{"id":203,"date":"2010-11-16T17:18:44","date_gmt":"2010-11-16T17:18:44","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=203"},"modified":"2010-11-16T17:18:44","modified_gmt":"2010-11-16T17:18:44","slug":"marlon-brando-et-moi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/marlon-brando-et-moi\/","title":{"rendered":"Marlon Brando et moi"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"conteneurBoiteOutil\">\n<h1>\n\t\tMarlon Brando et moi<\/h1>\n<\/div>\n<p><!-- Share Box --><\/p>\n<div class=\"share-box-top1\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"texteModifiable\" id=\"texte\">\n<p class=\"chapo\">\n\t\tEn mars&nbsp;2004, l&rsquo;acteur am&eacute;ricain Marlon Brando s&rsquo;engage &agrave; jouer son propre r&ocirc;le dans une fiction &eacute;crite par Ridha Behi. H&eacute;las&thinsp;! quelques jours avant le commencement du tournage &agrave; Los Angeles, Brando d&eacute;c&egrave;de. Behi mettra des ann&eacute;es pour se relever de cette &eacute;preuve. Mais, obstin&eacute;, il reprend son ouvrage et, en avril dernier, ach&egrave;ve de tourner &quot;Brando &amp; Brando&quot;, qui sera projet&eacute; lors de la 23e &eacute;dition des Journ&eacute;es cin&eacute;matographiques de Carthage, qui se tiennent du 23 au 31&nbsp;octobre &agrave; Tunis. C&rsquo;est l&rsquo;histoire de ce projet que le cin&eacute;aste tunisien raconte &agrave; &quot;Jeune Afrique&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\tIl &eacute;tait une fois une &eacute;quipe de tournage am&eacute;ricaine qui d&eacute;barque dans un petit village tunisien. Mission&thinsp;: r&eacute;aliser un remake de <em>L&rsquo;Atlantide<\/em>. Un jour, l&rsquo;un des membres de l&rsquo;&eacute;quipe remarque la pr&eacute;sence d&rsquo;un gar&ccedil;on tunisien, Anis Raach, dont la ressemblance avec Marlon Brando est stup&eacute;fiante. Il va lui donner un petit r&ocirc;le, et le jeune homme finit par n&rsquo;avoir qu&rsquo;un r&ecirc;ve, rencontrer son sosie de Hollywood. Cette histoire, je l&rsquo;ai imagin&eacute;e, un jour de l&rsquo;ann&eacute;e 1992, en rencontrant pour la premi&egrave;re fois Anis, dont la ressemblance avec l&rsquo;acteur am&eacute;ricain est effectivement frappante. Je m&rsquo;&eacute;tais dit&thinsp;: &laquo;&nbsp;Il faut absolument que je fasse quelque chose avec ce type.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLes ann&eacute;es passent, je r&eacute;alise <em>Les hirondelles ne meurent pas &agrave; J&eacute;rusalem<\/em>, puis <em>La Bo&icirc;te magique<\/em>, s&eacute;lectionn&eacute;e &agrave; Venise. En 2001, je parle de mon r&ecirc;ve &agrave; mon agent Phil Martin et lui donne mon sc&eacute;nario, sans grande conviction. Quelques mois plus tard, Phil m&rsquo;apprend qu&rsquo;il vient de rencontrer Elizabeth Taylor, que l&rsquo;id&eacute;e l&rsquo;enthousiasme, et que la productrice Norma Heyman veut bien se charger de la production. Puis le temps passe. En mars&nbsp;2004, il m&rsquo;appelle de nouveau&thinsp;: &laquo;&nbsp;Brando vient de nous t&eacute;l&eacute;phoner. Taylor lui a donn&eacute; le sc&eacute;nario. Il demande ton contact, ce soir il t&rsquo;appellera.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: right\">\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"right\" alt=\"\" height=\"431\" src=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/photos\/022102010171406000000ridha.jpg\" width=\"300\" \/><\/p>\n<p>\n\t\tQuelques heures plus tard, le t&eacute;l&eacute;phone sonne chez moi &agrave; Tunis et j&rsquo;entends au bout du fil une voix bizarre qui susurre&thinsp;: &laquo;&nbsp;Ici Marlon Brando&thinsp;!&nbsp;&raquo; Ce n&rsquo;&eacute;tait autre que mon fils, qui s&rsquo;amusait &agrave; me faire une blague, sachant l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;anxi&eacute;t&eacute; dans lequel j&rsquo;&eacute;tais. Je raccroche en col&egrave;re et voil&agrave; que le t&eacute;l&eacute;phone se remet &agrave; sonner. C&rsquo;&eacute;tait Brando en personne.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;Tu veux venir quand&thinsp;?<\/p>\n<p>\n\t\t&ndash; Quand vous voulez.<\/p>\n<p>\n\t\t&ndash; Demain.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLe 17&nbsp;mars au matin, je prends l&rsquo;avion pour Londres, o&ugrave; je rencontre Norma Heyman, d&eacute;sormais ma productrice, ainsi que Phil. Norma me donne un paquet de chocolat &agrave; l&rsquo;attention de Brando, que je joins &agrave; la petite bo&icirc;te de g&acirc;teaux tunisiens que j&rsquo;avais achet&eacute;e pour lui, plus un livre sur la Tunisie que le ministre de la Culture, alors Abdelbaki Hermassi, lui faisait parvenir. J&rsquo;arrive &agrave; Los Angeles l&rsquo;angoisse au ventre. Entre-temps, Brando avait envoy&eacute; un fax &agrave; mes agents pour savoir ce que je mange et ce que je bois. Je r&eacute;ponds de tout sauf du lait et des &oelig;ufs.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Sandwich aux &oelig;ufs<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe prends ma chambre &agrave; l&rsquo;h&ocirc;tel, je l&rsquo;appelle, je tombe sur son assistante Angela. Elle m&rsquo;informe qu&rsquo;il m&rsquo;attend. Je passe un grand portail truff&eacute; de cam&eacute;ras et entre dans une villa agr&eacute;ment&eacute;e d&rsquo;un tr&egrave;s grand parc. Quand je p&eacute;n&egrave;tre au salon, je vois Brando debout, au t&eacute;l&eacute;phone, et j&rsquo;entends de la musique classique jaillissant de partout, des chambres, des couloirs, du jardin. Ce bruit me met encore plus sur les nerfs, je ne me sens pas &agrave; l&rsquo;aise, cette musique est comme un intrus dans les lieux. Je regarde autour de moi. Partout, des objets d&rsquo;art asiatique, des tissages, des statues de Bouddha et des bougies par terre. Tout &eacute;tait couleur ocre, les murs, les rideaux, le parquet en bois. Sur une table, des boissons, pas de lait, mais que des sandwichs&hellip; aux &oelig;ufs.<\/p>\n<p>\n\t\tToujours au t&eacute;l&eacute;phone, Brando se tourne vers moi et me tend la main. Je la serre et porte la mienne sur la poitrine, &agrave; la fa&ccedil;on de chez nous. Deux minutes plus tard, il raccroche et prononce dans un fran&ccedil;ais impeccable&thinsp;: &laquo;&nbsp;J&rsquo;invite toujours les r&eacute;alisateurs avec lesquels il y a possibilit&eacute; de travailler, mais je te dis tout de suite &ndash; il me tutoie &ndash; je fais le film avec toi car tu es rest&eacute; un vrai Arabe&thinsp;! Je viens de le constater &agrave; la mani&egrave;re dont tu m&rsquo;as salu&eacute; et j&rsquo;ai su que tu es un tendre, &agrave; la fa&ccedil;on dont tu as pos&eacute; la main sur ton c&oelig;ur&thinsp;!&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;&eacute;tais troubl&eacute; par cette introduction et j&rsquo;allais l&rsquo;&ecirc;tre davantage en entendant la suite&thinsp;: &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai tout rat&eacute; dans ma vie.&nbsp;&raquo; Comme je m&rsquo;&eacute;tais bien document&eacute; et que je venais de passer quatorze heures d&rsquo;avion &agrave; me familiariser avec son personnage, j&rsquo;avais fini par savoir que c&rsquo;&eacute;tait un farceur et je me suis dit que c&rsquo;&eacute;tait pour s&rsquo;amuser qu&rsquo;il faisait ce bilan catastrophique de son parcours. Il continue&thinsp;: &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai &eacute;chou&eacute; en tout, avec les Indiens, les Noirs et m&ecirc;me avec les Isra&eacute;liens que j&rsquo;ai voulu aider. Savez-vous que j&rsquo;&eacute;tais le premier Blanc non juif &agrave; donner de l&rsquo;argent &agrave; Ben Gourion&thinsp;? Apr&egrave;s avoir vu les images sur les horreurs de l&rsquo;Holocauste, j&rsquo;ai fait le tour des &Eacute;tats-Unis pour ramasser des dons. Puis, en 1964, je suis all&eacute; au Liban et j&rsquo;ai vu les Palestiniens parqu&eacute;s comme des b&ecirc;tes sous les tentes. Alors je me suis dit que mon argent y &eacute;tait pour quelque chose, que c&rsquo;est en partie &agrave; cause des dons collect&eacute;s par mes soins que la Palestine en &eacute;tait l&agrave;. Depuis, chaque fois que j&rsquo;entends dire qu&rsquo;un Palestinien est tu&eacute;, bless&eacute;, ou humili&eacute;, je me dis que c&rsquo;est en partie de ma faute.&nbsp;&raquo; Il s&rsquo;est tu, puis il a repris&thinsp;: &laquo;&nbsp;Quand j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; travailler, j&rsquo;avais 17 ans. Je ramassais la bouse des vaches et le crottin des chevaux&hellip; Je crois surtout que je n&rsquo;ai pas su aimer&hellip;&nbsp;&raquo;, et Brando commence &agrave; pleurer.<\/p>\n<p>\n\t\tJe pense&thinsp;: ou il d&eacute;prime, ou il se moque de moi. Mais il pleure &agrave; grosses larmes, et je ne sais s&rsquo;il faut me laisser aller &agrave; l&rsquo;&eacute;motion ou rester sur mes gardes. Je songe en m&ecirc;me temps &agrave; ce qui m&rsquo;arrive&thinsp;: le fils de Kairouan que je suis devant l&rsquo;enfant terrible du plus grand cin&eacute;ma du monde, Brando, qui me parle de sa vie la plus intime, avec cette musique, ces bougies par terre, et son tube d&rsquo;oxyg&egrave;ne &agrave; l&rsquo;aide duquel il respire.<\/p>\n<p>\n\t\tPendant deux heures, il parle. De tout, sauf de mon film. Et moi n&rsquo;osant rien dire. Puis le voil&agrave; qui se l&egrave;ve et &eacute;nonce&thinsp;: &laquo;&nbsp;Je vais aux toilettes.&nbsp;&raquo; Cinq, dix, vingt minutes passent et il n&rsquo;est toujours pas revenu. Je commence &agrave; m&rsquo;inqui&eacute;ter. Angela entre et dit&thinsp;: &laquo;&nbsp;Il vous demande.&nbsp;&raquo; Nous n&rsquo;allons tout de m&ecirc;me pas converser aux toilettes&thinsp;! Je la suis et me retrouve dans sa chambre &agrave; coucher. Il est &eacute;tal&eacute; sur un lit g&eacute;ant, avec trois t&eacute;l&eacute;viseurs de tailles diff&eacute;rentes, chacun dans un coin de la chambre et, dans un autre coin, un frigo ferm&eacute; par une cha&icirc;ne.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Sourire innocent<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;J&rsquo;avais un peu de vertige&nbsp;&raquo;, murmure-t-il. Je r&eacute;ponds que je peux le laisser se reposer et revenir le lendemain, il prononce fermement&thinsp;: &laquo;&nbsp;Non, reste.&nbsp;&raquo; Se rel&egrave;ve pour demander&thinsp;: &laquo;&nbsp;As-tu vu le meilleur film que j&rsquo;ai fait, <em>Queimada&thinsp;<\/em>?&nbsp;&raquo; Puis il se recouche et ferme les yeux. Il est silencieux, calme, la nuit est tomb&eacute;e d&eacute;j&agrave;, il dort peut-&ecirc;tre. Je le regarde. Son corps est &eacute;norme. Sa jambe d&eacute;passe de son pantalon, et je suis &eacute;tonn&eacute; de voir ses veines saillantes et sa peau si s&egrave;che et craquel&eacute;e. Soudain, je tends la main, touche cette peau, lui caresse la jambe. Il ouvre un seul &oelig;il. Et pour la premi&egrave;re, je suis frapp&eacute; par le bleu extraordinaire de son regard. Il m&rsquo;adresse un sourire innocent et je pense tout bas&thinsp;: je pourrai dire que j&rsquo;ai vu Brando b&eacute;b&eacute;. C&rsquo;est &agrave; ce moment pr&eacute;cis que, par je ne sais quelle intuition, je comprends qu&rsquo;il ne vivra pas longtemps.<\/p>\n<p>\n\t\tLa d&eacute;cision est prise de nous revoir une fois tous les deux jours, et Angela me raccompagne vers la sortie. &Agrave; Londres, Norma et Phil attendent le r&eacute;sultat de l&rsquo;entrevue&thinsp;: &laquo;&nbsp;Alors, il fait le film avec toi ou non&thinsp;?&nbsp;&raquo; Je r&eacute;ponds &laquo;&nbsp;oui&nbsp;&raquo;, mais si tristement qu&rsquo;ils en sont d&eacute;sar&ccedil;onn&eacute;s. De fait, j&rsquo;&eacute;tais dans un &eacute;tat second et une autre voix ne cessait de r&eacute;p&eacute;ter en moi&thinsp;: &laquo;&nbsp;Qu&rsquo;est ce que tu veux prouver en allant emb&ecirc;ter un mourant&thinsp;?&nbsp;&raquo; Je sentais l&rsquo;inutilit&eacute; de la d&eacute;marche artistique et savais que ce qu&rsquo;on cherche dans une r&eacute;alisation je l&rsquo;avais atteint. Pas besoin d&rsquo;aller plus loin. Bref, si, &agrave; Londres, mes associ&eacute;s &eacute;taient enthousiastes, moi, j&rsquo;&eacute;tais KO.<\/p>\n<p>\n\t\tDeuxi&egrave;me rendez-vous. Lorsque j&rsquo;arrive, Brando est dans un &eacute;tat d&rsquo;excitation extr&ecirc;me. Il lance en anglais, furieux&thinsp;: &laquo;&nbsp;Ta productrice m&rsquo;a insult&eacute;. Et de toute fa&ccedil;on, ton sc&eacute;nario est mauvais, je ne veux pas faire le film avec toi. Je t&rsquo;ai pr&eacute;par&eacute; 23 points &agrave; changer dans le script, mais je ne te les donne pas.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tSit&ocirc;t dehors, j&rsquo;appelle Norma. Elle explique que l&rsquo;acteur a demand&eacute; 5&nbsp;millions de dollars pour une semaine de tournage, qu&rsquo;elle a r&eacute;pondu par la n&eacute;gative, c&rsquo;&eacute;tait trop, les jeunes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne le connaissent plus assez et, par cons&eacute;quent, les diffuseurs ne seraient pas faciles &agrave; convaincre.<\/p>\n<p>\n\t\tJe rappelle Marlon Brando deux jours plus tard. Il me r&eacute;pond en fran&ccedil;ais et je suis rassur&eacute;. D&egrave;s qu&rsquo;il me voit, il prononce&thinsp;: &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai bien r&eacute;fl&eacute;chi. Tu as 5 difficult&eacute;s &eacute;normes qui t&rsquo;emp&ecirc;cheront de faire un film &agrave; succ&egrave;s&thinsp;: un, tu es un Arabe qui ressemble trop &agrave; un Arabe&thinsp;; deux, tu parles mal l&rsquo;anglais&thinsp;; trois, tu ne connais pas le jazz&thinsp;; quatre, tu as choisi Marlon Brando comme acteur, soit un vieux malade et chiant&thinsp;; cinq, tu n&rsquo;as pas de Juif avec toi &agrave; Los Angeles.&nbsp;&raquo; Et il conclut&thinsp;: &laquo;&nbsp;Mais nous ferons quand m&ecirc;me notre film&thinsp;! Je vais demander &agrave; Johnny Depp de nous rejoindre comme interpr&egrave;te&thinsp;; je vais changer le sc&eacute;nario et les dialogues.&nbsp;&raquo; Il me remet les 23 remarques. &laquo;&nbsp;La bonne nouvelle&thinsp;? Tu diras &agrave; ta productrice que je demande seulement 4&nbsp;millions de dollars.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tNous reparlons du sc&eacute;nario. Je me rends compte que c&rsquo;est un autre film qui est en train de se faire&thinsp;: Brando veut que je parle de l&rsquo;Irak &ndash; nous &eacute;tions au moment de la chute de Bagdad &ndash; et de l&rsquo;impossibilit&eacute; pour un jeune Tunisien de r&ecirc;ver de Hollywood&thinsp;: &laquo;&nbsp;Apr&egrave;s le 11 Septembre, il n&rsquo;est pas question qu&rsquo;un Arabe vienne et que l&rsquo;Am&eacute;rique de Bush en fasse un Omar Sharif&thinsp;! Elle n&rsquo;admet plus d&rsquo;Omar Sharif sur son territoire&thinsp;! Tu comprends&thinsp;?&thinsp;!&nbsp;&raquo; Je pense &agrave; la production, que je risque de ne pas ma&icirc;triser&hellip; mais je ne le contrarie pas, je tiens compte de ses remarques, il veut que l&rsquo;acteur victime du r&ecirc;ve am&eacute;ricain termine sa vie &agrave;&hellip; Guant&aacute;namo. En parlant du contenu du sc&eacute;nario, il se met devant la bouche un rouleau en carton&thinsp;: &laquo;&nbsp;le FBI est en train de nous &eacute;couter&nbsp;&raquo;, argue-t-il. Encore une fois, je me demande&thinsp;: est-il s&eacute;rieux ou se moque-t-il de moi&thinsp;?<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Bras d&rsquo;honneur<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLe va-et-vient continue, le projet se transforme, Brando d&eacute;lire sur l&rsquo;histoire et les personnages, je sors lessiv&eacute; apr&egrave;s chaque s&eacute;ance mais sur un nuage. Deux semaines passent, apr&egrave;s lesquelles j&rsquo;annonce &agrave; Brando mon d&eacute;part. Je suis dans la voiture vers l&rsquo;a&eacute;roport, il m&rsquo;appelle et exige que je fasse demi-tour, quelque chose d&rsquo;urgent. &laquo;&nbsp;Je veux une r&eacute;ponse claire, me dit-il, parce que, au mois de juillet, je pars sur mon &icirc;le.&nbsp;&raquo; Il veut tourner en mai, absolument. Je sentirai apr&egrave;s coup qu&rsquo;il savait sa fin proche et tenait &agrave; faire ce film &agrave; tout prix. Il ajoute&thinsp;: &laquo;&nbsp;Dans ce casier, il y a plus de cent sc&eacute;narios, je ne les ai pas lus et je n&rsquo;ai pas eu envie de les lire, mais le tien, oui.&nbsp;&raquo; Il me tend la main&thinsp;: &laquo;&nbsp;Ne me laisse pas sans nouvelles.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tUne fois &agrave; Londres, Norma m&rsquo;annonce qu&rsquo;il ne demande plus que 3&nbsp;millions de dollars. Je ne r&eacute;ponds pas, l&rsquo;argent ne m&rsquo;int&eacute;resse pas, je sais que Brando va partir, j&rsquo;ai compris qu&rsquo;il avait envie de faire un film avec un Arabe, comme un bras d&rsquo;honneur contre l&rsquo;Am&eacute;rique de Bush, la guerre en Irak, comme une revanche pour les Palestiniens, m&ecirc;me si, au fond, le sc&eacute;nario ne lui plaisait pas r&eacute;ellement.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; Cannes, en mai&nbsp;2004, j&rsquo;annonce le tournage pour la semaine qui suit la fin du festival. Entre-temps, aucune assurance n&rsquo;a accept&eacute; d&rsquo;assurer Brando &ndash; depuis vingt ans, il est connu pour ses caprices ou ses absences&hellip; Norma essaie de descendre son cachet &agrave; 2&nbsp;millions. Moi, je continue &agrave; l&rsquo;appeler au t&eacute;l&eacute;phone. Sa voix baisse, ses jours sont compt&eacute;s. Il accepte de r&eacute;duire &agrave; 2&nbsp;millions et d&eacute;clare&thinsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est fini. Apr&egrave;s, je ne r&eacute;ponds plus au t&eacute;l&eacute;phone.&nbsp;&raquo; Norma demande qu&rsquo;on attende encore deux semaines, persuad&eacute;e de pouvoir n&eacute;gocier &agrave; 1&nbsp;million. Je br&ucirc;le de mettre fin &agrave; ce marchandage. H&eacute;las&thinsp;! j&rsquo;ai beau faire l&rsquo;inventaire de tous mes biens, je n&rsquo;arrive pas au quart de la somme. Contre toute attente, Norma a eu gain de cause. Il a dit oui pour 1&nbsp;million de dollars cash et 1&nbsp;million de plus avec les recettes. D&eacute;cision est prise de tourner au mois de juin.<\/p>\n<p>\n\t\tQuelques jours plus tard, j&rsquo;appelle Angela. Elle r&eacute;pond que Brando est indisponible, qu&rsquo;il me rappellera. Mais il ne rappelle pas. Idem pour les jours suivants. Le 30&nbsp;juin 2004, je repars &agrave; Londres, d&eacute;cid&eacute; &agrave; prendre l&rsquo;avion le lendemain pour Los Angeles. Tout est fin pr&ecirc;t. J&rsquo;arrive au bureau de mes agents. Phil me dit que des journalistes cherchent &agrave; me contacter, sans que je sache pourquoi. Mon dialoguiste chuchote avec les agents. Quelqu&rsquo;un allume la t&eacute;l&eacute; et la nouvelle tombe&thinsp;: &laquo;&nbsp;Brando vient de mourir.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tJe ne suis pas triste, je ne suis pas choqu&eacute;, dans ma t&ecirc;te c&rsquo;est du coton, c&rsquo;est le vide total. Pendant trois mois, je n&rsquo;ai plus envie de ne rien faire. On me sollicite de partout pour des interviews, les Anglais me demandent d&rsquo;&eacute;crire un livre sur l&rsquo;acteur, je ne bouge pas. Ensuite, je commence &agrave; cogiter et je prends conscience que ce que j&rsquo;ai v&eacute;cu est assez fort pour devenir un carnet de voyage. De temps en temps, je relis les sc&egrave;nes critiqu&eacute;es par Brando, je r&eacute;&eacute;cris le sc&eacute;nario en tenant compte de ses annotations. Jusqu&rsquo;&agrave; cette ann&eacute;e. J&rsquo;engage Anis Raach et je lance le tournage en avril. Maintenant, c&rsquo;est parti et je n&rsquo;ai aucune id&eacute;e de l&rsquo;issue. Mais une chose est s&ucirc;re&thinsp;: quand Norma Heyman appelle, je ne prends jamais le t&eacute;l&eacute;phone.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15101,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[33,52,128,13,9,1,193],"tags":[],"class_list":["post-203","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema","category-londres","category-los-angeles","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized","category-venise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=203"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/203\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15101"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}