&#39;intuition de Nachum Kedar &eacute;tait que ces g&egrave;nes ne fonctionnent pas &quot;tout seuls&quot;, mais qu&#39;ils s&#39;expriment dans un environnement g&eacute;n&eacute;tique particulier&quot;, r&eacute;sume Yonathan Elkind qui, dans les ann&eacute;es 1970, a fait sa th&egrave;se sur le sujet.<\/p>\n<p>\n\t\tTrouver le juste milieu a n&eacute;cessit&eacute; des milliers de croisements pour obtenir des hybrides longue conservation qui aient les qualit&eacute;s commerciales et agronomiques requises. Ces efforts conduiront &agrave; l&#39;obtention en 1987 de Daniela, une vari&eacute;t&eacute; qui a depuis conquis la plan&egrave;te &#8211; et fait parfois figure de symbole-repoussoir d&#39;une agriculture mondialis&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\tAu d&eacute;part, seul un groupe de juristes isra&eacute;liens y a cru, investissant dans cette nouvelle semence. &quot;Pour parvenir au march&eacute; am&eacute;ricain, tenu par la Floride, qui r&eacute;colte les tomates vertes et les fait m&ucirc;rir gr&acirc;ce &agrave; l&#39;&eacute;thyl&egrave;ne, un gaz qui est aussi une hormone pour les v&eacute;g&eacute;taux, nous sommes pass&eacute;s par le Mexique&quot;, raconte encore Haim Rabinowitch.<\/p>\n<p>\n\t\tA l&#39;&eacute;poque, les camions frigorifiques mexicains &eacute;taient bloqu&eacute;s en douane un jour ou deux, le temps de g&acirc;ter la marchandise. Avec Daniela, ferme et rouge trois semaines durant, cette quarantaine vexatoire n&#39;&eacute;tait plus un obstacle.<\/p>\n<p>\n\t\tDe m&ecirc;me, l&#39;Espagne, le Maroc et Isra&euml;l pouvaient se lancer dans la production d&#39;une tomate capable de supporter plusieurs jours de camion, voire de bateau, alors que dans les ann&eacute;es 1980, l&#39;amollissement du fruit entra&icirc;nait la perte de 40 % de la production. &quot;Notre technologie a aussi eu un impact en termes migratoires, car il devenait possible de d&eacute;localiser la production dans des pays du Sud au lieu d&#39;en faire venir la main-d&#39;oeuvre pour cultiver sur place&quot;, note Haim Rabinowitch.<\/p>\n<p>\n\t\tIl souligne aussi l&#39;int&eacute;r&ecirc;t de la longue conservation pour les pays en d&eacute;veloppement, aux moyens de transport al&eacute;atoires.<\/p>\n<p>\n\t\tDaniela et ses consoeurs ne sont probablement pas pour rien non plus dans l&#39;&eacute;chec du premier OGM destin&eacute; &agrave; la consommation humaine mis sur le march&eacute;, Flavr Savr.<\/p>\n<p>\n\t\tCette tomate transg&eacute;nique, commercialis&eacute;e par l&#39;am&eacute;ricain Calgene en 1994, &eacute;tait cens&eacute;e mieux r&eacute;sister au pourrissement. &quot;Flavr Savr a &eacute;t&eacute; un flop, parce que la vari&eacute;t&eacute; choisie n&#39;&eacute;tait pas tr&egrave;s bonne et que la conservation n&#39;&eacute;tait pas vraiment am&eacute;lior&eacute;e, tandis que son prix &eacute;tait &eacute;lev&eacute;, indique Mathilde Causse, responsable d&#39;une unit&eacute; d&#39;am&eacute;lioration des tomates au centre INRA de Montfavet (Vaucluse). Mais, dans le m&ecirc;me temps, les Isra&eacute;liens introduisaient des vari&eacute;t&eacute;s longue conservation obtenues par s&eacute;lection classique.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\tLe centre de Rehovot est alors d&eacute;j&agrave; sur une autre piste, celle des tomates cerises, sugg&eacute;r&eacute;e par Marks &amp; Spencer puis abandonn&eacute;e en route par le distributeur britannique.<br \/>\n\t\tFaire pousser des tomates miniatures &eacute;tait un retour aux sources : les premi&egrave;res vari&eacute;t&eacute;s sud-am&eacute;ricaines portaient des baies minuscules, jaunes. &quot;Elles manquaient de go&ucirc;t, mollissaient tr&egrave;s vite et n&#39;avaient donc pas d&#39;int&eacute;r&ecirc;t commercial&quot;, explique Haim Rabinowitch.<\/p>\n<p>\n\t\tDes croisements astucieux ont dop&eacute; leur teneur en sucre, mais restait le probl&egrave;me de la r&eacute;colte manuelle : alors qu&#39;un bon ouvrier peut engranger 800 kg de tomates classiques par jour, le rendement tombe &agrave; 50 kg avec les cerises, qu&#39;il fallait cueillir une &agrave; une. Sur la grappe, les tomates m&ucirc;rissent en effet les unes apr&egrave;s les autres.<\/p>\n<p>\n\t\tL&agrave; encore, un savant travail de s&eacute;lection et de croisement avec les tomates longue conservation a permis d&#39;attendre que la derni&egrave;re soit rouge avant de cueillir la grappe enti&egrave;re : un march&eacute; de niche s&#39;ouvrait pour la tomate cerise, tandis que la tomate en branche, d&#39;apparence plus naturelle, se substituait &agrave; la tomate ronde. En France, cet effet de &quot;cannibalisation&quot; a &eacute;t&eacute; analys&eacute; par les &eacute;conomistes de l&#39;INRA Daniel Hassan et Sylvette Monier-Dilhan.<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;universit&eacute; de J&eacute;rusalem, par l&#39;interm&eacute;diaire de sa soci&eacute;t&eacute; de transfert de technologie Yissum, continue de profiter de ces innovations. Les ventes de semences &agrave; l&#39;exportation rapportent quelque 50 millions de dollars (environ 35 millions d&#39;euros) par an &agrave; Israel : les prix atteignent 40 000 dollars le kilo.<\/p>\n<p>\n\t\tLes vari&eacute;t&eacute;s isra&eacute;liennes ont &eacute;t&eacute; adopt&eacute;es par de nombreux semenciers, et les royalties continueront &agrave; pleuvoir &quot;tant que nos laboratoires conserveront quelques ann&eacute;es d&#39;avance dans la production de vari&eacute;t&eacute;s&quot;, indique Haim Rabinowitch.<br \/>\n\t\tA titre de curiosit&eacute;, il montre une tomate cubique, pour un conditionnement plus dense. &quot;J&#39;ai coutume de dire &agrave; mes &eacute;tudiants que les graines valent plus que de l&#39;or, dit-il. Car la connaissance accumul&eacute;e est dans la semence.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\tSon laboratoire est attentif aux avanc&eacute;es ouvertes par le s&eacute;quen&ccedil;age du g&eacute;nome de la tomate. Celui-ci est achev&eacute;, mais sa publication scientifique fait encore l&#39;objet de tractations entre laboratoires. Et si un jour l&#39;Europe devenait moins hostile aux OGM, assure l&#39;agronome, &quot;nous serions pr&ecirc;ts pour en concevoir&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\tHerv&eacute; Morin<br \/>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; ISRA&Euml;L- La tomate est d&#39;or Le 28 septembre 1820, &agrave; Salem, New Jersey (Etats-Unis), une foule de plusieurs milliers de personnes s&#39;est assembl&eacute;e sur la place principale. Cinq fanfares de pompiers jouent une marche fun&egrave;bre. 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